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Voir-ou-revoir

Voir-ou-revoir

Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Expositions à Paris
Huile sur toile 55,9X46,4cm, Washington
Huile sur toile 55,9X46,4cm, Washington

Quel tableau de Fragonard, mieux que cet adorable "Amour folie", pourrait accompagner les vœux de bonheur et de santé que je forme pour mes fidèles lecteurs.

"L'Amour folie" est le dernier tableau présenté à l'exposition consacrée à Fragonard au Musée du Luxembourg. Le chérubin, emporté par la folie amoureuse (symbolisée par une marionnette rose à visage de fou) quitte la terre et les bosquets de roses pour s'élancer vers un ciel bleu où volent des oiseaux. C'est joyeux, léger, pur, et présage le préromantisme. "L'Amour folie" semble bien éloigné du titre un peu accrocheur "Fragonard amoureux galant et libertin", même si le terme "libertin" n'a pas à cette époque une connotation sensuelle, voir immorale, mais qualifie un libre penseur qui transgresse des siècles d'interdit et de tabou imposés par l'Eglise.

Fragonard nait à Grasse en 1732, ville à laquelle il restera attaché. La famille s'installe à Paris vers 1738 (sous le règne de Louis XV). Comme Matisse beaucoup plus tard, Fragonard devient un court temps petit clerc de notaire. Il entre ensuite quelques mois dans l'atelier de Chardin (il prépare la palette de maitre). Fragonard a environ 16 ans quand François Boucher lui ouvre les portes de son atelier, il y restera trois années. En 1752 il remporte le Grand Prix de l'Académie royale avec "Jéroboam sacrifiant aux idoles" et intègre l'école royale des élèves protégés, dirigée par Carle van Loo.

"Jeroboam sacrifiant aux idoles". 1752 Huile sur toile 111,5 x 143,5cm - Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts Paris

"Jeroboam sacrifiant aux idoles". 1752 Huile sur toile 111,5 x 143,5cm - Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts Paris

Il part à Rome où il est pensionnaire de l'Académie de France. Devenu l'ami d'Hubert Robert, il fait la connaissance de l'abbé Saint-Non, avec eux il visite l'Italie.

Lorsque Fragonard rentre à Paris en 1762, Rousseau vient de publier "La Nouvelle Héloïse". La peinture de Fragonard sera le reflet de la littérature et de la philosophie de son siècle.

En 1765, Fragonard est agréé à l'Académie royale de peinture avec "Le Grand Prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé". L'œuvre triomphe au salon. Fragonard obtient un atelier au Louvre. Au XVIIIe siècle, le Louvre, devenu le palais des peintres s'était transformé en une communauté de grands artistes occupant des ateliers.

Dans une esquisse préparatoire Fragonard avait représenté Corésus en vieillard, il le transforma pour la toile définitive en jeune homme androgyne, ce qui dérouta ses contemporains qui ne reconnaissaient plus les caractéristiques de l'homme et du prêtre.

"Le Grand Prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé" - Esquisse (Musée d'Angers)  et huile sur toile 3,09 x 4 m (Musée du Louvre)"Le Grand Prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé" - Esquisse (Musée d'Angers)  et huile sur toile 3,09 x 4 m (Musée du Louvre)

"Le Grand Prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé" - Esquisse (Musée d'Angers) et huile sur toile 3,09 x 4 m (Musée du Louvre)

Corésus et Callirhoé - détail

Corésus et Callirhoé - détail

En 1769, il épouse Marie Anne Gérard, artiste peintre en miniature et originaire, comme lui, de Grasse. On connait peu de chose de la vie personnelle et de la jeunesse amoureuse de Fragonard, mais d'après les témoignages les plus fondés il fut bon époux et bon père. Le couple aura deux enfants, Rosalie et Alexandre-Evariste qui deviendra un peintre célèbre.

En 1777, Fragonard réalise pour le marquis de Véri "Le Verrou", et en pendant "L'Adoration des Bergers". Cette confrontation peut apparaître étrange, mais en y regardant bien les deux tableaux sont complémentaires. "Le Verrou" représente la tentation charnelle. Un homme déshabillé retient dans sa chambre une femme. Il cherche à fermer le verrou. Est-elle entrée de son plein gré dans la chambre ? Une pomme est posée sur le guéridon pour une Eve qui va peut-être finalement succomber, ou être forcée. A l'opposé "l'Adoration des Bergers" représente Marie, l'Eve pure de la création, les bergers s'inclinent de loin.

FRAGONARD - Musée du Luxembourg - janv.2016FRAGONARD - Musée du Luxembourg - janv.2016

1789, c'est la prise de la Bastille et le début de la Révolution. Fragonard fait un séjour à Grasse. De retour à Paris il abandonne progressivement la peinture, devient membre de la "commune des arts" et est nommé conservateur du Muséum central des arts au Louvre. Inauguré en 1793. Louis XVI vient d'être guillotiné.

Fragonard s'éteint le 22 août 1806 dans son logement du Palais Royal.

Si Fragonard a exploré avec bonheur la thématique amoureuse, les nombreuses œuvres exposées au Musée du Luxembourg prouvent qu'il aborda bien d'autres genres : paysage, peinture d'histoire, grand décor et portrait.

Les peintures accrochées dans les premières salles, titrées "mythologies galantes", sont mes préférées : "Céphale et Procris", "l'Aurore triomphant de la Nuit" et son pendant "Diane et Endymion", "Jupiter et Callisto". Au delà du drame, charme et volupté dominent. Les velours verts et turquoises vibrent avec les roses tendres : c'est soyeux, lumineux, je suis subjuguée.

"Céphale et Procris" vers 1755-56 - Huile sur toile 79x173,5cm - Angers

"Céphale et Procris" vers 1755-56 - Huile sur toile 79x173,5cm - Angers

"L'Aurore triomphant de la Nuit" vers 1755-56 - Huile sur toile 95,3X131,4cm - Boston Museum of Fine Arts

"L'Aurore triomphant de la Nuit" vers 1755-56 - Huile sur toile 95,3X131,4cm - Boston Museum of Fine Arts

"Diane et Endymion" Huile sur toile 95x 137cm - Washington National Gallery of Art

"Diane et Endymion" Huile sur toile 95x 137cm - Washington National Gallery of Art

"Jupiter et Callisto" vers 1755-56 - Huile sur toile 79x173,5cm - Angers

"Jupiter et Callisto" vers 1755-56 - Huile sur toile 79x173,5cm - Angers

Autres tableaux exposés :

"La chemise enlevée" - vers 1779 - huile sur toile 35x42cm - Musée du Louvre

"La chemise enlevée" - vers 1779 - huile sur toile 35x42cm - Musée du Louvre

"L'Enjeu perdu" ou "le Baiser gagné" - vers 1759-1760 - huile sur toile 48,3x63,5cm Metropolitain Museum of Art - New York

"L'Enjeu perdu" ou "le Baiser gagné" - vers 1759-1760 - huile sur toile 48,3x63,5cm Metropolitain Museum of Art - New York

"Les Baigneuses" - vers 1765-1770 - Huile sur toile 64x80cm - Musée du Louvre

"Les Baigneuses" - vers 1765-1770 - Huile sur toile 64x80cm - Musée du Louvre

FRAGONARD - Musée du Luxembourg - janv.2016
Petite parenthèse - Mon admiration pour Fragonard n'est pas nouvelle. J'ai interprété il y a longtemps ce tableau, chevalet installé dans la Grande galerie du Louvre où ne déambulait pas la foule d'aujourd'hui ...
"L'Instant désiré" - vers 1765 ? - Huile sur toile 50x61cm - collection particulière

"L'Instant désiré" - vers 1765 ? - Huile sur toile 50x61cm - collection particulière

"Deux Femmes sur un lit jouant avec deux chiens" ou "Le lever" - vers 1770 - huile sur toile 74,3x59,4cm - collection particulière

"Deux Femmes sur un lit jouant avec deux chiens" ou "Le lever" - vers 1770 - huile sur toile 74,3x59,4cm - collection particulière

"Le Colin-Maillard" - vers 1754-56 - huile sur toile 117x91cm - Toledo Museum of Art

"Le Colin-Maillard" - vers 1754-56 - huile sur toile 117x91cm - Toledo Museum of Art

"La Résistance inutile" vers 1770-73 - huile sur toile 45X60cm - Stockholm Nationalmuseum

"La Résistance inutile" vers 1770-73 - huile sur toile 45X60cm - Stockholm Nationalmuseum

"La Poursuite" et "La Surprise" - huile sur toile 70x38cm - vers 1771 - Musée d'Angers. Ces deux petites peintures étaient préparatoires au décor du pavillon de Louveciennes de la comtesse Du Barry . Celle-ci les refusa."La Poursuite" et "La Surprise" - huile sur toile 70x38cm - vers 1771 - Musée d'Angers. Ces deux petites peintures étaient préparatoires au décor du pavillon de Louveciennes de la comtesse Du Barry . Celle-ci les refusa.

"La Poursuite" et "La Surprise" - huile sur toile 70x38cm - vers 1771 - Musée d'Angers. Ces deux petites peintures étaient préparatoires au décor du pavillon de Louveciennes de la comtesse Du Barry . Celle-ci les refusa.

"Le Baiser" - vers 1770, huile sur toile 52x65cm, collection particuliure

"Le Baiser" - vers 1770, huile sur toile 52x65cm, collection particuliure

Un coup de cœur pour cette froufroutante et délicate "Laitière et le pot au lait", illustrant La Fontaine. Légère et court vêtue, le lait répandu, la fortune de Perrette s'échappe sous la forme d'un nuage.

FRAGONARD - Musée du Luxembourg - janv.2016

Des peintures délicates et puissantes, de nombreux dessins, livres et gravures vous attendent jusqu'au 24 Janvier 2016... courrez !!

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Chris 19/01/2016 19:14

Merci pour toutes ces photos : un peintre n'est pas obligé d'être tragique ! Chris

Rufus 15/01/2016 16:06

Après le commentaire de votre amie Emma, tout propos ne sera que fadeur, je ne peux que vous faire part de mon bonheur à redécouvrir avec vous Fragonard. J'ajoutrai toutefois que votre choix d'oeuvres préférées me convient tout à fait, qu'il nous pousse à relire Ovide, à préciser nos souvenirs de la merveilleuse et tragique histoire d'amour de Céphale et de Procris ( nous assistons là à la mort tragique de Procris, viendra plus tard le suicide de Céphale hurlant le nom de sa bien aimée). Merci chère Michèle, j'adore.

emma 14/01/2016 22:45

ces tableaux sont ils restaurés ? une telle fraicheur des couleurs, ces carnations lumineuses ! l'évolution depuis les sujets grandioses et académiques vers les gracieux libertinages qu'on imagine bien décorant des porcelaines et bonbonnières est elle liée à des impératifs commerciaux ou à l'influence de son épouse ?

Brigitte PEROL-SCHNEIDER 14/01/2016 07:45

Un grand merci de partager avec nous toutes ces merveilles. Tout est éblouissant. La composition des "Baigneuses" est la perfection même !