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Voir-ou-revoir

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Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Expositions à Paris

Portée par "La Grande Vague", une foule est venue s'échouer devant le Grand Palais. A l'intérieur cinq cents pièces exceptionnelles du très célèbre Hokusai. Dans cette foule de nombreux enfants, sans doute parce qu'Hokusai est présenté comme le pionnier des "manga" alors que ses carnets d'esquisses spontanées n'ont qu'un lointain rapport avec les bandes dessinées chéries par les enfants.

La carte de la Maison des Artistes me permet d'entrer sans attendre. Déception : l'intérieur est tout aussi bondé. Il faut faire la file pour s'approcher des œuvres. Les enfants s'ennuient. Guettant les espaces libres, je louvoie. Je peux admirer de près une centaine d'œuvres. Aurais-je pu regarder attentivement cinq cents estampes ? J'achète le petit catalogue "Hokusai l'expo", les reproductions ne sont pas mauvaises et je pourrai, à loisir, scruter dans le détail les œuvres que je n'ai pas pu aborder.

PETIT RAPPEL HISTORIQUE ET TECHNIQUE

L'évolution de la peinture japonaise au XVIIe tient à l'essor de ses grandes villes et à la stabilité politique. A Edo (actuelle Tokyo) après l'incendie de 1657, la bourgeoisie désire posséder des peintures à son goût. Pour répondre à la demande on fait appel à la technique des estampes réservée jusque là à l'illustration des livres. A la demande d'un public qui souhaite des coloris éclatants, Hishikawa Moronobu (1618-1694) ajoute sur ses estampes des couleurs à la main. Après sa mort on exploite une technique appelée "tan-e" (tan : rouge orangé) en mettant à la main quelques touches de rouge orangé sur la gravure noir et blanc. Puis une technique plus avancée "beni-e" (beni : pourpre), due sans doute à Okumura Masanobu consiste à appliquer toujours à la main des touches de couleurs claires, pourpre, jaune, vert ou violet.

Mais éditeurs et artistes cherchent le moyen xylographique de colorier les estampes. En s'inspirant des estampes polychromes chinoises on commence par ajouter quelques couleurs (le pourpre et le vert bleuté) à la gravure en superposant le tirage de chacune des couleurs (on grave une planche par couleur). Puis des artistes de talent, notamment Suzuki Harunobu (1725-1770) en collaboration avec les meilleurs graveurs et imprimeurs font des tirages de luxe employant sept ou huit couleurs.

L'artiste dessine sur un papier mince et translucide en fibre de murier, puis le confie à un graveur qui le colle à l'envers sur une planche de bois poli (variété de cerisier choisi pour sa dureté). La planche est creusée au canif en suivant les traits du dessin. Le dessin sur papier coupé en même temps est détruit. Le graveur réalise d'abord le "bois de traits" pour les contours du dessin et l'écriture, puis les planches correspondant à chacune des couleurs des aplats, les "bois de teinte".. Les nombreux passages sous la presse exige un papier de qualité supérieure (hôsho).

C'est cette technique xylographique, "nishiki-e" qui sera employée par Hokusai pour ses estampes.

VOUS POUVEZ CLIQUER  SUR LES PHOTOS POUR LES AGRANDIR

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HOKUSAI

Hokusai est né en 1760 à Warigesui dans le quartier de Honjo incorporé à Edo dans la première moitié du XVIIIe siècle. Il est adopté à l'âge de trois ou quatre ans par son oncle, artisan de haut rang, fabricant de miroirs en bronze. En 1773-1774, il entre en apprentissage dans un atelier de xylographie.

Durant sa longue vie, Hokusai a utilisé cent vingt noms d'artistes et pseudonymes et changé fréquemment de style.

Ses premières estampes datent de 1779, il devient l'élève de Katsukawa Shunshö (1726-1792), spécialiste des "kabuki", portraits d'acteurs célèbres et de l"ukiyo-e", peintures de genre et de goût populaire. L'ukiyo-e est à son apogée à la fin du XVIIIe siècle.

 Kabuki

Kabuki

Hokusai abandonne l'école katsukawa, découvre quelques livres hollandais illustrés de gravures parvenus au Japon (les hollandais étaient les seuls à pouvoir communiquer avec le Japon par l'unique port de Nagasaki). Il publie alors plusieurs séries de paysages purs de style "occidental" consacrées au vues du Tokaido, grande route reliant Kyôto à Edo, et au mont Fuji. Fréquentant une élite culturelle, il édite des "egoyomi", calendriers illustrés, et des "surimono", estampes hors commerce distribuées entre amis.

Il s'affirme en tant qu'artiste indépendant et réputé, suscitant élèves et imitateurs. Il opte pour le nom qui l'a rendu célèbre, Hokusai, en hommage à la divinité bouddhique Myôken, incarnation de l'étoile du Nord, à laquelle il voue un culte particulier. Parallèlement à sa production de surimono, d'estampes polychromes et de peintures, il illustre un grand nombre de "yomihon" (romans fleuves inspirés des légendes chinoises).

A partir de 1814, il commence la publication du Hokusai Manga, sorte d'encyclopédie de dessins et croquis fournissant aux artistes un répertoire iconographique de modèles sur tous les sujets. Treize carnets ont paru de son vivant et deux après sa mort.

 Manga

Manga

Manga

Manga

Au début des années 1830, Hokusai réalise ses œuvres les plus célèbres : la série des "Trente-six vues du Mont Fuji", les cascades, les oiseaux, et des thèmes fantastiques comme les fantômes. Cette période se caractérise par la production de nombreux surimono. Hokusai s'impose également comme un peintre remarquable.

Orage en bas du sommet - Trente six vues du Mont Fuji - nishiki-e - 24,7x36,7cm -

Orage en bas du sommet - Trente six vues du Mont Fuji - nishiki-e - 24,7x36,7cm -

Les chutes d'eau de Kirifuri sur le mont Kurokami - nishiki-e - 38,5X25,8cm -

Les chutes d'eau de Kirifuri sur le mont Kurokami - nishiki-e - 38,5X25,8cm -

Bouvreuil et cerisier pleureur en fleur - 25,3x18,8cm - nishiki-e -

Bouvreuil et cerisier pleureur en fleur - 25,3x18,8cm - nishiki-e -

En 1839, un incendie détruit sa maison avec tout son matériel, ses croquis et dessins. Il se désintéresse de l'estampe et s'adonne surtout à la peinture.

Le succès inattendu d'un jeune rival va ébranler sa suprématie : Andô Hiroshige, qui publie, en 1834, un recueil des "Cinquante-trois étapes de la grande route de Tokaido".

Tombé malade au printemps 1849, il meurt dans la misère au mois de mai, presque ignoré, laissant une production monumentale. Il est enterré au temple de Keikoji dans le district d'Asakusa d'Edo où il a passé la majeure partie de sa vie.

Chutes d'Ono sur la route de Kisohaidô - 37,1x25,8cm - nishiki-e

Chutes d'Ono sur la route de Kisohaidô - 37,1x25,8cm - nishiki-e

Cascade où Yoshitsune lava son destrier à Yoshino - 37,8x25,5cm - nishiki-e -

Cascade où Yoshitsune lava son destrier à Yoshino - 37,8x25,5cm - nishiki-e -

Série Cent poèmes de cent poètes expliqués par la vieille nourice. 26x36,5cm - nishiki-e

Série Cent poèmes de cent poètes expliqués par la vieille nourice. 26x36,5cm - nishiki-e

Ono no Komachi - 39x25?5cm - nishiki-e

Ono no Komachi - 39x25?5cm - nishiki-e

Recueil de caricatures - Valets attitrés à la classe militaire - 22,5x16,5cm - nishiki-e

Recueil de caricatures - Valets attitrés à la classe militaire - 22,5x16,5cm - nishiki-e

Kakemono (rouleau vertical) - 59,1x30,2cm -

Kakemono (rouleau vertical) - 59,1x30,2cm -

Kakemono - 156,5 x 104cm

Kakemono - 156,5 x 104cm

Très intéressante exposition à condition d'avoir, pour comprendre la richesse des estampes, quelques connaissances techniques, d'autant que les légendes sont truffées de termes japonais Comme pour toutes les expositions ultra-médiatisées, trop de monde pour apprécier véritablement les œuvres qui doivent être vues de très près.

En raison de la fragilité de certaines œuvres, l'exposition est réalisée en deux volets avec une interruption entre le 20 Novembre et le 1er décembre afin de remplacer une centaine d'estampes issues de la même série. Exposition jusqu'au 18 janvier 2015 - Grand Palais Paris

Deux carpes - 23,2 x 28,7 cm - nishiki-e

Deux carpes - 23,2 x 28,7 cm - nishiki-e

glycine - 25,4X18,3cm - nishiki-e

glycine - 25,4X18,3cm - nishiki-e

QUELQUES MOTS SUR LE JAPONISME

A la fin des années 1850, le peintre graveur Félix Bracquemond (1833-1914) découvre fortuitement un volume des Manga. Est-ce le carnet n°6 (provenant de la collection d'un hollandais, Overmeer Fisscher (1800-1848), qui avait travaillé à Nagasaki), premier ouvrage d'estampes japonaises entré à la BNF en 1843 ? Bracquemond devient le premier artiste européen à copier les œuvres japonaises. Il reproduit, vers 1867, sur un service de porcelaine réalisé par Eugène Rousseau, des figures animales d'après Hokusai.

Pour l'exposition Universelle de Paris de 1867, le gouvernement shôgunal du Japon passe une commande officielle aux meilleurs artistes japonais de l'époque afin de faire connaître les mœurs japonaises. Les artistes font partie de la dernière génération de l'ukiyo-e. Les estampes vendues sur place contribuent pour une bonne part à la vague "japonisme". C'est donc à travers le maniérisme que Manet, Monet, Degas, Van Gogh et tant d'autres ont été influencés par les estampes japonaises.

En 1868, avec l'ère Meiji, le Japon s'ouvre au monde extérieur, c'est le début de la politique de modernisation.

En août 1876, Emile Guimet, industriel lyonnais, part en mission au Japon avec Félix Régamey, peintre. Ils sont séduits par tous les aspects de la vie japonaise. A leur retour en France, ils sont les propagandistes de l'art japonais. Guimet conçoit le Musée des Arts Asiatiques de Paris, qui portera son nom. Il est inauguré en 1889. La même année, l'Exposition Universelle fait découvrir les grands maîtres japonais du XVIIIe siècle.

Vincent Van Gogh - Portrait du père Tanguy

Vincent Van Gogh - Portrait du père Tanguy

Edouard Manet - Portrait d'Emile Zola

Edouard Manet - Portrait d'Emile Zola

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Monastères et abbayes

Depuis longtemps je rêvais de Fontevraud. J'avais sans doute beaucoup trop attendu, beaucoup trop rêvé pour ne pas être un peu déçue. Certes, cette immense abbaye est très belle, mais, lors de ma visite, je n'ai pas ressenti dans ce lieu froid et touristique, le souffle monacal attendu.

Le fondateur de l'abbaye, Robert d'Arbrissel, est né en 1045 à Arbrissel en Bretagne. Ermite dans le forêt de Craon, des disciples puis des foules viennent le voir. Le pape Urbain II, informé de son renom, le charge d'enseigner au plus grand nombre l'Evangile. Robert se retrouve alors à la tête d'un groupe nomade de plusieurs centaines de disciples. Personnage singulier, il pratique une ascèse assez particulière visant le salut de l'âme par une mortification de la chair à l'épreuve de la mixité.

Très vite les autorités ecclésiastiques l'obligent à se fixer et à organiser une communauté séparant les hommes et les femmes : ce sera à Fontevraud entre 1099 et 1101.

Les disciples sont répartis dans quatre monastères : le Grand-Moûtier est réservé aux contemplatives, "vierges" ayant mené une vie irréprochable ; le couvent de la Madeleine est destiné aux sœurs converses, "filles repenties", femmes mariées, veuves ; dans le prieuré Saint-Lazare les sœurs soignent les malades et les lépreux et hors clôture, le couvent Saint-Jean-de-l'Habit regroupe les moines.

En 1104, Robert reprend sa vie errante et confie l'abbaye à la prieure Hersende de Montsoreau. Revenu en 1115, quelques mois avant sa mort, il nomme à la tête de l'ordre la première abbesse, Pétronille de Chemillé. L'abbesse est la mère de l'abbaye, l'ordre se réfère aux dernières paroles du Christ, qui, désignant Marie à son disciple Jean, dit "Voici ta mère".

Dès lors, jusqu'à la Révolution, trente-six abbesses issues de l'aristocratie angevine puis de l'entourage royal se succèdent à la tête de cet ordre double. Elles dépendent du Saint Siège au spirituel et de la justice du roi de France au temporel. La protection royale vaut à Fontevraud des privilèges et le titre d'abbaye royale.

Religieux et religieuses quittent les lieux en 1792. Les bâtiments abandonnés sont pillés et vandalisés. Napoléon fait de l'abbaye une prison, c'est ce qui la sauvera de la ruine. Six cents détenus des deux sexes arrivent en 1814, ils seront mille six cents en 1842, ils sont encore 500 lorsque la prison ferme en 1963.

Les chantiers de restauration se succèdent. En 1975, le Centre culturel de l'Ouest est créé avec un programme de manifestations : conférences, concerts, expositions etc. De nos jours le prieuré Saint-Lazare est devenu un hôtel de luxe et sa petite église un "iBar numérique" que je trouve, personnellement, d'un goût douteux.

J'ai aimé par contre, le cloître du Grand-Moûtier, la salle Capitulaire, et la tour d'Evrault qui faisait office de cuisine, une grande cheminée centrale et vingt cheminées secondaires en assuraient une parfaite aération.

Au milieu de l'église abbatiale, impressionnante par ses dimensions, sont "exposés" les gisants Plantagenêt : Aliénor d'Aquitaine, Henri II, Richard cœur de lion et Isabelle d'Angoulême, femme de Jean "sans terre", morte à Fontevraud après avoir pris le voile sur son lit de mort (je les préférerais présentés de façon moins ostentatoire).

Le gisant d'Aliénor (fin du XIIe) m'a beaucoup touchée. Elle porte le hennin à mentonnière, coiffe à fond plat complétée par un voile léger qui encadre son visage. Elle doit avoir une trentaine d'années. Elle tient dans ses mains un livre, peut-être un psautier ou le symbole de son amour pour la poésie. La pierre tufeau polychrome la fait revivre dans ce lieu auquel elle était très attachée.

"cliquer sur les photos pour les agrandir"

L'entrée de l'abbatiale et sur le côté la tour d'Evrault
L'entrée de l'abbatiale et sur le côté la tour d'Evrault
L'entrée de l'abbatiale et sur le côté la tour d'Evrault

L'entrée de l'abbatiale et sur le côté la tour d'Evrault

Abbaye de Fontevraud - sept. 2014
Abbaye de Fontevraud - sept. 2014
Alienor d'Aquitaine et Henri II , Isabelle d'Angoulême et Richard coeur de lion
Alienor d'Aquitaine et Henri II , Isabelle d'Angoulême et Richard coeur de lion

Alienor d'Aquitaine et Henri II , Isabelle d'Angoulême et Richard coeur de lion

Le cloïtre du Grand-Moûtier

Le cloïtre du Grand-Moûtier

  la Salle capitulaire
  la Salle capitulaire

la Salle capitulaire

Le réfectoire

Le réfectoire

La tour d'Evrault vue des jardins, et l'intérieur avec ses cheminées
La tour d'Evrault vue des jardins, et l'intérieur avec ses cheminées
La tour d'Evrault vue des jardins, et l'intérieur avec ses cheminées

La tour d'Evrault vue des jardins, et l'intérieur avec ses cheminées

Dans le village de Fontevraud, au bout d'une allée ombragée on peut admirer la petite église Saint-Michel, construite à la fin du règne d'Henri II pour les nombreux ouvriers et artisans employés à la construction de l'Abbaye. L'autel en bois sculpté recouvert de feuilles d'or se trouvait dans l'église abbatiale au XVIIe siècle.

Abbaye de Fontevraud - sept. 2014
Abbaye de Fontevraud - sept. 2014

ALIENOR D'AQUITAINE

Quittant Fontevraud, j'ai eu envie de connaître mieux Aliénor. Ce qui m'a frappée en lisant sa vie, outre son destin fabuleux de reine de France, puis reine d'Angleterre, c'est son courage et sa capacité à voyager. Car ce n'était pas une mince affaire de circuler au Moyen âge, même si en sa qualité de reine, elle était accompagnée par de nombreux serviteurs et chariots transportant vêtements, attirails de cuisine, tapis, tentes etc. Les routes étaient chaotiques et peu sûrs. Aliénor était une bonne cavalière et d'une endurance hors du commun.

Après une vie de règne, de voyages et d'exil (Henri II la séquestre durant presque quinze ans à Chinon puis dans différents châteaux d'Angleterre), la belle et lettrée Aliénor se retire dans le silence des voutes de Fontevraud. Elle est septuagénaire. Elle a fait preuve, toute sa vie, d'une grande sollicitude envers les abbayes en particulier celle de Fontevraud.

Elle ne profite pas longtemps de sa retraite, son fils préféré, le roi Richard cœur de lion, se meurt à Chalûs (de nos jours en Haute-Vienne). Elle quitte Fontevraud et s'y rend, "plus vite que le vent" diront les chroniqueurs, en sept jours.

Déjà elle avait couru vers lui, en 1190, alors qu'il était bloqué dans le port de Messine en Sicile. Il partait pour la troisième croisade. Aliénor passe les Alpes, traverse la Lombardie cherchant à s'embarquer à Pise puis à Naples et finalement trouve des vaisseaux à Brindisi. Elle emmène avec elle Bérangère, fille de Sanche, Roi de Navarre : il faut une épouse et un héritier à Richard. De Sicile elle se rend à Rome puis s'embarque pour l'Angleterre en février 1191.

Quelques années plus tard, en décembre 1193, elle prend la mer, prête à affronter les tempêtes pour escorter la rançon destinée à libérer Richard des prisons de Léopold, duc d'Autriche. Il a été arrêté à son retour de croisade. Aliénor le retrouve à Cologne et rentre avec lui en Angleterre en mars 1194.

Elle avait compris l'engouement de Richard pour la croisade, car elle-même, à vingt-quatre ans, avait parcouru l'Aquitaine pour convaincre ses vassaux de participer à la seconde croisade avec son époux Louis VII. Les croisés étaient partis de Metz, les chariots chargés de bagages s'étendaient sur des lieues. Il avait fallu cinq mois pour atteindre Constantinople, traverser la Syrie, Antalya, prendre la mer pour Antioche et enfin atteindre la Terre Sainte. La croisade avait été un échec, le périple avait duré plus de deux années. Le couple était désuni, le mariage fut annulé. Quelques mois plus tard, Aliénor épousait Henri Plantagenêt (futur Henri II d'Angleterre). Elle lui donnait cinq garçons et trois filles, avec Louis VII elle n'avait eu que deux filles.

A Chalûs, Richard meurt le 6 avril 1199, quelques temps après Jeanne et Marie de Champagne. Sur les dix enfants d'Aliénor deux seuls sont encore vivants, Jean et Aliénor.

Doutant des capacités de Jean sans terre, qui succède à Richard, elle surmonte sa douleur et entreprend, au printemps 1199 à près de quatre vingt ans, une chevauchée politique de trois mois : Loudun, Poitiers, Niort, La Rochelle, Saintes, Bordeaux, pour reprendre en main son domaine. Elle retrouve Jean à Rouen en Juillet.

Ses voyages ne sont pas finis, le dernier lui fait franchir les Pyrénées pour se rendre à Burgos auprès de sa fille Aliénor, épouse d'Alphonse VIII de Castille. Après un séjour heureux à la cour elle ramène en France sa petite fille Bianca, douze ans, renommée Blanche pour épouser Louis de France.

En 1200, Aliénor est de retour à Fontevraud, mais en 1202 un conflit avec Philippe Auguste l'oblige à se réfugier à Poitiers où elle sera davantage en sécurité. Elle est contrainte de s'arrêter au château de Mirebeau rapidement assiégé. Jean arrivera à temps pour éviter son arrestation et la libérer.

Revenue enfin dans le silence de son cher Fontevraud, elle meurt le 31 mars 1204.

Abbaye de Fontevraud - sept. 2014

ABBAYE DE FONTEVRAUD - Département du Maine et Loire

Photo MP sauf intérieur de la salle capitulaire (photo Wikipédia)

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Chateaux

De la forteresse construire au Xe siècle par le redoutable guerrier et puissant comte d'Anjou, Foulque III "Nerra" ("le noir", surnom qu'il doit à la couleur de son armure), ne subsiste qu'un fragment d'enceinte, les vestiges d'une chapelle et deux pans de murs de la tour surplombant le château du XVe siècle.

Nota - cliquez sur les photos pour les agrandir.

Le château de Langeais - Août 2014

En 1206, à la suite des victoires de Philippe Auguste sur Jean sans terre, Langeais entre dans le domaine royal français. En 1422, le château, occupé par des bandes armées, est racheté par Charles VII qui fait abattre l'enceinte excepté le donjon carré en pierre, le plus ancien de France.

En 1465, Louis XI confie à Jean Bourré, Trésorier de France et ami, la construction d'un nouveau château. Les travaux sont achevés en 1469. C'est à la fois une vaste demeure avec des ouvertures sur le jardin et la campagne, et face à la ville, une forteresse avec des tours et un pont levis (encore en parfait état de fonctionnement). Louis XI n'occupera jamais le château et en fera cadeau à son cousin, François de Dunois et de Longueville (fils du Dunois, bâtard du duc d'Orléans, compagnon de Jeanne d'Arc).

Le château de Langeais - Août 2014
Le château de Langeais - Août 2014
Le château de Langeais - Août 2014
Le château de Langeais - Août 2014

François de Dunois continue les travaux et aménage les grandes salles du rez-de-chaussée et du premier étage où seront célébrées au petit matin du 6 décembre 1491, le mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne. La mariée n'a que 14 ans, le marié 21. Un contrat a été signé : si le roi meurt, Anne s'engage à épouser son successeur (elle épousera Louis XII). Le mariage réunit la Bretagne au royaume de France.

Dunois se tue le 25 novembre 1491en tombant de cheval, il n'assistera pas au mariage qu'il a incité. Il n'a pas d'héritier, le château est vendu et les propriétaires se succèdent.

En 1886, Jacques Siegfried, négociant alsacien, s'établit à Langeais. C'est un grand voyageur qui a fait deux fois le tour du monde. Conseillé par des experts il entreprend de rendre au château l'allure qu'avait au XVe et début XVIe une demeure aristocratique. Il le meuble richement de lits, coffres, chaises, objets divers, avec aux murs tentures et tableaux. Il léguera Langeais en 1904 à l'Institut de France.

Le château vu du jardin avec le donjon carré et la vue sur Langeais
Le château vu du jardin avec le donjon carré et la vue sur Langeais

Le château vu du jardin avec le donjon carré et la vue sur Langeais

A la fin du Moyen Age la production des tapisseries est en plein essor, elles habillent les murs et protègent du froid et de l'humidité. Jacques Siegfried rassemble entre 1880 et 1900 des tapisseries de la fin du XVe et du début du XVIe, dont celles célèbres des "Preux".

Les "Neuf preux" sont cités dans le roman de Jacques de Longuyon, Les vœux du Paon, qui s'inspire de La légende dorée de jacques de Voragine : ce sont neuf héros guerriers qui incarnent l'idéal de la chevalerie de l'Europe du XVe : trois païens, Hector, Alexandre le Grand, Jules César, trois héros de l'ancien testament, Josué, le Roi David, Judas Macchabée, trois chrétiens, le Roi Arthur, Charlemagne, Godefroy de Bouillon. (La liste de "Neuf preuses", héroïnes mythologiques, sera crée par la suite, probablement par Jehan Le Fèvre dans Le livre de Lëesce).

Le château conserve sept tapisseries, il manque celles de Judas Macchabée et de Charlemagne. C'est la collection la plus complète que l'on puisse trouver aujourd'hui. Tissées à Aubusson ou à Felletin (Creuse), elles ont été réalisées entre 1525 et 1540 pour le seigneur du château de Chauray, lieutenant sénéchal du Poitou afin d'orner la grande salle de son logis. C'est un ensemble admirable, récemment restauré. Les couleurs, sans doute altérées, nous offrent encore une belle harmonie de bleus et de bruns.

Au XVIe, les "Neuf preux" sont un sujet à la mode. On les retrouve aussi en cartes à jouer. Il ne reste de nos jours dans les jeux classiques, que le carré de rois (Alexandre, David, César, Charlemagne). En architecture, le nom de ces neuf personnages a été donné à chacune des tours du château de Pierrefonds (Oise).

La "Salle des Preux"

La "Salle des Preux"

Le château de Langeais - Août 2014Le château de Langeais - Août 2014Le château de Langeais - Août 2014
Détail des tapisseries de Godefroy de Bouillon et d'Alexandre le Grand
Détail des tapisseries de Godefroy de Bouillon et d'Alexandre le Grand

Détail des tapisseries de Godefroy de Bouillon et d'Alexandre le Grand

Bien meublé, salles ornées de grandes cheminées et de belles tapisseries, chambres confortables, le château de Langeais semble vivre encore. On ne visite pas Langeais, on y flâne et on y rêve, tout au long des alignements de pièces parfois peu éclairées, comme elles devaient l'être autrefois aux seules lueurs des chandeliers. L'atmosphère de cette fin de Moyen Age qui glisse doucement vers la Renaissance est renforcée par l'exposition de costumes Renaissance qui se tient dans les combles du château.

Salle des mille fleurs

Salle des mille fleurs

Salle de la devise

Salle de la devise

Salle de banquet

Salle de banquet

Chambre de parement (on y reçevait contrairement à la chambre de retrait pour s'isoler)

Chambre de parement (on y reçevait contrairement à la chambre de retrait pour s'isoler)

Tapisserie dans la chambre de retrait

Tapisserie dans la chambre de retrait

Reconstitution du mariage de Charles VIII et d'Anne de Bretagne dans la grande salle

Reconstitution du mariage de Charles VIII et d'Anne de Bretagne dans la grande salle

Tapisserie "mille fleurs" dans la chambre de la dame

Tapisserie "mille fleurs" dans la chambre de la dame

Chambre des enfants - berceau et miroir
Chambre des enfants - berceau et miroirChambre des enfants - berceau et miroir

Chambre des enfants - berceau et miroir

Cabinet d'Art sacré - châsse du XIIIe - Vierges sages et vierges follesCabinet d'Art sacré - châsse du XIIIe - Vierges sages et vierges folles

Cabinet d'Art sacré - châsse du XIIIe - Vierges sages et vierges folles

Garde-robe : houpelande à freppes XIVe - robe XVe

Garde-robe : houpelande à freppes XIVe - robe XVe

COSTUMES DE LA RENAISSANCE

A la Renaissance, le commerce et les échanges sont relancés grâce aux richesses du nouveau monde. En France, l'industrie textile qui traite essentiellement la soie, la laine et le lin est florissante (les villes les plus prospères Tours et Lyon). Les artisans se regroupent en corporation, les paysans se spécialisent dans la production des matières premières. Les hommes, tailleurs, rubaniers, passementiers fleurissent. Les peauciers fournissent les gantiers qui sont aussi parfumeurs. Les femmes font les travaux minutieux, le linge fin, la broderie, la dentelle.

La mode française subit les influences de l'Italie et de l'Espagne. Les poupées de mode, petits mannequins, circulent dans toute l'Europe.

Mesdames, je vous laisse rêver !

Messieurs, quittez pantalons et cravates, revêtez pourpoints et hauts de chausse, enfilez vos bas de soie, ajustez vos fraises !

Robes de nobles dames et gentilhommes français du XVIe (sauf la 2e - vénitienne et la 3e germanique), la dernière est une tenue de fillette dite "marlotte".
Robes de nobles dames et gentilhommes français du XVIe (sauf la 2e - vénitienne et la 3e germanique), la dernière est une tenue de fillette dite "marlotte".
Robes de nobles dames et gentilhommes français du XVIe (sauf la 2e - vénitienne et la 3e germanique), la dernière est une tenue de fillette dite "marlotte".
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Robes de nobles dames et gentilhommes français du XVIe (sauf la 2e - vénitienne et la 3e germanique), la dernière est une tenue de fillette dite "marlotte".
Robes de nobles dames et gentilhommes français du XVIe (sauf la 2e - vénitienne et la 3e germanique), la dernière est une tenue de fillette dite "marlotte".
Robes de nobles dames et gentilhommes français du XVIe (sauf la 2e - vénitienne et la 3e germanique), la dernière est une tenue de fillette dite "marlotte".
Robes de nobles dames et gentilhommes français du XVIe (sauf la 2e - vénitienne et la 3e germanique), la dernière est une tenue de fillette dite "marlotte".
Robes de nobles dames et gentilhommes français du XVIe (sauf la 2e - vénitienne et la 3e germanique), la dernière est une tenue de fillette dite "marlotte".

Robes de nobles dames et gentilhommes français du XVIe (sauf la 2e - vénitienne et la 3e germanique), la dernière est une tenue de fillette dite "marlotte".

CHATEAU ET PARC DE LANGEAIS

37130 LANGEAIS

L'exposition "Costumes de la Renaissance" s'est terminée le 31 août.

photos de l'article MP sauf reconstitution du mariage de Charles VIII et la salle des Preux

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Publié le par voir-ou-revoir

Ouvrez les journaux, consultez internet, vous ne trouverez que des articles dithyrambiques sur l'exposition de Lucio Fontana : ainsi à l'unisson des expressions "artiste majeur du XXe siècle", "plus grand visionnaire", "précurseur", "immense artiste", "créateur d'avant-garde", ses toiles fendues étant devenues "des icônes de l'art moderne", etc.

En me rendant au Musée d'Art Moderne, poussée par le "à voir absolument", je n'avais nullement le projet de contester les dires des historiens, des critiques d'art ou des journalistes, mais je voulais comprendre pourquoi j'étais passée à côté d'un artiste aussi considérable, n'ayant pas été séduite par les quelques toiles lacérées que j'avais pu voir. J'ai donc abordé l'exposition en novice et c'est à postériori que je me suis penchée sur sa biographie et sur la signification de son œuvre.

(Photos des œuvres MP - cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014

Lucio Fontana est né en 1899 à Rosario de Santa Fe, en Argentine. Son père, immigré italien, sculpteur, dirige une entreprise de monuments funéraires ; il revient en Italie en 1905 où Lucio commence sa scolarité.

En 1914-1915, Lucio Fontana fréquente l'école des maîtres constructeurs de l'Institut Technique Carlo Cattaneo à Milan (qui existe toujours). Ses études sont interrompues par la guerre. Il s'engage, il est blessé et médaillé. Il reprend ensuite ses études et obtient son diplôme de Maître constructeur.

Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014

En 1921, de retour à Rosario de Santé Fe, il travaille dans l'entreprise de son père "Fontana y Scarabelli" avec comme spécialité la sculpture funéraire, puis il ouvre sa propre entreprise. Il réalise se première œuvre connue : le monument funéraire dédié à Juana Blanco, la madone des enfants pauvres.

En 1928, revenu à Milan, il s'inscrit à l'Académie des Beaux Arts de Brera, suit les cours du sculpteur symboliste Adolfo Wildt, fait ses premières expositions.

1/Mary Mary - 1926/1927 - Plâtre   2/ Unomini 1932 - Plâtre coloré incisions

1/Mary Mary - 1926/1927 - Plâtre 2/ Unomini 1932 - Plâtre coloré incisions

Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014

Il travaille comme céramiste à Albisola et, durant un séjour à Paris, réalise des céramiques à grand feu à la manufacture de Sèvres.

1/ Lions 1938 - Céramique polychrome - 2/Vases - céramiques polychrome

1/ Lions 1938 - Céramique polychrome - 2/Vases - céramiques polychrome

En 1930, il participe à la Biennale de Venise avec sa sculpture Eva (1928) et Vittoria Fasciste (1929). Admirateur de Mussolini, Fontana soutient le régime dès le début et a sculpté nombre de Victoires fascistes (rebaptisées par les historiens d'art "Victoires"). A la Triennale de Milan en 1936, une citation du Duce exaltant un empire bâti sur le sang et la force des armes se trouve inscrit sur le socle. La galerie Millione, à laquelle il était lié, édite des textes présentant le fascisme comme la forme la plus élevée de l'art abstrait. Son athlète bleu est présenté au salon fasciste de Lombardie.

Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014

En 1940, reparti en Argentine, il enseigne la sculpture à l'école des Beaux Arts de Buenos Aires. C'est là qu'il élabore avec de jeunes artistes le "Manifeste blanc" qui va connaître un grand retentissement "...nous abandonnons l'usage des formes connues de l'art et abordons le développement d'un art basé sur l'unité de temps et de l'espace... Nous concevons une synthèse comme une addition d'éléments physiques : couleur, son, mouvement, temps, espace, intégrant une unité physico-psychique". Julio le Parc, proche de Fontana, son professeur de modelage, ne signe pas le manifeste, le texte dit-il n'est pas appuyé par la réalisation d'œuvres. (voir article sur Julio le Parc http://www.voir-ou-revoir.com/search/julio%20le%20part/ )

Portrait de Teresita, sa femme, 1940 - Mosaïque polychrome

Portrait de Teresita, sa femme, 1940 - Mosaïque polychrome

C'est à Milan, en 1947, que Fontana co-signe le premier manifeste spatial (il y en aura trois). Il s'enthousiasme pour l'exploration du cosmos, les fusées et les satellites. Il découvre le physicien américain Robert Wood, inventeur d'un écran filtrant laissant passer les rayons ultra-violets : la lumière noire, invention commercialisée sous la forme de tube fluorescent. Fontana crée en 1951 une sculpture en tube de néon pour la Triennale de Milan. Sa réplique nous accueille dans le hall du musée.

1/Installation néon - céramiques polychromes 2/Christ en croix 1959 3/figure féminine aux fleurs 1948 4/Le guerrier 1949
1/Installation néon - céramiques polychromes 2/Christ en croix 1959 3/figure féminine aux fleurs 1948 4/Le guerrier 1949
1/Installation néon - céramiques polychromes 2/Christ en croix 1959 3/figure féminine aux fleurs 1948 4/Le guerrier 1949
1/Installation néon - céramiques polychromes 2/Christ en croix 1959 3/figure féminine aux fleurs 1948 4/Le guerrier 1949

1/Installation néon - céramiques polychromes 2/Christ en croix 1959 3/figure féminine aux fleurs 1948 4/Le guerrier 1949

Jusqu'à 1949, Fontana s'était attaché uniquement à la sculpture et à la céramique décorative. Il se met à peindre, toutes ses œuvres sans distinction s'intituleront "Concetto spaziale"

Le spatialisme est sur toute les lèvres : "la peinture avec cadre est morte et la sculpture telle que nous la connaissons est morte " (Time 26 mai 1952). C'est ce que l'on dit soixante ans après !

A la fin des années 1950, Fontana se fait connaître à Paris grâce au galeriste Iris Clert, l'Editeur d'Art San Lazzare et Michel Tapié de Celeyran, critique d'art. Ce dernier voyageant beaucoup à l'étranger contribue à lui conforter son statut international.

Fontana commence ses expériences sur les "Buchi" : les trous percés au recto et verso de la toile constituent des figures qui laissent passer la lumière et l'ombre. (Dans une petite salle du Musée est projeté, entre autres, un film des années 1950 : on y voit Fontana, en costume-cravate, trouant une toile et répondant aux questions d'un intervieweur à la voix chevrotante. Le film provoque le rire iconoclaste, étouffé, des spectateurs. Je dois avouer que j'y adhère, ça ne semble pas sérieux). Mais, devant les toiles, l'ironie disparaît : la matière est belle, glacée, étonnante.

Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014
Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014
Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014

En 1957-1960, Fontana appelle "Carta" ses papiers entoilés et troués, au dos sont inscrites des petites phrases du quotidien : "zut, j'ai oublié de prendre mon médicament", "il est midi je vais me promener", "il pleut à Milan", etc.

Les "Natura (1959-1960) sont en terre cuite, Fontana les nomme "boules", puis "bouches". Le mot natura au pluriel désigne le sexe féminin en argot italien.

Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014

Les "Tagli", fentes (1958-1968) nommées "Concept spatial", "Attente" lorsqu'elles sont plusieurs, sont ses œuvres les plus connues. On dit que Fontana préparant une exposition pour la galerie Stadler à Paris (il y a été introduit par Michel Tapié), furieux d'avoir raté une toile, la fendit d'un coup de couteau, et "se rendit compte du potentiel de ce geste". Lors de son exposition, les uns crieront au génie, les autres au scandale, mais d'autres galeries d'avant-garde ou puissantes exposeront désormais régulièrement son travail. Fontana devient une référence pour les artistes des années 1960. Il signera 1500 tableaux durant cette période de dix ans. Depuis le pic de 2008, le prix de ses œuvres reste stable, il faut débourser en moyenne 15 millions d'euros pour en acquérir une (en novembre 2013 "Concerto spaziale a fine de Dio" de 1963 a été vendu 15,6 millions d'euros à Christies New-York).

Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014
Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014
Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014
Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014

Quant à la signification de ses "Tagli", à chacun de s'y retrouver : sensualité, origine du monde ... Pour Fontana s'est "le cri de douleur, le geste final d'une douleur insoutenable".

S'il faut absolument chercher une signification, un des dessins exposés m'interpelle, mais les interprétations plasticiennes sont beaucoup plus complexes, intellectuelles et alambiquées (j'ai relevé un rapprochement avec "Le décalogue" de Kieslowski, série de films que j'aime tout particulièrement ?).

Nus féminins 1960-1964 encre sur papier et encre de chine sur carton
Nus féminins 1960-1964 encre sur papier et encre de chine sur carton

Nus féminins 1960-1964 encre sur papier et encre de chine sur carton

En 1960 vient la série des "Olii" grandes peintures à l'huile présentées à Venise au Palazzo Grassi.

Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014
Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014
Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014

Fontana se rend à New-York où il conçoit un cycle consacré à la métropole américaine, en peinture puis en tôles de métal gravées, coupées et trouées.

New-York 1962 - Trois panneaux de cuivre, fentes, grattages

New-York 1962 - Trois panneaux de cuivre, fentes, grattages

Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014

En 1963, c'est la série des "Fine di dio" et "Trinita"

Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014

En 1964, début des Teatrini (petits théâtres) Fontana rejoint le pop'art.

1965 Petit théatre - Peinture à l'eau sur toile - Trous - Bois laqué

1965 Petit théatre - Peinture à l'eau sur toile - Trous - Bois laqué

L'exposition comporte aussi deux environnements reconstitués : l'un dans une pièce noire avec au plafond une sculpture phosphorescente, un autre, labyrinthe blanc déroutant qui se termine par une grande fente.

Lucio FONTANA - Musée d'Art Moderne - Paris - août 2014

En 1968, Lucio Fontana, s'installe à Comabbio où il meurt le 7septembre.

Il est incontestable que Fontana soit un artiste d'avant-garde et un provocateur, comme l'ont été de nombreux peintres de l'après-guerre. Suis-je totalement séduite ? Les œuvres exposées sont diverses et nombreuses. J'aime plusieurs de ses premières sculptures, la belle matière de ses tableaux, les arabesques élégantes de certains "Buchi", la pureté décorative des "Tagli". Mais au risque de déplaire, la production pléthorique des "Tagli" et le prix actuel des œuvres me dérangent : la "fente" pourrait aussi évoquer une tirelire ? Et de nous reposer la question du marché de l'art.

Lecteurs j'attends avec impatience vos commentaires.

L'exposition se termine le 24 août - Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris - 11 av. du Président Wilson - 75016

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Publié le par voir-ou-revoir

Dans mon précédent article nous étions à l'abbaye cistercienne des femmes de Maubuisson fondée par Blanche de Castille. Quelques années auparavant, Blanche de Castille aidait son fils Louis IX, futur Saint Louis, à fonder l'abbaye cistercienne de Royaumont, à Asnières sur Oise dans le Val d'Oise, pour y accueillir des moines. La construction fut aussi rapide qu'à Maubuisson (1228 à 1235).

L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014

Précisons que l'ordre monastique chrétien cistercien ou ordre de Cîteaux remonte à la fondation de l'abbaye de Cîteaux (située à une vingtaine de kilomètres de Dijon) par Robert de Molesne en 1098. L'ordre restaurait l'équilibre entre une pauvreté évangélique et le travail des mains. Royaumont comme Maubuisson relevaient directement de l'abbaye mère de Cîteaux.

Louis IX fait de nombreux séjours à Royaumont et accorde à l'abbaye dons en argent, en terre et avantages de toutes natures, plus une rente annuelle pour l'entretien des nombreux moines.

En 1297, année de la canonisation de Saint Louis, Philippe IV le Bel établit une chartre désignant l'abbé de Royaumont seigneur d'Asnières sur Oise ainsi que des terres possédées par l'abbaye.

L'abbaye souffre de la guerre de cent ans et des famines du Moyen âge ; à partir de 1549, avec la nomination par le roi d'abbés commendataires, elle continue de s'affaiblir. Les abbés sont de plus en plus souvent laïcs et considèrent l'abbaye comme une source de revenus et comme lieu de fêtes. En 1635, Louis XIII y danse un ballet qu'il a composé "La Merlaison" sur le thème de la chasse au merles (musique à écouter en fin d'article).

Mazarin est pourvu de l'abbaye en 1647. Il s'en défait rapidement au profit du fils d'Henri de Lorraine-Harcourt (qui a mené l'expédition des Flandres), le prince Louis Alphonse de Lorraine. Les Harcourt vivent à Royaumont en grands seigneurs jusqu'en 1728. Le dernier abbé, de Ballivières, mène grand train de vie et se fait construire un splendide palais abbatial dont il ne profitera pas. Il s'enfuit dès les prémices de la révolution laissant dix moines qui ne respectent plus beaucoup les règles cisterciennes.

En 1791, une loi déclare l'abbaye, ses moulins et ses fermes, bien national. Par une vente aux enchères elle est adjugée au marquis de Travenet. Le marquis reconvertit l'abbaye en filature de coton et les pierres de l'église démolie (à l'exception de la tourelle) sont utilisées pour construire des habitations ouvrières. La manufacture comptera jusqu'à 300 ouvriers.

En 1864 après la fermeture de la filature, l'abbaye est rachetée par la Congrégation des Oblats de Marie-Immaculée, puis reprise cinq ans plus tard par la congrégation des Sœurs de la Sainte-Famille de Bordeaux pour accueillir les novices. Celles-ci entreprennent la restauration de l'abbaye selon les plans d'origine. Mais les lois Combes de 1905 (séparation de l'Eglise et de l'Etat, instaurée par Emile Combes, médecin, Président du Conseil, surnommé "le petit père Combes" parce qu'il avait étudié au petit séminaire et à l'école des Carmes, étant destiné à la prêtrise !) contraignent les sœurs à l'exil.

L'abbaye est acheté par Jules Gouin, industriel, président de la Société des Batignolles, il en fait sa maison de campagne et poursuit la restauration des bâtiments.

Hôpital durant la guerre de 14/18, les portes de Royaumont sont ouvertes en 1938 aux artistes nécessiteux. En 1964, le projet est pérennisé sous forme de fondation chargée de conserver le monument et d'en faire un lieu de recherche et de création.

Aujourd'hui, Royaumont est un centre international pour les artistes de la musique et de la danse. C'est également un lieu de concerts.

L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014

Dès l'entrée on tombe sous le charme du parc et du bâtiment des moines qui se mire dans le canal alimenté par les eaux de la Thève. Ce canal circule dans le parc et sous les bâtiments principaux. Il assurait à l'époque des moines, l'évacuation des eaux usées vers la rivière l'Oise.

L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014

Le bâtiment des moines a conservé son volume ancien, il a été entièrement restauré au XIXe. A l'origine, la sacristie, la salle du chapitre et la salle des moines se trouvaient au rez-de-chaussée, l'étage abritait le dortoir qui communiquait avec les latrines. Aujourd'hui il est devenu hôtellerie, on y accueille séminaires et réceptions dans treize salles, quarante cinq chambres et un restaurant.

L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014

Du parc, on aperçoit le seul reste de l'église abbatiale, la tourelle de quarante mètres qui échappa à la destruction. L'espace de l'église a été conservé et les fragments de colonnes indiquent ses dimensions (à peu près celles de la cathédrale de Soissons).

L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014
L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014

Dans le cloître, en parti détruit, se sont succédées les restaurations. Un lavabo, dont il ne reste que l'emplacement, servait aux ablutions des moines. Il était alimenté par une source située sur les hauteurs de Viarmes et acheminé par un réseau de galeries souterraines. Ce réseau nommé "Fontaine aux Moines" est inscrit à l'inventaire des monuments historiques. Le cloître vaste et rectangulaire possède en son centre un bassin où un geyser jaillit à sept mètres, il est éclairé à la tombée de la nuit (œuvre de Yann Toma - artiste contemporain).

L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014
L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014
L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014

Du cloître on accède à la Chapelle (ancienne sacristie), au réfectoire et aux cuisines.

L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014

Dans la chapelle on peut voir quelques statuaires et documents ainsi que la très impressionnante clé de voûte de l'église abbatiale.

L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014

Le réfectoire communique avec les cuisines par un guichet où les moines venaient chercher les plats qui y étaient préparés. Ces deux salles ont été entièrement restaurées en 2011 et 2002. Le sol est somptueux, les carreaux unis et à motifs ont été fabriqués selon les méthodes du XIIIe siècle.

L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014

Dans le réfectoire, les vitraux datent de 1868 et l'orgue Cavaillé-Coll de 1937. Malheureusement pour le visiteur, des artistes répètent dans cette salle et le bric-à-brac de chaises, les sacs et vêtements à terre, nuisent fortement à l'esthétique de ce bel et grand espace, même s'il peut être agréable d'entendre des voix qui s'échauffent. Je ne photographierai que la partie dégagée de la salle.

L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014

Difficile d'imaginer les cuisines dans la petite salle voutée très sobre où s'expose la "Vierge de Royaumont", sculpture de la fin du XIVe siècle.

L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014
L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014

Comme à Maubuisson, les latrines témoignent du souci d'hygiène des moines. De l'extérieur on peut voir les 29 arcs en berceau correspondant aux 30 ouvertures sur lesquelles étaient installées 60 sièges dos à dos dans une salle divisée en deux par une cloison longitudinale. Les latrines se déversaient dans le canal qui traverse le bâtiment sur toute sa longueur.

L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014

A l'étage, dans la salle dite "des charpentes", où se trouvaient les latrines (non ouverte à la visite et réservée aux séminaires, dommage !) ont été installées des dalles de verres qui permettent de voir le canal en contrebas. (photo web)

L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014

Il nous reste à visiter le jardin des "neuf carrés", objet d'une belle brochure remise à l'entrée. Cruel désenchantement, certains carrés ont encore un peu de verdure mais pour beaucoup les plantes sont desséchées, les feuilles fanées, pas de fleurs. Reste les symboles :

- celui du jardin clos, vision symbolique de la Vierge Marie qui rend hommage à sa pureté : "Tu es un jardin clos, ma sœur, mon épouse, un jardin clos, une source scellée" (Cantique des Cantiques)

- et celui des plantes elles-mêmes, pureté, humilité, charité...énumérées dans ladite brochure par ailleurs très intéressante.

L'ABBAYE DE ROYAUMONT - Août 2014

Malgré les petites déceptions, j'aime toujours autant ce lieu, j'y suis venue souvent à des saisons différentes. Il me manque de le voir sous la neige pour une visite romantique.

Abbaye de Royaumont - 95270 Asnières sur Oise

ouvert 365 jours par an - renseignements 01 30 35 59 70

Un grand merci à mon amie Emma :

qui m'a signalé que la musique du ballet, composé par Louis XIII - pouvait s'écouter sur youtube

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Monastères et abbayes

    Je n'étais pas allée à Maubuisson depuis plusieurs années, ma visite d'aujourd'hui, outre le bonheur de revoir l'Abbaye, m'a offert une belle surprise :  l'exposition de Kôichi Kurita.

L'Abbaye de Maubuisson se trouve dans la commune de Saint Ouen l'Aumône, proche de Pontoise dans le Val d'Oise. C'est Blanche de Castille qui décide de la création de cette abbaye cistercienne de femmes : Notre-Dame-la-Royale. Le chantier démarre en 1236, il est mené rondement, les premières moniales arrivent en 1242. Maubuisson est conforme au plan bénédictin : quatre ailes, dont l'église, abritent des espaces de vie encadrant un cloître.   L'abbaye accueille les jeunes  filles nobles, elle est utilisée également comme résidence et nécropole royale. 
Le domaine abbatial rassemblé par la fondatrice est immense. Les religieuses perçoivent des rentes annuelles et perpétuelles, en nature et en argent, sur ses nombreuses châtelleries qui s'étendent d'Evreux à la Ferté Milon, de Pierrefonds à Etampes. Elles touchent les revenus des exploitations céréalières, les profits des dîmes et des moulins, les produits de la vigne, des bois et des animaux.  
Au cours des siècles Maubuisson subit troubles, disettes, dévastations. Les abbesses qui se succèdent se battent pour conserver leurs droits, respecter la tradition de Port-Royal et effectuer réparations et restaurations.
La révolution anéantit en peu de temps les cinq siècles d'existence. Les biens sont vendus aux enchères en 1793. L'abbaye est transformée en hopital militaire, puis achetée en 1797 par un particulier et revendue à des entrepreneurs qui démolissent et récupèrent les matériaux de construction. La filature installée dans le logis abbatial disparaît à son tour dans le courant du XIXe.
L'ensemble des bâtiments du XIIIe siècle qui a survécu aux aléas du temps a été classé au titre des Monuments historiques en 1947, et en 1983 un programme de restauration a réhabilité l'architecture intérieure.  

Depuis le parking, après avoir passée la grange  aux dîmes, une allée longe un petit ruisseau canalisé. Plus loin un bassin ombragé fait face à une grande pelouse laissant entrevoir l'abbaye. C'est une construction très sobre. Maubuisson n'est pas grandiose, il y a peu à visiter, mais c'est un lieu attachant, calme et reposant.  

La grange aux dîmes
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L'entrée de l'abbaye
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 l'autre façade  
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L'abbaye est également un site d'art contemporain. 
Köichi Kurita, né en 1962 à Yamanashi sur l'Ile de Honshû au Japon, travaille depuis une vingtaine d'années à un vaste projet : constituer une bibliothèque des terres du monde.
En 1986, après avoir travaillé à Tokyo dans un atelier de joaillerie, il part pour un voyage qui le mène en Inde, Chine, Pakistan, Grèce etc. Il photographie le sol et scotche de manière systématique au dos des cartes postales qu'il envoie, une pincée de terre.
A son retour au Japon, il parcours une grande partie des villages et recueille 35000 échantillons de terre. Depuis 2004 il s'intéresse au sol français.

LE PARLOIR
Le silence était de rigueur à l'intérieur du monastère, cette pièce, dite auditorium était la seule où les moniales pouvaient échanger quelques mots.
L'oeuvre exposée - "Lune-eau-terre-soleil"
Au sol, sur un cercle entourant le pilier, 108 coupelles (nombre sacré dans les régions orientales) contiennent des terres du Japon. Kôichi Kurita a finement tamisé la terre pour en deposer quelques grammes dans les coupelles mêlés  à un peu d'eau. Avec l'évaporation la terre s'est craquelée. L'alignement des coupelles forment un arc-en-ciel mineral. 

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LA SALLE DU CHAPITRE

C'est là que les moniales délibèraient des affaires courantes, de l'admission des novices, élisaient l'abbesse, réglaient les questions de disciplines etc...  
L'oeuvre exposée - "Bibliothèque de terres"  
J'aime moins le grand plateau oval en lévitation, mais la progression chromatique des terres déposées dans des flacons est étonnante. Köichi Kurita a récolté les terres dans la région Poitou Charente en 2005, 2006 et 2007 . Il les a nettoyées, broyées et tamisées. Ne manquez pas de regarder le film (en fin d'article) dans lequel on le voit travailler.  
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LA SALLE DES RELIGIEUSES

Il est supposé que dans cette salle les religieuses filaient la laine, confectionnaient leurs vêtements, brodaient les ornements liturgiques.
L'oeuvre exposée - "Notre terre-Votre terre".  
Saisissante installation qui s'accorde parfaitement avec l'ampleur de la salle. Kôichi Kurita a récolté 1000 sortes de terres dans un rayon de 300 km autour de Maubuisson. Là encore la couleur des terres est stupéfiante. Si je perçois bien dans la nature les terres plus ou moins brunes  ou ocres, où trouver ces terres roses, vertes ou jaunes ? Et quelle patience pour déposer sur les carrés de papier japonais servant pour les offrandes, les petites surfaces régulières de terre. Köichi Kurita rend hommage aux religieuses par une évocation abstraite de l'univers qui les entourait.  
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LES ANCIENNES LATRINES

Construites sur le canal que l'on aperçoit sous les plaques de verre, les huit latrines de cette petite salle communiquaient avec la salle des religieuses. Au premier étage, accessibles depuis le dortoir, d'autres latrines, reposant sur vingt arches lancées à quatorze mètres au dessus de l'eau courante, comportaient trente huit sièges en bois.  
Cette petite salle est très belle et on en oublie vite l'ancien usage.
L'oeuvre exposée - "Innocence"
Kôichi Kurita a déposé dans un petit flacon de verre, en 2011, une terre collectée en 2004 à Fukushima avant l'accident nucléaire. Mis sous vitrine, tel une relique, cet échantillon d'une terre aujourd'hui souillée pour des milliers d'années nous rappelle qu'il faut agir pour préserver notre planète. "Le crime est humain. La terre est innocente"(Kôichi Kurita)
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Pour ceux qui le peuvent, Maubuisson est une belle découverte ou redécouverte à ne pas manquer.  

Voir Köichi Kurita travailler - cliquer :  link

Exposition jusqu'au 5 octobre - tous les jours sauf mardi de 14 h à 18 h - entrée gratuite
Abbaye de Maubuisson - Avenue Richard de Tour 95310 - Saint Ouen l'Aumône -
01 34 64 36 10

 

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Peintres

Lorsque je me rends dans la Grande galerie du Louvre, je ne manque jamais de m'arrêter, dans le salon carré, devant la "Bataille de San Romano" de  Paolo Uccello.

Paolo Uccello 016

Cette oeuvre me fascine depuis de longues années. J'aime la douceur presque féminine du visage et la tristesse du regard du condottiere Micheletto da Cotignola. Son énorme couvre chef aux motifs floraux le différencie de sa troupe qui porte casques à oeillères et cimiers (ornements  fantastiques surmontant les casques). Micheletto, sur son étalon noir henissant, va donner à ses cavaliers l'ordre de charger : c'est la contre attaque décisive de la bataille. Les deux chevaux du premier plan, à droite, suggèrent la profondeur du tableau. Entre eux un arbalétrier ajuste une flèche, les cavaliers sont regroupés en cercle autour de lui, regards dirigés vers son "mazzocchio" (bonnet drapé sur une armature en bois et en osier, objet privilégié par Paolo Uccello). Devant le condottiere cinq cavaliers chargent déjà, chevaux en mouvement, lances pointées vers l'ennemi.

Les armures et les armes sont recouvertes de feuilles d'argent. Le panneau en bois a permis à Paolo Uccello d'inciser leurs contours de façon très détaillée.  Sur les trompettes et garnitures de harnachement ce sont des applications de feuilles d'or. L'argent des armures a presque totalement disparu mais l'or des trompettes et des décorations reflète encore les changements de la lumière. Aurais-je préféré, dans la chambre de Laurent de Médicis, le tableau à son origine où brillaient de mille feux l'argent et l'or ? Peut-être pas, les écaillements et fendillements donnent maintenant aux armures une matière étonnante.

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Ce panneau  "Micheletto da Cotignola sur le champ de bataille" a longtemps été considéré comme partie d'un triptyque. Il est admis désormais qu'il a été rattaché à un diptyque "La bataille de San Romano" (dont l'un des panneaux se trouve à Londres à la National Gallery, l'autre aux Offices à FLorence) et qu'il a été peint en 1456, alors que les deux autres datent de  1435 /1440.
Les trois racontent la bataille du 1er Juin 1432, qui s'est déroulée en plein champ, à San Romano, et durant laquelle s'affrontèrent florentins et siennois.
Celui de Londres "Niccolo Mauruzzi da Tolentino à la tête de ses troupes" montre le début des hostilités.
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Celui de Florence "La défaite du camp siennois illustrée par la mise hors de combat de Bernardino della Ciarda" marque la fin des combats. Ce panneau est signé Pauli Ugielli Opus  (oeuvre de Paolo Uccello). 

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On remarque bien la similitude entre les deux dernières oeuvres alors que sur celui du Louvre il n'y a pas de paysage.
Les formats des panneaux sont rectangulaires mais devaient, à l'origine, être cintrés (sur le tableau du Louvre l'étentard du condottiere est tronqué). Il mesurent chacun environ 3,20 par 1,60m et sont peints à l'huile.
Après avoir appartenues aux Médicis, et subis des dommages au moment de leur chute, les Batailles ont été accrochées aux Offices en 1784. Restaurées, deux ont été mises dans les réserves et, au milieu du XIXe siècle, vendues à une collection privée. On les retrouve ensuite à Londres et à Paris.
Exécuté en 1436 pour la cathédrale Santa Maria del Fiore de Florence "Le monument équestre de John Hawkwood"  porte également la signature Pauli Ugielli Opus. Avec "
La Bataille" de Londres, ce sont les deux seules oeuvres signées Paolo Uccello.  

C'est à partir de cette année 1436 que Paolo di Dono se fit appeler  Paolo Uccello. Vasari indique que ce surnom serait dû à l'amour de Paolo pour les oiseaux (uccello en italien). Le rapprochement avec une famille bolonaise peu connue, les Uccelli, est une autre hypothèse : la signature Pauli Ugielli opus étant apposée sur un bouclier portant les mêmes couleurs que cette famille.
Le monument équestre de John Hawkwood - Florence - Santa Maria del Fiore 
fresque 732x404cm un cadre en trompe l'oeil fut ajouté au XVIe siècle

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Paolo di Dono, dit Paolo Uccello, nait en 1397. Son père Dono di Paolo, chirurgien et barbier, s'est installé à FLorence en 1373 et s'est marié en 1387 avec Antonia di giovanni del Beccuto, fille d'une ancienne famille florentine. En 1407 Paolo Uccello est assistant dans l'atelier de Ghiberti. En 1423 ? il s'inscrit à la compagnie de Saint Luc (organisation corporative des peintres). Parmi ses premières oeuvres une "Nativité" en 1425 (National Gallery Londres). En 1431 il peint deux séries de fresques pour le Cloître Vert de Santa Maria Novella de Florence. Il peindra également les quatre têtes de prophètes pour l'horloge de la cathédrale Santa Maria del Fiore (1433). Une huile sur toile  vers  1470 "Saint Georges et le dragon"est exposée à la Nationale Gallery de Londres. Un grand nombre d'oeuvres lui sont attribuées à partir de textes et documents et pour des motifs stylistiques.

En 1467 il se rend à Urbin avec son fils Donato et travaille pour la compagnie Corpus Domini, il pense peut-être y transférer son atelier. Il rentre à Florence en 1469. Septuagénaire il se déclare au cadastre "vecchio e senza inviamento - vieux et sans travail -. Il meurt le 12 décembre 1475. Il est enterré dans le sépulcre paternel à Santo Spirito.

Paolo Uccello est l'un des meilleurs perspectivistes de son temps, l'abondance des raccourcis et les mazzocchi aux facettes minutieusement décrites le prouvent. Il a séduit les artistes du XXe siècle, particulièrement les cubistes.

dessin d'un "mazzocchio" -
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Fresques de Santa Maria Novella  
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Horloge de Santa Maria del Fiore - cadran peint en 1433 - diamètre presque 7 mètres. Les 24 heures sont en chiffres romains dans l'ordre croissant mais antihoraire.   
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 mécanisme de l'horloge  
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 Saint Georges et le dragon - huile sur toile - National Gallery Londres - 55x44cm

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PHOTOS - diverses sources

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LE LOUVRE DES SABLES - ABU DHABI
Pour réaliser le projet colossal d'un musée de 8.000m2 d'exposition, les Emirats arabes unis se sont adressés à la France. "Le Louvre des sables" imaginé par Jean Nouvel sera le premier grand musée universel du moyen orient. Il est en cours de construction sur l'Ile de Saadiyat et doit ouvrir ses portes en 2015.
Le nom"Louvre" a été cédé par la France à l'émirat pour une période de 30 ans en contrepartie d'une somme d'un milliard d'euros. La France prêtera également durant une dizaine d'années des oeuvres issues du musée du Louvre, mais aussi d'autres musées nationaux, en attendant qu'Abu Dhabi constitue sa propre collection. Lors de son ouverture, le Louvre d'Abu Dhabi sera riche de 900 oeuvres dont 300 prêtées par les musées français (cet accord a fait l'objet de nombreuses polémiques).
L'exposition "Naissance d'un musée" présente cent soixante des plus beaux chefs-d'oeuvres déjà acquis par le musée émirien, dans un parcours chronologique qui nous fait voyager des années 3000 avant JC jusqu'au début du XXe siècle.
Je n'irai jamais à Abu Dhabi. Cette découverte d'une partie des richesses du futur Louvre des sables, ainsi que du projet architectural de Jean Nouvel, a été un enchantement.
 

MAQUETTES DU MUSEE -   

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 Quelques-unes des merveilles ...

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Princesse de Bactriana, Asie centrale, fin du IIe millénaire avant JC.
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 Bracelet aux figures de lions , or, Iran VIIe siècle av. JC
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Bodhisattva debout , Pakistan, IIe IIIe siècle
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Fibule aquiliforme de Domagnano (or et grenats), Italie, seconde moitié du Ve siècle
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Vierge à l'enfant - Giovanni Bellini - Italie vers 1480-1485
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Christ montrant ses plaies - Allemagne, Bavière ou AUtriche - 1515-1520
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Les pugilistes Creugas et Damoxène - Antonio Canova - XVIII siècle
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Edouard Manet - Le bohémien - 1861/1862
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Paul Gauguin - Les enfants luttant 1888
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Et j'ai retrouvé Gustave Caillebotte que j'avais suivi à Yerres il y a quelques jours
La partie de besigue - 1881
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Pour terminer l'exposition :
Picasso - Portrait d'une dame - Papier collé et gouache 1928 - à côté Magritte "Le lecteur subjugué" 1928
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et aussi Yves Klein et Twombly.
Toutes les photos de cet article sont issues d'Internet.

Très beau film produit par le Musée du Louvre
LOUVRE ABU DHABI - PAYSAGES - cliquez : link

Exposition jusqu'au 28 Juillet 2014 - Musée du Louvre Paris.

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Au bord de la petite rivière l'Yerres, affluent de la Seine, dans la ville qui porte le même nom, Martial Caillebotte, riche entrepreneur parisien, fait l'acquisition en 1860 d'une belle demeure et d'un grand parc pour installer sa famille en été. Son fils Gustave, alors âgé de douze ans, y fera des séjours réguliers jusqu'à la vente de la propriété en 1879.
Bachelier, puis licencié en droit, Gustave Caillebotte est reçu, en 1873, au concours des Beaux-arts mais n'y reste qu'une année. Son père décède en 1874 lui laissant un héritage assez considérable qui lui permettra de se consacrer à ses passions.
Dans le parc d'Yerres, Caillebotte trouve son inspiration pour peindre des paysages, des scènes de baignade et de canotage sur la rivière. Il réalise aussi des portraits de la famille et des amis reçus à la propriété.
Gustave Caillebotte sera un mécène pour son cercle d'amis impressionnistes. Il aidera Pissarro, Renoir, Monet, leur achetera des toiles. Il fera également l'acquisition d'oeuvres de Degas, Manet, Sisley. En léguant sa collection à l'Etat, Caillebotte ouvrira aux impressionnistes les portes des musées nationaux.
La peinture n'est pas sa seule passion, s'y ajoutent celles de la philatélie, de l'horticulture et du nautisme.
Avec son frère Martial (compositeur, pianiste et photographe) Gustave s'initie au yachting, participe aux régates d'Argenteuil. D'abord simple acheteur de voiliers, il construit vite des prototypes (le plus célèbre "Roastbeef" a vocation d'affronter, en régates, les Anglais). Il possédera quatorze voiliers de course avec lesquels il remportera des centaines de prix.

Gustave Caillebotte décède en 1894, d'une congestion cérébrale, il a quarante cinq ans. 

Son rôle de mécène reconnu, son talent de peintre a été longtemps méconnu, sauf aux Etats-Unis où il exposa régulièrement. Il fut redécouvert grâce aux collectionneurs américains et aux expositions montées à Houston et Brooklyn en 1976. A Paris, le Grand Palais  lui a consacré une rétrospective en 1994/1995, et le Musée Jacquemart André une exposition en 2011 "Dans l'intimité des frères Caillebotte" mettant en parallèle ses peintures et les photographies de Martial.
Quelques uns de ses tableaux, dont le plus célèbre "Les raboteurs de parquet" (refusé au Salon de 1875) se trouvent désormais au Musée d'Orsay à Paris.
102x146,5cm - huile sur toile
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La commune d'Yerres est propriétaire du domaine depuis 1973. L'exposition qui s'y tient actuellement (c'est le centenaire de la mort du peintre) permet de découvrir 43 tableaux de Caillebotte.
J'ai éprouvé un réel plaisir à les retrouver au cours d'une promenade dans le parc. Gustave  Caillebotte marche à mes côtés dans les allées, j'admire les arbres remarquables, l'ondulation des pelouses, les iris jaunes du petit plan d'eau, l'opulence du jardin potager. Comme lui je m'arrête au bord de l'Yerres, le regard attiré par les scintillements et les reflets, en prêtant l'oreille j'entends les cris des baigneurs, j'imagine qu'une périssoire passe, les pales de la pagaie fendant l'eau, je crois apercevoir un pêcheur à la ligne et une petite fille... Dans ce parc, Caillebotte a fait des esquisses qu'il retravaillait à l'atelier. Là, devant moi, sa peinture revit. C'est l'intérêt de l'exposition : être sur le lieu de la création.



L'Yerres dans la propriété - photo MP
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Les trois tableaux qui suivent sont réunis en triptyque, dans la première salle de l'exposition, comme   Caillebotte les avait présentés lors de la quatrième exposition impressionniste à Paris en 1879.
huiles sur toile - 157x113cm :   - 1877/1878 - photo web  

Pêche à la ligne avec Zoé -  collection particulière
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Baigneurs au bord de l'Yerres - collection particulière

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Périssoire sur l'Yerres - Musée de Rennes
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Jardin à Yerres - huile sur toile - 59x81cm - 1876 - Collection particulière -photo web
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Le Chalet suisse et le Casin (bâtiment principal de la propriété) -
le parc comporte différentes "fabriques d'ornementation" traduisant le goût de l'exotisme (l'Italie pour le Casin, le Japon pour le banc couvert, l'orient pour le Kiosque...)photo MP

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Yerres - dans la Ferme, la volière - huile sur toile - 1872
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La ferme - au fond l'entrée du Musée - photo MP
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La volière - photo MP
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Yerres - effet de lumière - huile sur toile - collection particulière - photo web
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Yerres - Les bouleaux - huile sur toile - collection particulière - photo web
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Peintre sous son parasol - huile sur toile - 65x60cm - collection particulière - photo web
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Le banc couvert - photo MP
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Le kiosque et la glacière

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Le parc de la propriété à Yerres 1875 - 65x92cm- huile sur toile - collection particulière
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Le parc et l'orangerie depuis le Casin - photo MP
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 Le jardin  potager 1877- huile sur toile 6 60x73cm - collection particulière
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Le jardin potager - photo MP
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Canotier au chapeau de forme - vers 1877 - 90x117cm - huile sur toile - collection particulière - photo web
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Photo de Martial Caillebotte -  web
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Périssoires sur l'Yerres - huile sur toile - Milwaukee Museum
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L'Yerres dans la propriété
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Effet de pluie - huile sur toile 1875 - 81x59cm - Indiana University Art Museum - Bloomington -  photo web
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Les nymphéa 1872  - huile sur toile - 19x28cm - collection particulière
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Petit plan d'eau - photo MP
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Trois tableaux exposés n'ont pas été peints à Yerres dont "Les régates à Argenteuil" et Boulevard vu d'en haut" qui représente une vu plongeante au cadrage unique dans la peinture du XIXe siècle.
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Un coup de coeur pour l'autoportrait de Caillebotte  
au chapeau d'été - 1873-1874 - huile sur toile 44x33cm
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et pour ce petit tableau :    
Coucher de soleil - 4ème effet - 21x31cm - 1878 - collection particulière


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L'exposition se termine le 20 Juillet. PROPRIETE CAILLEBOTTE - 8 rue de Concy - 91330 YERRES

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15 Mai 2014. 
C'est une belle matinée. Les riches décorations du pont Alexandre III, construit pour l'exposition universelle de 1900, étincellent. J'aime Paris, j'y suis à la fois chez moi et en vacances. En touriste récidiviste je fais quelques photos du pont, symbole de l'amitié franco-russe. Je le traverse pour aller au Grand-Palais où, justement, un couple d'artistes russes, Ilya et Emilia Kabakov, ont érigé leur "Etrange cité".

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MONUMENTA : pour sa sixième édition le titre n'est pas trompeur, l'installation des Kabakov est grandiose.

Dès l'entrée on se heurte aux hauts murs blancs encerclant la cité utopique que la verrière du Grand Palais inonde d'une merveilleuse lumière. Une grande coupole dirigée vers la cité évoque une rosace d'église. Elle change de couleur au rythme de la musique (Alexandre Scriabine considérait que la musique et la lumière sont étroitement liées).

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Un petit arc de triomphe précède l'entrée de la cité. A l'intérieur de l'enceinte circulaire, cinq édifices abritent des installations où se mêlent symbolique, mystère, philosophie, spirituel, mais sans doute aussi une pointe d'humour. Puis hors des murs circulaires, pour terminer la déambulation, s'élèvent la "Chapelle blanche" et son négatif la "Chapelle sombre", toutes deux très impressionnantes.

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LES CINQ ESPACES DE L'ENCEINTE CIRCULAIRE

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Le musée vide
Dans la salle aux murs rouge foncé, les tableaux sont représentés par des taches de lumière. Au centre de la pièce, les divans confortables invitent à la méditation. La "Passacaille" pour orgue de Bach résonne. La musique remplace-t-elle les tableaux ? Quelle réflexion sur l'art peut-on en tirer ? En ce qui me concerne ce vide me comble.
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Manas
On trouve dans cet expace la maquette d'une ville utopique entourée de 8 montagnes qui, de leurs sommets, permettent de communiquer avec d'autres mondes. Au coeur de la ville, un cratère est rempli d'eau. Une ville identique inversée est suspendue au plafond, son cratère céleste diffuse une lumière vive qui arrive dans le cratère de la ville terrestre.
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détail d'un sommet de montagne
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Le centre de l'énergie cosmique
Il est extrêmement difficile d'expliquer cette maquette censée être un ensemble de bâtiments permettant de capter l'énergie du cosmos. Je n'ai pu qu'admirer l'étrangeté de la construction et rêver devant les dessins précis d'architecture qui l'accompagne.

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Plus à ma portée, Comment rencontrer un ange :
Maquette où un petit personnage a quitté son village, en jogging et sac à dos, pour gravir une immense échelle. Tout en haut il tend les bras vers l'ange. Plus qu'une figure de la religion, l'ange, très présent dans l'oeuvre des Kabakov, est une allégorie de l'aspiration au bonheur et à la sagesse. Kabakov donne d'ailleurs la recette du "comment changer", comment devenir meilleur. Il présente un modèle nous permettant de fabriquer deux ailes blanches en tulle et leurs attaches en cuir. Il suffit de s'isoler dans sa chambre, de mettre les ailes, de s'asseoir sans rien faire et en silence durant 10 minutes, puis reprendre ses occupations habituelles pendant deux heures mais sans quitter la chambre. Répeter ensuite la pause. En pratiquant cela durant deux ou trois semaines, l'effet des ailes blanches va se manifester. Les ailes doivent être rangées dans un coffret souple et mis sous clé dans une armoire à glace.

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A noter que sur ce dessin l'échelle part du Grand Palais
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Les portails
"Ils échappent au regard,
Comme si ils permettaient de sortir
mais pas d'entrer,
On ne les voit jamais enfants,
Mais ils finissent par apparaître, rarement
d'abord, puis de plus en plus souvent,
Le temps passe et les voilà, immobiles,
Ne quittant pas la ligne droite de l'horizon,
Impossible de connaître leur taille,
Mais le plus étrange est qu'ils ne percent
aucun mur
Et qu'aucun battant n'occupe leur cadre"

Un portail central ouvert marque le passage de la vie à l'au-delà. Quatre triptyques l'entoure représentant le même paysage peint à différents moments de la journée et de la nuit. Des vers sont inscrits sous chacun d'eux.
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LA CHAPELLE BLANCHE
Comment ne pas être frappé par la dimension et par les murs blancs ponctués de peintures, fragments dispersés d'une fresque effacée par le temps ou petits instants sauvés d'une mémoire qui s'efface. Une tache sombre où l'on aperçoit trois visages rappelle l'Enfer des églises catholiques.
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LA CHAPELLE SOMBRE
Les murs sont recouverts du sol au plafond par deux triptyques. On pense à Rembrandt et à la peinture baroque des XVI et XVIIe siècle. Les tableaux, inversés, sont autobiographiques, combinant un trou noir central, des images soviétiques stéréotypées, et les souvenirs de la remise à Ilya Kabakov du prix impérial à Tokyo. Les taches blanches représentent les chiffons qui servent à nettoyer les pinceaux.
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Il y aurait  beaucoup  à dire sur cette exposition, chaque espace fait l'objet d'explications complexes difficiles à résumer, les dessins et les maquettes sont nombreux. Il faut parcourir réellement la cité pour ressentir une émotion, mes photos ne peuvent donner qu'une idée visuelle où le sensoriel n'a pas sa place. Je suis ressortie du Grand Palais enthousiasmée. J'y retournerai.

A voir et à revoir jusqu'au 22 juin.

Vous pouvez retrouver dans les articles de voir-ou-revoir les  "Monumenta" de Christian Boltanski et  de Daniel Buren  

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