Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Voir-ou-revoir

Voir-ou-revoir

Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Peintres
CLIQUEZ SUR LES IMAGES POUR LES AGRANDIR

CLIQUEZ SUR LES IMAGES POUR LES AGRANDIR

Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015

Cette fresque de 5,75 m de long et de 1,15 m de hauteur représente "Les funérailles du comte de Flandre, Charles le Bon" (1083-1127) inhumé dans l'église Saint-Christophe de Bruges. (Charles le Bon fut assassiné par les hommes de son chancelier avide de pouvoir). Elle est l'œuvre de Jan Van Beers, qui, inspiré par les textes médiévaux et les œuvres du Moyen Age, fait défiler en procession, chevaliers, ecclésiastiques, échevins, croisés (qui accompagnèrent Charles Le Bon aux croisades, on les reconnait à la croix rouge qui orne leur habit), sous le regard de la foule et devant des moines agenouillés.

Jan Van Beers est né le 27 mars 1852 à Lierre, dans le province d'Anvers. Il est le fils du poète flamand du même nom. Il suit les cours des beaux arts d'Anvers et fait scandale avec sa clique d'amis. Un de ses grands amusements est de se promener dans les rues déguisé en femme. Après un voyage à Londres, il s'installe à Paris, où, pour se faire reconnaître, il tente tous les styles et tous les sujets.

 
Au balcon - Kaiser Karl enfant - La lectrice - Portrait d'un hommeAu balcon - Kaiser Karl enfant - La lectrice - Portrait d'un homme
Au balcon - Kaiser Karl enfant - La lectrice - Portrait d'un hommeAu balcon - Kaiser Karl enfant - La lectrice - Portrait d'un homme

Au balcon - Kaiser Karl enfant - La lectrice - Portrait d'un homme

Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015

Après un voyage à Londres, il s'installe à Paris, où, pour se faire reconnaître, il tente tous les styles et tous les sujets. A partir de 1879, il se lance dans la production de petits tableaux, des miniatures, mais d'une précision extrême (on pourrait dire hyperréalistes). Le succès est immédiat "Soir d'été" obtient au salon de 1880 les louanges des critiques. Malheureusement les louanges ne vont pas perdurer.

En 1881, à Bruxelles, il expose deux tableaux : "Lily", et "La sirène" petite œuvre de 10x15cm.

Il est attaqué par trois critiques qui l'accusent d'avoir peint le tableau sur une photographie. Van Beers propose une expertise : si l'expert confirme l'accusation il donnera aux critiques 10.000 Fr pour Lily et 20.000 Fr pour la Sirène. Dans le cas contraire les critiques devront payer. Deux critiques refusent la proposition (ils ne veulent pas prendre le risque d'abimer l'œuvre), le troisième demande à Van Beers de s'enfermer et refaire l'un des deux tableaux, ce que le peintre refuse. Quelques jours plus tard "la Sirène" est vandalisée par un inconnu, les experts acceptent alors d'examiner l'œuvre. Van Beers prend de l'assurance et porte alors l'affaire en justice.

Il perd le procès sur décision de la Cour de Bruxelles (Journal des Tribunaux 1882: 123-124): "Attendu que la responsabilité du défendeur ne peut être engagée que s'il y a faute de sa part, c'est à dire, s'il a excédé les limites d'une critique honnête et loyale. (...) Que la bonne foi du défendeur doit être admise en ce sens qu'il n'a fait qu'exprimer dans des termes un peu vifs une conviction sincère qu'il s'était formée par l'examen des tableaux en eux-mêmes, abstraction faite de la personnalité de leur auteur. (...) Attendu que l'emploi de la photographie dans la peinture est sujet à discussion; que certains critiques le considèrent comme un abaissement de l'art, indigne du véritable artiste; que d'autres, à tort ou à raison, n'y voient qu'un moyen mécanique de venir en aide à la réalisation des idées du peintre (...)."

Un exemplaire de "La sirène"

Un exemplaire de "La sirène"

Ce qui fut appelé "l'affaire Van Beers" secoua le monde de l'Art Belge et fit des remous dans toute l'Europe. Elle permit à Van Beers de devenir par ce biais et comme il l'avait toujours désiré, riche et célèbre.

Cette affaire souleva aussi le problème de l'utilisation de la photographie. Paul Delaroche, dès 1839, avait exprimé son enthousiasme pour l'invention du daguerréotype, moyen facile pour rassembler rapidement des études. Delacroix avait également ouvert la voie.

Un nouveau scandale a lieu en 1884 lors d'une exposition au Palais de l'Industrie, Van Beers lacère un tableau qu'il dit ne pas être de lui.

Albert Wolff dans "le Figaro" de 1884 raconte que Jan van Beers faisait réaliser des copies de ses tableaux par l'un ou l'autre de ses élèves, ajoutait ensuite quelques touches puis les signait. Le procédé est discutable, mais le peintre , dont le but était d'être connu, se devait de satisfaire l'exigence de clients dont le choix n'était pas souvent négociable.

Ainsi le petit tableau "la sirène", objet du scandale a dû être reproduit un certain nombre de fois. On en retrouve un exemplaire dans une vente aux enchères de 2013 à Nantes, lot 27 - estimation de 400 à 600 euros -, un autre en octobre 2015 à Tours, lot 88 signé au dos - estimation 150/200 euros. Ces petites cotes démontrent bien l'oubli dans lequel est tombé Jan Van Beers.

Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015

"Les funérailles du Comte de Flandre" occupent pourtant une des salles du sous-sol du Petit Palais. Si l'œuvre a pu paraître singulière en 1877, elle l'est moins pour nous qui sommes au XXIe siècle habitués aux libertés artistiques.

Jan Van Beers n'était d'ailleurs pas sans talent et son jeune âge au moment où il peint ce tableau (il n'a que 25 ans) le prouve.

Il l'expose en 1877 à Anvers, Amsterdam et Paris et n'obtient pas le succès escompté. Henri Houssaye exprimant l'incompréhension du public et des critiques, ironique et acerbe, écrit cette phrase "Il n'a, comme on dit, ni queue, ni tête".

La composition n'est pas sans intérêt.En hauteur, au balcon, la foule silencieuse et recueillie est la mieux placée pour voir le cortège et c'est à travers ses regards que l'on peut imaginer la scène vue du dessus.

Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015
Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015

Au milieu de ce cortège, au centre de la fresque, le peintre se représente : on peut apercevoir une petite partie de sa chemise colorée qui semble fortement en décalage avec les vêtements moyenâgeux.

Pour nous, spectateurs hors du tableau, le cortège est en partie dissimulé par les moines agenouillés formant barrière. Ce sont eux qui interpellent notre premier regard. Fantômes dissimulés sous les lourds plis noirs de leurs chasubles à capuches, ils m'apparaissent comme le sujet principal du tableau, les funérailles n'étant peut-être que le prétexte pour les mettre en scène.

Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015
Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015
Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015
Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015
Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015
Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015
Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015
Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015Jan Van Beers - Petit Palais - Nov 2015

PHOTOS MP -

Commenter cet article

Cath 29/11/2015 15:20

Oups ! J avais quelques articles de retard avec tout mon petit monde a la maison !
J aime beaucoup cette fresque, elle doit etre impressionnante grandeur nature et a travers ton regard et tes explications, elle devient passionnante. Gros bisous

Rufus 27/11/2015 09:02

Arrivant un peu tard, et vexé de ne pouvoir que suivre vos amis, je ne peux donc que vous témoigner ma grande admiration pour vos dons de metteur en scène. Merci à vous aussi de nous montrer combien le Petit Palais et ses trésors sont attachants. Et pour être moins pompeux, mes chouchous : le petit garçon accompagnant le seul moine à profil découvert, et le tour de taille effarant ( pour moi en tout cas) de la dame au balcon . Merci encore chère Michèle

NISE 26/11/2015 18:45

Spectaculaire cette belle fresque ,j'aime beaucoup, c'est très intéressant de plonger dans les détails Merci gros bisous.

Monique 26/11/2015 16:44

Elle est bien jolie sa lectrice...Et quel étonnement cette fresque immense!!! tous ces détails!!! on ne dirait pas le même peintre par contre pour la sirène...
Merci pour la visite...

emma 26/11/2015 16:24

formidable fresque, cela a dû être un travail monstrueux ! belle composition : réalisme, multitude, foule, exercice si difficile ! une belle maitrise, 25 ans dis-tu ? et que voilà un personnage haut en couleurs, dont la vie pittoresque mériterait bien d'être portée à l'écran - merci, Michèle

voltaire 26/11/2015 15:20

Encore une belle découverte grâce à toi ! Et cette fresque est une pure merveille (à mon goût que tout le monde ne partage peut-être pas !) Merci de nous promener ainsi dans des expositions que nous n'aurons pas forcément l'occasion de visiter !

voir-ou-revoir 26/11/2015 19:15

Merci Voltaire (qui se cache sous ce pseudonyme célèbre ?) de ta fidélité et de tes commentaires. Bien amicalement. Michèle