Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Voir-ou-revoir

Voir-ou-revoir

Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Chateaux

Depuis le 12 mars  se tient,  au Musée du Luxembourg à Paris, une exposition pour le bicentenaire de la mort de l'impératrice Joséphine. J'envisageais de m'y rendre mais le jour choisi, un beau soleil incitait plutôt à une promenade dans la campagne, ou dans un parc. Au fond, le souvenir de Joséphine étant intimement liée à la Malmaison, pourquoi ne pas  la retrouver dans son château ?

Le château de la Malmaison est situé sur la commune de Rueil, sur la rive gauche de la Seine, tout près de Paris. C'est une belle demeure, à deux étages, édifiée au XVIIe siècle, là où se trouvait une grange, la Mala Domus (mauvaise maison).
Joséphine (Marie-Josèphe Rose Tascher de la Pagerie) naît le 23 Juin 1763 aux Trois-Ilets à la Martinique. Ses parents possèdent un immense domaine et une sucrerie. Marie-Josèphe aura deux soeurs cadettes : Désirée et Marie Françoise. Ses études chez les Dames de la Providence à Fort-Royal sont interrompues à la mort de Désirée.
Un mariage "arrangé" avec Alexandre de Beauharnais, fils de l'ancien Gouverneur Général des Isles d'Amérique, la contraint à quitter son île : le mariage à lieu en 1779 à Noisy-le-Grand, elle a 16 ans. Alexandre, capitaine au régiment de Sarre-infanterie se révèle vite exigeant et emporté, Marie-Josèphe, elle, trop frivole. Deux enfants naissent : Eugène et Hortense. Une liaison d'Alexandre avec Mme de Longpré de la Touche entraîne la séparation du couple. Marie-Josèphe, trop jeune pour être indépendante, demeure quelques temps chez ses beaux-parents, puis part retrouver sa famille en Martinique.

Quand elle revient à Paris, en 1790, Alexandre, toujours son époux, a embrassé une carrière politique : il succède à Mirabeau à la présidence des Jacobins. Durant "la Terreur", Alexandre, puis Marie-Josèphe sont incarcérés à la prison des Carmes. Alexandre est guillotiné le 23 Juillet 1794, précèdant Robespierre de cinq jours. Marie-Josèphe échappera de justesse à l'échafaud.
A sa sortie de prison, elle se tourne pour survivre vers les gens en place, Mme Tallien, Barras (Membre du Directoire). Un peu plus tard, elle loue un hôtel rue de la Victoire qu'elle arrange à son image et à son goût, elle y reçoit le jeune et talentueux Napoléon Bonaparte. Tombé immédiatement sous son charme, fou d'amour, Napoléon précipite le mariage. Il a lieu le 9 mars 1796. C'est Napoléon qui lui donne le surnom de Joséphine.
En 1799, Napoléon achète à Joséphine le château de La Malmaison. Devenue très vite épouse du Premier Consul, et plus tard de l'Empereur des français, elle aura toujours plaisir à aller s'y ressourcer loin des contraintes de la cour. Joséphine, naturelle, toujours et partout à l'aise, élégante et raffinée, au goût sûr, est admirée et aimée de tous. Pour ses invités elle ressuscite la douceur de vivre, alternance de liberté et de plaisir partagés : promenades, lectures, jeux, théâtre... L'austère Napoléon lui-même participe, elle fait son bonheur, il le dira plus tard à Saint Hélène : "c'est la femme que j'ai le plus aimée .... elle était l'art et les grâces".
Pourtant, Joséphine ne pouvant donner un héritier à Bonaparte, le mariage est dissous pour raison d'état en 1809. Richement dotée, elle conserve son titre "d'impératrice douairière", la Malmaison, le Palais de l'Elysée à Paris et le château de Navarre près d'Evreux.
Elle se retire définitivement à la Malmaison en 1811 où elle continue à recevoir des hôtes de marque.
Au fil des années, Joséphine a agrandi, embelli, raffiné La Malmaison. Les architectes se sont succédés : Percier et Fontaine clôturent le parc, construisent des écuries, Morel bâtit une grande serre chauffée, un chalet et trois maisons au bord de l'étang de Saint-Cucufa pour abriter un couple de vachers venus de Suisse, une vacherie, une laiterie...Pour le troupeau de mérinos (il comptera plus de 2000 têtes en 1812), Thibaut et Vignon installent une bergerie. Berthault, lui, retrace un parc paysagé avec une rivière, un petit lac et il achève  la grande serre de 50 mètres. Car la botanique passionne Joséphine : à La Malmaison 200 plantes fleuriront pour la première fois en France (magnolia pourpre, hibiscus, camélia, dahlia), 250 espèces de roses seront plantées en buisson dans le parc, ou dans des pots que l'on sort des serres en juin.
Joséphine s'intéresse aussi à la zoologie : elle tente d'acclimater dans le parc, autruches, émeus, kangourous, zèbres, singes, gazelles. Leur entretien se révèle très vite onéreux et impose un important personnel. Dès 1805, certains animaux sont donnés au Muséum et Joséphine se consacrera essentiellement à sa chère botanique.
A l'énoncé d'un parc aussi extraordinaire on comprend l'étonnement et le plaisir des visiteurs.
A l'intérieur du château, peintures, sculptures, objets d'arts, vases antiques abondent. Pour tous ces travaux, ces aménagements, ces décorations, pour sa toilette et ses bijoux, Joséphine a dépensé sans compter (c'est là son énorme défaut). Elle aura toujours recours à Napoléon pour éponger ses dettes.
Le 14 mai 1814, elle accompagne le tsar Alexandre 1er chez Hortense à Saint Leu. Elle prend froid en visitant le domaine qui jouxte la forêt de Montmorency. Elle meurt le 29 mai. Les plantes, faute d'entretien, ne lui survivront pas. Le domaine sera morcelé.
Joséphine reposera onze ans dans la cave du presbytère de Rueil. En 1825 Eugène et Hortense lui feront élever, dans le choeur de l'église Saint-Pierre Saint-Paul de Rueil, un monument en marbre de Carrare. Josephine y est représentée en prière, telle que l'a peinte David dans sa grande toile du Sacre de Napoléon. Plus tard, Napoléon III fera élever pour sa mère Hortense, un mausolée dans le même choeur, seront ainsi réunies mère et fille.

Aujourd'hui le parc est réduit à six hectares (il en comptait 800). La perspective paysagère a été conservée, la grotte et le bassin surmonté de la statue de Neptune sont toujours là, quelques arbres remarquables subsistent, tel le cèdre de Marenzo. Certaines plantes que Joséphine a connues ont été réintroduites. Cela ne nous donne qu'une petite idée du parc sur lequel Joséphine régnait, mais son charme n'a pas totalement disparu.
Au rez-de chaussée du château les salons se succèdent : dans celui de musique le piano d'Hortense est encore là (la harpe de Josèphine a été prêtée au Musée du Luxembourg). Dans la salle à manger de style pompéien des danseuses aux teintes raffinées animent les murs. La salle du Conseil simule, en coutil rayé, une tente militaire. J'aimerais m'asseoir dans la bibliothèque, prendre un livre, faire tourner le magnifique globe céleste.
Les appartements sont à l'étage. Joséphine y avait deux chambres, l'une fastueuse, rouge et or, l'autre, plus modeste, était sa préférée. Toutes les pièces nous donnent à voir des objets et des peintures remarquables.
La Malmaison est, à vrai dire, plus une demeure aux dimensions humaines, qu'un château comme on l'entend habituellement. J'y poserais volontiers mes valises pour m'y ressourcer, un temps, moi aussi.

   
00

25

28

29

43.jpg

44.jpg

01

La salle à manger
02

03

la bibliothèque
05
   
06

Dans toutes les pièces de superbes pendules
08

14

Dans la salle du Conseil. Portrait de Joséphine par GERARD - 1801 - réplique autographe de l'original (aujourd'hui au Musée de l'Ermitage à Saint-Petersbourg) qui se trouvait à cet emplacement sous l'empire
45.jpg

Huile sur toile - Joséphine par Henri François RIESENER 1806
09riesener

Huile sur toile - François Baron GERARD - vers 1802 - Napoléon en costume de Sacre
15

Huile sur Toile - Joséphine par GROS - 1809
13 gros

11
   
Jacques Louis DAVID - huile sur toile -  Le premier Consul franchissant les Alpes au Col du Grand St Bernard - 1800/1801 - Commandé par Charles IV pour le Palais royal de Madrid. David exécuta quatre répétitions avec des variantes de ce tableau. Les trois autres se trouvent à Versailles à Berlin et à Vienne.
18

Chambre de Napoléon
12

Chambres de Joséphine
23

24

Huile sur toile - Portrait inachevé de Josephine - avant 1805 - Pierre-Paul PRUD'HON
21prud'hon

Eglise Saint-Pierre Saint-Paul de RUEIL
42

Mausolée en marbre de Carrare - Joséphine est représentée grandeur nature
30

31

Photos - Michèle PELLEVILLAIN
Musée National du château de La Malmaison - 92500 RUEIL MALMAISON
Ouvert tous les jours sauf le mardi 

Pour l'anecdote, ci-dessous  la bague de fiancailles - diamant et saphir disposés en "toi et moi" - offerte par Napoléon à Joséphine en 1796. Cette bague (18mm de diamètre) a été vendue au enchère le 24 mars 2013 pour 896.400 euros (elle était estimée entre 8.000 et 12.000 euros !)  
photo internet

bague-fiancailles-en-or-diamant-et-saphir

Voir les commentaires

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Oeuvres

Ecrire un article sur le "Radeau de la Méduse" n'est certes pas d'une grande originalité, il y en a eu tant. Pourtant, la semaine dernière, admirant une fois de plus au Louvre ce tableau, j'ai eu très envie, moi aussi, de "parler" de Géricault et de son chef d'oeuvre.
photo MP
SAM_4992.JPG

Jean-Louis-André-Théodore Géricault naît à Rouen le 26 septembre 1791. Son père est avocat, sa mère, fille de procureur, possède des terres et des immeubles. Cette origine aisée lui assurera plus tard une indépendance financière durable (il recevra à la mort de sa mère en 1808 et à celle de sa grand-mère en 1813 des héritages substantiels). La famille s'installe à Paris en 1795.
En 1806, Géricault entre au Lycée Louis-le-Grand mais ne dépasse pas la quatrième. Il n'a que deux passions : les chevaux et la peinture. C'est un cavalier hors pair et il excelle dans la représentation dessinée et peinte de son animal favori.
Avec la complicité de son oncle Caruel qui l'engage fictivement comme comptable, Géricault peut étudier dans l'atelier de Vernet. En 1810 il entre dans l'atelier de Guérin où Delacroix le suivra quelques années plus tard.
Autoportrait vers 1812 - photo Web
atoportrait-vers-1812-27x22-.jpg

En 1812 il obtient la Médaille d'Or au Salon pour "Officier de Chasseurs". La presse fait son éloge (vie, fierté, verve et chaleur), mais sa touche trop audacieuse est désavouée.
photo web -
1310996-Theodore_Gericault_Officier_de_chasseur_a_cheval.jpg

En mars 1814 Géricault s'engage dans la Garde Nationale, puis après sa dissolution, aux "Mousquetaires du Roi". Il présente au Salon "Le cuirassier blessé" et "Le chasseur de la garde". La critique ne lui consacre que quelques lignes assez sèches.
photo web
170519.jpg
En 1815, trois mois après les Cent-jours, il démissionne et "revient à ses pinceaux avec une nouvelle ardeur". Selon ses biographes, Géricault se serait engagé dans la 1ère Compagnie des Mousquetaires "pour fuir son état" , "par folie de jeunesse" ou "peut-être simplement pour la perspective de vivre au milieu des chevaux".
En 1816, sa participation au concours du Grand Prix de Rome ne lui apporte pas le séjour espéré de quatre ans à la Villa Médicis : il est exclu à la deuxième épreuve. Après cet échec et peut être aussi à cause du scandale provoqué par sa liaison incestueuse avec sa tante Alexandrine Caruel, jeune épouse d'un mari trop vieux, il part en Italie à ses propres frais. Il séjourne à Florence, Rome, Naples et Sienne.

En novembre 1817, rentré à Paris, il résume amèrement son séjour en Italie :"une année de tristesse et d'ennui". A Paris c'est l'agitation avec la publication le 1er Novembre du récit de Corréard et Savigny "Naufrage de la frégate Méduse" qui a un grand retentissement dans le public. L'ouvrage a été aussitôt interdit mais une traduction anglaise paraît en 1818.
Ce fait divers fascine Géricault.

******************************************************************************

Pour aller marquer la reprise de possession du Sénégal que les traités de Paris de 1814 et de  1815 avaient accordée à la France, une flottille  française quitte, le 17 Juin 1816, l'île d'Aix pour Saint Louis. Quatre bâtiments la composent : une frégate royale, la Méduse, une corvette, l'Echo, une flute, la Loire et un brick, l'Argus.
La Méduse - gravure
1200px-Meduse-Jean-Jerome_Baugean-IMG_4777-copie-1.jpg
Hugues Duroy de Chaumarey, vieil émigré qui, au retour des Bourbons, vient de reprendre du service, n'a pas navigué depuis vingt ans. Il commande la Méduse, 400 personnes sont à bord.
Dès le golfe de Gascogne, la Méduse, plus rapide, devance la flottille, suivie de loin par l'Echo. Le 2 juillet un gros nuage blanc est confondu avec le Cap Blanc. En dépit des signaux de l'Echo, la Méduse fonce sur le banc d'Arquin et s'enlise à 160 km de la côte.
Toute manoeuvre apparaît vite inutile : c'est le temps des fortes marées, l'eau est à son niveau le plus élevé. Il faut maintenant sauver l'équipage et les passagers.
Le 3 on commence la construction d'un radeau de vingt mètres sur sept, la "machine". Dans la nuit du 4 au 5, la mer est grosse, sous la violence des vagues, la quille de la Méduse se brise en deux. Au matin 2m70 d'eau ont envahi la cale. C'est la panique à bord ! Equipage et passagers se ruent sur les quatre canots, sur la chaloupe et sur la yole,  17   choisissant de rester sur la Méduse. 
Plan du radeau la "machine" - photo web
plan-du-radeau-de-la-meduse-au-moment-de-son-copie-1.jpg
152 naufragés doivent s'entasser sur la "machine". Parmi eux 122 soldats et officiers, 30 marins ou passagers dont l'ingénieur-géographe, Alexandre Corréard, le chirurgien de marine, Jean-Baptiste Savigny et une femme. On a chargé des quarts de farines, six barriques de vin et deux petites pièces d'eau. Sous le poids des cinquante premiers embarqués, le radeau s'enfonce sous l'eau, et lorsque tous s'y retrouvent  serrés les uns contre les autres, les naufragés de l'avant et de l'arrière ont de l'eau jusqu'à la poitrine. Pour allèger un peu le radeau on jette la farine à la mer.
Le 5 juillet, le radeau s'ébranle tiré par les quatre canots associés en une file. Mais bientôt, pour éviter un choc, le deuxième largue son amarre. Deux canots remorquent encore  la machine , mais  l'officier largue l'amarre qui le relie au radeau (il sera dit que l'amarre s'est rompue).
Le radeau reste seul. La suite est terrible. La nuit, vent et tempête  emportent des naufragés. Le jour, la chaleur insupportable amène certains à se jeter à la mer. Des soldats ivres se rebellent, on se bat, on s'entretue, on abandonne aux flots malades et mourants, affamés on se nourrit de cadavre. Le 11 juillet ne restent plus à bord qu'une quinzaine de  survivants qui ont dressé un mât doté d'une tente pour se procurer un peu d'ombre. Le 17 au matin une voile apparaît à l'horizon, un homme grimpe en haut du mât et agite  des pavillons. Le brick disparaît : le désespoir est atroce. Mais quelques heures plus tard, il est là : c'est l'Argus revenu du Sénégal à leur recherche. Les quinze rescapés, presque nus, flétris et brulés par le soleil, les membres rongés par la mer, hirsutes, les yeux caves, sont hissés à bord.  Parmi eux, Savigny et Corréard, le plus écorché et malade. Ils sont le 19 à Saint Louis. Les passagers des six embarcations ont presque tous été sauvés, deux marins seulement ont survécus sur la Méduse. Cinq parmi les quinze naufragés décèderont à l'hôpital.
Durant sa traversée de retour sur l'Echo, fin juillet, Savigny écrit le récit de ce naufrage avec l'intention de le déposer au ministère de la Marine. Il le fait dès son retour à Paris. "Le journal des débats"  en publie un large extrait le 13 septembre. Comment son manuscrit est-il arrivé entre les mains d'un rédacteur ? Savigny est soupçonné. L'affaire tourne au scandale. Le gouvernement tente de l'étouffer.
Au Sénégal, le malheureux Corréard est retenu par le gouverneur qui n'a pas apprécié une traduction anglaise de l'article du journal des débats parvenue à Saint Louis.  Le Gouverneur veut faire signer à Corréard un rapport rectificatif mensonger, celui-ci refuse malgré le chantage : son retour en France dépend de sa signature. Finalement, après plusieurs refus, le Gouverneur le libérera. Corréard retrouvera Sauvigny à Paris et ils écriront ensemble le livre qui paraît le 1er novembre 1817.
Chaumarey, lui, jugé à Rochefort, est condamné à trois ans de prison. Son procès tournera au procès de la monarchie.
******************************************************************************************
Géricault conçoit l'idée d'un grand tableau pour le Salon de 1819. Il commence par dessiner en lavis bruns les moments forts du récit, sorte de plan séquence : mutinerie, carnage, cannibalisme, sauvetage, puis exécute de nombreuses études peintes. Il rencontre Corréard et Savigny qui l'aide à rassembler un dossier bourré de pièces authentiques. Il fait réaliser une maquette du radeau par l'un des naufragés.

Quelle scène choisir pour son tableau ? Géricault décide de représenter la cruauté du faux espoir, le moment ou l'Argus pointe une voile à l'horizon et va disparaître à nouveau.
Son atelier étant trop petit, il loue un second local rue du Roule, à proximité de la place des Ternes, soit à deux pas de l'hôpital Beaujon où il étudie les malades qui souffrent et se procure des cadavres. Les études achevées, la toile de sept mètres sur cinq mise au carreau, il commence son "radeau". Il s'astreint à la solitude, rase ses beaux cheveux blonds, couche dans son atelier, y prend ses repas. Il fait poser des modèles professionnels mais aussi son entourage : Théodore Lebrun, Delacroix, et Corréard et Savigny pour jouer leur propre rôle. En Juillet 1819 Géricault transfère sa toile au foyer du théätre Italien pour l'achever.
Le 25 août le tableau est accroché au Louvre. Le public est à la fois attiré et rebuté par le réalisme et l'horreur du tableau. Au sommet de la pyramide humaine, Géricault à choisi un noir pour agiter un morceau de tissu, acte militant contre l'esclavagisme colonial. La critique est plutôt hostile : l'oeuvre s'écarte des normes néo-classiques et le camaïeu de tonalité brunâtre déconcerte - pour obtenir une telle qualité de brun Géricault a abusé du "bitume de Judée" qui ne sèche jamais parfaitement et s'assombrit de plus en plus, d'où l'effet de noirceur actuel du tableau et de bien d'autres de cette époque -.
Après de nombreuses délibérations de l'Académie, Géricault obtient une médaille d'or et sa première commande d'état : La Vierge du Sacré-Coeur, dont il se déchargera plus tard sur Vernet.

En juin 1820, Géricault part à Londres et entre en contact avec James William Bullock, directeur de l'Egyptian Hall avec lequel il signe un contrat pour exposer son "radeau". L'inauguration a lieu le 10 juin en présence d'une foule nombreuse. Le 12 l'exposition est ouverte au public, le prix d'entrée est fixé à un shilling. Le succès est immense et Géricault reçoit pour sa part 17.000 fr. En mars 1824 le tableau sera exposé à Dublin mais ce sera un échec malgré le prix d'entrée abaissé à 20 pence.
En Angleterre Géricault découvre Constable et Turner mais aussi les courses de chevaux. Il exécute une grande série d'oeuvres équestres, dont le Derby d'Epsom.
photo web - Le Derby d'Epsom
1002212-Theodore_Gericault_Course_de_chevaux_a_Epsom_le_.jpg
Revenu d'Angleterre en mauvaise santé, Géricault fait plusieurs chutes de cheval. En février 1823 il est contraint de s'aliter, il souffre atrocement d'une tumeur qui s'est formée près des vertèbres. Il ne quittera plus son lit.
Le 10 décembre 1823, Delacroix écrit dans son journal : "il y a quelques jours, j'ai été chez Géricault. Quelle triste soirée ! il est mourant : sa maigreur est affreuse ; ses cuisses sont grosses comme mes bras. Je fais des voeux bien sincères pour qu'il vive, mais je n'espère plus".

Ary Scheffer - La mort de Géricault - 1824 - Musée du Louvre - photo web

Ary-SCHEFFER--La-mort-de-GeI-ricault--1824.jpg
Théodore Géricault décède le 26 janvier 1824. Il n'a que 32 ans, sa carrière aura duré moins de quinze ans. Qu'aurait-il fait ensuite ? N'a-t-il été que "l'ébauche d'un génie" ? Sa face émaciée, moulée en plâtre, rapidement commercialisée, devient le symbole du martyre de l'artiste romantique.
photo web
9509157946_5bddf43010_m.jpg
En novembre 1824, une vente après décès a lieu à l'Hötel Bullion. Grâce à l'intermédiaire du peintre Dedreux Dorcy, ami fidèle de Géricault, le Musée du Louvre achète "Le radeau de la Méduse" 6.005 fr. En 1859, le tableau devenant de plus en plus noir, le Louvre commande une copie conforme à l'échelle, à Etienne Ronjat et Pierre Désiré Guillement, celle-ci se trouve au Musée de Picardie à Amiens.

LE RADEAU DE LA MEDUSE

 
Etudes - photos web
thc3a9odore-gc3a9ricault-etude-pour-le-radeau-de-la-mc3a9du.jpg

le-sauvetage-des-rescapesp.jpg
Etude pour les portraits de Corréard et Savigny
etudes-Corr-et-sav-.gif

99-003663.jpg

Medusa_study_1.jpg

Image21.jpg

IMG.jpg

AG_1890_50_1.jpg

gericault_thedore_radeau_esquisse.jpg

dyn007_original_650_478_pjpeg__d6c1c5866cbc012b2d91712eadbe.jpg
huile sur bois - 50x70cm - 1ère esquisse - musée du Louvre
huile-sur-bois-50x70-musee-dulouvre.jpg
Deuxième esquisse - 65x83cm - Musée du Louvre
deuxieme-esquisse-65X83-louvre.jpg

LE TABLEAU - photo  web
le-radeau.jpg

Détails - photo mp
C'est Delacroix qui a posé pour le personnage couché le visage contre le radeau
SAM_4994.JPG

SAM_4998.JPG

SAM_5000.JPG

SAM_4999.JPG

SAM_5019.JPG

SAM_5011.JPG

Bibliographie
Alexandre Corréard et Jean Baptiste Savigny - Le naufrage de la Méduse - folio poche
La vérité sur le naufrage de la Méduse - Anglas de Praviel
Gericault - catalogue de l'exposition au Grand Palais 1991 1992
Géricault - l'Invention du réel - Gallimard
Tout l'oeuvre peint de Géricault - Flammarion
Divers sites Internet

Voir les commentaires

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Expositions à Paris

Après ma visite de l'exposition d'Orsay "Gustave Doré, l'imaginaire au pouvoir" les lectures et recherches m'ont passionnées encore plus que de coutume. Si j'ai beaucoup aimé la présentation des talents moins connus de l'illustrateur, peintures, aquarelles, sculptures, je reste tout de même plus attachée aux illustrations gravées des oeuvres littéraires.

Gustave Doré pratique très jeune la lithographie et beaucoup plus tard l'eau forte, mais il n'a jamais gravé ses illustrations. Cela n'enlève rien à son immense talent de dessinateur, à sa créativité, à son imagination débordante et à son sens du spectaculaire. Il s'intéresse dès ses débuts au travail des graveurs avec lesquels il collabore.
La gravure sur bois, qui s'exécute en relief, marche de pair avec le caractère typographique. Si ses premières illustrations sont faites en "fac-similé" (le graveur dégage à l'aide d'un burin les traits posés par le dessinateur), Gustave Doré se tourne très vite vers la "gravure de teinte", introduite par Héliodore Pisan,  qui rend les nuances et les demi-teintes d'un lavis. Doré dessine directement sur le bloc de "bois de bout" au lavis ou à la gouache, il appartient ensuite au graveur de rendre les différentes nuances d'un dessin qui disparaît sous les tailles du burin.
Pour exécuter une "gravure de teinte", à partir d'un dessin au lavis où le sens des tailles n'est pas indiqué, il faut que le graveur puisse en faire une interprétation complète : tout est laissé à son initiative. Inutile de préciser qu'il doit être talentueux. Gustave Doré aura recours à de nombreux graveurs virtuoses : François Pannemaker et Héliodore Pisan, et d'autres moins connus, Eugène Sotain, François Pierdon, Auguste Trichon, Louis Dumont, Eugène Prud-homme, Jean Best, C.Laplante, Chapon, Plaud...Cette technique de "gravure de teinte" fera d'ailleurs l'objet de controverses, la "critique" lui reprochera de vouloir imiter la lithographie ou l'eau forte et de perdre le sens premier de la gravure sur bois. 

Mais revenons en Alsace, à Strasbourg, où naît le 6 janvier 1832 un petit Gustave, fils de Christophe Doré, Ingénieur des Ponts et Chaussées, et d'Alexandrine Pluchart. Le couple a déjà un fils Ernest né en 1829. Un troisième enfant Emile naît en 1834. Le rêve du père, polytechnicien, est que ses fils embrassent comme lui la fonction publique. Cela ne se réalisera pas pour Gustave (ni pour Emile qui sera musicien). Gustave couvre ses cahiers d'écolier de dessins alors qu'il n'a que quatre ans, sa pire punition est la confiscation de ses crayons. Il apprend aussi très jeune le violon, toute sa vie il en jouera en société.

En 1840 la famille s'installe à Bourg en Bresse où le père est muté. Gustave fréquente le collège puis l'école primaire supérieure. Il croque la société locale, emplit les marges de ses livres et de ses cahiers de dessins. En 1845, un artisan imprimeur local, Ceyzeiriat, publie un de ses dessins : "La vogue de Brou" où musiciens et danseurs sont représentés avec des têtes d'animaux.
f1.jpg

En 1847 Gustave se rend à Paris avec ses parents. Il rencontre Charles Philippon, Directeur du journal Le Charivari, qui reconnaît immédiatement son talent. Gustave s'installe rue Saint Paul, chez une parente de sa mère, Mme Herouville, et suit des cours au Lycée Charlemagne. Philippon publie "Les travaux d'Hercule" que Gustave  a composé, dessiné et lithographié, il n'a que quinze ans.
hercule2
 
Pour lire l'intégralité des Travaux d'Hercule cliquez :   link
   
En Avril 1848 Christophe Doré signe au nom de son fils un contrat d'exclusivité de trois ans avec Philipon pour la publication de caricatures dans le Journal pour rire qui vient d'être lancé. 

Sa mère ayant hérité d'un hôtel particulier rue Saint Dominique à Paris (aujourd'hui au n°7), la famille s'y installe après la mort du père en 1849. Gustave occupera toute sa vie une petite chambre contiguë à celle de sa mère.

Avec l'illustration de Rabelais en 1851 puis de l'Enfer de Dante, Gustave Doré devient célèbre. A dix neuf ans, le jeune homme a l'ambition de mettre en image tous les chefs-d'oeuvre de la littérature. Il dira plus tard "Je conçus, à cette époque le plan de ces grandes éditions in-folio dont le Dante a été le premier volume publié. Ma pensée était, et est toujours celle-ci : faire dans un format uniforme et devant faire collection, tous les chefs-d'oeuvre de la littérature soit épique, soit comique, soit tragique".

Sa carrière de peintre commence dès 1849. Il peint d'abord des paysages puis se rêve peintre d'histoire. Ses peintures ne remportent pas un grand succès au Salon.

Il développe son image de dandy inspiré et extravagant, il reçoit le tout Paris, fréquente les stars de l'époque, apparaît dans les réceptions de Napoléon III. Au coeur de la vie parisienne mondaine et musicale il est proche de Liszt, de Rossini, de Wagner et de Saint-Saëns. C'est un homme généreux qui subventionne un orphelinat à Courbevoie et distribue des fortunes dans les bas-fonds de Londres.


Portée par la publication de la Bible illustrée en 1861, sa notoriété passe les frontières françaises, l'impression est faite en Angleterre, en Espagne, en Hollande, en Amérique, en Russie ...

Dans les années 1870 ses peintures religieuses lui valent un grand succès à Londres. Deux galeristes londoniens ouvre une "Doré Gallery". Sculpteur durant ces mêmes années il traite les grands sujets romantiques (Le monument à Alexandre Dumas, place du général Catroux à Paris 17è, sera sa dernière oeuvre, achevée après sa mort).

En 1871, très marqué par l'annexion à l'Allemagne de son Alsace natale mais aussi par la violence de la Commune de Paris, il peint "l'Enigme" : une grande grisaille où sur un immense champ de bataille, la France aux ailes brisées, à l'attitude désespérée, interroge un sphinx.
huile sur toile 139x195,5cm - 1871 - Musée d'Orsay
dorc3a9_lc3a9nigme.jpg

En 1875 il expérimente la technique de l'aquarelle mais la vente publique à l'Hôtel Drouot est un échec commercial. Il n'obtiendra jamais la gloire en France. Quoi qu'il fasse, sa volonté de devenir un grand peintre se heurtera aux critiques violentes. Les frères Goncourt iront jusqu'à écrire à propos de deux toiles (Une soirée dans la campagne à Grenade et Souvenir de Savoie paysage) : "le papier peint vaut mieux". Cette remarque était on ne peut plus odieuse. Gustave Doré était un artiste très populaire et l'est encore, c'est peut-être cela qui, de tout temps, agace les "critiques".  Cette semaine encore dans Télérama : ".../sauf que Doré s'obstine à peinturlurer ses meilleures planches en immenses formats..../passons donc sur le peintre : y compris sur les paysages, trop nombreux dans l'exposition du musée d'Orsay".

Je ne suis aucunement "critique" et j'affirme, sans honte aucune, que les peintures religieuses monumentales de Gustave Doré m'impressionnent, que ses peintures poétiques et ses paysages me font rêver, que ses aquarelles me touchent autant que celles d'Hugo, et j'ai une admiration sans bornes pour l'illustrateur de plus de cent chefs-d'oeuvre de la littérature, Balzac, Rabelais, Dante, Cervantes, Hugo, La Fontaine, Perrault...qui a exécuté plus de dix milles dessins sur bois, mon admiration allant aussi aux graveurs qui ont interprété ses oeuvres.

Gustave Doré meurt d'une crise cardiaque le 23 janvier 1883. Il a 51 ans. Cent ans plus tard la rétrospective de Strasbourg lui reconnait enfin sa qualité de peintre. L'exposition de 2012, à Bourg en Bresse, là où avait été publié son premier dessin, montre ce que lui doivent certains des plus grands cinéastes : Cécil B DeMille et ses Dix Commandements, Jean Cocteau et La Belle et la Bête, les bas-fonds londoniens dans Harry Potter ou le vaisseau des Pirates des Caraïbes.

Au Musée d'Orsay ce sont tous les talents de cet autodidacte génial, prolixe et infatigable que l'on peut admirer, c'est à nouveau un très bel hommage qui lui est rendu.
EXPOSITION JUSQU'AU 11 MAI 2014


PEINTURES
Lac en Ecosse après l'orage - 1875-78? huile sur toile 90x130cm
    9341_937_Dore-Lac-en-Ecosse-apres-l-orage.jpg

Collines d'Ecosse, 1875 - huile sur toile 180?6x183,2cm - Roledo Museum of art

    ScottishHighlandsGustaveDore1875w2024-1280x772.jpg

Dante et Virgile dans le neuvième cercle de l'enfer - 1861 - huile sur toile - 315x450 - Bourg en Bresse - musée du monastère royal de Brou
Gustave_Dore_Dante_et_Vergil_dans_le_neuvieme_cercle_de_len.jpg

Le Christ quittant le prétoire - 1874-80 - Huile sur toile - 482x722 - Nantes musée des Beaux-Arts
800px-Le_Christ_quittant_le_pretoire-Gustave_Dore_-3-.jpg

Bataille d'Inkermann - siège de Sébastopol guerre de Crimée - 1856 - huile sur toile 480x500cm - Château de Versailles
bataille-d-inkermann.jpg
détail
bataille_inkermann_detail_0.jpg

Episode du Siège de Paris - 1870-71 - soeur de la Charité sauvant un enfant - huile sur toile - 97,8x130cm - détail - Le Havre - musée d'Art moderne

625x351-.jpg
DESSINS ET AQUARELLES
L'ascension du Mont Cervin - vers 1865 - Plume et encre brune, lavis d'encre de Chine, lavis brun et rehauts de guache blanche  - 79,5X59,5 - Musée d'Orsay

col02 dore 001z

Le Christ au roseau - 1874 - Plume et Pierre noire, rehauts de blanc 58x44cm. Pontoise musée Tavet
1874.jpg

Le fiacre au clair de lune - projet d'illustration pour" London,a Pilgrimage"- vers 1870 lavis brun, gouache blanche et grise 46,2x31cm - Strasbourg musée d'Art moderne

fiacre-au-clair-de-lune

Pauvresse à Londres - 1869 - Lavis, plume, rehauts de gouache blanche, 46,3cmx30,6cm - Strasbourg musée d'Art moderne
Gustave-Dore--1832-1883---Pauvresse-a-Londres.jpg

Le Néophyte - 1869 - Plume et encre noire - 56,8x68cm - Strasbourg - musée d'Art moderne et contemporain

4373574_6_a169_gustave-dore-le-neophyte-1869-plume-et_b7f07.jpg
Le rassemblement des troupeaux dans le bois de Boulogne vers 1870 - gouache et lavis brun 64,5x97,5cm - Musée d'Orsay
    dor_267.jpg
    Environs de Saint Malo - aquarelle
environ-de-st-malon-aquarelle-1874.jpg
LA SCULPTURE
Madone 1880 - Bronze H 79cm - Collection particulière
16593.jpg
Joyeuseté, dit aussi A saute-mouton - vers 1881 - Bronze H 36,5cm - Musée d'Orsay
301347.jpg
Statue d'Alexandre Dumas - PARIS 17e
pt56411.jpg

ILLUSTRATIONS GRAVEES

Roger monté sur son hippogriffe délivre Angélique - Roland furieux d'Arioste.
    dore-orlando-furioso

La légende du Juif errant de Pierre Dupont -

    14 -Dore La-l+®gende-du-juif-errantt-copie-1

L'Enfer de Dante
125ftjx1.jpg

pkxodnrx.jpg

huntr1tp.jpg

Pantagruel  de Rabelais

1004220-Gustave Dore illustration pour Pantagruel

tumblr_m2gkmy7yy91qaaik3o1_1280.jpg

Le petit chaperon rouge - Charles Perrault
1311144-Gustave_Dore_illustration_pour_le_Petit_Chaperon_r.jpg

Le lapin et les grenouilles - La Fontaine
dore_hare_frogsp.jpg

LA BIBLE - L'annonciation
l-annonciation.jpg

La destruction de Leviathan
la-destruction-de-Leviathan_Gustave_Dore.jpg

La vision de Zacharie
vision-de-zacharie.jpg
   
London - A Pilgrimage
Dore_London-copie-1.jpg
Gustave Doré en 1857
1857-copie-1.jpg  

Pour être certain d'être informé de la parution des articles inscrivez-vous à la NEWSLETTER en haut à droite de la page de garde. 

Voir les commentaires

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Musées Parisiens

Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) est connu pour ses nombreuses restaurations de monuments dont quelques-unes des plus célèbres : Notre-Dame de Paris et la Sainte Chapelle, la cité de Carcassonne (Aude), le château de Pierrefonds (Oise). Il l'est moins comme initiateur en 1855 de l'ambitieux projet de présenter au public les trésors de l'art sculptural et monumental français du Moyen-âge au XIXe siècle sous forme de moulages à l'échelle 1.    

Statue d'Eugène Viollet-le-Duc en haut de Notre-Dame de Paris
- photo Web
1200px-Notre-Dame de Paris 086

Les premiers moulages monumentaux sont réalisés en 1879 et le Musée de Sculpture Comparée ouvre ses portes en 1882 au Palais du Trocadéro (construit pour l'exposition universelle de 1878).       
photo web
1pcscult

En 1937, le Palais du Trocadéro est détruit. De nouveaux bâtiments sont édifiés pour l'exposition universelle : c'est l'actuel Palais de Chaillot. Parallèlement le Musée de la Sculpture Comparée devient le Musée des Monuments Français avec la création d'une "galerie des peintures murales", initiée par Paul Deschamps (Conservateur du musée). La nouvelle galerie présente au public des copies grandeur réelle des fresques les plus représentatives de l'art mural.

Le Palais de Chaillot vu de l'esplanade du Champ de Mars. le Musée des Monuments Français est à droite. photo Web
1chail2

Les deux galeries occupent, à partir de 1945, l'aile gauche du Palais de Chaillot qu'elles partagent avec le Théâtre du même nom. En 1995 le Musée des Monuments Français ferme ses portes. Après dix ans de travaux le nouveau musée est inauguré  en septembre 2007.
Une "galerie d'architecture moderne et contemporaine" (de 1850 à nos jours) est venue s'ajouter aux deux collections du Musée des Monuments Français. Elle présente des maquettes, dessins, documents numériques, photographies, etc. Ces trois département forment la Cité de l'Architecture et du Patrimoine.
La Cité accueille des expositions temporaires :  actuellement "1925, quand l'art déco séduit le monde" . Je me proposais d'aller la voir, je ne pensais pas trouver autant de monde. Renonçant à la file d'attente j'ai opté pour "revoir" le Musée des Monuments Français.
C'est toujours un grand plaisir d'aller en quelques pas d'Autun à Vézelay, de Reims à Bourges, de Poitiers à Strasbourg, de voyager du XIIe au XVIIIe siècle à la rencontre des portails de cathédrales, des statues, des chapiteaux,  des piliers et gargouilles.
Il est évident que ces moulages de plâtre manquent un peu d'âme : on ne perçoit pas le grain de la pierre ou le satiné du marbre. L'apparence des oeuvres originales est donnée par une patine constituée d'argile, d'un liant et d'un pigment. Après un estampage à la terre, l'oeuvre étant protégée par du talc ou de la graisse,  les moulages sont faits par morceaux, joints au dos et fixés sur une structure portante avec de la filasse et du bois. Le moulage est ensuite retravaillé en façade pour masquer les raccords. Mais l'ensemble est tout de même impressionnant et a l'avantage de nous montrer de près ce qui n'est pas toujours à portée du regard.
L'accès aux peintures murales est mal indiqué : il faut monter au premier étage, traverser la galerie d'architecture moderne (de là la vue sur Paris et la Tour Eiffel est superbe), puis repérer le passage qui mène à la collection, et c'est alors quasiment en solitaire que l'on peut admirer les 400 copies planes ou en volumes (voutes, colonnes, chapiteaux). Là aussi c'est une promenade à travers la France et les siècles (du XIe au XVIe).
Pour terminer la visite ne pas omettre d'aller à la bibliothèque où se trouve l'une des pièces maîtresses de la collection : la reproduction à l'identique de la peinture murale de la voûte de l'Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe.

Nota - Photo MP lorsqu'il  n'y a pas l'indication "photo web"

Vu sur Paris de l'intérieur du Musée - 
22

23

GALERIE DES MOULAGES  -
   
MOISSAC (Tarn et Garonne) Portail de l'Eglise Abbatiale Saint Pierre - 1120-1130 -
01

AUTUN (Saone et Loire) - Tympan du portail de la façade occidentale de la Cathédrale Saint-Lazare 
Le jugement dernier - vers 1125-1135 
02
Saint-Michel, face aux démons, pèse les âmes des Damnés
03
Les Elus sont accueillis par Saint-Pierre
04
Linteau du portail latéral - La tentation d'Eve. Le corps d'Eve rare exemple d'un nu à
l'époque médiévale épouse le cadre du support.
05

VEZELAY (Yonne) Basilique Sainte-Marie-Madeleine - Portail central du narthex de la façade occidentale - 1125-1130
La Basilique a été sauvée de la ruine grâce à l'action de Prosper Mérimée et d'Eugène Viollet-le-Duc. Ce chantier engagé dès 1840 compte parmi les premiers travaux de l'architecte.
06

CLUNY (Saône et Loire) Eglise Abbatiale Saint-Pierre-Saint-Pol - fin XIe - un chapiteau de la nef - le sacrifice d'Isaac
07
       

09
          
REIMS (Marne)  Cathédrale Notre-Dame - Revers du portail central de la façade occidentale - La communion des chevaliers 1250-1260
10

POITIERS (Vienne) Palais de Justice - Cheminée - Jeanne de Boulogne -1326-1360   
13

SAINT MIHIEL - Meuse - Eglise Saint-Etienne 1554-1564 - Enfeu bas côté sud. La mise au tombeau. Les personnage sont plus grands que nature.
14

BOURGES  (Cher)  - Hôtel Jacques Coeur - 1443 - 1451 - Allège des fenêtres sur la façade sur cour        
15-bis

15-ter

BOURG EN BRESSE (Ain) Monastère de Brou - Sibyle Agrippa du tombeau de Philibert II le Beau, Duc de Savoie. Choeur de
l'église 1480 -1503
16-copie-1.jpg
   
    
16bis


17

PARIS - Fontaine des Innocents - Nymphes 1547
18


19

PARIS - Arc de Triomphe Place de l'Etoile 1806 - 1836 - Tête de la Renommée dite la "Marseillaise" exécuté par François Rude, c'est l'épouse du sculpteur qui aurait posé.
20

GALERIE DES PEINTURES MURALES

ROCAMADOUR (Lot) Chapelle Saint-Michel semi troglodytique XIIe

24

24bis

CRESSAC (Charente) Chapelle des templiers - mur nord - Chevalier poursuivant un cavalier - fin XIIe
25ter
   
25bis

CAHORS (lot) Cathédrale Saint-Etienne - 1080 - 1135 - Coupole - photo Web
La copie des fresques est présentée à 14 m du sol alors que dans la réalité la coupole est à 30 m, le diamètre est conservé.

Cite de l architecture et du patrimoine coupole cathedrale

TAVANT (Indre et Loire) Chapelle Saint Nicolas - crypte - fin XIe   
img-5-small480

KERNASCLEDEN (Morbihan) Eglise Notre-Dame - voute 1420 1464 - photo web
kernascleden-voute phb 20af9

SAINT-SAVIN-SUR-GARTEMPE (Vienne) - Abbaye Xe- La reproduction à l'identique de la peinture de la voute dans la
bibliothèque est l'une des pièces maîtresses du musée.
26
Voute de Saint Savin  réelle - hauteur 13 à 16 mètres -  photo web
Saint-Savin_nef.jpg

CITE DE L'ARCHITECTURE ET DU PATRIMOINE
Musée des Monuments Français

Entrée Principale Pavillon de Tête
1 place du Trocadéro
75016 PARIS
Si vous aimez ce blog, et afin de me faciliter la diffusion de la parution des articles,  inscrivez vous à la newsletter (en haut à droite - entrer votre mail - vous recevrez  une demande de confirmation). Cette inscription ne génère pas de publicité intempestive. Par avance merci.
Michèle Pellevillain 
  

Voir les commentaires

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Expositions à Paris

                                      La cime du rêve
En 2002 s'était tenue l'exposition "Victor Hugo,l'homme océan" à la Bibliothèque François Mitterrand. Dans l'introduction du magnifique catalogue, Marie-Laure Prévost précisait : "car seul l'océan est à la mesure de l'ampleur et du polymorphisme de l'oeuvre de Victor Hugo : poète, dramaturge, romancier, plasticien, homme politique".
De son oeuvre titanesque c'est sans nul doute sa créativité de plasticien qui est la moins connue. Victor Hugo a tenu des carnets de voyage dès 1821. Ses dessins accompagnaient lettres, manuscrits et notes. Son exil à Guernesey en 1850 a été le temps des multiples expérimentations graphiques : frottage, tache, grattage, pochoir, utilisation de matériaux très divers.
L'exposition "La cime du rêve" qui se tient à la maison Victor Hugo, place des Vosges à Paris, s'intéresse à la façon dont les surréalistes ont intégré Victor Hugo dans leur groupe, sans toutefois le reconnaître ouvertement comme l'un des leurs. Le "premier manifeste du surréalisme" fut publié en 1924 par André Breton (Victor Hugo était mort en 1885). Une phrase en expose la philosophie : "Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, de surréalité, si l'on peut dire ainsi".
Les similitudes entre les surréalistes et Victor Hugo tiennent à leurs affinités plastiques mais aussi littéraires : les surréalistes redécouvre le texte posthume "Le promontoire du songe". Ils peuvent y lire : "Dans le monde mystérieux de l'art, comme dans la lune où notre regard abordait tout à l'heure (Hugo a rendu visite en 1834 à Arago à l'Observatoire de Paris et a contemplé le relief lunaire à la lunette astronomique), il y a la cime du rêve. A cette cime du rêve est appuyée l'échelle de Jacob, Jacob couché au pied de l'échelle, c'est le poète dormeur qui a les yeux de l'âme ouverts. En haut, ce firmament, c'est l'idéal. Les formes blanches ou ténébreuses, ailées ou comme enlevées par une étoile qu'elles ont au front, qui gravissent l'échelle, ce sont les propres créations du poète qu'il voit dans la pénombre de son cerveau faisant leur ascension vers la lumière. Cette cime du rêve est un des sommets qui dominent l'horizon de l'art".
Les similitudes plastiques exposées sont assez étonnantes, mais c'est surtout la sensibilité et le monde du rêve qui les rapprochent :

- une tache faite par Victor Hugo sur un minuscule morceau de papier et la tache appelée "la Sainte Vierge" par Picabia
VH-tache.jpg


    picabia-la-sainte-vierge.jpg

- le frottage (dentelle) de Victor Hugo et celui de Max Ernst
VH-empreintes.jpg

max-ernest.jpg

   
- le dessin "l'Aigle pour blason" de Victor Hugo et "l'Origine de la pendule" d'Ernst
      
VH-1855-aigle-pour-un-blason.jpg

1925-max-ernst---l-origine-de-la-pendule.jpg

- cette main de d'Hugo et celles de Man Ray
VH-1-copie-1.jpg

man-ray.jpg

Sont présentées ainsi, cote à cote, des oeuvres de Max Ernst, André Masson, Yves Tanguy, Francis Picabia, René Magritte, Unica Zûm, Brassaï, Oscar Dominguez, Marcel Jean, Robert Desnos, Toyen, Wilfredo Lam, Georges Malkine, et cinquante dessins de Victor Hugo.

encre brune et lavis, pochoirs sur papier beige marouflé sur toile 45x58,5
louvre-taches-planetes-copie-2.jpg


L'ermitage - plume, encre brune et noire et lavis, crayon graphite, fusain,
grattages, utilisation d'un pochoir - 35,6x23cm

_hugo_ermitage_m.jpg

Plume, encre brune et encre de chine, frottis de fusain, gouaches blanche et bleue 17x18,4cm

vh3.jpg

plume, lavis d'encre brune, rehauts de gouache, pochoir sur papier beige 47X31cm

vh4.jpg

Plume, pinceau, encre brune et lavis, rehauts de gouache blanche 17,8x17,3cm
vh-5.jpg

plume, pinceau, encre brune et lavis, réserves sur papier 19,2x 25,5cm

vh6

plume, pinceau, encre brune et lavis, gouache noire et blanche sur papier beige 13,2x10,4cm

vh7.jpg

La pieuvre - plume, pinceau, encre brune et lavis sur papier crème 35,7x25,9cm
"La nuit, pourtant, et particulièrement dans la saison du rut, elle est phosphorescente. Cette épouvante a ses amours. Elle attend l'hymen. Elle se fait belle, elle s'allume, elle s'illumine, et, du haut de quelque rocher, on peut l'apercevoir au-dessous de soi dans les profonds ténèbres épanouie en une irradiation blême, soleil spectre". Les travailleurs de la mer.

vh9jpg.jpg

Je ne peux résister au plaisir de citer un autre passage du "Promontoire du songe" d'Hugo :
"La tarentule est une rencontre lugubre. Elle abonde sur le mont Reventon. Elle est là dans son repaire caché par les folles avoines. Elle a une tourelle sur sa forteresse comme un baron, une tenture de soie à son mur comme une courtisane et une lueur dans la prunelle comme un tigre. Elle a une porte qu'elle ferme avec un verrou. Le soir elle ouvre sa porte et attend, tapie au premier coude de sa caverne tubulaire. Malheur à qui passe ! Ceux qu'elle a piqués se cherchent, se trouvent, se prennent par la main et se mettent à danser la ronde qui ne s'arrête pas ; les pieds usées, on danse sur les tibias ; les tibias s'usent, on danse sur les genoux ; les genoux s'usent, on danse sur le torse devenu moignon ; le torse s'use, et les danseurs finissent par n'être plus que des têtes sautillant et se tenant par les mains avec des tronçons de côtes autour du cou imitant les pattes, et l'on dirait d'énormes tarentule ; de sorte que l'araignée les a faits araignées. Cette ronde de têtes use la terre, y creuse un cercle horrible et disparaît. Dans les Pyrénées, ces cercles s'appellent oules (olla, marmite). Il y a l'oule de Héas, Gavarnie est une oule".

Vianden à travers une toile d'araignée - plume, encres brune et violette, lavis, crayon de graphite, aquarelle, grattage.

1694294_6_6447_victor-hugo-vianden-a-tra.jpg

Exposition jusqu'au 16 février 2014.


Voir les commentaires

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Musées Etrangers

On ne sait trop où Vincent Willem van Gogh s'était procuré le révolver avec lequel il se tira une balle dans la poitrine le 27 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise, quelque part dans les champs. Pourquoi ce geste dramatique ? Etait-ce la folie qui l'a rattrapé une dernière fois ? La passion pour son propre chemin de croix ? La conscience d'être une charge pour son frère Théo et le libérer en lui laissant des tableaux dont la valeur ne tarderait pas à croître après sa mort ? (Il avait été très frappé par la vente de l'Angélus de Millet à un demi million de francs dès après sa mort).
Vincent se traîne jusqu'à sa petite chambre du café Ravoux où il a pris pension. Le docteur Gachet décide de ne pas extraire la balle et de garder espoir. Le 28 Vincent attend la mort calmement couché dans son lit en fumant la pipe. Il meurt le 29 au matin en présence de Théo "Je voudrais que ce soit fini". Il est enterré le 30 juillet. Le cimetière se trouve au milieu des blés, la moisson n'est peut-être pas encore faite, quelques corbeaux tournent dans le ciel.
Dans les soixante dix tableaux et les trente deux dessins que van Gogh peint entre son arrivée à Auvers, le 21 mai, et ce jour de juillet, à l'exception du "Champ de blé avec corbeaux" rien ne paraît annoncer cette fin tragique. Les couleurs sont d'une fraîcheur extraordinaire : des bleus, des verts, des violets, parfois des roses.
Comment résumer une vie aussi passionnante, à la fois lumineuse et sombre, lumineuse par la foi en Dieu et en la peinture, sombre par la pauvreté et la dureté de l'existence. Je ne peux donner ici que de brèves indications et conseiller de plonger dans les biographies de Vincent et dans ses lettres à Théo dont l'écriture est remarquable.
Vincent, c'est ainsi qu'il signe ses tableaux, naît le 30 mars 1853 au presbytère de Groot Zundert (Pays-Bas), fils du couple de pasteurs Théodorus et Anna Cornelia van Gogh. Jour pour jour, un an auparavant, est venu au monde un enfant mort-né. On donne à Vincent le même prénom qu'au petit mort-né, Vincent Willem. Suivront cinq autres enfants, dont Théo qui deviendra son soutien.
La famille mène une vie simple. Le père de Vincent à dix frères et soeurs, trois frères sont marchands d'objets d'arts, l'un deux, l'oncle "Cent" est associé à la chaîne des galeries de l'éditeur parisien d'art Goupil et Cie.
En 1869, Vincent entre comme apprenti à la filiale Goupil de la Haye spécialisée dans la reproduction d'estampes. En 1873 il est muté à Londres. Ce qui devait représenter une récompense se transforme en une expérience de solitude qui le marquera pour la vie : il tombe amoureux de la fille de sa logeuse, il est éconduit. Cet amour malheureux le rend taciturne et renfermé. Il délaisse tous les livres pour un seul : la Bible. Le chiffre d'affaires de la filiale chute. En 1876 il est licencié.
Ses parents acceptent alors qu'il prépare à Amsterdam des études de théologie. Il ne sera pas admis pasteur mais il peut être prédicateur laïque. Envoyé en 1878 dans la région minière belge du Borinage auprès des plus pauvres parmi les pauvres, il s'installe dans une masure, partage ses vêtements, se nourrit d'eau et de pain. On ne renouvellera pas le contrat de ce prédicateur qui prend trop à la lettre le modèle évangéliste.
Totalement démarqué n'ayant de talent ni pour devenir marchand d'art (métier qu'il a détesté) ni pour être pasteur, Vincent écrit en 1880 une longue et déchirante lettre à Théo dans laquelle il lui fait part de son inébranlable décision de consacrer désormais sa vie à la peinture.
Il s'inscrit aux Beaux Arts de Bruxelles. Il est accueilli par Anton Mauve, le beau-frère de sa mère et l'un des peintres les plus connus de l'époque qui le conseille durant plusieurs mois.
En avril 1881 il retourne à Etten où son père occupe le poste de vicaire mais il doit quitter la maison paternel à Noël après une violente dispute. Il s'installe à La Haye et recueille "Sien", une prostituée plus âgée que lui, qui a une fille et est enceinte d'un deuxième enfant. Plus d'aide familiale, les problèmes financiers sont un fardeau. Au bout d'une année Sien doit "retravailler". Théo fini par convaincre Vincent de la quitter.
A l'automne 1883 il se retire à Drente, solitaire et blessé, et peint presque exclusivement les cabanes des paysans, puis, en fils prodigue, il retrouve ses parents à Nuenen à Noël.
L'été 1883 il a écrit à Théo une lettre prophétique :
"Non seulement j'ai commencé relativement tard à dessiner, mais il se peut même fort bien que je ne puisse plus compter sur de nombreuses années de vie.. En ce qui concerne le délai me permettant encore de travailler et que j'ai encore devant moi, je crois, sans être irréfléchi, pouvoir supposer la chose suivente : mon corps parviendra quand bien même à résister encore un certain nombre d'années - un certain nombre, disons entre six et dix... en l'espace de quelques années je dois réaliser un certain travail, je n'ai pas besoin de me dépêcher outre mesure, car cela ne mène à rien de bon - mais je dois, en toute tranquilité et décontraction continuer à travailler, aussi régulièrement et concentré que possible, de manière aussi claire et nette que possible, le monde ne me concerne que dans la mesure où je possède en quelque sorte, une certaine dette et obligation - parce qu'en effet, ça fait trente ans que je déambule sur cette terre - de léguer, par gratitude, un certain souvenir sous la forme d'un travail de dessin et de peinture - non créer pour plaire à telle ou telle tendance, mais pour exprimer un pur sentiment humain. Ce travail est mon objectif...."
C'est ce qu'il fera durant les années qui vont suivre, envoyant à Théo tout son travail en échange de son aide financière. Vincent reste à Nuenen jusqu'à la mort de son père, puis va à Anvers où il s'inscrit à l'Académie des beaux arts quelques mois. Il rejoint Théo à Paris en 1886 (demeurant d'abord chez Théo puis rue Lepic). Il avait jusqu'alors le soutien de Théo il a maintenant sa reconnaissance. Théo profite des liens de Vincent avec de jeunes artistes pour affirmer sa réputation de galeriste. Durant son séjour à Paris Vincent peint deux cent trente tableaux, plus que pendant tout autre période de sa vie. Pour parfaire son utilisation des couleurs fraîches il copie des motifs japonais très en vogue depuis l'exposition universelle de 1867 et se prend de passion pour la peinture japonaise, collectionne les estampes.
Il part à Arles en février 1888 comme s'il partait au Japon et loue en mai la "maison jaune". C'est là que Gauguin viendra le rejoindre en octobre. Leurs violentes querelles à propos des problèmes artistiques et le départ de Gauguin conduiront à l'accès de démence de Vincent en décembre et à l'épisode de l'oreille coupée connu de tous. Arles sera la période la plus importante et la plus féconde de sa vie.
Après un séjour à l'hôpital Vincent retrouve sa "maison jaune" mais sur une pétition des habitants d'Arles qui l'appelle "le fou roux" sa maison est fermée par la police. De lui même il se rend en mai 1889 à l'asile de Saint-Paul-de-Mausole, près de Saint-Remy. On lui a donné une petite pièce vite transformée en atelier. Il y peint pendant une année avec encore plus d'acharnement qu'à Arles cent cinquante toiles et des centaines de dessins, interrompu seulement par trois crises durant lesquelles l'ombre et la lumière disputent son cerveau.
En janvier 1890, un premier article lui est consacré dans le "Mercure de France", en mars il vend "La vigne rouge" 400 fr (850 € d'aujourd'hui) à l'exposition des XX à Bruxelles, le seul tableau qu'il aura vendu de son vivant (il se trouve maintenant au musée Pouchkine à Moscou). En mars Vincent est représenté par dix tableaux au "Salon des indépendants" à Paris.
Théo inquiété par les mauvaises nouvelles qu'il reçoit, obtient du Docteur Gachet qu'il prenne Vincent auprès de lui à Auvers-sur-Oise et qu'il le soigne, jusqu'à ce 27 juillet 1890. Vincent à 37 ans, en l'espace de dix ans il aura accompli une oeuvre considérable.
Depuis 1973, Van Gogh a son musée à Amsterdam. A l'origine y étaient exposées presque uniquement les oeuvres de la collection de la famille van Gogh réunies par Théo. Aujourd'hui la collection comprend 220 tableaux, 500 dessins et 800 lettres de Vincent. Le Rijksmuseum Kröller-Müller à Otterlo possède également un nombre important de dessins et de tableaux de Vincent ainsi que de nombreux musées dans le monde entier.

"Il faut espérer que de si grands hommes qui ont été méprisés ou persécutés de leur vivant puissent recevoir un jour la récompense qui les fuyait sur terre quand ils auront atteint une sphère où ils jouiront d'un bonheur que nous ne pouvons pas nous imaginer et auquel vient encore s'ajouter celui d'être, en observant de là-haut, témoins de la justice avec laquelle leur descendance leur rend hommage". Eugène Delacroix

Comme bien d'autres, je connaissais par coeur sa dizaine de toiles surmédiatisées, j'avais vu le film de Pialat, j'avais déjeuné à l'auberge Ravoux et visité la petite chambre : je croyais connaître van Gogh...
A Amsterdam, Noël dernier, je me suis rendue au Musée Van Gogh, je dois l'avouer, sans grand enthousiasme. Ma visite a été un choc à la vue des dessins et des peintures méconnues. Mon émotion se prolonge à la lecture d'une biographie en deux volumes (édition Taschen) et je la poursuivrai avec l'intégralité des lettres à Théo. Je ressens une véritable tendresse pour cet ascète au coeur noble, ami zélé des pauvres et une admiration sans borne pour le peintre pionnier du Moderne qui ne cherchait pas la gloire mais la perfection. J'espère qu'il me pardonnera d'avoir mis tant d'années avant de faire réellement connaissance avec lui.

QUELQUES OEUVRES  DU MUSEE D'AMSTERDAM - Photos MP
Lettre à Theo - 3 mars 1882

22.jpg

Vielle femme au châle - 1882 - comme décrit dans la lettre - encre et aquarelle sur papier

23.jpg

Entrée du Mont de piété - 1882 - encre à la plume et au pinceau, gouache blanche sur papier

24.jpg

Paysan bêchant - 1882 - lithographie

26.jpg

Chaumières - 1883 - huile sur toile

7.jpg

La récolte de pomme de terre - 1883 - huile sur papier
8.jpg

Tisserand et enfant dans une chaise haute - 1884 - encre et aquarelle sur papier
9.jpg

Lettre à Theo
10.jpg

Portrait d'un vieil homme - 1885 - huile sur toile
11.jpg

 Femme assise - 1885 - encre à la plume et au pinceau sur papier
31.jpg

Citrons, poires et raisins - 1887 - huile sur toile
12.jpg

Couple place St Pierre - 1887 - huile sur toile
14.jpg

Bord de seine - 1887 - huile sur toile
15.jpg

Autoportrait - 1887 - huile sur carton
33.jpg

Route le long des remparts de Paris - 1887 - encre et aquarelle
30.jpg
   
Choux rouges et oignons - 1887 - huile sur toile
32.jpg

Le pêcher rose - 1888 - huile sur toile
16.jpg

Le verger blanc - 1888 - huile sur toile
17.jpg

Les Saintes Maries de la Mer - 1888 - Huile sur toile
19.jpg

Pelouse fraichement tondue avec un arbre pleureur - 1888 - Huile sur toile
20.jpg

Les rochers de Montmajour - 1888 -
21.jpg

Arbres et arbustes dans le jardin de l'asile - 1889 - huile et encre sur papier
29.jpg

Paysans d'après Millet - 1889
36.jpg

37.jpg

Maisons à la campagne - 1890 - encre, aquarelle et huile sur papier
28.jpg

La resurection de Lazare d'après Rembrandt - 1890
35.jpg

35-bis.jpg


Voir les commentaires

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Musées Etrangers


Avant de poursuivre la visite des 30 salles du second étage consacrées au Siècle d'Or (XVIIe) un coup d'oeil sur la magnifique bibliothèque.SAM_4363-copie-1.jpg

SAM_4362-copie-1.jpg

Le choix des oeuvres qui suit est  évidemment très subjectif et ne donne qu'une toute petite idée de la richesse du musée qui comprend  quatre niveaux. 

Boite de peinture 17e/18e siècle hollandais
014.jpg

Cornelis Dusart -  1690 - l'Artiste et son modèle - encre brune rehaut gris et noir - pierre noire
037.jpg

Adriaen Van Ostade - Homme assis - 1675 - encre noire et brune, aquarelle
034.jpg

Adriaen Van Ostade  - La boutique du barbier - 1673 - encre brune, aquarelle
033.jpg

Adriaen Coorte - 1698 - Pêches
039.jpg

Gerrit Adriaensz Berckheyde - 1672 - Hôtel de ville d'Amsterdam - Place du Dam - huile sur toile
Le symbole de la prosperité et du pouvoir d'Amsterdam au "Siècle d'or" est le nouvel hôtel de ville construit à partir de 1648 avec des pierres importées d'Allemagne. Il repose  sur  13000 pilotis en bois.
043.jpg

On le retrouve inchangé en 2013
SAM_4534.jpg

Attribué à Hendrik de Keyser - 1615 - petite sculpture sur bois
016.jpg

Adriaen Van de Velde - Couple dans la campagne - 1667 - huile sur toile
024.jpg

024ter.jpg

Jacob Isaacksz van Ruisdael - 1668/1670 - Moulin à Wijk bij  Duurstede - huile sur toile
023.jpg

Jacob Isaacksz van Ruisdael - Cascade dans la campagne - huile sur toile - 1668
022.jpg

Salomon van Ruysdael - 1634 - huile sur bois - Cottage dans la campagne
013

013detail.jpg

Jan Van der Heyden - 1670 -  Huile sur bois - Amsterdam - le vieux Haarlemmersluis
042.jpg

Dès le début du XVIIe siècle les Hollandais, grands marchands et navigateurs, contrôlent les routes maritimes de la mer Rouge au golfe du Tonkin. Ils poussent jusqu'à Bornéo. Tous les étrangers sont chassés du Japon à l'exception des Hollandais seuls autorisés à commercer au départ d'une île au large de Nagasaki. En 1621 les Hollandais achètent aux Indiens une île au bord de l'Hudson, appelée Manhattan (en indien "île céleste" ou "île aux collines") et fondent la Nouvelle-Amsterdam. ils s'emparent de places fortes au Venezuela et au Bresil....c'est le "Siècle d'or".... mais les rêves de grandeur ne durent souvent que le temps d'un rêve !

SAM_4319.jpg

Adam Willaerts - 1614 - Huile sur bois
015.jpg

015bis.jpg

Willem  Van de Velde - La bataille de Dunkirk - 1659 - Encre sur toile
Découverte d'une technique très pure et qui m'était inconnue.

018.jpg


018bis.jpg

Willem van de Velde - la bataille de Livourne - détail - 1659 - encre sur toile
019.jpg

Ludolf Bakhuysen - 1695 - Bateaux dans la tempête - huile sur toile

020.jpg

020ter.jpg


Jan Van de Cappelle - huile sur bois - 1650
45.jpg

45bis.jpg  

 Un dernier regard sur le grand hall, et la promesse de revenir. ...

SAM_4263.jpg

PHOTOS MP 

Voir les commentaires

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Musées Etrangers

 

La semaine de Noël, j'ai retrouvé Amsterdam que je n'avais pas vue depuis longtemps. J'ai eu beaucoup de plaisir à revoir la ville et son réseau de canaux en forme de toile d'araignée (ceux du XVIIe sont depuis 2010 inscrits au Patrimoine mondial de l'UNESCO). A l'origine ce n'était qu'un village de pêcheurs. Au XIIe un barrage (dam) fût construit sur la rivière Amstel, le village prit le nom d'Amsteldam qui devint par la suite Amsterdam, et c'est à cet endroit précis que se trouve la place la plus connue de la ville, la place du Dam (ci-dessous).
place-du-dam.jpg
    Canaux
canaux
Amsterdam n'est pas très étendue, sa visite se fait très agréablement à pied. L'ambiance y est décontractée, les Amstellodamois sont accueillants. Les vélos, plus nombreux que les habitants (880.000 vélos - 790.000 habitants) envahissent la ville à l'arrêt comme en circulation ; certains parkings à vélos comme celui de la gare sont impressionnants.
On ne peut qu'aimer Amsterdam, harmonieusement marquée par la forte présence de l'eau comme le sont les trois villes de mon coeur, Paris, Venise et New-York.
....Mais la vocation de mon blog n'est-elle pas l'évocation des musées ?
Je commencerai, aujourd'hui, par le Rijksmuseum. Situé près du Vondelpark, il a rouvert ses portes en avril 2013 après des années de travaux.
Je l'ai visité le matin précédent le réveillon de Noël, c'était le jour idéal : pas de groupes, peu de monde dans les salles, tout juste quelques difficultés à s'approcher des oeuvres universellement connues (La ronde de nuit de Rembrandt - annoncée comme le chef d'oeuvre qu'on se doit d'avoir vue au moins une fois dans sa vie, mais ce n'est pas "mon coup de coeur" - La laitière de Vermeer - devenue objet publicitaire, à coup sur, contre la volonté de Vermeer). Nous connaissons ce même phénomène au Louvre où la ruée des aspirants-contemplateurs de la Joconde sont canalisés par un fléchage dès leur entrée.
Je vous propose dès lors de me suivre dans les salles du "Rijks" qui, au deuxième étage, sont consacrées au siècle d'or (1600 à 1700). Je ne ferai pas de commentaires, je vous laisse regarder pour ce premier article les peintures de portraits qui m'ont attirée.

Le Rijks vu du canal
045

L'entrée
    046
               
Frans Hals - 1635 - Huile sur toile - Portrait d'une femme
003.jpg

Cesar Boetius Van Everdingen- 1648 - huile sur toile
Jeune femme se chauffant les mains au dessus d'un brasero - Allégorie de l'hiver
004.jpg

Attribué à Ferdinand Bol - 1640/1645 - Huile sur toile - Portrait d'une vieille femme, peut-être Elisabeth Bas
009.jpg
   
009bis.jpg

Rembrandt - 1639 - Portrait d'une femme -probablement Maria Trip - Huile sur toile
006-copie-1.jpg

Rembrandt- 1693 - Portrait de Johannes Wtenbogaert - Huile sur toile
007.jpg

Rembrandt - 1628 - Autoportrait - huile sur bois
010.jpg

Antony Van Dyck - 1640 - Willial II Prince d'Orange et sa femme Mary Stuart - Huile sur toile
008.jpg

Jacob Jordaens - Portrait de Rogier le Witer - 1635 - huile sur toile
017.jpg
        
Frans Hals - 1635 - Portrait de Feyntje van Steenkiste - Huile sur toile
026.jpg
   
026bis.jpg

Frans Hals - 1628/1630 - Un milicien tenant un verre connu comme "le joyeux buveur". huile sur toile
025.jpg

Jan de Baen - 1670 - Johanna le Gillon, femme de Hieronymus van Beverningk - huile sur toile
032.jpg


032bis.jpg

Galerie d'honneur, au fond "La ronde de nuit"
028.jpg

Frans Hals - 1639 - Portrait de Maritge Claesdr Vooght - huile sur toile
    027.jpg
détail
27bis.jpg

Bartholomeus van der Helst - 1642 - Portrait de Gerard Andriesz Bicker - Huile sur toile -
031.jpg

Jan Havicksz Steen - 1655 - femme à sa toilette
041.jpg
   
Rembrandt - Portrait de Haesje van Cleyburg - huile sur toile 1634
011-copie-1.jpg

Rembrandt - Une vieille femme lisant  - probablement la prophètesse Hannah - Huile sur bois - 1631
    012.jpg

021ter
   
Et pour finir le tableau de rembrandt qui m'émeut le plus par sa tendresse, l'éblouissante association des couleurs jaune et rouge et la densité de la matière. Le voir et le revoir est un bonheur. 
    "La fiancée juive" 1667
    1200px-Rembrandt_Harmensz__van_Rijn_-_Het_Joodse_bruidje.jpg

021bis.jpg    

AUTRE ARTICLE SUR LE RIJKS A PARAITRE PROCHAINEMENT ....

Photos MP

Voir les commentaires

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Peintres

    038.jpg

Plus de trois siècles me séparent de "La femme écrivant une lettre". Sur sa table le luth lui donne l'inspiration poétique et au premier plan le chien évoque sa fidélité. Elle s'applique à écrire quelques lignes. Tout laisse à penser qu'il s'agit d'un courrier destiné à l'être aimé. Dans l'ombre un messager attend humblement le pli qu'il portera au destinataire. Va-t-il parcourir à cheval plusieurs lieues pour remettre la lettre ? Le voyage va-t-il durer plusieurs jours, être dangereux ?

En ce dernier jour de l'an 2013 je n'écris pas avec une plume d'oie, j'utilise le clavier d'un ordinateur, je n'ai nul besoin d'un messager, d'un "clic" les quelques mots qui suivent vont s'envoler aux quatre coins du monde et pourront être lus dans l'instant : n'est-ce pas merveilleux ?

                                   Bonne et heureuse année 2014

                           que tous vos souhaits se réalisent

Très sincèrement et bien amicalement

Michèle Pellevillain

Frans Van Mieris (1635-1680)
"Femme écrivant une lettre" 1680 - huile sur bois - Rijksmuseum Amsterdam -  
Resté à l'ombre de Rembrandt ou Vermeer, Frans Van Mieris n'en est pas moins l'un des représentants du Siècle d'Or hollandais. Il a été reconnu de son vivant pour ses scènes de la vie quotidienne et pour sa technique rappelant la netteté de la porcelaine.
Photo MP


 

Voir les commentaires

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Peintres

Ce petit enfant merveilleusement beau au regard lointain, croque dans une figue. Il est auréolé d'or, couleur céleste, habillé de rose, emblème de la sagesse divine. Sa mère, au visage pur, regarde elle aussi l'horizon. Elle ne tient pas l'enfant serré contre elle, ses mains semblent nous l'offrir et l'on éprouve un irrésistible désir de le prendre dans nos bras.
L'enfant s'appelle Jésus, on le dit né à Bethleem la nuit du 24 au 25 décembre au moment du solstice d'hiver qui annonce une nouvelle période : l'arrivée de la lumière.
Je souhaite à mes fidèles lecteurs, avec ce tableau émouvant, un Noël heureux et lumineux.
Amicalement

Michèle Pellevillain

photos MP

SAM_4046.jpg

SAM_4047.jpg

SAM_4045.jpg

SAM_4044.jpg

Ambrogio LORENZETTI
Connu à Sienne en Toscane à partir de 1319 - Sienne, 1348
La Vierge et l'Enfant - vers 1330-1335
Panneau central d'un polyptyque dont les autres éléments n'ont pas été identifiés. Acquisition par le musée du Louvre en 1998.
La figue est parfois considérée comme le fruit de l'Arbre de la Connaissance, et symbolise par extension le péché originel.

 

 

 

 

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>