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Voir-ou-revoir

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Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Peintres

Lorsque je me rends dans la Grande galerie du Louvre, je ne manque jamais de m'arrêter, dans le salon carré, devant la "Bataille de San Romano" de  Paolo Uccello.

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Cette oeuvre me fascine depuis de longues années. J'aime la douceur presque féminine du visage et la tristesse du regard du condottiere Micheletto da Cotignola. Son énorme couvre chef aux motifs floraux le différencie de sa troupe qui porte casques à oeillères et cimiers (ornements  fantastiques surmontant les casques). Micheletto, sur son étalon noir henissant, va donner à ses cavaliers l'ordre de charger : c'est la contre attaque décisive de la bataille. Les deux chevaux du premier plan, à droite, suggèrent la profondeur du tableau. Entre eux un arbalétrier ajuste une flèche, les cavaliers sont regroupés en cercle autour de lui, regards dirigés vers son "mazzocchio" (bonnet drapé sur une armature en bois et en osier, objet privilégié par Paolo Uccello). Devant le condottiere cinq cavaliers chargent déjà, chevaux en mouvement, lances pointées vers l'ennemi.

Les armures et les armes sont recouvertes de feuilles d'argent. Le panneau en bois a permis à Paolo Uccello d'inciser leurs contours de façon très détaillée.  Sur les trompettes et garnitures de harnachement ce sont des applications de feuilles d'or. L'argent des armures a presque totalement disparu mais l'or des trompettes et des décorations reflète encore les changements de la lumière. Aurais-je préféré, dans la chambre de Laurent de Médicis, le tableau à son origine où brillaient de mille feux l'argent et l'or ? Peut-être pas, les écaillements et fendillements donnent maintenant aux armures une matière étonnante.

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Ce panneau  "Micheletto da Cotignola sur le champ de bataille" a longtemps été considéré comme partie d'un triptyque. Il est admis désormais qu'il a été rattaché à un diptyque "La bataille de San Romano" (dont l'un des panneaux se trouve à Londres à la National Gallery, l'autre aux Offices à FLorence) et qu'il a été peint en 1456, alors que les deux autres datent de  1435 /1440.
Les trois racontent la bataille du 1er Juin 1432, qui s'est déroulée en plein champ, à San Romano, et durant laquelle s'affrontèrent florentins et siennois.
Celui de Londres "Niccolo Mauruzzi da Tolentino à la tête de ses troupes" montre le début des hostilités.
Paolo Uccello 031

Celui de Florence "La défaite du camp siennois illustrée par la mise hors de combat de Bernardino della Ciarda" marque la fin des combats. Ce panneau est signé Pauli Ugielli Opus  (oeuvre de Paolo Uccello). 

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On remarque bien la similitude entre les deux dernières oeuvres alors que sur celui du Louvre il n'y a pas de paysage.
Les formats des panneaux sont rectangulaires mais devaient, à l'origine, être cintrés (sur le tableau du Louvre l'étentard du condottiere est tronqué). Il mesurent chacun environ 3,20 par 1,60m et sont peints à l'huile.
Après avoir appartenues aux Médicis, et subis des dommages au moment de leur chute, les Batailles ont été accrochées aux Offices en 1784. Restaurées, deux ont été mises dans les réserves et, au milieu du XIXe siècle, vendues à une collection privée. On les retrouve ensuite à Londres et à Paris.
Exécuté en 1436 pour la cathédrale Santa Maria del Fiore de Florence "Le monument équestre de John Hawkwood"  porte également la signature Pauli Ugielli Opus. Avec "
La Bataille" de Londres, ce sont les deux seules oeuvres signées Paolo Uccello.  

C'est à partir de cette année 1436 que Paolo di Dono se fit appeler  Paolo Uccello. Vasari indique que ce surnom serait dû à l'amour de Paolo pour les oiseaux (uccello en italien). Le rapprochement avec une famille bolonaise peu connue, les Uccelli, est une autre hypothèse : la signature Pauli Ugielli opus étant apposée sur un bouclier portant les mêmes couleurs que cette famille.
Le monument équestre de John Hawkwood - Florence - Santa Maria del Fiore 
fresque 732x404cm un cadre en trompe l'oeil fut ajouté au XVIe siècle

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Paolo di Dono, dit Paolo Uccello, nait en 1397. Son père Dono di Paolo, chirurgien et barbier, s'est installé à FLorence en 1373 et s'est marié en 1387 avec Antonia di giovanni del Beccuto, fille d'une ancienne famille florentine. En 1407 Paolo Uccello est assistant dans l'atelier de Ghiberti. En 1423 ? il s'inscrit à la compagnie de Saint Luc (organisation corporative des peintres). Parmi ses premières oeuvres une "Nativité" en 1425 (National Gallery Londres). En 1431 il peint deux séries de fresques pour le Cloître Vert de Santa Maria Novella de Florence. Il peindra également les quatre têtes de prophètes pour l'horloge de la cathédrale Santa Maria del Fiore (1433). Une huile sur toile  vers  1470 "Saint Georges et le dragon"est exposée à la Nationale Gallery de Londres. Un grand nombre d'oeuvres lui sont attribuées à partir de textes et documents et pour des motifs stylistiques.

En 1467 il se rend à Urbin avec son fils Donato et travaille pour la compagnie Corpus Domini, il pense peut-être y transférer son atelier. Il rentre à Florence en 1469. Septuagénaire il se déclare au cadastre "vecchio e senza inviamento - vieux et sans travail -. Il meurt le 12 décembre 1475. Il est enterré dans le sépulcre paternel à Santo Spirito.

Paolo Uccello est l'un des meilleurs perspectivistes de son temps, l'abondance des raccourcis et les mazzocchi aux facettes minutieusement décrites le prouvent. Il a séduit les artistes du XXe siècle, particulièrement les cubistes.

dessin d'un "mazzocchio" -
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Fresques de Santa Maria Novella  
uccello deluge - santa maria novella

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Horloge de Santa Maria del Fiore - cadran peint en 1433 - diamètre presque 7 mètres. Les 24 heures sont en chiffres romains dans l'ordre croissant mais antihoraire.   
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 mécanisme de l'horloge  
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 Saint Georges et le dragon - huile sur toile - National Gallery Londres - 55x44cm

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PHOTOS - diverses sources

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Musées Parisiens

LE LOUVRE DES SABLES - ABU DHABI
Pour réaliser le projet colossal d'un musée de 8.000m2 d'exposition, les Emirats arabes unis se sont adressés à la France. "Le Louvre des sables" imaginé par Jean Nouvel sera le premier grand musée universel du moyen orient. Il est en cours de construction sur l'Ile de Saadiyat et doit ouvrir ses portes en 2015.
Le nom"Louvre" a été cédé par la France à l'émirat pour une période de 30 ans en contrepartie d'une somme d'un milliard d'euros. La France prêtera également durant une dizaine d'années des oeuvres issues du musée du Louvre, mais aussi d'autres musées nationaux, en attendant qu'Abu Dhabi constitue sa propre collection. Lors de son ouverture, le Louvre d'Abu Dhabi sera riche de 900 oeuvres dont 300 prêtées par les musées français (cet accord a fait l'objet de nombreuses polémiques).
L'exposition "Naissance d'un musée" présente cent soixante des plus beaux chefs-d'oeuvres déjà acquis par le musée émirien, dans un parcours chronologique qui nous fait voyager des années 3000 avant JC jusqu'au début du XXe siècle.
Je n'irai jamais à Abu Dhabi. Cette découverte d'une partie des richesses du futur Louvre des sables, ainsi que du projet architectural de Jean Nouvel, a été un enchantement.
 

MAQUETTES DU MUSEE -   

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 Quelques-unes des merveilles ...

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Princesse de Bactriana, Asie centrale, fin du IIe millénaire avant JC.
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 Bracelet aux figures de lions , or, Iran VIIe siècle av. JC
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Bodhisattva debout , Pakistan, IIe IIIe siècle
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Fibule aquiliforme de Domagnano (or et grenats), Italie, seconde moitié du Ve siècle
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Vierge à l'enfant - Giovanni Bellini - Italie vers 1480-1485
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Christ montrant ses plaies - Allemagne, Bavière ou AUtriche - 1515-1520
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Les pugilistes Creugas et Damoxène - Antonio Canova - XVIII siècle
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Edouard Manet - Le bohémien - 1861/1862
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Paul Gauguin - Les enfants luttant 1888
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Et j'ai retrouvé Gustave Caillebotte que j'avais suivi à Yerres il y a quelques jours
La partie de besigue - 1881
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Pour terminer l'exposition :
Picasso - Portrait d'une dame - Papier collé et gouache 1928 - à côté Magritte "Le lecteur subjugué" 1928
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et aussi Yves Klein et Twombly.
Toutes les photos de cet article sont issues d'Internet.

Très beau film produit par le Musée du Louvre
LOUVRE ABU DHABI - PAYSAGES - cliquez : link

Exposition jusqu'au 28 Juillet 2014 - Musée du Louvre Paris.

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Expositions Province

Au bord de la petite rivière l'Yerres, affluent de la Seine, dans la ville qui porte le même nom, Martial Caillebotte, riche entrepreneur parisien, fait l'acquisition en 1860 d'une belle demeure et d'un grand parc pour installer sa famille en été. Son fils Gustave, alors âgé de douze ans, y fera des séjours réguliers jusqu'à la vente de la propriété en 1879.
Bachelier, puis licencié en droit, Gustave Caillebotte est reçu, en 1873, au concours des Beaux-arts mais n'y reste qu'une année. Son père décède en 1874 lui laissant un héritage assez considérable qui lui permettra de se consacrer à ses passions.
Dans le parc d'Yerres, Caillebotte trouve son inspiration pour peindre des paysages, des scènes de baignade et de canotage sur la rivière. Il réalise aussi des portraits de la famille et des amis reçus à la propriété.
Gustave Caillebotte sera un mécène pour son cercle d'amis impressionnistes. Il aidera Pissarro, Renoir, Monet, leur achetera des toiles. Il fera également l'acquisition d'oeuvres de Degas, Manet, Sisley. En léguant sa collection à l'Etat, Caillebotte ouvrira aux impressionnistes les portes des musées nationaux.
La peinture n'est pas sa seule passion, s'y ajoutent celles de la philatélie, de l'horticulture et du nautisme.
Avec son frère Martial (compositeur, pianiste et photographe) Gustave s'initie au yachting, participe aux régates d'Argenteuil. D'abord simple acheteur de voiliers, il construit vite des prototypes (le plus célèbre "Roastbeef" a vocation d'affronter, en régates, les Anglais). Il possédera quatorze voiliers de course avec lesquels il remportera des centaines de prix.

Gustave Caillebotte décède en 1894, d'une congestion cérébrale, il a quarante cinq ans. 

Son rôle de mécène reconnu, son talent de peintre a été longtemps méconnu, sauf aux Etats-Unis où il exposa régulièrement. Il fut redécouvert grâce aux collectionneurs américains et aux expositions montées à Houston et Brooklyn en 1976. A Paris, le Grand Palais  lui a consacré une rétrospective en 1994/1995, et le Musée Jacquemart André une exposition en 2011 "Dans l'intimité des frères Caillebotte" mettant en parallèle ses peintures et les photographies de Martial.
Quelques uns de ses tableaux, dont le plus célèbre "Les raboteurs de parquet" (refusé au Salon de 1875) se trouvent désormais au Musée d'Orsay à Paris.
102x146,5cm - huile sur toile
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La commune d'Yerres est propriétaire du domaine depuis 1973. L'exposition qui s'y tient actuellement (c'est le centenaire de la mort du peintre) permet de découvrir 43 tableaux de Caillebotte.
J'ai éprouvé un réel plaisir à les retrouver au cours d'une promenade dans le parc. Gustave  Caillebotte marche à mes côtés dans les allées, j'admire les arbres remarquables, l'ondulation des pelouses, les iris jaunes du petit plan d'eau, l'opulence du jardin potager. Comme lui je m'arrête au bord de l'Yerres, le regard attiré par les scintillements et les reflets, en prêtant l'oreille j'entends les cris des baigneurs, j'imagine qu'une périssoire passe, les pales de la pagaie fendant l'eau, je crois apercevoir un pêcheur à la ligne et une petite fille... Dans ce parc, Caillebotte a fait des esquisses qu'il retravaillait à l'atelier. Là, devant moi, sa peinture revit. C'est l'intérêt de l'exposition : être sur le lieu de la création.



L'Yerres dans la propriété - photo MP
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Les trois tableaux qui suivent sont réunis en triptyque, dans la première salle de l'exposition, comme   Caillebotte les avait présentés lors de la quatrième exposition impressionniste à Paris en 1879.
huiles sur toile - 157x113cm :   - 1877/1878 - photo web  

Pêche à la ligne avec Zoé -  collection particulière
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Baigneurs au bord de l'Yerres - collection particulière

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Périssoire sur l'Yerres - Musée de Rennes
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Jardin à Yerres - huile sur toile - 59x81cm - 1876 - Collection particulière -photo web
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Le Chalet suisse et le Casin (bâtiment principal de la propriété) -
le parc comporte différentes "fabriques d'ornementation" traduisant le goût de l'exotisme (l'Italie pour le Casin, le Japon pour le banc couvert, l'orient pour le Kiosque...)photo MP

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Yerres - dans la Ferme, la volière - huile sur toile - 1872
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La ferme - au fond l'entrée du Musée - photo MP
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La volière - photo MP
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Yerres - effet de lumière - huile sur toile - collection particulière - photo web
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Yerres - Les bouleaux - huile sur toile - collection particulière - photo web
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Peintre sous son parasol - huile sur toile - 65x60cm - collection particulière - photo web
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Le banc couvert - photo MP
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Le kiosque et la glacière

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Le parc de la propriété à Yerres 1875 - 65x92cm- huile sur toile - collection particulière
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Le parc et l'orangerie depuis le Casin - photo MP
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 Le jardin  potager 1877- huile sur toile 6 60x73cm - collection particulière
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Le jardin potager - photo MP
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Canotier au chapeau de forme - vers 1877 - 90x117cm - huile sur toile - collection particulière - photo web
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Photo de Martial Caillebotte -  web
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Périssoires sur l'Yerres - huile sur toile - Milwaukee Museum
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L'Yerres dans la propriété
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Effet de pluie - huile sur toile 1875 - 81x59cm - Indiana University Art Museum - Bloomington -  photo web
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Les nymphéa 1872  - huile sur toile - 19x28cm - collection particulière
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Petit plan d'eau - photo MP
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Trois tableaux exposés n'ont pas été peints à Yerres dont "Les régates à Argenteuil" et Boulevard vu d'en haut" qui représente une vu plongeante au cadrage unique dans la peinture du XIXe siècle.
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Un coup de coeur pour l'autoportrait de Caillebotte  
au chapeau d'été - 1873-1874 - huile sur toile 44x33cm
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et pour ce petit tableau :    
Coucher de soleil - 4ème effet - 21x31cm - 1878 - collection particulière


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L'exposition se termine le 20 Juillet. PROPRIETE CAILLEBOTTE - 8 rue de Concy - 91330 YERRES

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Expositions à Paris

15 Mai 2014. 
C'est une belle matinée. Les riches décorations du pont Alexandre III, construit pour l'exposition universelle de 1900, étincellent. J'aime Paris, j'y suis à la fois chez moi et en vacances. En touriste récidiviste je fais quelques photos du pont, symbole de l'amitié franco-russe. Je le traverse pour aller au Grand-Palais où, justement, un couple d'artistes russes, Ilya et Emilia Kabakov, ont érigé leur "Etrange cité".

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MONUMENTA : pour sa sixième édition le titre n'est pas trompeur, l'installation des Kabakov est grandiose.

Dès l'entrée on se heurte aux hauts murs blancs encerclant la cité utopique que la verrière du Grand Palais inonde d'une merveilleuse lumière. Une grande coupole dirigée vers la cité évoque une rosace d'église. Elle change de couleur au rythme de la musique (Alexandre Scriabine considérait que la musique et la lumière sont étroitement liées).

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Un petit arc de triomphe précède l'entrée de la cité. A l'intérieur de l'enceinte circulaire, cinq édifices abritent des installations où se mêlent symbolique, mystère, philosophie, spirituel, mais sans doute aussi une pointe d'humour. Puis hors des murs circulaires, pour terminer la déambulation, s'élèvent la "Chapelle blanche" et son négatif la "Chapelle sombre", toutes deux très impressionnantes.

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LES CINQ ESPACES DE L'ENCEINTE CIRCULAIRE

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Le musée vide
Dans la salle aux murs rouge foncé, les tableaux sont représentés par des taches de lumière. Au centre de la pièce, les divans confortables invitent à la méditation. La "Passacaille" pour orgue de Bach résonne. La musique remplace-t-elle les tableaux ? Quelle réflexion sur l'art peut-on en tirer ? En ce qui me concerne ce vide me comble.
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Manas
On trouve dans cet expace la maquette d'une ville utopique entourée de 8 montagnes qui, de leurs sommets, permettent de communiquer avec d'autres mondes. Au coeur de la ville, un cratère est rempli d'eau. Une ville identique inversée est suspendue au plafond, son cratère céleste diffuse une lumière vive qui arrive dans le cratère de la ville terrestre.
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détail d'un sommet de montagne
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Le centre de l'énergie cosmique
Il est extrêmement difficile d'expliquer cette maquette censée être un ensemble de bâtiments permettant de capter l'énergie du cosmos. Je n'ai pu qu'admirer l'étrangeté de la construction et rêver devant les dessins précis d'architecture qui l'accompagne.

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Plus à ma portée, Comment rencontrer un ange :
Maquette où un petit personnage a quitté son village, en jogging et sac à dos, pour gravir une immense échelle. Tout en haut il tend les bras vers l'ange. Plus qu'une figure de la religion, l'ange, très présent dans l'oeuvre des Kabakov, est une allégorie de l'aspiration au bonheur et à la sagesse. Kabakov donne d'ailleurs la recette du "comment changer", comment devenir meilleur. Il présente un modèle nous permettant de fabriquer deux ailes blanches en tulle et leurs attaches en cuir. Il suffit de s'isoler dans sa chambre, de mettre les ailes, de s'asseoir sans rien faire et en silence durant 10 minutes, puis reprendre ses occupations habituelles pendant deux heures mais sans quitter la chambre. Répeter ensuite la pause. En pratiquant cela durant deux ou trois semaines, l'effet des ailes blanches va se manifester. Les ailes doivent être rangées dans un coffret souple et mis sous clé dans une armoire à glace.

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A noter que sur ce dessin l'échelle part du Grand Palais
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Les portails
"Ils échappent au regard,
Comme si ils permettaient de sortir
mais pas d'entrer,
On ne les voit jamais enfants,
Mais ils finissent par apparaître, rarement
d'abord, puis de plus en plus souvent,
Le temps passe et les voilà, immobiles,
Ne quittant pas la ligne droite de l'horizon,
Impossible de connaître leur taille,
Mais le plus étrange est qu'ils ne percent
aucun mur
Et qu'aucun battant n'occupe leur cadre"

Un portail central ouvert marque le passage de la vie à l'au-delà. Quatre triptyques l'entoure représentant le même paysage peint à différents moments de la journée et de la nuit. Des vers sont inscrits sous chacun d'eux.
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LA CHAPELLE BLANCHE
Comment ne pas être frappé par la dimension et par les murs blancs ponctués de peintures, fragments dispersés d'une fresque effacée par le temps ou petits instants sauvés d'une mémoire qui s'efface. Une tache sombre où l'on aperçoit trois visages rappelle l'Enfer des églises catholiques.
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LA CHAPELLE SOMBRE
Les murs sont recouverts du sol au plafond par deux triptyques. On pense à Rembrandt et à la peinture baroque des XVI et XVIIe siècle. Les tableaux, inversés, sont autobiographiques, combinant un trou noir central, des images soviétiques stéréotypées, et les souvenirs de la remise à Ilya Kabakov du prix impérial à Tokyo. Les taches blanches représentent les chiffons qui servent à nettoyer les pinceaux.
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Il y aurait  beaucoup  à dire sur cette exposition, chaque espace fait l'objet d'explications complexes difficiles à résumer, les dessins et les maquettes sont nombreux. Il faut parcourir réellement la cité pour ressentir une émotion, mes photos ne peuvent donner qu'une idée visuelle où le sensoriel n'a pas sa place. Je suis ressortie du Grand Palais enthousiasmée. J'y retournerai.

A voir et à revoir jusqu'au 22 juin.

Vous pouvez retrouver dans les articles de voir-ou-revoir les  "Monumenta" de Christian Boltanski et  de Daniel Buren  

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Expositions à Paris

L'IMAGIER DE LA SUEDE

Pour prendre un bain de fraîcheur, rien de mieux que d'aller au Petit Palais admirer les oeuvres de Carl Larsson : il nous emmène dans un monde de rêve où règne  bonheur et harmonie.
Carl Larsson est un symbole national en Suède. Ses ouvrages, largement diffusés, sont connus de tous les suédois. Deux de ses aquarelles sont particulièrement populaires : "Martine et le plateau du petit déjeuner", illustration de la couverture du "Livre de cuisine pour la maison", et "La pêche aux écrevisses" qui a figuré sur les passeports suédois.

Martine - aquarelle - photo web
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La pêche aux écrevisses- aquarelle - photo web -

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Comme pour Van Gogh, Léonard de Vinci, Monet...les grandes réussites ont un revers : les aquarelles et peintures de Larsson ont été reproduites de façon médiocre sur toutes sortes de supports, boites de gâteaux, sets de table, boites d'allumettes etc.
Cet enfant de famille très modeste, né à Stockholm le 28 mai 1853, qui deviendra le plus grand artiste de son pays, fait sa scolarité dans une école pour enfants pauvres. Ses dons artistiques lui permettent d'entrer dans la classe préparatoire à l'Académie Royale des Beaux-arts. On y copie des gravures sur bois. A dix neuf ans il entre à l'Ecole Modellskolan où il fait essentiellement du dessin de modèle vivant. Il espère obtenir la médaille royale qui permet de demander une bourse pour partir dans une capitale européenne. Il l'obtient en 1876 mais ne recevra jamais la bourse qui l'accompagne ordinairement.
Pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, il travaille depuis 1875 comme retoucheur-photographe et illustrateur.
En 1877, il arrive à Paris pour faire carrière dans la peinture académique et exposer au Salon. Le seul tableau accepté est le portrait de Carl Skanberg.  

portrait de Carl Skanberg - huile sur toile 63X46 cm - photo web
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Malade et appauvri il retourne en Suède. Il revient pourtant en France en 1880, refusé à nouveau au Salon pour une oeuvre jugée licencieuse "Chez le peintre de la cour".
Il fait un séjour à Gretz-sur-Loing, petit village non loin de Barbizon. C'est un lieu prisé par les artistes désargentés, attirés par la proximité du chemin de fer et par l'accueil qui leur est réservé à l'Hotel Chevillon, aujourd'hui siège d'une fondation Suédoise qui reçoit des artistes scandinaves.
Ce séjour est le tournant de la carrière de Larsson : il y apprend la pratique de la peinture en plein air, et il rencontre sa future femme Karin Bergoo, fille d'un homme d'affaires (ils auront 8 enfants). Ensemble ils construisent leur oeuvre : en Suède ils transforment et décorent une petite maison, offerte par le père de Karin en 1888, située à Sundborn. Ils créent un environnement où se mêlent confort, bien être et beauté. Ils refusent la production industrielle et mettent en valeur l'artisanat. Ils mêlent tradition rustique, style japonais, art nouveau, créant un style original qui aura une influence sur le design du XXe siècle. Ils s'installent définitivement à Sundborn en 1901. De nos jours cette adorable maison (Larsson l'a représentée dans un album) est encore occupée par leurs descendants qui l'ouvrent de mai à Octobre aux touristes.

"Si je meurs, chose étrange qui peut se produire, je m'imagine que cette maison continuera à vivre, même si sa vie est un peu différente. Peut-être les arrière-petits enfants de mes enfants écriront-ils un nouveau livre sur elle. Tu l'achèteras, car toi, mon lecteur, tu ne dois pas mourir, tu ne dois jamais mourir." Carl Larsson - album Du côté du Soleil -

A partir de son arrivée à Gretz, en 1877, Larsson alterne les séjours entre la France et la Suède. Il obtient enfin une médaille de troisième classe au Salon de Paris pour ses aquarelles "Octobre" et "Les potirons", et l'Etat Français lui achète "l'étang de Gretz-sur-Loing".

L'étang de Gretz - 1883 -aquarelle - 54X77 cm - musée d'Orsay
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A Paris, il étudie la peinture monumentale (il fera de nombreuses fresques en Suède), en Suède il est nommé professeur à l'Ecole de peinture du musée des Beaux-arts de Göteborg.
Si les portraits de sa famille, de ses amis, d'artistes sont nombreux, ses oeuvres les plus illustres sont ses albums qui continuent d'être réédités : "Les Miens, vieux bric-à-brac de CL", "Notre maison et notre famille", "Les Larsson", "Spadarvet ma petite ferme", "Du côté du soleil", "Les enfants des autres".
C'est par ces albums, qui décrivent sa vie familiale dans sa maison colorée, que Larsson s'est imposé comme aquarelliste exceptionnel et a influencé la décoration intérieure en Suède.
Il décède le 22 janvier 1928, quelques jours après avoir terminé sa biographie.
Si vous n'êtes pas très loin de Paris, ne manquez pas d'aller voir les oeuvres de cet artiste original, mises merveilleusement en scène par le Petit Palais, jusqu'au 7 Juin 2014.
 
Entrée de l'exposition - photo MP
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Autoportrait au chevalet - 1895 - aquarelle 50x34,5cm - photo web204px-Larsson_-_Self_Portrait.jpg

Portrait d'August Strindberg 1899 - fusain et huile sur toile 59x39cm
Larsson a entretenu avec Strindberg des liens amicaux qui , au fil des années, sont devenus de plus en plus tendus  jusqu'à devenir haineux.

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Paysage d'hiver - vers 1886 - pastel 64x40cm - Toulouse musée des Augustins - photo web
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Automne 1884 Aquarelle 92x60cm - Stockholm Nationalmuseum - photo web
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 Esbjörn Larsson convalescent  - aquarelle 1917 - 107x73,5cm - photo web
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Le matin de Noël - 1894 - aquarelle 60x43cm - photo web
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 ALBUM "NOTRE MAISON"
 photos web - Aquarelles 32x43cm
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entre noel et jour de l'an

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la cuisine
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l'atelier
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  la chambre de papa 
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 Lisbeth pêchant à la ligne
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la cour et la buanderie  

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AUTRES ALBUMS - couvertures
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Publié dans : #Autres

La musique n'est pas l'objet de ce blog, mais,  tout à fait exceptionnellement,  je veux vous faire partager la grande émotion  que j'ai eue,  hier,  à l'auditorium du Louvre.   J'assistais au concert de Nobuyuki Tsuiji, dit Nobu, pianiste virtuose et compositeur de 26 ans, aveugle de naissance.

Nobu a remporté à 7 ans le premier prix de la All Japan Music of Blind Students de l'association Helen Keller de Tokyo, puis à 21 ans le premier prix et la médaille d'or du prestigieux concours international van Cliburn, ex-aequo avec le chinois Haochen Zang. Il a joué à Tokyo, New-York, Washington, Berlin, Boston, Milan, Munich....Il existe des partitions en braille, mais  Nobu  apprend à l'oreille :  à deux ans, il joua Jingle Bells sur un piano jouet, sa mère lui avait fredonné l'air.

J'ai trouvé sur youtube l'un des morceaux qu'il a interprété hier : la troisième étude d'après Paganini, "La campanella" S 141 de Lizt. Sur cette vidéo Nobu vient de donner un concert avec l'orchestre philharmonique de la BBC. Il joue cette étude après un rappel. Le public est aussi enthousiaste et ému que celui de l'auditorium hier...    


 

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Peintres

        Soyons honnêtes, avant d'avoir lu un entrefilet annonçant le retour, au Petit Palais à Paris, du tableau "Les Halles", son signataire Léon Augustin Lhermitte m'était totalement inconnu.
La curiosité, vilain défaut mais bonne qualité, me fait incessamment me rendre au Petit Palais pour découvrir ce peintre dont l'arrière petit-fils est Thierry Lhermitte,  acteur bien connu en France.

Léon Lhermitte (1844-1923) est né à Mont-Saint-Père dans le département de l'Aisne. Son père, instituteur, encourage son don pour la peinture et le laisse s'inscrire à l'Ecole Impériale de dessin à Paris, il a dix neuf ans. Il apprend la peinture de plein air avec Horace Lecoq de Boisbaudran, qui a également eu pour élèves Rodin, Legros, Fantin-Latour...
Il expose au Salon de 1864 des dessins proches de l'art de Millet. La consécration vient après 1880 avec des peintures de grand format et le succès populaire de "La paye des moissonneurs", que l'Etat lui achète le jour même de l'ouverture du Salon. Léon Lhermitte est consacré "peintre des paysans". Suivent alors commandes officielles et honneurs : Grand Prix de l'Exposition universelle 1889, Légion d'Honneur en 1884 (Officier en 1894 et Commandeur en 1911). En 1890 il adhère à la Société Nationale des Beaux-arts et en deviendra, à la suite de Rodin, vice-président. Il est élu membre de l'Institut en 1905.
En 1888, Léon Lhermitte est choisi pour exécuter un tableau destiné à l'Hôtel de Ville de Paris. Il propose de représenter les arrivages aux Halles.
Le tableau est exposé au Salon en 1895 où il obtient un grand succès. En 1902, cette oeuvre monumentale est marouflée sur un mur à l'Hôtel de Ville, dans le passage qui relie le cabinet du préfet au salon des Lettres. Le passage s' avérant un "passage où l'on ne passe jamais", l'oeuvre est déplacée et accrochée au Petit Palais. En 1942, nouveau déplacement : la toile est roulée et entreposée au dépôt municipal d'Auteuil puis d'Ivry. Elle tombe dans l'oubli.
En 2013, le tableau est restauré et prêté au musée de la Civilisation du Québec pour l'exposition "Paris en scène 1889-1914". Revenu en France depuis le mois de mars, il a retrouvé sa place initiale dans la galerie zénithale du Petit Palais.

Je découvre ce tableau d'une belle harmonie grise,   et suis immédiatement séduite.  Mon regard va et vient dans le fourmillement des personnages qui s'agitent au petit matin : marchande de soupe, porteurs de volailles, vendeuses de légumes et de fruits colorés...C'est une description réaliste des Halles de la "belle époque" et d'un passé révolu (les Halles ne sont plus, depuis 1969, dans le quartier du Châtelet mais dans le Val de Marne, à Rungis), d'ailleurs les personnages du tableau se parlent, s'interpellent, se regardent, mais aucun n'est tourné vers nous, ils vivent dans un monde éloigné du notre et comptent bien y rester. C'est le monde des Rougon-Macquart, plus précisément celui du "Ventre de Paris", et tout le tableau de Léon Lhermitte tient dans quelques pages du livre d'Emile Zola, dont voici un petit extrait :

".../C'était une mer. Elle s'étendait de la pointe Saint-Eustache à la rue des Halles, entre les deux groupes de pavillons. Et, aux deux bouts, dans les deux carrefours, le flot grandissait encore, les légumes submergeaient les pavés. Le jour se levait lentement, d'un gris très doux, lavant toute chose d'une teinte claire d'aquarelle.../...A l'autre bout, au carrefour de la pointe Saint-Eustache, l'ouverture de la rue Rambuteau était barrée par une barricade de potirons orangés, sur deux rangs s'étalant, élargissant leurs ventres. Et le vernis mordoré d'un panier d'oignons, le rouge saignant d'un tas de tomates, l'effacement jaunâtre d'un lot de concombres, le violet sombre d'une grappe d'aubergines, ça et là, s'allumaient ; pendant que de gros radis noirs, rangés en nappes de deuil, laissaient encore quelques trous de ténèbres au milieu des joies vibrantes du réveil./..../Cependant, la foule des bonnets blancs, des caracos noirs, des blouses bleues, emplissait les étroits sentiers, entre les tas. C'était toute une campagne bourdonnante. Les grandes hottes des porteurs filaient lourdement au dessus des têtes. Les revendeurs, les marchands des quatre-saisons, les fruitiers, achetaient, se hâtaient.../"

Installation du tableau au Petit Palais - (404x635cm) photo WEB

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La paye des moissonneurs - huile sur toile 215x272 - 1882 - Musée d'Orsay PARIS - photo web
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Léon Lhermitte - photo web
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Publié dans : #Chateaux

Depuis le 12 mars  se tient,  au Musée du Luxembourg à Paris, une exposition pour le bicentenaire de la mort de l'impératrice Joséphine. J'envisageais de m'y rendre mais le jour choisi, un beau soleil incitait plutôt à une promenade dans la campagne, ou dans un parc. Au fond, le souvenir de Joséphine étant intimement liée à la Malmaison, pourquoi ne pas  la retrouver dans son château ?

Le château de la Malmaison est situé sur la commune de Rueil, sur la rive gauche de la Seine, tout près de Paris. C'est une belle demeure, à deux étages, édifiée au XVIIe siècle, là où se trouvait une grange, la Mala Domus (mauvaise maison).
Joséphine (Marie-Josèphe Rose Tascher de la Pagerie) naît le 23 Juin 1763 aux Trois-Ilets à la Martinique. Ses parents possèdent un immense domaine et une sucrerie. Marie-Josèphe aura deux soeurs cadettes : Désirée et Marie Françoise. Ses études chez les Dames de la Providence à Fort-Royal sont interrompues à la mort de Désirée.
Un mariage "arrangé" avec Alexandre de Beauharnais, fils de l'ancien Gouverneur Général des Isles d'Amérique, la contraint à quitter son île : le mariage à lieu en 1779 à Noisy-le-Grand, elle a 16 ans. Alexandre, capitaine au régiment de Sarre-infanterie se révèle vite exigeant et emporté, Marie-Josèphe, elle, trop frivole. Deux enfants naissent : Eugène et Hortense. Une liaison d'Alexandre avec Mme de Longpré de la Touche entraîne la séparation du couple. Marie-Josèphe, trop jeune pour être indépendante, demeure quelques temps chez ses beaux-parents, puis part retrouver sa famille en Martinique.

Quand elle revient à Paris, en 1790, Alexandre, toujours son époux, a embrassé une carrière politique : il succède à Mirabeau à la présidence des Jacobins. Durant "la Terreur", Alexandre, puis Marie-Josèphe sont incarcérés à la prison des Carmes. Alexandre est guillotiné le 23 Juillet 1794, précèdant Robespierre de cinq jours. Marie-Josèphe échappera de justesse à l'échafaud.
A sa sortie de prison, elle se tourne pour survivre vers les gens en place, Mme Tallien, Barras (Membre du Directoire). Un peu plus tard, elle loue un hôtel rue de la Victoire qu'elle arrange à son image et à son goût, elle y reçoit le jeune et talentueux Napoléon Bonaparte. Tombé immédiatement sous son charme, fou d'amour, Napoléon précipite le mariage. Il a lieu le 9 mars 1796. C'est Napoléon qui lui donne le surnom de Joséphine.
En 1799, Napoléon achète à Joséphine le château de La Malmaison. Devenue très vite épouse du Premier Consul, et plus tard de l'Empereur des français, elle aura toujours plaisir à aller s'y ressourcer loin des contraintes de la cour. Joséphine, naturelle, toujours et partout à l'aise, élégante et raffinée, au goût sûr, est admirée et aimée de tous. Pour ses invités elle ressuscite la douceur de vivre, alternance de liberté et de plaisir partagés : promenades, lectures, jeux, théâtre... L'austère Napoléon lui-même participe, elle fait son bonheur, il le dira plus tard à Saint Hélène : "c'est la femme que j'ai le plus aimée .... elle était l'art et les grâces".
Pourtant, Joséphine ne pouvant donner un héritier à Bonaparte, le mariage est dissous pour raison d'état en 1809. Richement dotée, elle conserve son titre "d'impératrice douairière", la Malmaison, le Palais de l'Elysée à Paris et le château de Navarre près d'Evreux.
Elle se retire définitivement à la Malmaison en 1811 où elle continue à recevoir des hôtes de marque.
Au fil des années, Joséphine a agrandi, embelli, raffiné La Malmaison. Les architectes se sont succédés : Percier et Fontaine clôturent le parc, construisent des écuries, Morel bâtit une grande serre chauffée, un chalet et trois maisons au bord de l'étang de Saint-Cucufa pour abriter un couple de vachers venus de Suisse, une vacherie, une laiterie...Pour le troupeau de mérinos (il comptera plus de 2000 têtes en 1812), Thibaut et Vignon installent une bergerie. Berthault, lui, retrace un parc paysagé avec une rivière, un petit lac et il achève  la grande serre de 50 mètres. Car la botanique passionne Joséphine : à La Malmaison 200 plantes fleuriront pour la première fois en France (magnolia pourpre, hibiscus, camélia, dahlia), 250 espèces de roses seront plantées en buisson dans le parc, ou dans des pots que l'on sort des serres en juin.
Joséphine s'intéresse aussi à la zoologie : elle tente d'acclimater dans le parc, autruches, émeus, kangourous, zèbres, singes, gazelles. Leur entretien se révèle très vite onéreux et impose un important personnel. Dès 1805, certains animaux sont donnés au Muséum et Joséphine se consacrera essentiellement à sa chère botanique.
A l'énoncé d'un parc aussi extraordinaire on comprend l'étonnement et le plaisir des visiteurs.
A l'intérieur du château, peintures, sculptures, objets d'arts, vases antiques abondent. Pour tous ces travaux, ces aménagements, ces décorations, pour sa toilette et ses bijoux, Joséphine a dépensé sans compter (c'est là son énorme défaut). Elle aura toujours recours à Napoléon pour éponger ses dettes.
Le 14 mai 1814, elle accompagne le tsar Alexandre 1er chez Hortense à Saint Leu. Elle prend froid en visitant le domaine qui jouxte la forêt de Montmorency. Elle meurt le 29 mai. Les plantes, faute d'entretien, ne lui survivront pas. Le domaine sera morcelé.
Joséphine reposera onze ans dans la cave du presbytère de Rueil. En 1825 Eugène et Hortense lui feront élever, dans le choeur de l'église Saint-Pierre Saint-Paul de Rueil, un monument en marbre de Carrare. Josephine y est représentée en prière, telle que l'a peinte David dans sa grande toile du Sacre de Napoléon. Plus tard, Napoléon III fera élever pour sa mère Hortense, un mausolée dans le même choeur, seront ainsi réunies mère et fille.

Aujourd'hui le parc est réduit à six hectares (il en comptait 800). La perspective paysagère a été conservée, la grotte et le bassin surmonté de la statue de Neptune sont toujours là, quelques arbres remarquables subsistent, tel le cèdre de Marenzo. Certaines plantes que Joséphine a connues ont été réintroduites. Cela ne nous donne qu'une petite idée du parc sur lequel Joséphine régnait, mais son charme n'a pas totalement disparu.
Au rez-de chaussée du château les salons se succèdent : dans celui de musique le piano d'Hortense est encore là (la harpe de Josèphine a été prêtée au Musée du Luxembourg). Dans la salle à manger de style pompéien des danseuses aux teintes raffinées animent les murs. La salle du Conseil simule, en coutil rayé, une tente militaire. J'aimerais m'asseoir dans la bibliothèque, prendre un livre, faire tourner le magnifique globe céleste.
Les appartements sont à l'étage. Joséphine y avait deux chambres, l'une fastueuse, rouge et or, l'autre, plus modeste, était sa préférée. Toutes les pièces nous donnent à voir des objets et des peintures remarquables.
La Malmaison est, à vrai dire, plus une demeure aux dimensions humaines, qu'un château comme on l'entend habituellement. J'y poserais volontiers mes valises pour m'y ressourcer, un temps, moi aussi.

   
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La salle à manger
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la bibliothèque
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Dans toutes les pièces de superbes pendules
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Dans la salle du Conseil. Portrait de Joséphine par GERARD - 1801 - réplique autographe de l'original (aujourd'hui au Musée de l'Ermitage à Saint-Petersbourg) qui se trouvait à cet emplacement sous l'empire
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Huile sur toile - Joséphine par Henri François RIESENER 1806
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Huile sur toile - François Baron GERARD - vers 1802 - Napoléon en costume de Sacre
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Huile sur Toile - Joséphine par GROS - 1809
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Jacques Louis DAVID - huile sur toile -  Le premier Consul franchissant les Alpes au Col du Grand St Bernard - 1800/1801 - Commandé par Charles IV pour le Palais royal de Madrid. David exécuta quatre répétitions avec des variantes de ce tableau. Les trois autres se trouvent à Versailles à Berlin et à Vienne.
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Chambre de Napoléon
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Chambres de Joséphine
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Huile sur toile - Portrait inachevé de Josephine - avant 1805 - Pierre-Paul PRUD'HON
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Mausolée en marbre de Carrare - Joséphine est représentée grandeur nature
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Photos - Michèle PELLEVILLAIN
Musée National du château de La Malmaison - 92500 RUEIL MALMAISON
Ouvert tous les jours sauf le mardi 

Pour l'anecdote, ci-dessous  la bague de fiancailles - diamant et saphir disposés en "toi et moi" - offerte par Napoléon à Joséphine en 1796. Cette bague (18mm de diamètre) a été vendue au enchère le 24 mars 2013 pour 896.400 euros (elle était estimée entre 8.000 et 12.000 euros !)  
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Publié dans : #Oeuvres

Ecrire un article sur le "Radeau de la Méduse" n'est certes pas d'une grande originalité, il y en a eu tant. Pourtant, la semaine dernière, admirant une fois de plus au Louvre ce tableau, j'ai eu très envie, moi aussi, de "parler" de Géricault et de son chef d'oeuvre.
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Jean-Louis-André-Théodore Géricault naît à Rouen le 26 septembre 1791. Son père est avocat, sa mère, fille de procureur, possède des terres et des immeubles. Cette origine aisée lui assurera plus tard une indépendance financière durable (il recevra à la mort de sa mère en 1808 et à celle de sa grand-mère en 1813 des héritages substantiels). La famille s'installe à Paris en 1795.
En 1806, Géricault entre au Lycée Louis-le-Grand mais ne dépasse pas la quatrième. Il n'a que deux passions : les chevaux et la peinture. C'est un cavalier hors pair et il excelle dans la représentation dessinée et peinte de son animal favori.
Avec la complicité de son oncle Caruel qui l'engage fictivement comme comptable, Géricault peut étudier dans l'atelier de Vernet. En 1810 il entre dans l'atelier de Guérin où Delacroix le suivra quelques années plus tard.
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En 1812 il obtient la Médaille d'Or au Salon pour "Officier de Chasseurs". La presse fait son éloge (vie, fierté, verve et chaleur), mais sa touche trop audacieuse est désavouée.
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En mars 1814 Géricault s'engage dans la Garde Nationale, puis après sa dissolution, aux "Mousquetaires du Roi". Il présente au Salon "Le cuirassier blessé" et "Le chasseur de la garde". La critique ne lui consacre que quelques lignes assez sèches.
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En 1815, trois mois après les Cent-jours, il démissionne et "revient à ses pinceaux avec une nouvelle ardeur". Selon ses biographes, Géricault se serait engagé dans la 1ère Compagnie des Mousquetaires "pour fuir son état" , "par folie de jeunesse" ou "peut-être simplement pour la perspective de vivre au milieu des chevaux".
En 1816, sa participation au concours du Grand Prix de Rome ne lui apporte pas le séjour espéré de quatre ans à la Villa Médicis : il est exclu à la deuxième épreuve. Après cet échec et peut être aussi à cause du scandale provoqué par sa liaison incestueuse avec sa tante Alexandrine Caruel, jeune épouse d'un mari trop vieux, il part en Italie à ses propres frais. Il séjourne à Florence, Rome, Naples et Sienne.

En novembre 1817, rentré à Paris, il résume amèrement son séjour en Italie :"une année de tristesse et d'ennui". A Paris c'est l'agitation avec la publication le 1er Novembre du récit de Corréard et Savigny "Naufrage de la frégate Méduse" qui a un grand retentissement dans le public. L'ouvrage a été aussitôt interdit mais une traduction anglaise paraît en 1818.
Ce fait divers fascine Géricault.

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Pour aller marquer la reprise de possession du Sénégal que les traités de Paris de 1814 et de  1815 avaient accordée à la France, une flottille  française quitte, le 17 Juin 1816, l'île d'Aix pour Saint Louis. Quatre bâtiments la composent : une frégate royale, la Méduse, une corvette, l'Echo, une flute, la Loire et un brick, l'Argus.
La Méduse - gravure
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Hugues Duroy de Chaumarey, vieil émigré qui, au retour des Bourbons, vient de reprendre du service, n'a pas navigué depuis vingt ans. Il commande la Méduse, 400 personnes sont à bord.
Dès le golfe de Gascogne, la Méduse, plus rapide, devance la flottille, suivie de loin par l'Echo. Le 2 juillet un gros nuage blanc est confondu avec le Cap Blanc. En dépit des signaux de l'Echo, la Méduse fonce sur le banc d'Arquin et s'enlise à 160 km de la côte.
Toute manoeuvre apparaît vite inutile : c'est le temps des fortes marées, l'eau est à son niveau le plus élevé. Il faut maintenant sauver l'équipage et les passagers.
Le 3 on commence la construction d'un radeau de vingt mètres sur sept, la "machine". Dans la nuit du 4 au 5, la mer est grosse, sous la violence des vagues, la quille de la Méduse se brise en deux. Au matin 2m70 d'eau ont envahi la cale. C'est la panique à bord ! Equipage et passagers se ruent sur les quatre canots, sur la chaloupe et sur la yole,  17   choisissant de rester sur la Méduse. 
Plan du radeau la "machine" - photo web
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152 naufragés doivent s'entasser sur la "machine". Parmi eux 122 soldats et officiers, 30 marins ou passagers dont l'ingénieur-géographe, Alexandre Corréard, le chirurgien de marine, Jean-Baptiste Savigny et une femme. On a chargé des quarts de farines, six barriques de vin et deux petites pièces d'eau. Sous le poids des cinquante premiers embarqués, le radeau s'enfonce sous l'eau, et lorsque tous s'y retrouvent  serrés les uns contre les autres, les naufragés de l'avant et de l'arrière ont de l'eau jusqu'à la poitrine. Pour allèger un peu le radeau on jette la farine à la mer.
Le 5 juillet, le radeau s'ébranle tiré par les quatre canots associés en une file. Mais bientôt, pour éviter un choc, le deuxième largue son amarre. Deux canots remorquent encore  la machine , mais  l'officier largue l'amarre qui le relie au radeau (il sera dit que l'amarre s'est rompue).
Le radeau reste seul. La suite est terrible. La nuit, vent et tempête  emportent des naufragés. Le jour, la chaleur insupportable amène certains à se jeter à la mer. Des soldats ivres se rebellent, on se bat, on s'entretue, on abandonne aux flots malades et mourants, affamés on se nourrit de cadavre. Le 11 juillet ne restent plus à bord qu'une quinzaine de  survivants qui ont dressé un mât doté d'une tente pour se procurer un peu d'ombre. Le 17 au matin une voile apparaît à l'horizon, un homme grimpe en haut du mât et agite  des pavillons. Le brick disparaît : le désespoir est atroce. Mais quelques heures plus tard, il est là : c'est l'Argus revenu du Sénégal à leur recherche. Les quinze rescapés, presque nus, flétris et brulés par le soleil, les membres rongés par la mer, hirsutes, les yeux caves, sont hissés à bord.  Parmi eux, Savigny et Corréard, le plus écorché et malade. Ils sont le 19 à Saint Louis. Les passagers des six embarcations ont presque tous été sauvés, deux marins seulement ont survécus sur la Méduse. Cinq parmi les quinze naufragés décèderont à l'hôpital.
Durant sa traversée de retour sur l'Echo, fin juillet, Savigny écrit le récit de ce naufrage avec l'intention de le déposer au ministère de la Marine. Il le fait dès son retour à Paris. "Le journal des débats"  en publie un large extrait le 13 septembre. Comment son manuscrit est-il arrivé entre les mains d'un rédacteur ? Savigny est soupçonné. L'affaire tourne au scandale. Le gouvernement tente de l'étouffer.
Au Sénégal, le malheureux Corréard est retenu par le gouverneur qui n'a pas apprécié une traduction anglaise de l'article du journal des débats parvenue à Saint Louis.  Le Gouverneur veut faire signer à Corréard un rapport rectificatif mensonger, celui-ci refuse malgré le chantage : son retour en France dépend de sa signature. Finalement, après plusieurs refus, le Gouverneur le libérera. Corréard retrouvera Sauvigny à Paris et ils écriront ensemble le livre qui paraît le 1er novembre 1817.
Chaumarey, lui, jugé à Rochefort, est condamné à trois ans de prison. Son procès tournera au procès de la monarchie.
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Géricault conçoit l'idée d'un grand tableau pour le Salon de 1819. Il commence par dessiner en lavis bruns les moments forts du récit, sorte de plan séquence : mutinerie, carnage, cannibalisme, sauvetage, puis exécute de nombreuses études peintes. Il rencontre Corréard et Savigny qui l'aide à rassembler un dossier bourré de pièces authentiques. Il fait réaliser une maquette du radeau par l'un des naufragés.

Quelle scène choisir pour son tableau ? Géricault décide de représenter la cruauté du faux espoir, le moment ou l'Argus pointe une voile à l'horizon et va disparaître à nouveau.
Son atelier étant trop petit, il loue un second local rue du Roule, à proximité de la place des Ternes, soit à deux pas de l'hôpital Beaujon où il étudie les malades qui souffrent et se procure des cadavres. Les études achevées, la toile de sept mètres sur cinq mise au carreau, il commence son "radeau". Il s'astreint à la solitude, rase ses beaux cheveux blonds, couche dans son atelier, y prend ses repas. Il fait poser des modèles professionnels mais aussi son entourage : Théodore Lebrun, Delacroix, et Corréard et Savigny pour jouer leur propre rôle. En Juillet 1819 Géricault transfère sa toile au foyer du théätre Italien pour l'achever.
Le 25 août le tableau est accroché au Louvre. Le public est à la fois attiré et rebuté par le réalisme et l'horreur du tableau. Au sommet de la pyramide humaine, Géricault à choisi un noir pour agiter un morceau de tissu, acte militant contre l'esclavagisme colonial. La critique est plutôt hostile : l'oeuvre s'écarte des normes néo-classiques et le camaïeu de tonalité brunâtre déconcerte - pour obtenir une telle qualité de brun Géricault a abusé du "bitume de Judée" qui ne sèche jamais parfaitement et s'assombrit de plus en plus, d'où l'effet de noirceur actuel du tableau et de bien d'autres de cette époque -.
Après de nombreuses délibérations de l'Académie, Géricault obtient une médaille d'or et sa première commande d'état : La Vierge du Sacré-Coeur, dont il se déchargera plus tard sur Vernet.

En juin 1820, Géricault part à Londres et entre en contact avec James William Bullock, directeur de l'Egyptian Hall avec lequel il signe un contrat pour exposer son "radeau". L'inauguration a lieu le 10 juin en présence d'une foule nombreuse. Le 12 l'exposition est ouverte au public, le prix d'entrée est fixé à un shilling. Le succès est immense et Géricault reçoit pour sa part 17.000 fr. En mars 1824 le tableau sera exposé à Dublin mais ce sera un échec malgré le prix d'entrée abaissé à 20 pence.
En Angleterre Géricault découvre Constable et Turner mais aussi les courses de chevaux. Il exécute une grande série d'oeuvres équestres, dont le Derby d'Epsom.
photo web - Le Derby d'Epsom
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Revenu d'Angleterre en mauvaise santé, Géricault fait plusieurs chutes de cheval. En février 1823 il est contraint de s'aliter, il souffre atrocement d'une tumeur qui s'est formée près des vertèbres. Il ne quittera plus son lit.
Le 10 décembre 1823, Delacroix écrit dans son journal : "il y a quelques jours, j'ai été chez Géricault. Quelle triste soirée ! il est mourant : sa maigreur est affreuse ; ses cuisses sont grosses comme mes bras. Je fais des voeux bien sincères pour qu'il vive, mais je n'espère plus".

Ary Scheffer - La mort de Géricault - 1824 - Musée du Louvre - photo web

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Théodore Géricault décède le 26 janvier 1824. Il n'a que 32 ans, sa carrière aura duré moins de quinze ans. Qu'aurait-il fait ensuite ? N'a-t-il été que "l'ébauche d'un génie" ? Sa face émaciée, moulée en plâtre, rapidement commercialisée, devient le symbole du martyre de l'artiste romantique.
photo web
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En novembre 1824, une vente après décès a lieu à l'Hötel Bullion. Grâce à l'intermédiaire du peintre Dedreux Dorcy, ami fidèle de Géricault, le Musée du Louvre achète "Le radeau de la Méduse" 6.005 fr. En 1859, le tableau devenant de plus en plus noir, le Louvre commande une copie conforme à l'échelle, à Etienne Ronjat et Pierre Désiré Guillement, celle-ci se trouve au Musée de Picardie à Amiens.

LE RADEAU DE LA MEDUSE

 
Etudes - photos web
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Etude pour les portraits de Corréard et Savigny
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huile sur bois - 50x70cm - 1ère esquisse - musée du Louvre
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Deuxième esquisse - 65x83cm - Musée du Louvre
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LE TABLEAU - photo  web
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Détails - photo mp
C'est Delacroix qui a posé pour le personnage couché le visage contre le radeau
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Bibliographie
Alexandre Corréard et Jean Baptiste Savigny - Le naufrage de la Méduse - folio poche
La vérité sur le naufrage de la Méduse - Anglas de Praviel
Gericault - catalogue de l'exposition au Grand Palais 1991 1992
Géricault - l'Invention du réel - Gallimard
Tout l'oeuvre peint de Géricault - Flammarion
Divers sites Internet

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Expositions à Paris

Après ma visite de l'exposition d'Orsay "Gustave Doré, l'imaginaire au pouvoir" les lectures et recherches m'ont passionnées encore plus que de coutume. Si j'ai beaucoup aimé la présentation des talents moins connus de l'illustrateur, peintures, aquarelles, sculptures, je reste tout de même plus attachée aux illustrations gravées des oeuvres littéraires.

Gustave Doré pratique très jeune la lithographie et beaucoup plus tard l'eau forte, mais il n'a jamais gravé ses illustrations. Cela n'enlève rien à son immense talent de dessinateur, à sa créativité, à son imagination débordante et à son sens du spectaculaire. Il s'intéresse dès ses débuts au travail des graveurs avec lesquels il collabore.
La gravure sur bois, qui s'exécute en relief, marche de pair avec le caractère typographique. Si ses premières illustrations sont faites en "fac-similé" (le graveur dégage à l'aide d'un burin les traits posés par le dessinateur), Gustave Doré se tourne très vite vers la "gravure de teinte", introduite par Héliodore Pisan,  qui rend les nuances et les demi-teintes d'un lavis. Doré dessine directement sur le bloc de "bois de bout" au lavis ou à la gouache, il appartient ensuite au graveur de rendre les différentes nuances d'un dessin qui disparaît sous les tailles du burin.
Pour exécuter une "gravure de teinte", à partir d'un dessin au lavis où le sens des tailles n'est pas indiqué, il faut que le graveur puisse en faire une interprétation complète : tout est laissé à son initiative. Inutile de préciser qu'il doit être talentueux. Gustave Doré aura recours à de nombreux graveurs virtuoses : François Pannemaker et Héliodore Pisan, et d'autres moins connus, Eugène Sotain, François Pierdon, Auguste Trichon, Louis Dumont, Eugène Prud-homme, Jean Best, C.Laplante, Chapon, Plaud...Cette technique de "gravure de teinte" fera d'ailleurs l'objet de controverses, la "critique" lui reprochera de vouloir imiter la lithographie ou l'eau forte et de perdre le sens premier de la gravure sur bois. 

Mais revenons en Alsace, à Strasbourg, où naît le 6 janvier 1832 un petit Gustave, fils de Christophe Doré, Ingénieur des Ponts et Chaussées, et d'Alexandrine Pluchart. Le couple a déjà un fils Ernest né en 1829. Un troisième enfant Emile naît en 1834. Le rêve du père, polytechnicien, est que ses fils embrassent comme lui la fonction publique. Cela ne se réalisera pas pour Gustave (ni pour Emile qui sera musicien). Gustave couvre ses cahiers d'écolier de dessins alors qu'il n'a que quatre ans, sa pire punition est la confiscation de ses crayons. Il apprend aussi très jeune le violon, toute sa vie il en jouera en société.

En 1840 la famille s'installe à Bourg en Bresse où le père est muté. Gustave fréquente le collège puis l'école primaire supérieure. Il croque la société locale, emplit les marges de ses livres et de ses cahiers de dessins. En 1845, un artisan imprimeur local, Ceyzeiriat, publie un de ses dessins : "La vogue de Brou" où musiciens et danseurs sont représentés avec des têtes d'animaux.
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En 1847 Gustave se rend à Paris avec ses parents. Il rencontre Charles Philippon, Directeur du journal Le Charivari, qui reconnaît immédiatement son talent. Gustave s'installe rue Saint Paul, chez une parente de sa mère, Mme Herouville, et suit des cours au Lycée Charlemagne. Philippon publie "Les travaux d'Hercule" que Gustave  a composé, dessiné et lithographié, il n'a que quinze ans.
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Pour lire l'intégralité des Travaux d'Hercule cliquez :   link
   
En Avril 1848 Christophe Doré signe au nom de son fils un contrat d'exclusivité de trois ans avec Philipon pour la publication de caricatures dans le Journal pour rire qui vient d'être lancé. 

Sa mère ayant hérité d'un hôtel particulier rue Saint Dominique à Paris (aujourd'hui au n°7), la famille s'y installe après la mort du père en 1849. Gustave occupera toute sa vie une petite chambre contiguë à celle de sa mère.

Avec l'illustration de Rabelais en 1851 puis de l'Enfer de Dante, Gustave Doré devient célèbre. A dix neuf ans, le jeune homme a l'ambition de mettre en image tous les chefs-d'oeuvre de la littérature. Il dira plus tard "Je conçus, à cette époque le plan de ces grandes éditions in-folio dont le Dante a été le premier volume publié. Ma pensée était, et est toujours celle-ci : faire dans un format uniforme et devant faire collection, tous les chefs-d'oeuvre de la littérature soit épique, soit comique, soit tragique".

Sa carrière de peintre commence dès 1849. Il peint d'abord des paysages puis se rêve peintre d'histoire. Ses peintures ne remportent pas un grand succès au Salon.

Il développe son image de dandy inspiré et extravagant, il reçoit le tout Paris, fréquente les stars de l'époque, apparaît dans les réceptions de Napoléon III. Au coeur de la vie parisienne mondaine et musicale il est proche de Liszt, de Rossini, de Wagner et de Saint-Saëns. C'est un homme généreux qui subventionne un orphelinat à Courbevoie et distribue des fortunes dans les bas-fonds de Londres.


Portée par la publication de la Bible illustrée en 1861, sa notoriété passe les frontières françaises, l'impression est faite en Angleterre, en Espagne, en Hollande, en Amérique, en Russie ...

Dans les années 1870 ses peintures religieuses lui valent un grand succès à Londres. Deux galeristes londoniens ouvre une "Doré Gallery". Sculpteur durant ces mêmes années il traite les grands sujets romantiques (Le monument à Alexandre Dumas, place du général Catroux à Paris 17è, sera sa dernière oeuvre, achevée après sa mort).

En 1871, très marqué par l'annexion à l'Allemagne de son Alsace natale mais aussi par la violence de la Commune de Paris, il peint "l'Enigme" : une grande grisaille où sur un immense champ de bataille, la France aux ailes brisées, à l'attitude désespérée, interroge un sphinx.
huile sur toile 139x195,5cm - 1871 - Musée d'Orsay
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En 1875 il expérimente la technique de l'aquarelle mais la vente publique à l'Hôtel Drouot est un échec commercial. Il n'obtiendra jamais la gloire en France. Quoi qu'il fasse, sa volonté de devenir un grand peintre se heurtera aux critiques violentes. Les frères Goncourt iront jusqu'à écrire à propos de deux toiles (Une soirée dans la campagne à Grenade et Souvenir de Savoie paysage) : "le papier peint vaut mieux". Cette remarque était on ne peut plus odieuse. Gustave Doré était un artiste très populaire et l'est encore, c'est peut-être cela qui, de tout temps, agace les "critiques".  Cette semaine encore dans Télérama : ".../sauf que Doré s'obstine à peinturlurer ses meilleures planches en immenses formats..../passons donc sur le peintre : y compris sur les paysages, trop nombreux dans l'exposition du musée d'Orsay".

Je ne suis aucunement "critique" et j'affirme, sans honte aucune, que les peintures religieuses monumentales de Gustave Doré m'impressionnent, que ses peintures poétiques et ses paysages me font rêver, que ses aquarelles me touchent autant que celles d'Hugo, et j'ai une admiration sans bornes pour l'illustrateur de plus de cent chefs-d'oeuvre de la littérature, Balzac, Rabelais, Dante, Cervantes, Hugo, La Fontaine, Perrault...qui a exécuté plus de dix milles dessins sur bois, mon admiration allant aussi aux graveurs qui ont interprété ses oeuvres.

Gustave Doré meurt d'une crise cardiaque le 23 janvier 1883. Il a 51 ans. Cent ans plus tard la rétrospective de Strasbourg lui reconnait enfin sa qualité de peintre. L'exposition de 2012, à Bourg en Bresse, là où avait été publié son premier dessin, montre ce que lui doivent certains des plus grands cinéastes : Cécil B DeMille et ses Dix Commandements, Jean Cocteau et La Belle et la Bête, les bas-fonds londoniens dans Harry Potter ou le vaisseau des Pirates des Caraïbes.

Au Musée d'Orsay ce sont tous les talents de cet autodidacte génial, prolixe et infatigable que l'on peut admirer, c'est à nouveau un très bel hommage qui lui est rendu.
EXPOSITION JUSQU'AU 11 MAI 2014


PEINTURES
Lac en Ecosse après l'orage - 1875-78? huile sur toile 90x130cm
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Collines d'Ecosse, 1875 - huile sur toile 180?6x183,2cm - Roledo Museum of art

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Dante et Virgile dans le neuvième cercle de l'enfer - 1861 - huile sur toile - 315x450 - Bourg en Bresse - musée du monastère royal de Brou
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Le Christ quittant le prétoire - 1874-80 - Huile sur toile - 482x722 - Nantes musée des Beaux-Arts
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Bataille d'Inkermann - siège de Sébastopol guerre de Crimée - 1856 - huile sur toile 480x500cm - Château de Versailles
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détail
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Episode du Siège de Paris - 1870-71 - soeur de la Charité sauvant un enfant - huile sur toile - 97,8x130cm - détail - Le Havre - musée d'Art moderne

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DESSINS ET AQUARELLES
L'ascension du Mont Cervin - vers 1865 - Plume et encre brune, lavis d'encre de Chine, lavis brun et rehauts de guache blanche  - 79,5X59,5 - Musée d'Orsay

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Le Christ au roseau - 1874 - Plume et Pierre noire, rehauts de blanc 58x44cm. Pontoise musée Tavet
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Le fiacre au clair de lune - projet d'illustration pour" London,a Pilgrimage"- vers 1870 lavis brun, gouache blanche et grise 46,2x31cm - Strasbourg musée d'Art moderne

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Pauvresse à Londres - 1869 - Lavis, plume, rehauts de gouache blanche, 46,3cmx30,6cm - Strasbourg musée d'Art moderne
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Le Néophyte - 1869 - Plume et encre noire - 56,8x68cm - Strasbourg - musée d'Art moderne et contemporain

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Le rassemblement des troupeaux dans le bois de Boulogne vers 1870 - gouache et lavis brun 64,5x97,5cm - Musée d'Orsay
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    Environs de Saint Malo - aquarelle
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LA SCULPTURE
Madone 1880 - Bronze H 79cm - Collection particulière
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Joyeuseté, dit aussi A saute-mouton - vers 1881 - Bronze H 36,5cm - Musée d'Orsay
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Statue d'Alexandre Dumas - PARIS 17e
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ILLUSTRATIONS GRAVEES

Roger monté sur son hippogriffe délivre Angélique - Roland furieux d'Arioste.
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La légende du Juif errant de Pierre Dupont -

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L'Enfer de Dante
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Pantagruel  de Rabelais

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Le petit chaperon rouge - Charles Perrault
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Le lapin et les grenouilles - La Fontaine
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LA BIBLE - L'annonciation
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La destruction de Leviathan
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La vision de Zacharie
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London - A Pilgrimage
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Gustave Doré en 1857
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