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Voir-ou-revoir

Voir-ou-revoir

Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Graveurs

NAISSANCE DE LA TAILLE DOUCE.

L'exposition actuelle au Louvre sur "Les premiers ateliers italiens de la Renaissance de Finiguerra à Botticelli", m'a permis de voir (ce que je n'avais jamais vu) des œuvres de Finiguerra.

Pour un graveur (tout modeste que je suis) Tommaso d'Antonio, dit Maso Finiguerra, est évidemment connu pour avoir été l'auteur de la première impression de taille douce.

Cette exposition m'a donné envie d'approfondir l'origine de cette première impression qui vient de l'art de nieller. Je me suis donc penchée sur un ouvrage technique passionnant : "Essai sur les nielles - gravures des orfèvres florentins du XVe siècle par Aimé Duchesne - Paris 1826"

LES NIELLES ( nom masculin de niello en Italien)

Les objets décrits sous le nom de nielles et fabriqués par les orfèvres sont rares et d'un grand intérêt. L'usage des nielles connues depuis le VIIe siècle jusqu'au XIIe avait été négligé, repris au XVème puis abandonné à nouveau. On les retrouve au XVIIIe pour orner tabatières, montres, bracelets etc..

Auparavant essentiellement religieux les nielles ornaient les calices, les reliquaires, les couvertures des évangiles, mais aussi les poignées d'épées ou les manches de couteaux.

A  la renaissance en Italie, l'orfèvrerie est un art des plus importants. les orfèvres sont dessinateurs, sculpteurs, ciseleurs et graveurs. Ils savent modeler à la cire et n'ont pas recours à d'autres artistes pour créer leurs modèles. Ils se servent de la pointe et du burin. Pour faire ressortir les figures il font des hachures croisées dans les fonds et placent quelques tailles dans les parties ombrées.

Parmi les objets de culte où les orfèvres exerçaient leur talent, les "Paix", petites plaques de métal cintrées d'environ 9 à12 cm de hauteur, moindre en largeur qui représentaient des figures religieuses. Au cours des messes des grandes fêtes ou l'on chante l'Agnus Dei, elles étaient baisées par le célébrant et présentées ensuite à baiser à chacun des ecclésiastiques en leur disant "Pax tecum".

FABRICATION D'UN NIELLE

Il s'agit d'incruster dans les tailles faites au burin sur une plaque d'argent, une substance noire pour faire ressortir le motif.

Après avoir exécuter sa gravure au burin, l'orfèvre préparait le nielle.

Dans un creuset il mélangeait de l'argent, du cuivre et du plomb, du soufre et du borax ; ce mélange étant fondu et chauffé jusqu'à la vitrification, on le coulait et on le laissait refroidir. La composition noire  devenue cassante était ensuite pilée, broyées et tamisée en poudre très fine. L'orfèvre alors répandait avec précaution cette poudre sur les parties gravées de la planche (ou de l'objet). Ensuite il plaçait la planche près d'un feu clair et envoyait la flamme sur la plaque de métal au moyen d'un soufflet. Le nielle mis de nouveau en fusion se fixait sur le métal. La planche niellée et refroidie était polie avec une pierre ponce, puis avec des matières plus douces et ensuite à la main.

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                           Bague médiévale en or et nielle période saxonne 9ème siècle.

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                                                       poudrier en argent décor nielle - 19ème

L IMPRESSION DES ESTAMPES

l'art d'imprimer les estampes a vu le jour à Florence en 1452  dans l'atelier de Maso Finiguerra(Santa Lucia d'Ognissanti, 1426 - 1464), célèbre dans l' art de nieller.

Epreuve au soufre

A l'origine pour voir si son travail était terminé, s'il y avait de l'harmonie, si rien ne manquait au dessin ce qui est difficile de voir directement sur la plaque d'argent, Maso Finiguerra a d'abord eu l'idée de prendre une empreinte de la plaque avec une argile très fine.  Sur cette empreinte il coulait ensuite du souffre liquéfié pour obtenir des tailles en creux comme sur la planche elle même et remplissait les tailles avec du nielle. Ainsi l'orfèvre pouvait-il disposer d'un double, en soufre, de la plaque originale. On désigne par "nielle en soufre" ce type d'épreuve qui a reçu le niellage.  Ces épreuves avaient l'avantage de pouvoir être conservées (comme celle de "Jésus au mont des oliviers" -6,1 x 4,5 cm- que j'ai pu voir au Louvre).

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                             Jesus au mont des Oliviers, épreuve de nielle en souffre 6,1x4,1cm

 

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                                                                                        détail

Epreuve sur papier

Pour passer de cette épreuve au souffre à l'impression directe de la plaque sur le papier, il court un certain nombre d'hypothèse, voir de légende.

La première : Une servante ayant posé sur l'établi de Finiguerra un paquet de linge mouillé sans faire attention qu'il s'y trouvait une plaque niellée prête à être chauffée, ce paquet étant resté quelque temps sur la planche, Finiguerra fut étonné en l'enlevant de voir tout le travail de gravure emprunt avec fidélité sur le linge humide, émerveillé il répéta sans doute cet essai avec le premier linge qu'il trouva en appuyant avec la paume de sa main, puis fit l'essai sur une feuille de papier humide. Il utilisa ensuite pour mieux imprimer les tailles fines un rouleau de bois.

La seconde : En voulant contrôler son Triomphe et le Couronnement de la Vierge, enlevée au ciel et entourée d'anges, avant de recouvrir les traits de nielle, il voulut essayer ce que produiraient sur une feuille de papier humide, les figures gravées couvertes de la fumée grasse d'une chandelle. Le papier rendit fidèlement le sujet tracé sur le métal.

Cette découverte du report de la plaque sur le papier est donc l'origine de "la taille douce" .

La technique du nielle a considérablement évolué au cours des dernières décennies du quattrocento, menant progressivement à un emploi de la matrice de métal originale qui devait recevoir un nielle plus dilué (d'où la mention "d'huile et de noir de fumée" que rapporte Vasari) permettant, à la façon de l'encre, le lavage de la plaque de métal après son impression sans en altérer la taille.

Le nielle imprimé sur papier a servi dans un premier temps à conserver dans l'atelier du maître le dessin de la pièce niellée. Les collections de nielles sur papier jouant le rôle de livres de modèles.

L'art d'imprimer les planches a pu rester dans cet état précaire durant quelques années puis s'étendit au delà de Florence, gagna la Lombardie et les états Vénitiens puis l'Allemagne. De l'emploi du nielle à celui de l'encre il s'écoula quelques décénnies.

L'art d'imprimer des estampes fit des progrès en Allemagne, avec Martin Schongauer et Israël Van Mechelen avec des pièces 4 à 5 fois plus grandes que les "Paix", sans doute du à l'usage de la presse et de l'encre d'impression déjà utilisée pour les livres.

 

a

                                      Maso Finiguerra - nielle sur papier - le Maitre d'école - 5,8 x 5,3cm

 

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                          La Circoncision - nielle sur papier - épreuve unique - Maso FIniguerra - 5,5 x 4 cm

 

 

 

Commenter cet article

dess1 12/08/2011 14:22


passionnant...cela donne envie d'essayer "le" nielle et de voir l'expo...(mais hélas pas à Paris)amicalement...éric


rufus 11/08/2011 17:56


Courageuse Michèle, votre article, particulièrement clair, sur le nielle et l'origine de l'estampe va nous permettre de continuer à briller (grace à vous) et à éblouir les profanes par la richesse
de notre érudition d'amateur éclairé de la taille douce . Mon merci serait un peu plat si je n'y ajoutais le témoignage de ma grande admiration .


Lucien 11/08/2011 11:10


Un article très documenté, pédagogique et qui montre de très jolies choses. Un plaisir.