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Voir-ou-revoir

Voir-ou-revoir

Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Peintres

Lorsque je me rends dans la Grande galerie du Louvre, je ne manque jamais de m'arrêter, dans le salon carré, devant la "Bataille de San Romano" de  Paolo Uccello.

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Cette oeuvre me fascine depuis de longues années. J'aime la douceur presque féminine du visage et la tristesse du regard du condottiere Micheletto da Cotignola. Son énorme couvre chef aux motifs floraux le différencie de sa troupe qui porte casques à oeillères et cimiers (ornements  fantastiques surmontant les casques). Micheletto, sur son étalon noir henissant, va donner à ses cavaliers l'ordre de charger : c'est la contre attaque décisive de la bataille. Les deux chevaux du premier plan, à droite, suggèrent la profondeur du tableau. Entre eux un arbalétrier ajuste une flèche, les cavaliers sont regroupés en cercle autour de lui, regards dirigés vers son "mazzocchio" (bonnet drapé sur une armature en bois et en osier, objet privilégié par Paolo Uccello). Devant le condottiere cinq cavaliers chargent déjà, chevaux en mouvement, lances pointées vers l'ennemi.

Les armures et les armes sont recouvertes de feuilles d'argent. Le panneau en bois a permis à Paolo Uccello d'inciser leurs contours de façon très détaillée.  Sur les trompettes et garnitures de harnachement ce sont des applications de feuilles d'or. L'argent des armures a presque totalement disparu mais l'or des trompettes et des décorations reflète encore les changements de la lumière. Aurais-je préféré, dans la chambre de Laurent de Médicis, le tableau à son origine où brillaient de mille feux l'argent et l'or ? Peut-être pas, les écaillements et fendillements donnent maintenant aux armures une matière étonnante.

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Ce panneau  "Micheletto da Cotignola sur le champ de bataille" a longtemps été considéré comme partie d'un triptyque. Il est admis désormais qu'il a été rattaché à un diptyque "La bataille de San Romano" (dont l'un des panneaux se trouve à Londres à la National Gallery, l'autre aux Offices à FLorence) et qu'il a été peint en 1456, alors que les deux autres datent de  1435 /1440.
Les trois racontent la bataille du 1er Juin 1432, qui s'est déroulée en plein champ, à San Romano, et durant laquelle s'affrontèrent florentins et siennois.
Celui de Londres "Niccolo Mauruzzi da Tolentino à la tête de ses troupes" montre le début des hostilités.
Paolo Uccello 031

Celui de Florence "La défaite du camp siennois illustrée par la mise hors de combat de Bernardino della Ciarda" marque la fin des combats. Ce panneau est signé Pauli Ugielli Opus  (oeuvre de Paolo Uccello). 

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On remarque bien la similitude entre les deux dernières oeuvres alors que sur celui du Louvre il n'y a pas de paysage.
Les formats des panneaux sont rectangulaires mais devaient, à l'origine, être cintrés (sur le tableau du Louvre l'étentard du condottiere est tronqué). Il mesurent chacun environ 3,20 par 1,60m et sont peints à l'huile.
Après avoir appartenues aux Médicis, et subis des dommages au moment de leur chute, les Batailles ont été accrochées aux Offices en 1784. Restaurées, deux ont été mises dans les réserves et, au milieu du XIXe siècle, vendues à une collection privée. On les retrouve ensuite à Londres et à Paris.
Exécuté en 1436 pour la cathédrale Santa Maria del Fiore de Florence "Le monument équestre de John Hawkwood"  porte également la signature Pauli Ugielli Opus. Avec "
La Bataille" de Londres, ce sont les deux seules oeuvres signées Paolo Uccello.  

C'est à partir de cette année 1436 que Paolo di Dono se fit appeler  Paolo Uccello. Vasari indique que ce surnom serait dû à l'amour de Paolo pour les oiseaux (uccello en italien). Le rapprochement avec une famille bolonaise peu connue, les Uccelli, est une autre hypothèse : la signature Pauli Ugielli opus étant apposée sur un bouclier portant les mêmes couleurs que cette famille.
Le monument équestre de John Hawkwood - Florence - Santa Maria del Fiore 
fresque 732x404cm un cadre en trompe l'oeil fut ajouté au XVIe siècle

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Paolo di Dono, dit Paolo Uccello, nait en 1397. Son père Dono di Paolo, chirurgien et barbier, s'est installé à FLorence en 1373 et s'est marié en 1387 avec Antonia di giovanni del Beccuto, fille d'une ancienne famille florentine. En 1407 Paolo Uccello est assistant dans l'atelier de Ghiberti. En 1423 ? il s'inscrit à la compagnie de Saint Luc (organisation corporative des peintres). Parmi ses premières oeuvres une "Nativité" en 1425 (National Gallery Londres). En 1431 il peint deux séries de fresques pour le Cloître Vert de Santa Maria Novella de Florence. Il peindra également les quatre têtes de prophètes pour l'horloge de la cathédrale Santa Maria del Fiore (1433). Une huile sur toile  vers  1470 "Saint Georges et le dragon"est exposée à la Nationale Gallery de Londres. Un grand nombre d'oeuvres lui sont attribuées à partir de textes et documents et pour des motifs stylistiques.

En 1467 il se rend à Urbin avec son fils Donato et travaille pour la compagnie Corpus Domini, il pense peut-être y transférer son atelier. Il rentre à Florence en 1469. Septuagénaire il se déclare au cadastre "vecchio e senza inviamento - vieux et sans travail -. Il meurt le 12 décembre 1475. Il est enterré dans le sépulcre paternel à Santo Spirito.

Paolo Uccello est l'un des meilleurs perspectivistes de son temps, l'abondance des raccourcis et les mazzocchi aux facettes minutieusement décrites le prouvent. Il a séduit les artistes du XXe siècle, particulièrement les cubistes.

dessin d'un "mazzocchio" -
m503501 d0002692-000 p
 
Fresques de Santa Maria Novella  
uccello deluge - santa maria novella

Paolo-Uccello-Creation-of-Adam-2-   
 
Horloge de Santa Maria del Fiore - cadran peint en 1433 - diamètre presque 7 mètres. Les 24 heures sont en chiffres romains dans l'ordre croissant mais antihoraire.   
Necessaires-ruptures-dans-l-ordinaire-des-jours article pop
 mécanisme de l'horloge  
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 Saint Georges et le dragon - huile sur toile - National Gallery Londres - 55x44cm

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PHOTOS - diverses sources

Commenter cet article

Silou 06/07/2014 20:59

merci pour ces beaux détails, il serait aussi intéressant de présenter si c'est possible le magnifique St Georges du musée Jacquemart André .

monique 06/07/2014 09:13

superbe, j'ai vu il y a longtemps le tableau des offices qui m'avait à l'époque déjà fortement impressionnée!!!merci Michelle pour ce beau rappel en mémoire...

emma 05/07/2014 15:44

passionnante cette façon que tu as de nous faire pénétrer dans ce tableau, que, profane, j'aurais survolé comme une sorte d'installation de soldats de plombs - j'aime comme tu parles de la matière
et sa façon de vieillir qui ajoute des effets, et bien sur, merci pour les informations historiques - il y a dans le groupe de lanciers de gauche,sur lequel tu as zoomé, comme un effet spécial très
moderne de mouvements superposés, saisissant. merci, Michèle.

titi 05/07/2014 13:16

Justement je pensais à toi et je te trouvais bien silencieuse.
C'est un retour en force merci pour tous ces détails forts
intéressants. Bonne journée !

rufus 05/07/2014 12:57

Il est bien réconfortant de retrouver notre maître préféré qui nous avait abandonné depuis un mois. Merci chère Michèle pour tout ce que vous nous apportez aujourd'hui sur Uccello et ses batailles.
J'avouerai que ce qui m'a le plus stupéfié, c'est de découvrir avec vous "St George et le dragon" que je serais sot de vouloir agrémenter d'un qualificatif. Merci encore à vous