Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Voir-ou-revoir

Voir-ou-revoir

Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Publié le par voir-ou-revoir
Plan de Delft - 1652

Plan de Delft - 1652

En 1651, Carel Fabritius , jeune peintre de talent, s'installe à Delft, petite ville des Pays bas située entre la Haye et Rotterdam. Il vient de se marier en seconde noce avec une habitante de Delft Agatha Van Pruyssen. Sa première femme, épousée alors qu'il n'avait que 19 ans, est morte en couches en 1643.

Carel est né le 27 février 1622, il est l'aîné d'une famille nombreuse. Son père, Pieter Carel, est maître d'école et peintre. Sa mère est sage femme. Il commence par étudier la peinture avec son père puis rejoint l'atelier de Rembrandt, à Amsterdam, probablement de 1641 à 1643. Il a pour compagnon d'apprentissage Samuel Van Hoogstraten. Rembrandt travaille alors à son célèbre tableau 'La ronde de nuit".

Le nom de Fabritius attribué à la famille n'apparait qu'à partir de 1641 et s'applique à la première formation de menuisier (faber en latin) de Carel et de son frère Barent (qui sera également peintre, tout comme Johannes un autre des frères).

Carel Fabritius s'inscrit à la guilde de Saint Luc de Delft en 1652, condition sine qua non pour pouvoir prendre des apprentis . En décembre 1653 Johannes Vermeer (né à Delft et qui y réside) est également admis comme maître à la guilde de Saint Luc.

Au XVIIe la faïencerie est à son apogée à Delft. La ville est prospère. Le commerce avec l'extrême orient s'appuyant sur la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales, fondée dès le début du siècle, permet l'arrivée massive des porcelaines chinoises. Lorsqu'en 1647 des troubles politiques en Chine interrompent le commerce de la Compagnie, les faïenciers de Delft prennent le relais et fournissent le marché en imitant, avec leur pâte blanche, la porcelaine chinoise. Les premières pièces sont décorées de chinoiseries bleues, puis avec le temps les décors se personnalisent. Les faïences blanches à décor bleu seront appelées "Bleu de Delft".

Fort dangereux pour la ville, un entrepôt en partie souterrain a été installé depuis 1637 sur le terrain de l'ancien couvent des Clarisses. On y stocke 450 tonnes de poudre de nitre (nitrate). On peut penser que cette "poudrière" entrepose aussi de la poudre à canon et d'autres munitions à usage militaire. Peu de personnes ont connaissance de l'existence de cet entrepôt : c'est le "Secret de la Hollande". Dans les années qui suivent l'installation de la poudrière, l'industrie drapière a fait place à des habitations construites pour la plupart autour de la Doelenstraat.

En 1654, Carel Fabritius demeure Doelenstraat. Il a peint un petit tableau, destiné à une famille de la Haye dont le nom, De Putter, signifie Chardonneret en néerlandais .C'est un panneau de bois de 33,5 x 22,8 cm supposé être destiné à une plaque de maison ( des marques de clous sur le support de la peinture suggèrent qu'il a pu être cloué) .

Le chardonneret - Musée Mauritshuis - La Haye

Le chardonneret - Musée Mauritshuis - La Haye

Abraham Mignon - détail
Abraham Mignon - détail

L'oiseau est peint en taille réelle, sur un fond crémeux, suivant la technique du trompe-l'œil, mais la matière est épaisse, on distingue les coups de pinceaux et les rayures faites avec le manche du pinceau. Carel a abandonné le style de Rembrandt pour une palette plus claire et lumineuse.

Ce malheureux petit chardonneret est attaché à son perchoir par une chaînette passée à la patte. La chaînette est si courte que l'oiseau ne peut faire que quelques battements d'ailes pour se retrouver aussitôt et toujours à la même place.

Les chardonnerets étaient des animaux domestiques très prisés. Ils étaient dressés pour ouvrir leur mangeoire afin de se nourrir et puiser de l'eau dans leur abreuvoir avec un seau de la taille d'un dé à coudre.

Quelle horrible destinée pour un aussi adorable petit oiseau !

Trompe l'oeill - 1655
Trompe l'oeill - 1655

Au moment où Fabritius peint "Le chardonneret", son plus célèbre tableau, Samuel van Hoogstraten, avec lequel il a conservé des liens étroits depuis son apprentissage chez Rembrandt, crée la première véritable peinture en trompe-l'œil dont la tradition perdurera tout au long du XIXe siècle.

Le 12 octobre 1654, Carel Fabritius, dans son atelier de Doelenstraat , est occupé à peindre le portrait du sacristain Simon Decker . Dans la maison se trouvent son frère, sa belle-mère et son disciple Mathias Spoors. On ne sait où se trouve sa femme.

A 10 h 15, le gérant de la poudrière, Cornelis Soetens, entre dans l'entrepôt pour y chercher un échantillon d'explosif. Sa lanterne projette sans doute quelques étincelles qui atteignent la poudre. Il se produit alors une série d'explosions. Les dégâts sont considérables : au moins cinq cents maisons sont totalement ravagées, on compte plus d'une centaine de morts. Des constructions situées un peu plus loin subissent également des dommages sévères, notamment tous les vitraux des deux églises. (la partie détruite se situe vers le haut sur la partie gauche de la ville - voir plan de 1652)

La maison de Carel Fabritius s'est écroulée, ses habitants sont ensevelis sous les décombres. Il faudra six à sept heures pour les dégager . Carel Fabritius est le seul encore en vie mais décède à son arrivée à l'hôpital.

Egbert van der Poel - 1654 - Explosion de la poudrière de Delft

Egbert van der Poel - 1654 - Explosion de la poudrière de Delft

Vermeer - Vu de Delft 1660-1661
Vermeer - Vu de Delft 1660-1661

Si Carel Fabritius a influencé Vermeer, il est plus hasardeux, compte tenu des dates d'entrée à la guilde de Saint Luc des deux peintres, d'envisager que Vermeer ait pu être l'élève de Carel Fabritius.

Ainsi périt ce phénix, vers sa trentième année,

Au milieu et dans la puissance de sa vie ;

mais, fort heureusement, il a enflammé de son feu Vermeer,

qui, en maître, perpétue sa science.

Poème d' Arnold Bon, contemporain de Carel Fabritius

On peut supposer que beaucoup de tableaux de Carel Fabritius ont été détruits par l'explosion et le feu. Il ne subsiste qu'une douzaine d'œuvres qui lui ont été attribuées.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Peut-être vous posez vous la question de savoir pourquoi, sans qu'il y ait de lien avec une exposition actuelle, mon article évoque aujourd'hui Carel Fabritius. La raison en est simple : je viens de lire le roman passionnant de Donna Tartt,"Le chardonneret", dans lequel le minuscule tableau de Fabritius sert de fil conducteur. Le roman m'a donné envie de connaître mieux le peintre qui n'est d'ailleurs pas le sujet du livre, son tableau étant seulement lié au destin du jeune héros.

Autoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery LondresAutoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery Londres
Autoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery Londres

Autoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery Londres

Commenter cet article

margareth 18/02/2015 17:08

Je connaissais bien ce petit tableau, mais il est vrai que je ne m'étais jamais penchée sur la vie de son auteur. Aussi ai-je lu avec beaucoup d'intérêt ton article très documenté.

cath 27/01/2015 17:31

Bon, me voila un nouvel auteur à découvrir. Lors de mon séjour professionnel à Rotterdam, j'avais pris le train pour passer la journée à Delft et j'avais bien sûr visiter l'usine Royal Delft où sont toujours fabriquées ces superbes porcelaines. Je m'étais même offert le luxe de m'acheter un petit magnet que j'ai toujours sur mon frigo. Une petite ville hollandaise pleine de charme, traversée par des canaux le long desquels on peut acheter le gouda sous toutes ses formes ! Ton article réveille de bons souvenirs. Affectueux bisous

lydia 27/01/2015 13:42

C'est merveilleux la lecture! Toutes ces portes qui s'ouvrent et ces liens qui se creent!!!!
Merci, gros bisous

NISE 26/01/2015 19:18

Tu as très bien fait de nous ouvrir cette charmante parenthèse, c'est toujours instructif de te lire,. J'adore çà! Tendres bisous.

emma 26/01/2015 19:00

oui bien sur c'est le roman qui t'a donné l'envie d'en connaitre plus, je m'étais aussi précipitée sur la documentation en lisant ce formidable roman passionnant comme les 2 autres pavés écrits par cette merveilleuse auteur (sauf peut être le derniers tiers que j'ai trouvés excessif et laborieux ) - il y a un lien sans doute entre la fin dramatique du peintre et le début du roman de Donna Tartt, je ne me rappelle plus si elle y fait allusion

Lucien 26/01/2015 18:51

Bien sûr la peinture flamande me fait rêver ; les Pays-Bas ne sont pas très loin de chez moi et tellement dépaysant. J'y ai beaucoup de souvenirs, des promenades dans Delft particulièrement ... Toute mon amitié.

Rufus 26/01/2015 17:17

Ma vie de petit campagnard m'a fait côtoyer, il y a bien longtemps, des familles de chardonnerets tous aussi joliment habillés. Je ne pensais plus à eux, merci, chère Michèle, de me les rappeler. Je dirai que je limite là un article adorable qui mérite toute notre estime.