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Voir-ou-revoir

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Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Monastères et abbayes

    Je n'étais pas allée à Maubuisson depuis plusieurs années, ma visite d'aujourd'hui, outre le bonheur de revoir l'Abbaye, m'a offert une belle surprise :  l'exposition de Kôichi Kurita.

L'Abbaye de Maubuisson se trouve dans la commune de Saint Ouen l'Aumône, proche de Pontoise dans le Val d'Oise. C'est Blanche de Castille qui décide de la création de cette abbaye cistercienne de femmes : Notre-Dame-la-Royale. Le chantier démarre en 1236, il est mené rondement, les premières moniales arrivent en 1242. Maubuisson est conforme au plan bénédictin : quatre ailes, dont l'église, abritent des espaces de vie encadrant un cloître.   L'abbaye accueille les jeunes  filles nobles, elle est utilisée également comme résidence et nécropole royale. 
Le domaine abbatial rassemblé par la fondatrice est immense. Les religieuses perçoivent des rentes annuelles et perpétuelles, en nature et en argent, sur ses nombreuses châtelleries qui s'étendent d'Evreux à la Ferté Milon, de Pierrefonds à Etampes. Elles touchent les revenus des exploitations céréalières, les profits des dîmes et des moulins, les produits de la vigne, des bois et des animaux.  
Au cours des siècles Maubuisson subit troubles, disettes, dévastations. Les abbesses qui se succèdent se battent pour conserver leurs droits, respecter la tradition de Port-Royal et effectuer réparations et restaurations.
La révolution anéantit en peu de temps les cinq siècles d'existence. Les biens sont vendus aux enchères en 1793. L'abbaye est transformée en hopital militaire, puis achetée en 1797 par un particulier et revendue à des entrepreneurs qui démolissent et récupèrent les matériaux de construction. La filature installée dans le logis abbatial disparaît à son tour dans le courant du XIXe.
L'ensemble des bâtiments du XIIIe siècle qui a survécu aux aléas du temps a été classé au titre des Monuments historiques en 1947, et en 1983 un programme de restauration a réhabilité l'architecture intérieure.  

Depuis le parking, après avoir passée la grange  aux dîmes, une allée longe un petit ruisseau canalisé. Plus loin un bassin ombragé fait face à une grande pelouse laissant entrevoir l'abbaye. C'est une construction très sobre. Maubuisson n'est pas grandiose, il y a peu à visiter, mais c'est un lieu attachant, calme et reposant.  

La grange aux dîmes
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L'entrée de l'abbaye
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 l'autre façade  
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L'abbaye est également un site d'art contemporain. 
Köichi Kurita, né en 1962 à Yamanashi sur l'Ile de Honshû au Japon, travaille depuis une vingtaine d'années à un vaste projet : constituer une bibliothèque des terres du monde.
En 1986, après avoir travaillé à Tokyo dans un atelier de joaillerie, il part pour un voyage qui le mène en Inde, Chine, Pakistan, Grèce etc. Il photographie le sol et scotche de manière systématique au dos des cartes postales qu'il envoie, une pincée de terre.
A son retour au Japon, il parcours une grande partie des villages et recueille 35000 échantillons de terre. Depuis 2004 il s'intéresse au sol français.

LE PARLOIR
Le silence était de rigueur à l'intérieur du monastère, cette pièce, dite auditorium était la seule où les moniales pouvaient échanger quelques mots.
L'oeuvre exposée - "Lune-eau-terre-soleil"
Au sol, sur un cercle entourant le pilier, 108 coupelles (nombre sacré dans les régions orientales) contiennent des terres du Japon. Kôichi Kurita a finement tamisé la terre pour en deposer quelques grammes dans les coupelles mêlés  à un peu d'eau. Avec l'évaporation la terre s'est craquelée. L'alignement des coupelles forment un arc-en-ciel mineral. 

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LA SALLE DU CHAPITRE

C'est là que les moniales délibèraient des affaires courantes, de l'admission des novices, élisaient l'abbesse, réglaient les questions de disciplines etc...  
L'oeuvre exposée - "Bibliothèque de terres"  
J'aime moins le grand plateau oval en lévitation, mais la progression chromatique des terres déposées dans des flacons est étonnante. Köichi Kurita a récolté les terres dans la région Poitou Charente en 2005, 2006 et 2007 . Il les a nettoyées, broyées et tamisées. Ne manquez pas de regarder le film (en fin d'article) dans lequel on le voit travailler.  
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LA SALLE DES RELIGIEUSES

Il est supposé que dans cette salle les religieuses filaient la laine, confectionnaient leurs vêtements, brodaient les ornements liturgiques.
L'oeuvre exposée - "Notre terre-Votre terre".  
Saisissante installation qui s'accorde parfaitement avec l'ampleur de la salle. Kôichi Kurita a récolté 1000 sortes de terres dans un rayon de 300 km autour de Maubuisson. Là encore la couleur des terres est stupéfiante. Si je perçois bien dans la nature les terres plus ou moins brunes  ou ocres, où trouver ces terres roses, vertes ou jaunes ? Et quelle patience pour déposer sur les carrés de papier japonais servant pour les offrandes, les petites surfaces régulières de terre. Köichi Kurita rend hommage aux religieuses par une évocation abstraite de l'univers qui les entourait.  
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LES ANCIENNES LATRINES

Construites sur le canal que l'on aperçoit sous les plaques de verre, les huit latrines de cette petite salle communiquaient avec la salle des religieuses. Au premier étage, accessibles depuis le dortoir, d'autres latrines, reposant sur vingt arches lancées à quatorze mètres au dessus de l'eau courante, comportaient trente huit sièges en bois.  
Cette petite salle est très belle et on en oublie vite l'ancien usage.
L'oeuvre exposée - "Innocence"
Kôichi Kurita a déposé dans un petit flacon de verre, en 2011, une terre collectée en 2004 à Fukushima avant l'accident nucléaire. Mis sous vitrine, tel une relique, cet échantillon d'une terre aujourd'hui souillée pour des milliers d'années nous rappelle qu'il faut agir pour préserver notre planète. "Le crime est humain. La terre est innocente"(Kôichi Kurita)
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Pour ceux qui le peuvent, Maubuisson est une belle découverte ou redécouverte à ne pas manquer.  

Voir Köichi Kurita travailler - cliquer :  link

Exposition jusqu'au 5 octobre - tous les jours sauf mardi de 14 h à 18 h - entrée gratuite
Abbaye de Maubuisson - Avenue Richard de Tour 95310 - Saint Ouen l'Aumône -
01 34 64 36 10

 

Commenter cet article

margareth 25/07/2014 14:43

Le lieu semble en effet être encore celui du recueillement. Je ne connaissais ni l'abbaye ni l'artiste et j'ai lu cet article avec grand intérêt. Jamais je n'aurais imaginé que la terre ordinaire
pouvait présenter autant de variations de couleurs. C'est superbe. Sans doute ne regarderais-je plus le sol sous mes pieds avec le même oeil.

lydia 25/07/2014 11:45

Merci pour ce moment très apaisant qui prépare à une forme de méditation.
Le lieu est une merveille!
Le film m'a "scotché" !!! Quel splendide travail!
Je viens d'évacuer tout le stress!
Merci encore et bisous

bernard 24/07/2014 09:11

encore un très beau reportage dans ce lieu reposant.
florilège de couleurs pour cette exposition!

titi 23/07/2014 13:11

Quelle histoire mouvementée , originale la bibliothèque du Japonais ! Merci j'apprécie toujours tes reportages bravo !
Bonne journée !

cath 23/07/2014 09:57

C est une exposition étonnante et originale et comme toi je suis surprise de voir toutes ses couleurs de terre surtout pour celles trouvées autour de Maubuisson. La recherche dans la présentation
est intéressante aussi. Merci pour ce beau reportage. Gros bisous. Cath

rufus 23/07/2014 09:27

Je vous dois, une fois encore, chère Michèle, le plaisir de revoir un lieu très aimé, un peu oublié, et aussi la forte envie de vite voir sur place, le travail de Kôichi Kurita. Merci encore pour
cette présentation de grande qualité, bien sur, digne de vous.

emma 22/07/2014 21:58

étonnant cette mise en scene artistique de flacons au lieu de les exposer sur des rayonnages.. la simple grandeur du lieu convient dans doute à la dimension philosophique qui procede à la
constitution de cette immense collection -
me revient cette chanson de Pagani " ma terre rouge orange",tu la connais ?
(https://www.youtube.com/watch?v=Cxz-VYVjdZM )