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Voir-ou-revoir

Voir-ou-revoir

Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Expositions à Paris

Musée du Louvre PARIS - Octobre 2013    

Dès l'entrée dans le Hall Napoléon, la mise en relation de deux sculptures, la tête de cheval colossale de Donatello et son ancêtre grecque plus petite révèle le thème de l'exposition : la place majeure occupée par la sculpture au printemps de la Renaissance. Les oeuvres de Donatello, l'artiste le plus créatif du siècle, y tiennent la place essentielle auprès de celles de Ghiberti, Michelozzo, Mino da Fiesole, Della Robbia, Brunelleschi, etc. et en parallèle leur héritage antique. 
L'exposition est très riche, outre les chefs d'oeuvre de la sculpture, elle rassemble des dessins, des manuscrits, des pièces d'orfèvrerie etc. A la fin du parcours un bas relief va m'émouvoir particulièrement : "La Vierge et l'Enfant" (Madone Bliss du nom de sa donatrice) de Luca della Robbia.    

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Terre cuite émaillée 1450-1460 - New-York - The Metropolitan Museum of Art louvre.png

 
J'ai découvert les oeuvres des della Robbia, il y a de nombreuses années au Louvre dans la salle des sculptures italiennes, sans m'y attacher véritablement. Lors d'un voyage à Florence j'ai appris à les connaître mieux. J'ai pu voir, au Bargello en particulier, une très belle Vierge à l'Enfant de Luca della Robia et j'ai été conquise par les médaillons d'Andréa della Robbia sur la façade de l'Hopital des Innocents... puis j'avais un peu oublié les della Robbia jusqu'à cette exposition qui m'incite à parler de cette famille, sans doute moins connue que les grands sculpteurs présents au "Printemps de la Renaissance".   
Vierge à l'Enfant - Bargello - Florence
1031927622-copie-1.jpghopital-des-innocents.jpg 

Hopital des Innocents - Florence

LA FAMILLE DELLA ROBBIA
arbre-genealogique-copie-4

LA TECHNIQUE  DE LA TERRE CUITE VERNISSEE

Luca della Robbia n'a rien inventé, il a amélioré la technique de la majolique pour pouvoir l'appliquer à des sculptures, parfois monumentales (les grandes sculptures en terre cuite existaient déjà, Donatello en avait fait une, dressée sur un contrefort du Duomo, mais il fallait la repeindre  régulièrement).
La technique de la terre cuite vernissée, ou majolique, a été développée dans les civilisations orientales. Byzantins et Romains en héritèrent, les Arabes l'introduisirent plus tard en Espagne et dans l'Ile de Majorque (majolique venant de l'italien majolica qui désignait Majorque au XVe).
La majolique était surtout destinée à fabriquer de la vaisselle. C'est une catégorie de faïences dites "à décor de grand feu sur émail cru" qui reçoivent l'essentiel de leur décor avant la cuisson qui s'effectue à 950°C.

L'amélioration de Luca della Robbia a consisté à faire en sorte que la sculpture puisse résister aux conditions atmosphériques aussi bien intérieures qu'extérieures.

Dans ce but, Luca a mis au point une double cuisson :
- tout d'abord, après avoir laissé sécher l'argile modelée plusieurs jours, il la cuit entre 750 et 950° C.
- puis après application de l'émail au pinceau, il cuit une seconde fois à une température d'un niveau légèrement inférieure provoquant une vitrification permanente sur le support d'argile.
Luca rend ainsi sa faïence "éternelle".

L'émail est constitué d'un mélange de plomb,d'étain, de silice et d'oxydes métalliques.
Les couleurs utilisées sont claires, très peu variées : la blanc se rapproche du marbre de carrare, le bleu occupe le fond, quelques tons vifs animent les bordures.
La technique de Luca della Robbia resta longtemps secrète afin de garantir la compétitivité de son atelier en lui assurant une avance certaine sur les ateliers rivaux. L'absence de toute note, de toute indication la protegeait. (la recette magique aurait été dévoilée par la femme de ménage des della Robbia à Benedetto Buglioni (1460-1521), qui ouvrit son propre atelier en 1480 et travailla avec son neveu Santi Buglioni (1494-1576)).
Avec le succès, l'atelier mit au point un procédé de moulage d'un modèle préexistant afin de le multiplier. Le coût des oeuvres devint accessible. Il faut toutefois établir une distinction entre les créations personnelles de Luca della Robbia (Andréa et ses fils ayant également réalisé des pièces d'une qualité unique) et certaines production de l'atelier.

 
LUCA DELLA ROBBIA

Luca della Robbia rompt avec la tradition familiale pour se consacrer à la sculpture. Il étudie l'art antique et se forme dans les ateliers de Nanni di Banco. Il commence par sculpter le marbre.
La coupole de Santa Maria del FIore (consacrée en 1438) domine la ville et les ateliers s'activent à répondre aux nombreuses commandes des autorités du Duomo.
La première oeuvre connue de Luca : la 'Cantoria del Duomo". 
Commandée par les autorités du Duomo en 1431 ou 1432 pour la sacristie, c'est un balcon d'orgue ou plusieurs chantres peuvent se réunir. Une deuxième fut commandée à Donatello. Elles ont été retirées au 17e. Les reconstitutions d'après les fragments sont au musée du Duomo.

Cantoria reconstituée
       692px-Cantoria_di_luca_della_robbia_01.JPG

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Elément sauvegardé - marbre -  Musée du Bargello

Les autorités du Duomo s'intéressèrent fortement à la terre cuite vernissée utilisée par Luca, matériau beaucoup moins cher que le marbre et propre à réduire les délais de fabrication. Luca reçoit la commande de deux lunettes pour les entrées des sacristies nord et sud du Duomo, la Résurrection en 1442, au dessus de la porte de bronze qu'il a réalisé, et l'Ascension en 1446.


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En 1459, à la mort à Florence du Cardinal Jaime du Portugal, Luca della Robbia décore le plafond de la chapelle tout spécialement ajoutée à l'église romane de San Miniato al Monte pour recevoir le tombeau du Cardinal.dellarobia92.jpg

 Les quatre médaillons portent les Vertus cardinales et au centre la colombe du Saint Esprit dellarobia93
Les représentations de la vierge et l'Enfant constituent un thème majeur dans l'oeuvre de Luca della Robbia.
La "Vierge à la Pomme" qui se situe vers la fin des années 1450 est sans doute l'un des plus beaux reliefs de la Madone de Luca, Marie et son fils sont d'une beauté extrême.  Si la grâce de la Vierge est touchante, c'est surtout l'Enfant Jésus qui émeut par son réalisme. Ce n'est pas un adulte miniature, tel qu'on le représente souvent, mais un véritable bébé potelé serré contre sa Maman.     

Musée du Bargello - Florence - terre cuite vernissée - 70x52cm
dellaboria2-copie-1.jpg
La "Vierge et l'Enfant dans le jardin de roses" date approvimativement de la même époque

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Musée du Bargello -  terre cuite vernissée -  83x63cm - della-robbia-vierge-c3a0-lenfant.jpg

Madone àl'Enfant - (Galerie de l'Hôpital des Innocents - Florence)


ANDREA DELLE ROBBIA - LE SUCCESSEUR
La très grande diffusion de l'art de la terre vernissée devra beaucoup à Andréa devenu maître-artisan de l'atelier. Ses cinq fils travailleront avec lui.
     andréa madone au cherubin

"Madone au chérubin" Musée du Louvre

 

 dellarobia95    

Les deux médaillons d'Andréa sur la façade de l'hopital des Innocents à Florence
   (institution de bienfaisance pour les enfants fondée au XIIe.).
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LES FILS D'ANDREA

- MARCO DELLA ROBBIA

Il devient moine chez les dominicains en 1496 sous le nom de" Fra' Mattia della Robbia" marco

Vierge à l'Enfant - 1522-1527 - Eglise du couvent des Pères Capucins - Renacavata

- GIOVANNI DELLA ROBBIA 
giovanni1.JPG 

Enfant et guirlande - Musée de l'Ermitage - Saint-Petersbourg

- LUCA LE JEUNE
En 1529, en conflit avec l'atelier rival de Santi Buglioni, Luca rejoint en France Girolamo. Ce sera la fin de la production de l'atelier della Robbia

lucas le jeune 

Emblème des Bartolini 1523 - Bargello Florence

- FRANCESCO DELLA ROBBIA
Devenu moine dominicain (Fra'Ambrogio della Robbia) au couvent San Marco de Florence en 1495, il conserve malgré tout des liens très étroits avec l'atelier familial
nativity-francesco-della-robbia.jpg 

Nativité - 1490 - 185x185cm - Eglise Santa Maria degli Angeli - La Verna - Italie

- GIROLAMO DELLA ROBBIA
Girolamo est appelé par François 1er en 1527 pour décorer le château de Madrid (aujourd'hui détruit). Il fonde un atelier à Suresnes, près de Paris, et fait l'essentiel de sa carrière en France où il meurt en 1566.
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Buste de François 1er - 1529 - dia. 44,5cm - Metropolitan Museum of Art - New-York 200px-Girolamo_Della_Robbia_Bode_Berlin_1.jpg

 1515-1520 - Berlin - Musée Bode 

Le nombre d'oeuvres conservées est considérable et s'étale sur plus d'un siècle (d'où la difficulté de l'attribution à l'un ou l'autre artiste de la famille). Leur coût accessible a favorisé une vaste diffusion dans les intérieurs privés comme dans les monastères, les oratoires et les confréries de dévotion très nombreux à Florence.
L'atelier des della Robbia, appelé fort justement "Bottega" a été un lieu prestigieux de fabrication et de vente, exportant dans toute l'Europe les terres vernissées à fond bleu, couleur du ciel de toscane.

 

 LE PRINTEMPS DE LA RENAISSANCE - MUSEE DU LOUVRE - JUSQU'AU 6 JANVIER 2014

 

 

Commenter cet article

margareth 20/11/2013 11:50

A défaut de pouvoir visiter cette exposition nous en profitons très largement à travers ton article très documenté. Tout à coup je découvre tout l'intérêt de cette technique qui jusqu'alors n'avait
guère retenu mon attention. Si l'occasion m'est donnée un jour de retourner à Florence je serai plus attentive à ces sculptures ou bas-reliefs que tu nous décris.

Nise 17/11/2013 12:44

Par ignorance je n'étais pas vraiment fan de cette technique que je trouvais un peu (froide), mais les oeuvres que tu nous présentes sont magnifiques et la blancheur du vernissé fait ressortir
toute la délicatesse des visages.Tes explications me sont précieuses merci. Gros bisous

lydia 11/11/2013 11:45

coucou, les chérubins ressemblent enfin à de vrais bébés!
merci pour l'explication de la méthode de réalisation, je me coucherais moins bête ce soir, gros bisous

rufus 10/11/2013 19:02

Encore un article passionnant, bravo Michèle.J'ai été particulièrement sensible au visage merveilleux des Vierges de Luca della Robbia ( sans doute toujours du même modèle)que l'on redécouvre avec
vous. Face à l'une de ces oeuvres, je n'avais pas autant été frappé par ces traits si émouvants, si proches malgré tout de nous. Merci à vous Michèle

emma 10/11/2013 17:10

passionnant article : quelle époque de jaillissement et d'invention ! en effet, comme tu le soulignes, les visages sont extrêmement jolis et vivants, et l'enfant n'a pas une tête de petit vieux,
est ce la matière qui donne cette liberté ?
c'est merveilleux, l'éclairage que donnent les des expos thématiques - je me souviens de Florence où j'étais bien prête de ressentir le syndrome de Stendhal par overdose de beauté