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Voir-ou-revoir

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Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Articles avec #graveurs catégorie

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Graveurs

       
Dans mon article précédent, j'ai présenté de nombreuses xylographies réalisées par Félix Vallotton autour des années 1900. La passionnante exposition du Louvre, Les origines de l'estampe en Europe du Nord 1400-1470, nous ramène ainsi cinq siècles auparavant et nous présente les techniques alors utilisées, la xylographie, le burin et celle plus méconnue du criblé.

Les historiens s'accordent en effet, aujourd'hui, sur le fait que le pôle de développement et d'expérimentation de l'estampe se situe dans les pays germaniques entre 1400 et 1430. Il faut se rappeler néanmoins que l'estampe s'est aussi développée au XVe en France en Italie et dans les Flandres.

Etapes résumant les débuts de l'estampe en Europe du Nord
   
1400 - premières xylographies - productions anonymes - Le bois Protat
1440 - essor de la xylographie et premières gravures sur métal (burin)
1450 - premières gravures au criblé
1450 - premier graveur identifié d'après un monogramme - Le Maître ES (env.1420-1468)
           autres graveurs désignés sous les noms de : Maître des cartes à jouer - Maître au
           Banderoles - Le Maître de la Mort de Marie - ; et de biens jolis noms pour les graveurs
           qui travaillent avec les enlumineurs : Maître des bordures à fleurs - Maître des jardins
           d'amours.
1470 - l'estampe se généralise, elle est pratiquée par des artistes qui ne sont pas seulement des
          graveurs, le plus illustre Martin Schongauer (1450-1491)
A noter : l'eau forte fera son apparition en 1500.

Premières xylographies

Elles sont peu nombreuses, estimées pour la période de 1400 à 1440 à environ 70 estampes.

Le bois Protat

C'est la première xylographie connue.
Le bois Protat (du nom de son premier propriétaire, Jules Protat imprimeur) a été retrouvé vers la fin du XIXe siècle dans une maison de Laives au sud de Chalon-sur-Saône (elle servait de calage à un dallage ou un escalier). Son lieu de création reste encore un mystère. Les historiens penchent les uns pour la France, les autres pour l'Allemagne du sud. La datation oscille autour de l'année 1400.
Le bois de noyer conservé mesure 23cm dans sa largeur la plus longue et environ 58 cm de haut. Il est gravé des deux côtés, tête-bêche. Sur la face la mieux conservée, la crucifixion, le bras du Christ, qui apparaît en haut de l'image, a permis aux historiens de considérer que la xylographie originale devait mesurer 45x60cm. Elle a pu être imprimée à cette époque sur un papier au format royal 43x62cm.

Le bois Protat est une des merveilles de cette exposition

Sans-titre-2-copie-1.jpg               
Impression du bois Protat
Sans-titre-1.jpg                           

 
Une autre pièce déterminante des débuts de la gravure sur bois :

Le christ au mont des Oliviers, xylographie coloriée, vers 1420 - Allemagne du Sud

07.jpg

 
Gravure au criblé

C'est une gravure en relief sur métal : on grave au moyen d'un burin ou avec des poinçons de différents calibres que l'on frappe au marteau. La frappe génère une série de petites cuvettes qui resteront blanches au tirage. Comme pour la xylographie c'est le relief qui est encré.
L'exposition du Louvre montre une magnifique plaque de cuivre gravée des deux côtés en criblé vers 1460-1470 : l'Annonciation avec la Visitation et la Nativité. Elle est d'abord considérée comme une gravure en taille-douce, le tirage effectué au XVIIIe en encrant les creux révèle une estampe sombre et indistincte. Pierre Gusman (1862-1941), historien et graveur, soupçonne qu'au lieu d'être une taille-douce la plaque a été gravée en relief. Il fait une photographie du tirage, son épreuve négative fait ressortir en blanc les tailles du burin et le criblé, il avait sous les yeux la preuve d'une estampe au criblé.
 tirage du XVIIIe imprimé en taille-douce (les creux sont encrés, le relief reste blanc)
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tirage moderne imprimé en relief (le relief est encré au rouleau, les creux restent blancs)
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Autres gravures au criblé

Sainte Catherine, vers 1450-1460

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Saint Bernardin de Sienne - 1454 ?
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L'essor de la xylographie et premières gravures sur métal


L'essor de l'estampe est pour une grande part lié à la dévotion du temps. Les pèlerinages sont nombreux. Les pèlerins dans l'attente de miracles vont se recueillir devant des reliquaires et achètent des images pieuses.
Les xylographies sont produites en quantité. Les copies se multiplient.

 Il arrive  que  pour satisfaire la demande, les graveurs découpent les planches : sur une partie sont gravés le fond et le corps de la Sainte, sur une autre viennent s'intercaler les visages et attributs propres à chacune.
7
Sans-titre-5.jpgSans-titre-6.jpg

Le Maître ES

Il est le premier graveur à avoir apposé un monogramme  sur ses gravures : E,e,es,ou ES. Une vingtaine d'estampes portent une marque mais l'estimation de sa production est beaucoup plus importante. Ce sont les images religieuses qui dominent dans son oeuvre.
En 1466, le monastère d'Einsiedeln en Suisse lui commande trois gravures pour le 500e anniversaire de l'apparition de la Vierge Marie au monastère.
Le Maître ES réalise trois burins de formats différents, la plus petite estampe pouvant être destinée au pèlerins les moins fortunés.
La Grande Madone d'Einsiedeln (20,8x12,4cm)
The Large Virgin of Einsiedeln
La Petite Madone (13,3x8,7cm)
marie deinsideln la petite 22116
La Très petite Madone (10x6,7cm)
The Smallest Virgin of Einsiedeln
Le Maître ES a également gravé des images satiriques très prisées dans la noblesse ainsi qu'un alphabet figuré.

Le fou et la femme à l'écusson, burin vers 1450-1470
im156 Israhel

Alphabet figuré - Lettre N (vers 1466)
726px-Letter N from the Fantastic Alphabet

Le Maître des cartes à jouer

Les premiers ensembles d'estampes gravées sur métal datables et localisables sont celles du Maître des cartes à jouer dont la production est estimée à une centaine d'oeuvres.
Les cartes de valeurs sont le plus souvent représentées par des animaux, l'exposition  en montre quelques unes. Les cartes des figures, qui ne sont pas exposées, sont à mon goût les plus belles.  

Sans-titre-14.jpg

Les images didactiques

 

Elles  illustrent, au travers d'une série de petits tableaux juxtaposés sur une même planche, les fondamentaux de la foi catholique. Elles sont surtout destinées au public illettré. La planche des Dix Commandements permet d'identifier les péchés, de les éviter ou de les confesser, mais la symbolique est assez énigmatique.

Les Dix commandements, les Cinq sens, les Sept péchés capitaux,
xylographie coloriée vers 1480 Bavière
catechisme emblc3a9matique
Le Martyre de saint Erasme est plus facile à comprendre,  les images se lisent comme un texte de gauche à droite et de haut en bas
xylographie coloriée vers 1460 - Souabe
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Martin Schongauer

Dans "l'Encensoir", Martin Schongauer arrive, avec sa grande maîtrise du burin, à jouer sur les ombres et les lumières. On retrouve la précision de l'orfévrerie, métier de son père (voir article Martin SCHONGAUER - Graveur - Musée Unterladen Colmar )

encensoir-martin-schongauer

Cette exposition est extrêmement enrichissante, surtout pour les graveurs (dont je fais partie). Si vous êtes dans la région parisienne ne la manquez surtout pas !

MUSEE DU LOUVRE - AILE SULLY - 2ème étage - Jusqu'au 13 Janvier 2014
 

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Graveurs
Je viens d'acquérir un coffret-livre de l'intégralité des reproductions des estampes des "Gobbi" de Jacques Callot. Cette acquisition m'incite à compléter un article précédent. (cliquez : "Les misères de la guerre" Jacques CALLOT )  

Nous sommes à Florence en 1612.
 Cosme II de Médicis règne sur le grand-duché de Toscane depuis 1609. Il a 22 ans, il est miné par la tuberculose et s'appuie sur son premier ministre pour gouverner. Il a épousé en 1608 Marie Madeleine d'Autriche.
Jacques Callot a 20 ans, il a quitté Rome pour Florence. Il entre dans l'atelier de Giulio Parigi (graveur et architecte, ayant en particulier aménagé les jardins de Boboli).
Le Grand-duc a commandé à Antonio Tempesta la réalisation de 29 estampes pour "la pompe funèbre" de sa belle soeur, Marguerite d'Autriche, Reine d'Espagne, morte en 1611 (on entend par "la pompe funèbre" une série d'estampes sur la vie de la Reine). Surchargé de commandes Tempesta confie à Callot 15 gravures (quelques-unes aussi à Raphaelo Schiaminossi). 09.jpg
Pour visualiser ma vidéo sur toute la série de "la pompe funèbre" de la reine Marguerite : cliquez link

Callot, buriniste, découvre l'eau forte qui se pratique sur un vernis tendre et poisseux difficile à manipuler ; par contre cette technique, au contraire du burin, donne liberté et rapidité et séduit immédiatement le graveur. Un inconvénient toutefois : elle ne permet pas de faire des traits fins.
En 1614, le talent de Callot est reconnu officiellement, il est admiré, le Grand-duc le pensionne. Callot s'installe au Palais des Offices et fréquente la cour où tout est prétexte à fêtes et réjouissances.
En 1617, un orfèvre lui commande deux toutes petites gravures sur argent (6x5cm). Il doit pour exécuter le dessin particulièrement fin se servir du vernis dur utilisé en orfèvrerie.
Fort de cette expérience, Callot va mettre au point un vernis, variante de celui qu'employaient les luthiers, séchant et durcissant rapidement qui va l'autoriser à faire des traits d'une finesse encore jamais égalée. Il aura tout le temps qu'il désire pour travailler et ne sera pas contraint de tremper tout de suite la plaque dans l'eau forte. Callot va pouvoir dessiner avec précisions les multitudes de petits personnages qui lui sont si particuliers (un exemple impressionnant "la Foire d'Impruneta" gravée en 1620, qui comporte plus de 1000 personnages).
Jacques_Callot_-_La_foire_d-Impruneta-_1620.jpg
Callot expérimente aussi la technique des "morsures successives" qui consiste à plonger la plaque de cuivre dans des bains d'acide successifs pour obtenir une morsure plus ou moins profonde du trait.
Puis d'une façon toute personnelle il utilise une échoppe couchée (échoppe des orfèvres) au lieu de la pointe pour pouvoir réaliser un trait créant des pleins et des déliés. Il abandonne les hachures traditionnelles pour rendre les zones sombres et utilise des lignes parallèles sans les croiser avec d'autres.  
Les précisions techniques ci-dessus sont un peu une redite, elles me paraissent très importantes pour comprendre l'impact qu'a eu Jacques Callot sur l'évolution de l'eau-forte et l'influence qu'il a exercé sur de grands graveurs comme Abraham Bosse, Rembrandt, ou Van Dyck.
Après divers essais de sa méthode, Callot dédie au prince Laurent de Médicis, frère du Grand-duc de Florence, une suite de 50 petites eaux fortes, les Cappricci di Varie Figure (Les caprices - 1620-1621).

 

On remarque bien sur cette gravure des Caprices le traité des lignes verticales et l'épaississement du trait pour créer les zones d'ombres 

les-caprices-10-l'homme-qui
Mais revenons à la cour du Grand-duc.
Callot y fait la rencontre des Gobbi, nains bossus, sortes de bouffons, qui dansent et gesticulent pour distraire la cour. Lorsqu'ils ne sont pas assez en verve on les fait boire pour les mettre en train. Les Gobbi amusent sans doute beaucoup Callot, il en fait de nombreux croquis et dessins (les études et préparations pour ses gravures sont d'ailleurs peu connues du grand public mais le placent parmi les plus grands maîtres).
Il côtoie aussi les Zanni , comédiens et comiques masqués qui jouent aussi bien à la cour que sur les places publiques. Il note leurs grimaces, leurs contorsions, le détail de leurs costumes.
                                         Zanni - Scapin  personnage typique de la Commedia dell'artele-zani-ou-scapin.jpg
En 1621, à la mort du Grand-duc, Callot rentre à Nancy. "C'est l'evêque de Toul, Monseigneur Jean des Porcellets qui va ramener Callot à Nancy, où la cour l'accueillera assez mal. Dans un premier temps, Callot est réduit pour vivre à répéter des planches précédemment publiées à Florence (les Caprices, l'Impruneta) et à graver les dessins qu'il avait rapportés en grand nombre d'Italie" (la revue Lorraine Fev.1992)
Ainsi naissent la série des Balli di Sfessania (du nom d'une danse populaire). 24 estampes de 10x7cm.
les-balli-copie-1.jpgpuis celle des Gobbi (21 estampes d'environ 9x6cm) qui auront un grand succès.
Bien qu'ayant vécu près de la noblesse, Callot aura toujours un regard tourné vers la misère. Il réalise la série des Gueux (25 estampes d'environ 14x19cm).
Jacques_Callot_Beggar.jpg
Les gravures des Gobbi, des Balli et des Gueux peuvent paraître mineures au regard de l'oeuvre considérable de Jacques Callot traitant la religion, les paysages et villes lorrains, la guerre. En ce qui me concerne ce sont mes gravures préférées. Callot s'y montre profondément humain avec une vision à la fois compatissante et critique de ses contemporains.
Dans les Gobbi son sens de l'humour et de la caricature me réjouit et son trait de graveur tout en pleins et déliés est inégalable et inégalé.
Ci dessous vidéo de la série des Gobbi.


Si vous souhaitez voir la vidéo en plus grand et avec son, cliquez : link

Je dois d'avoir pu scanner les estampes des Gobbi à l'aimable autorisation de Denise Bloch qui préface ainsi son coffret édité par Association d'idées : "Pour apporter notre modeste pierre à ce bel édifice "Renaissance" mis en chantier par la ville de Nancy, nous avons tenu à rendre hommage à Jacques Callot, illustre représentant du maniérisme tardif. Nous vous proposons l'intégralité des reproductions des estampes "Les Gobbi" d'après la série complète conservée au Musée Lorrain de Nancy et numérotée de 1 à 21. Nos copies ont été améliorées au niveau de la netteté du trait de gravure et légèrement agrandies par rapport aux originaux. Ces petites figures imaginées par Callot pour signifier les misères et les ridicules humains, sont imprimées en quadrichromie pour traduire de manière fidèle l'aspect de l'eau forte, sur un papier format 21cmX29,7 cm pour convenir à une éventuelle mise sous verre. Elles sont réunies dans un coffret cartonné dont la page titre : "Jacques Callot, Les Gobbi" est rehaussée d'une belle typographie sérigraphiée en 3 couleurs. Ce portfolio a été labellisé "Renaissance" par la mission Renaissance Nancy 2013. http://www.editionszoom.com
   
     
     

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Graveurs

Jacques Callot est l'un des grands maîtres de la gravure à l'eau-forte. Il a traité les sujets historiques, les sujets religieux, et aussi les fêtes, les foires, les personnages pittoresques (les gueux, les balli, les Gobbi - en italien bossus). Parmi ses gravures, les plus connues sont sans doute les "Misères de la guerre", oeuvre étonnante par ses petites dimensions qui n'empêchent en rien la complexité de l'image représentée avec ses paysages, ses foules, ses batailles. Callot fouille chaque personnage, chaque détail si minuscule soit-il. C'est un prodigieux exercice de graveur.

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Jacques Callot est né à Nancy au cours de l'hiver 1591-1592, dans une Lorraine qui occupe une position médiane sur l'axe joignant l'Adriatique à la mer du Nord. Au XVIe et XVIIe siècle, cette voie est sillonnée par des courriers, des soldats, des marchands, des pélerins, beaucoup sont italiens. Callot est très vite attiré par les arts, il s'initie très jeune au dessin, peut être déjà à la gravure. Tous les étrangers qu'il voit passer ne peuvent que l'inciter à voyager.
A douze ans il s'enfuit pour Rome en compagnie de bohémiens. Reconnu en cours de route par des marchands, amis de sa famille, il est ramené à la maison maternelle. L'année suivante, seconde fugue jusqu'à Turin. C'est son frère Jean qui met fin à l'équipée.
1608, son père consent à le laisser partir à Rome suivre les cours du graveur champenois, Philippe Thomassin.
1611, Callot s'installe à Florence où l'attire la protection de Cosme II de Médicis. Il y réside dix ans. Après la mort de Cosme II, en 1621, il rentre à Nancy. Son père, âgé de soixante ans, y vit encore, il est toujours roi d'armes. Son frère ainé est devenu secrétaire du duc Henri II. Jacques Callot épouse, deux ans plus tard, Catherine Kuttinger, fille d'un échevin. La famille Kuttinger, comme celle de Callot, a été anoblie. A ce titre elle possède une fortune qui assure aux époux une belle aisance. Callot voyage : il se rend aux Pays Bas où il rencontre Van Dyck, puis à Paris où il fait plusieurs séjours entre 1628 et 1631.
1627 il est aux Pays Bas, à Breda, pour en graver le Siège (la préparation des Sièges lui aura donné l'occasion de méditer sur l'art militaire, sur la guerre et ses malheurs. On trouve déjà des scènes des "Misères de la guerre" dans le "Siège de Breda") 
1628, sur l'ordre de Louis XIII il part à la Rochelle réaliser les dessins qui aboutiront aux planches consacrées aux Sièges de la Rochelle et de l'Ile de Ré.
Pendant ce temps, en Lorraine, la peste décime la population. Une épidémie particulièrement cruelle s'abat sur Nancy en 1630. Sans doute victime de la contagion, le père de Callot meurt.
1633 Louis XIII, irrité par Charles IV qui a pris le parti des "Impériaux", investit Nancy avec ses armées. Louis XIII demande à Callot "de représenter cette nouvelle conqueste" mais Callot "pria S.M. avec beaucoup de respect, de vouloir l'en dispenser, parce qu'il estoit Lorrain et qu'il croyait ne devoir rien faire contre l'honneur de son Prince et contre son païs"

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Les gravures de Callot "Grandes et petites misères de la guerre", où il décrit pillages, viols, ravages d'églises et de couvents ne sont pas pris sur le vif. Callot n'a pas vu tous ces méfaits, les malheurs de la Lorraine sont postérieurs à ces planches, mais il les a composées au moment où son pays entrait dans la plus triste période de son histoire, et alors qu'il avait sous les yeux l'image de la détresse car la guerre de Trente Ans déchirait l'Europe depuis 1618.
En 1635, peu après l'édition des "Misères de la guerre", Callot meurt. Il avait gravé plus de douze cents cuivres.
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Jacques Callot est avant tout un dessinateur (il a exécuté plus de deux mille dessins au cours de sa vie). Il commence par manier le burin, instrument précis qui ne laisse rien au hasard, puis il approche l'eau forte et sera le créateur d'un procédé original aussi important pour la gravure que l'a été l'apport de Jan Van Eyck pour la peinture.

Son idée géniale est d'avoir substitué au vernis mou et fragile usité jusqu'alors, le vernis dur des luthiers florentins qui permet au graveur de poser sans inconvénient sa main sur le vernis pour travailler. Un autre avantage, le vernis n'est pas repoussé en bourrelets de part et d'autre de la taille par la pointe, le graveur peut alors rapprocher autant qu'il le désire les traits les uns des autres et d'en tracer de très fins.
Callot va également utiliser deux sortes d'échoppes :
- La pointe échoppe qui tenue comme une plume est utilisée pour le travail minutieux en trait court.
- L'échoppe couchée qui emmanchée comme un burin et tenue presque horizontalement et parallèlement à la plaque permet de longs sillons.
Callot peut désormais traduire les fantaisies du dessin et réaliser dans le détail ses multiples petits personnages.

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Portrait de Jacques Callot par Ignazio Enrico Hugford,
d'après une peinture d' Antoon van Dyck (détail)
Jacques_Callot.jpg


Le Siège de Breda  (composé de 6 planches juxtaposées pour une dimension totale de 120x140cm)
 LE_SIG-1.JPG
détail milieu planche du bas  

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Le Siège de la Rochelle
Egalement 6 planches de chacune 564x449 cm
callot_lesiege.jpg 
Détails planche bas milieu

12405777

Le Siège de la citadelle de Saint Martin de Ré  
(également 6 planches dont les dimensions sont sans doute comparables aux autres "Sièges")

callot-jacques-1592-1635-franc-siege-de-la-citadelle-de-st-.jpg
Détail, planche du bas milieu

le siège de l'ile de ré

LES GRANDES MISERES DE LA GUERRE
18 planches, dont le frontispice, de format 18,6 cmx6,4cm - édités en 1633 (au bas de chaque planche sont gravés six vers en vieux français disposés deux par deux. Leur auteur est l'abbé de Marolles. L'écriture étant petite, Ils sont extrêmement difficiles à lire  - vous trouverez un exemple sous la planche "l'hopital")
les-gdes-misères-de-la-guer

L'enrolement des troupes
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La bataille
- 03 - La bataille

La maraude
04 -La maraude

Le pillage
05 - Le pillage

Dévastation d'un Monastère
- 06 - Dévastation d un monastère

Pillage et incendie d'un village
- 07 - Pillage et incendie d'un village

Vol sur les grandes routes
08 - Vol sur les grandes routes

Découverte des malfaiteurs
- 09 - Découverte des malfaiteurs

L'estrapade
- 10 - L'estrapade

La pendaison
11 - La pendaison

L'arquebusade
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Le bûcher
13 - Le bûcher

La roue
- 14 - La roue

L'hopital
- 15 - L'hôpital
Voyez que c'est du monde et combien de hazars Persécutent sans fin les enfants du Dieu Mars
Les uns estropiez se trainent sur la terre Les autres plus heureux s'esleurent à la guerre
Les uns sur un gibet meurent d'un coup fatal Les autres s'en vont du camp à l'hospital

Les mendiants et les mourants

16 - Les mendiants et les mourants

La revanche des paysans
- 17 - La revanche des paysans

La distribution des récompenses
- 18 - Distribution des récompenses



LES PETITES MISERES DE LA GUERRE
comportent 7 planches, dont le frontispice, - 11,3cmx 5,5cm édités en 1635
les-petites-misères-de-la-g

Le campement
les-petites-misères-1 le campement

L'attaque sur la route
les-petites-misères-2---l'a

Devastation d'un monastère
les-petites-misères-3---dév

Pillage et incendie d'un village
les petites miseres - 4 pillage et incendie d'un village

La revanche des paysans
les-petites-misères-5---la-

L'hopital
les-petites-misères-6---l'h

ENORME COUP DE COEUR pour un détail du Siège de la Rochelle et quel bonheur ce serait de contempler de près  les originaux de  ces planches !!
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    VOIR AUSSI l'article sur les "GOBBI" de J. CALLOT cliquez : Les "Gobbi" de Jacques CALLOT

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Lucas Huyghensz Jacobsz dit Lucas de Leyde n'est pas connu suffisamment pour que l'on puisse trouver des ouvrages le concernant. La librairie du Petit Palais, qui expose pour la seconde fois quelques unes de ses oeuvres dans une petite salle du sous sol, ne vend ni livre, ni petit journal, ni cartes postales le concernant.
Pourtant les gravures de Lucas de Leydes sont remarquables de finesse, de composition et de valeur (il joue admirablement du noir et  blanc). J'ai été encore plus séduite que lors de la première exposition.
Lucas Huyghensz est né à Leyde aux environs de 1494. Il fut d'abord élève de son père Hugo Jacobsz, puis de Cornelis Engelbrechtsz (1468-1533) ultime représentant du maniérisme gothique.
La passion du Christ - Cornelis Engelbrechtsz

Engelbecht-passion-copie.jpg

 Il sera surtout influencé par Dürer qu'il rencontre à Anvers en 1521 (Dürer fera son portrait) et par Jan Gossaert qu'il rencontre lors d'un voyage en Zelande et en Flandre en 1527.
Portrait de Lucas par Dürer
Durer-Lucas-Van-Leyden.jpg

 Lucas de Leyde est surtout connu pour ses gravures. On ne compte qu'une vingtaine de peinture.

Au Louvre, La tireuse de carte - peinture sur bois vers 1510- 24x31cm

07-519139.jpgSon oeuvre gravé pour la plupart au burin compte quelques 200 pièces datées entre 1508 et 1530 (le Petit Palais à Paris possède l'oeuvre gravé complet de l'artiste). Il réalise sa première gravure à 14 ans (Mohammed et le moine assassiné).
A 18 ans il est considéré comme le plus habile graveur de son temps.
Il sera l'un des artistes les plus doués et les plus productifs de la première moitié du XVIè siècle européen.
Lucas de Leyde n'a pas 40 ans lorsqu'il meurt en 1533.

Portrait de l'empereur Maximilien 1er - eau forte réalisée en 1520 d'après le gravure sur bois de Dürer de 1519
f994935350525ead-grand-portrait-empereur-maximilien-ier-145.jpgGravure de Dürer
6c004bea0d7a247d-grand-portrait-maximilien-aurtiche-durer-a.jpgLe suicide de Lucrèce - burin sur cuivre
A5837Histoire d'Adam et Eve - série de burin sur cuivre 1529
2-lucas-de-leyde-adam-et-eve_1296380767_thumbnail.jpgEcce Homo - ce burin sur cuivre est remarquable et l'image ci-dessous permet seulement d'en fixer le souvenir. C'est une composition  fréquente chez Lucas de Leyde, le sujet principal est en arrière plan. Ici sur la place en surplomb se tient le Christ et Ponce Pilate. environ 30x20cm
ecce-homo-lucas-de-leyde1494-1533_15101.jpg
Ces quatre gravures de Lucas de Leyde étaient exposées au Petit Palais, malgré mes recherches je n'ai pu trouver davantage de reproductions.
Lors de la première partie exposée il y a quelques mois se trouvait un autre burin de la série Adam et Eve
Adam et Eve chassés du Paradis
rex-hardy-jr-early-16th-century-engraving-of-adam-and-eve-d.jpg

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C'est l'expositionPiranèse qui m'a attirée au chateau de Vincennes que je ne connaissais pas.

L'entrée du chateau par la tour du Bois :

1.jpg La Sainte Chapelle.
Charles V la fonde en 1379 sur le modèle de la Sainte Chapelle du palais de la Cité à Paris. Elle ne comporte qu'un seul niveau, des oratoires réservés à la reine à droite, et au roi à gauche. L'édifice commencé sous Charles V fut élevé sous le règne d'Henri II (1547-1559) . Le portail est actuellement dissimulé sous un porche horrible en bois peint en rouge (sans doute pour des travaux de restauration).

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 Le Donjon,
La grosse tour carrée, flanquée de quatre tourelles d'angle comporte six niveaux de salles dont les voûtes reposent sur une seule et fine colonne centrale. Chaque étage présente le même plan. Le donjon s'élève à 50 mètres, c'est le plus haut donjon du Moyen Age.
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 C'est dans une des salles du donjon que se trouve l'exposition Piranèse.

La terrasse du châtelet offre un panorama sur l'ensemble du site.
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 Au fond l'entrée par la tour du Village. 4.jpg

 

 L'EXPOSITION PIRANESE  

Giambattista Piranesi, est né à Mogliano di Mestre en 1720. Après des études d'architecture, Piranèse se rend à Rome en 1740. Fasciné par les monuments antiques il publie dès 1743 un recueil de gravures "la Prima Parte di architetture e prospetive". Il met en scène des ruines façon rococo et relève des motifs d'ornement qui inspireront par la suite les styles néo-classique et Empire.

Admirable dessinateur, ses dessins, généralement à la plume et au lavis, parfois à la sanguine sont des études d'ensemble ,ou de détails de personnages,  préparant ses gravures.

Piranèse est particulièrement connu pour ses "carceri", série de 13 gravures à l'eau forte sur les prisons imaginaires. Ces gravures de grand format , 545x410 mm, qui démontrent  l'imagination fertile de Piranèse et son sens dramatique, annoncent le romantisme. Piranèse est mort à Venise en 1778.C'est une partie de ces Carceri qui est exposé au donjon, la suite fera l'objet de l'exposition suivante.

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 Le film d'animation ci-dessous a été produit et réalisé par Grégoire DUPOND pour l'exposition qui a eu lieu à San Giorgio Maggiore à Venise en 2010/2011. C'est une  promenade  dans les "Carceri" de Piranèse. Ce film peut être vu cette année à Madrid et à Barcelone avant d'être projeté aux Etats-Unis. Prenez le temps de regarder c'est magique.

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Caspar et Gertrude SCHONGAUER (le père de Caspar est originaire de SCHONGAU dans l'actuelle Bavière) arrivent en Alsace en 1440. Caspar est orfèvre. Ils auront cinq fils, Caspar, Ludwig, Martin, Paul et Jorg. L'ordre de naissance n'est pas connu mais Caspar est sans doute l'ainé puisqu'il porte le nom de son père et de son grand'père.
Caspar, Ludwig et Jorg deviennent orfèvres. Martin et Paul seront peintres.
Un portrait posthume de Martin de Hans Burgkmair se serait inspiré d'un détail du retable de Saint Ulrich à Ausbourg (1460-1465) où l'un des témoins de la scène à les traits de Martin. Ce portrait conservé à la Pinacothèque de Munich porte une inscription au dos : "Maître Martin Schongauer, peintre, nommé le beau Martin par rapport à son art, né à Colmar, mais du chef de ses parents bourgeois d'Ausbourg, Noble d'origine. Mort à Colmar l'an 1499 le 2 février. Dieu lui fasse grâce. et moi Hans Burgkmair je fus son disciple en 1488".
Portrait par Hans Burgkmair (1510-1515)
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Le portrait de Burgkmair inspiré du retable d'Ausbourg (un jeune homme d'une vingtaine d'année) permet d'estimer la date de naissance de Martin vers 1440-1445 au moment ou la famille s'installe à Colmar.  
                                   
détail du retable de Saint Ulrich (1460-1465) Eglise Saint-Ulrich et Sainte Safra à Ausbourgmartin-1

1846 - Portrait de Martin Schongauer par joseph Moesl d'après Burgkmair
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Tout jeune Martin travaille dans l'atelier d'orfévrerie dirigé par son père, ce qui explique sa dextérité au burin.
Martin a du s'entraîner très tôt à reproduire des motifs répétitifs, rinceaux et fleurons qui ornent les pièces d'orfévrerie et les références à ces dernières sont nombreuses dans les gravures de Martin : couronne, crosse, croix, encensoir, coupe, sceptre etc.. ainsi que le porte-cierge de la "dormition de la vierge" morceau de bravoure dont la base ne mesure qu'un centimètre  carré.
Rinceau d'ornements à la touffe de gazon - 1480-1485 - burin -  rinceau-d'orneament

La dormition de la Vierge - burin - 140-1475 25,5x16,8 cm -  la-dormition-de-la-vierge
détail  du porte-cierge
détail
Ce talent de graveur lié à une formation d'orfèvre s'applique aussi au Maitre ES (actif au XVè siècle) ainsi qu'à Dûrer (1471-1528) fils d'orfèvre.
Martin SCHONGAUER est avant tout connu pour ses gravures (116 pièces). Ses peintures réalisées sur panneau de bois, comme il est d'usage à l'époque, ne sont que sept dont la plus célèbre "la vierge au buisson de roses", auxquelles il faut ajouter les fresques de l'église Saint-Etienne de Vieux-Brisach sa dernière création (1488-1491).
Il est le premier graveur dont l'identité  soit connue. Avant lui les graveurs sur cuivre ne signaient pas leurs oeuvres. Ce sont les historiens qui leur donnèrent un nom en fonction d'un élément récurent dans leurs oeuvres ou d'un titre d'une oeuvre principale (Le Maître aux banderoles, le Maître du livre), par suite par leur initiales (Maître ES).
Sur toutes les estampes de Martin SCHONGAUER figure un M+S, initiales de son prénom, séparées par une croix formant un arc en dessous (sans doute le croissant de lune des armoiries de la famille SCHONGAUER).
Son oeuvre comporte essentiellement des sujets religieux tirés du nouveau testament, 29 sujets profanes, des motifs ornementaux et quelques motifs d'animaux.
Martin SCHONGAUER moins bien organisés que le sera Dürer a pourtant inondé l'Europe, Espagne et Italie, France jusqu'à Prague et Cracovie, de ses estampes. Elles permettaient un accès à la création contemporaine et la diffusion rapide de modèles iconographiques. Avec la diffusion de ses gravures Martin SCHONGAUER a influencé profondément l'art du Rhin supérieur.
En 1492, Albrecht Dürer fit lors de son premier voyage de compagnonnage un passage à Colmar pour venir rendre hommage à celui qu'il considérait comme son Maître, mais Martin était mort le 2 février 1491 au Vieux-Brisach.
Saint Jean à Patmos - burin - 15,9x11,2cm - 1485-1491
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L'adoration des mages - burin - 1470-1475
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Le grand portement de croix (détail) burin - 28,6x42,7 cm - 1475-1480
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Le combat de Saint Jacques à Clavijo - burin - 1475-1480
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Vierge de l'annonciation - burin - 1485-1491
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Ange de l'annonciation - burin - 1485-1491
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      La Vierge au perroquet - burin - 16 x 11,4cm - 1470-1475
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A LIRE - SCHONGAUER A COLMAR - Edition Ludion - où l'on retrouve aussi ses peintures
    

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NAISSANCE DE LA TAILLE DOUCE.

L'exposition actuelle au Louvre sur "Les premiers ateliers italiens de la Renaissance de Finiguerra à Botticelli", m'a permis de voir (ce que je n'avais jamais vu) des œuvres de Finiguerra.

Pour un graveur (tout modeste que je suis) Tommaso d'Antonio, dit Maso Finiguerra, est évidemment connu pour avoir été l'auteur de la première impression de taille douce.

Cette exposition m'a donné envie d'approfondir l'origine de cette première impression qui vient de l'art de nieller. Je me suis donc penchée sur un ouvrage technique passionnant : "Essai sur les nielles - gravures des orfèvres florentins du XVe siècle par Aimé Duchesne - Paris 1826"

LES NIELLES ( nom masculin de niello en Italien)

Les objets décrits sous le nom de nielles et fabriqués par les orfèvres sont rares et d'un grand intérêt. L'usage des nielles connues depuis le VIIe siècle jusqu'au XIIe avait été négligé, repris au XVème puis abandonné à nouveau. On les retrouve au XVIIIe pour orner tabatières, montres, bracelets etc..

Auparavant essentiellement religieux les nielles ornaient les calices, les reliquaires, les couvertures des évangiles, mais aussi les poignées d'épées ou les manches de couteaux.

A  la renaissance en Italie, l'orfèvrerie est un art des plus importants. les orfèvres sont dessinateurs, sculpteurs, ciseleurs et graveurs. Ils savent modeler à la cire et n'ont pas recours à d'autres artistes pour créer leurs modèles. Ils se servent de la pointe et du burin. Pour faire ressortir les figures il font des hachures croisées dans les fonds et placent quelques tailles dans les parties ombrées.

Parmi les objets de culte où les orfèvres exerçaient leur talent, les "Paix", petites plaques de métal cintrées d'environ 9 à12 cm de hauteur, moindre en largeur qui représentaient des figures religieuses. Au cours des messes des grandes fêtes ou l'on chante l'Agnus Dei, elles étaient baisées par le célébrant et présentées ensuite à baiser à chacun des ecclésiastiques en leur disant "Pax tecum".

FABRICATION D'UN NIELLE

Il s'agit d'incruster dans les tailles faites au burin sur une plaque d'argent, une substance noire pour faire ressortir le motif.

Après avoir exécuter sa gravure au burin, l'orfèvre préparait le nielle.

Dans un creuset il mélangeait de l'argent, du cuivre et du plomb, du soufre et du borax ; ce mélange étant fondu et chauffé jusqu'à la vitrification, on le coulait et on le laissait refroidir. La composition noire  devenue cassante était ensuite pilée, broyées et tamisée en poudre très fine. L'orfèvre alors répandait avec précaution cette poudre sur les parties gravées de la planche (ou de l'objet). Ensuite il plaçait la planche près d'un feu clair et envoyait la flamme sur la plaque de métal au moyen d'un soufflet. Le nielle mis de nouveau en fusion se fixait sur le métal. La planche niellée et refroidie était polie avec une pierre ponce, puis avec des matières plus douces et ensuite à la main.

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                           Bague médiévale en or et nielle période saxonne 9ème siècle.

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                                                       poudrier en argent décor nielle - 19ème

L IMPRESSION DES ESTAMPES

l'art d'imprimer les estampes a vu le jour à Florence en 1452  dans l'atelier de Maso Finiguerra(Santa Lucia d'Ognissanti, 1426 - 1464), célèbre dans l' art de nieller.

Epreuve au soufre

A l'origine pour voir si son travail était terminé, s'il y avait de l'harmonie, si rien ne manquait au dessin ce qui est difficile de voir directement sur la plaque d'argent, Maso Finiguerra a d'abord eu l'idée de prendre une empreinte de la plaque avec une argile très fine.  Sur cette empreinte il coulait ensuite du souffre liquéfié pour obtenir des tailles en creux comme sur la planche elle même et remplissait les tailles avec du nielle. Ainsi l'orfèvre pouvait-il disposer d'un double, en soufre, de la plaque originale. On désigne par "nielle en soufre" ce type d'épreuve qui a reçu le niellage.  Ces épreuves avaient l'avantage de pouvoir être conservées (comme celle de "Jésus au mont des oliviers" -6,1 x 4,5 cm- que j'ai pu voir au Louvre).

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                             Jesus au mont des Oliviers, épreuve de nielle en souffre 6,1x4,1cm

 

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                                                                                        détail

Epreuve sur papier

Pour passer de cette épreuve au souffre à l'impression directe de la plaque sur le papier, il court un certain nombre d'hypothèse, voir de légende.

La première : Une servante ayant posé sur l'établi de Finiguerra un paquet de linge mouillé sans faire attention qu'il s'y trouvait une plaque niellée prête à être chauffée, ce paquet étant resté quelque temps sur la planche, Finiguerra fut étonné en l'enlevant de voir tout le travail de gravure emprunt avec fidélité sur le linge humide, émerveillé il répéta sans doute cet essai avec le premier linge qu'il trouva en appuyant avec la paume de sa main, puis fit l'essai sur une feuille de papier humide. Il utilisa ensuite pour mieux imprimer les tailles fines un rouleau de bois.

La seconde : En voulant contrôler son Triomphe et le Couronnement de la Vierge, enlevée au ciel et entourée d'anges, avant de recouvrir les traits de nielle, il voulut essayer ce que produiraient sur une feuille de papier humide, les figures gravées couvertes de la fumée grasse d'une chandelle. Le papier rendit fidèlement le sujet tracé sur le métal.

Cette découverte du report de la plaque sur le papier est donc l'origine de "la taille douce" .

La technique du nielle a considérablement évolué au cours des dernières décennies du quattrocento, menant progressivement à un emploi de la matrice de métal originale qui devait recevoir un nielle plus dilué (d'où la mention "d'huile et de noir de fumée" que rapporte Vasari) permettant, à la façon de l'encre, le lavage de la plaque de métal après son impression sans en altérer la taille.

Le nielle imprimé sur papier a servi dans un premier temps à conserver dans l'atelier du maître le dessin de la pièce niellée. Les collections de nielles sur papier jouant le rôle de livres de modèles.

L'art d'imprimer les planches a pu rester dans cet état précaire durant quelques années puis s'étendit au delà de Florence, gagna la Lombardie et les états Vénitiens puis l'Allemagne. De l'emploi du nielle à celui de l'encre il s'écoula quelques décénnies.

L'art d'imprimer des estampes fit des progrès en Allemagne, avec Martin Schongauer et Israël Van Mechelen avec des pièces 4 à 5 fois plus grandes que les "Paix", sans doute du à l'usage de la presse et de l'encre d'impression déjà utilisée pour les livres.

 

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                                      Maso Finiguerra - nielle sur papier - le Maitre d'école - 5,8 x 5,3cm

 

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                          La Circoncision - nielle sur papier - épreuve unique - Maso FIniguerra - 5,5 x 4 cm

 

 

 

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