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Voir-ou-revoir

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Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Expositions à Paris

NAISSANCE DE L'INTIME

Les bains publics, fréquents au Moyen Age, disparaissent durant la Renaissance. Prendre un bain, s’immerger dans une cuve devient une pratique rare. Il existe seulement, dans quelques grands châteaux, des "appartements de bains", et dans les villes des «bordels-étuves» où l’on se restaure tout en trempant dans l’eau, et où les lits ne sont pas très loin.

Il faut dire que l’eau est rare dans les villes. En outre, pour le commun des mortels, l’idée de s’y tremper fait peur : les veines s’ouvriront, l’eau pénètrera dans les principaux membres et avec elle le « venin » de la peste.

L'eau étant absente, on pratique une toilette sèche dans la chambre ou le boudoir. On s'essuie avec des étoffes douces et blanches, on s'enduit de parfums, d'onguents, on porte sur soi des "pommes de senteur". Seuls les doigts sont trempés dans ce que l’on ne peut même pas appeler une cuvette, plutôt un plat. Ce qui compte c’est de changer de linge. «Une bonne chemise de toile changée tous les jours vaut, à mon avis, le bain quotidien des Romains» (Martin Lister).

Le mot « toilette » qui désignait tout d’abord l’étoffe (la toile) qui recouvrait la table où l’on posait les ustensiles de soin, va s’appliquer désormais au rite de changer de linge. Cette toilette n’est pas intime, elle se fait en présence de domestiques, de visiteurs. «On dit qu’on rend visite à quelqu’un à sa toilette, quand on le vient entretenir pendant qu’il s’habille ou se déshabille» (Dictionnaire universel).

Au début du XVIIIe siècle, la « toilette » est la même que celle inventée au siècle précédent, mais le langage se précise. On invente le « lever » : un serviteur apporte une boisson, aide à enfiler les bas. Lors de la « petite toilette », on se fait coiffer, habiller ; lors de la « grande toilette » le poudrage et le maquillage vont dissimuler les défauts de la peau, marquée en ces temps là par la petite vérole. Le parfum reste indispensable, les odeurs corporelles et celles de la ville sont extrêmement fortes.

Dans le courant du XVIIIe siècle les frayeurs du passé disparaissent, l'eau revient progressivement. La fin de la toilette sèche est une révolution, même si les ablutions restent partielles : bains de pieds et recours au bidet pour les parties intimes. La promiscuité n'est plus tolérée mais il n'y a pas encore d'espace réservé. Les ablutions attirent les indiscrets derrière les portes entrebâillées. C'est seulement dans les bains collectifs, qui reviennent à la mode, que l'on trouve des espaces clos. Jean-Jacques Poitevin installe à Paris en 1761, sur la Seine, une péniche-bain comportant des cabinets individuels.

A la fin du XIXe siècle le lieu de la toilette devient réservé, l’espace se ferme. L’eau devient plus accessible, la pratique d'ablutions peut être quotidienne au moyen de bassines ou baquets, d'éponges et de savons. Avec le XXe siècle douches et baignoires se démocratisent, mais l'eau courante n'est pas encore distribuée partout et encore moins dans les étages des logements. La baignoire pour ceux qui en possèdent , installée dans un lieu clos, offre un lieu de plaisir aussi psychologique que physique.

De nos jours la salle de bain est présente dans nos maisons, dans nos appartements, l’eau coule à flot. La toilette est pour nous un rite quotidien, on se prélasse sous la cascade tiède de la douche ou l’on s’immerge longuement dans un grand bain chaud. Propreté et plaisir sont liés. Que l’espace soit simple et petit, ou grand et somptueux, c’est un lieu intime, privé, où l’on se revivifie. En s’abandonnant à ce luxe on oublie que l’eau manque encore dans de nombreux pays.

C’est ce rite de la toilette, illustré depuis le Moyen Age par les graveurs et les peintres, que nous fait vivre le Musée Marmottan avec une exposition extrêmement riche.

On y découvre, au fil du temps, des représentations liées à des pratiques symboliques de la fécondité, puis des femmes se parant devant leur miroir et aussi des thèmes libertins.

A partir de la fin du XIXe siècle, le thème de la "femme à la toilette" renouvelle le genre du nu : celui-ci n'est plus traité de façon académique, il s'adapte à un lieu, celui du cabinet de toilette. Avec Degas et Bonnard la femme prend toutes les poses possibles. Les objets : brocs, bassines, éponges, ont aussi leur place dans le tableau.

Au XXe siècle, avec Cézanne, Picasso, Kupka, le nu féminin n'est plus imitatif, il devient un problème formel. Désormais la toilette est surtout liée à la mode et à la publicité pour les cosmétiques et le corps féminin reste un sujet essentiel pour les photographes.

Les photos qui suivent sont issues d'Internet -
Tissée vers 1500 au Pays bas. 287x265cm - Une des 6 tapisseries dédiées à la vie seigneuriale. Jeune femme au bain.

Tissée vers 1500 au Pays bas. 287x265cm - Une des 6 tapisseries dédiées à la vie seigneuriale. Jeune femme au bain.

Anonyme école de fontainebleau  -111x98cm -  Dame à sa toilette XVIe siècle huile sur bois - Kunstmuseum Bâle.  Cette image inaugure un type de représentation promis à une grande fortume au siècle suivant

Anonyme école de fontainebleau -111x98cm - Dame à sa toilette XVIe siècle huile sur bois - Kunstmuseum Bâle. Cette image inaugure un type de représentation promis à une grande fortume au siècle suivant

Nicolas Régnier - Jeune femme à sa toilette 1626 - 130x105cp - huile sur toile - Lyon Musée des Beaux arts - La femme au miroir est toujours fastueusement vétue, le peintre prouve sa virtuosité

Nicolas Régnier - Jeune femme à sa toilette 1626 - 130x105cp - huile sur toile - Lyon Musée des Beaux arts - La femme au miroir est toujours fastueusement vétue, le peintre prouve sa virtuosité

Abraham Bosse (d'après) La vue - femme à sa toilette - après 1635 - 104x137cm huile sur toile - Musée des Beaux arts de Tours.

Abraham Bosse (d'après) La vue - femme à sa toilette - après 1635 - 104x137cm huile sur toile - Musée des Beaux arts de Tours.

Georges de la Tour - La femme à la puce - 1638 - 121x89cm - huile sur toile - Nancy - Musée lorrain. Une femme mélancolique, sans doute de milieu modeste,  écrase une puce entre ses ongles

Georges de la Tour - La femme à la puce - 1638 - 121x89cm - huile sur toile - Nancy - Musée lorrain. Une femme mélancolique, sans doute de milieu modeste, écrase une puce entre ses ongles

François Boucher - 1738 - 86,3x76,2cm -  La Mouche ou Une dame à sa toilette huile sur toile - collec.particulière.

François Boucher - 1738 - 86,3x76,2cm - La Mouche ou Une dame à sa toilette huile sur toile - collec.particulière.

Fançois Eisen - Jeune femme à sa toilette 1742 - huile sur bois - 36,5x27,3cm Abbeville - Musée Boucher-de-Perthes - La jeune femme s'apprête à utiliser le bidet situé derrière elle. La servante verse l'eau et chasse la fillette.

Fançois Eisen - Jeune femme à sa toilette 1742 - huile sur bois - 36,5x27,3cm Abbeville - Musée Boucher-de-Perthes - La jeune femme s'apprête à utiliser le bidet situé derrière elle. La servante verse l'eau et chasse la fillette.

François Boucher - vers 1742 ou1760 ? - Le bain de pieds - 53,1x41,6cm - huile sur toile -

François Boucher - vers 1742 ou1760 ? - Le bain de pieds - 53,1x41,6cm - huile sur toile -

Cliquez pour agrandir les photos. François Boucher - L'enfant gâté et la Jupe relevée - 1742 ou1760 ? - 52,5x42cm - huile sur toile - collec.parti. Cliquez pour agrandir les photos. François Boucher - L'enfant gâté et la Jupe relevée - 1742 ou1760 ? - 52,5x42cm - huile sur toile - collec.parti.

Cliquez pour agrandir les photos. François Boucher - L'enfant gâté et la Jupe relevée - 1742 ou1760 ? - 52,5x42cm - huile sur toile - collec.parti.

Edgar Degas - Femme dans son bain -1883 - Pastel - 19,7x41cm - Musée d'Orsay - Paris

Edgar Degas - Femme dans son bain -1883 - Pastel - 19,7x41cm - Musée d'Orsay - Paris

Wtadyslaw Slewinski - Femme peignant ses cheveaux 1897 - huile sur toile - 64x91cm - Cracovie - Musée national

Wtadyslaw Slewinski - Femme peignant ses cheveaux 1897 - huile sur toile - 64x91cm - Cracovie - Musée national

Eugène Lomont - Jeune femme à sa toilette - 1898 - huile sur toile - 54x65cm - Beauvais -musée de l'Oise

Eugène Lomont - Jeune femme à sa toilette - 1898 - huile sur toile - 54x65cm - Beauvais -musée de l'Oise

Toulouse-Lautrec - La Toilette - Mme Favre se faisant les mains - 1891 - peinture à l'essence sur carton - 76x72cm - Suisse, collection Nahmad

Toulouse-Lautrec - La Toilette - Mme Favre se faisant les mains - 1891 - peinture à l'essence sur carton - 76x72cm - Suisse, collection Nahmad

Pierre Bonnard - Nu au tub - 1903 - huile sur toile 44x50cm - Toulouse, Fondation Bemberg

Pierre Bonnard - Nu au tub - 1903 - huile sur toile 44x50cm - Toulouse, Fondation Bemberg

Frantisek Kupka - 1908 - Le rouge à lèvres - huile sur toile 63,5x63,5cm - Centre Pompidou - Paris

Frantisek Kupka - 1908 - Le rouge à lèvres - huile sur toile 63,5x63,5cm - Centre Pompidou - Paris

Fernand Léger - Les femmes à la toilette - 1920 - huile sur toile 92;3x73,3cm Suisse, collection Nahmad

Fernand Léger - Les femmes à la toilette - 1920 - huile sur toile 92;3x73,3cm Suisse, collection Nahmad

Picasso - Femme à la montre - 1936 - huile sur toile - 65X54,2cm - Paris - Musée Picasso

Picasso - Femme à la montre - 1936 - huile sur toile - 65X54,2cm - Paris - Musée Picasso

Erwin Blumenfeld - Etude pour une photographie publicitaire - 1948 - 51x 41,5cm - Centre Pompidou - Paris

Erwin Blumenfeld - Etude pour une photographie publicitaire - 1948 - 51x 41,5cm - Centre Pompidou - Paris

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Eglises Cathédrales Basiliques
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Je viens de passer quelques jours en Bretagne, je vous en rapporte une histoire de rêve, de passion, de volonté et de savoir.

A Saint Méloir des bois, joli petit village des Cotes d'Armor (en Bretagne), s'installe, il y a quelques années, un jeune anglais, John Davey, ébéniste, restaurateur et facteur d'orgue. Très rapidement il s'implique dans la vie du village, devient membre du conseil municipal. Par ailleurs, John Davey joue, chaque dimanche, de l’orgue à l'Eglise anglicane Saint Bartholomew de Dinard.

photo MP

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cliquez sur les images  pour les agrandir - photo MP
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Saint Méloir des Bois possède une église du XIXe siècle qui a été construite sur les ruines d'une chapelle du XIIIe. Si elle n'a pas un grand intérêt historique, elle possède un certain charme avec ses portes et fenêtres rutilantes, ses horloges dorées. Comme dans nombre de nos églises de village on n’y célèbre plus d'offices, sauf une fois l'an à l'Ascension pour la fête du Pardon de Saint Méloir. Pendant l’été, trois ou quatre concerts y sont organisés.

L’orgue de Saint Méloir des Bois – Côtes d’Armor -

A l'intérieur de l'église de chaque côté du chœur on peut découvrir deux statues polychromes datant du XVIIe. Marie-Thérèse, qui garde les lieux, est fière de montrer un ostensoir en cuivre doré offert par Napoléon III. A l'extérieur, dans une niche, se dissimule une Vierge à l'oiseau du XIVe siècle provenant de l'ancienne chapelle.

St Méloir,  St Pierre, la Vierge à l'oiseau - cliquez sur les images pour les agrandir - photos MP St Méloir,  St Pierre, la Vierge à l'oiseau - cliquez sur les images pour les agrandir - photos MP St Méloir,  St Pierre, la Vierge à l'oiseau - cliquez sur les images pour les agrandir - photos MP

St Méloir, St Pierre, la Vierge à l'oiseau - cliquez sur les images pour les agrandir - photos MP

Mais revenons à John Davey. Il a une trentaine d’années. Il est né et a passé son enfance à Leicester en Angleterre (région Midlands de l'est) où ses parents demeurent encore. Il a été enfant de chœur dans la chapelle anglicane Saint Luc qui se trouve dans l’enceinte de l’hôpital de Leicester.

Lorsque John Davey apprend que la chapelle Saint Luc va être démolie pour permettre l'extension de l'hôpital, il se forme dans sa tête un rêve fou : ramener à Saint Méloir l'orgue de chœur qui s'y trouve. Son projet est approuvé par le Maire de St Méloir, Michel Desbois, et par le diocèse (ils n’ont pas à participer financièrement).

Ses démarches en Angleterre sont facilitées par les bonnes relations qu'il a entretenues avec la chapelle Saint Luc. Il obtient quelques aides pour le transport, mais le plus important, le démontage et le remontage restent bénévoles.

Aidé par son père, John Davey démonte, en quatre jours, l'orgue de la chapelle St Luc. L’orgue, construit en 1890 par Joshua Porritt, mesure 4,75 mètres de haut, 3 mètres de large et 2 mètres de profondeur. Il est composé de 11 jeux et 578 tuyaux (du plus minuscule au plus grand), il comporte deux claviers manuels de 56 notes et un pédalier de 30 notes. Les éléments les plus fragiles sont mis en caisses.

Pendant ce temps à Saint Méloir on prépare dans le transept nord de l’église, l’espace où l’orgue sera installé. Lors du déplacement du confessionnal on découvre, le nez dans la terre, une statue de Saint Fiacre (XIVe), patron des jardiniers, qui servait de cale.

Saint Fiacre - cliquez sur les images pour les agrandir - potos MPSaint Fiacre - cliquez sur les images pour les agrandir - potos MP

Saint Fiacre - cliquez sur les images pour les agrandir - potos MP

Le précieux chargement embarque à Portsmouth pour Saint Malo et se retrouve éparpillé sur le sol de l’église de Saint Méloir. Puzzle, jeux de construction ? Il faut désormais toute l’intelligence, la rigueur, la logique et le savoir de John Davey pour reconstruire l’orgue.

Mais le remontage ne pouvait se faire sans l'aide précieuse d'Alan Jones, enthousiasmé par le projet, possédant lui aussi ingéniosité et dextérité manuelle. Les deux compagnons vont passer plus d’un mois à redonner vie à l’instrument à vent en remettant à leur juste place les milliers de pièces.

S’il est toujours facile de démonter quoi que ce soit, remonter est un autre problème. Lequel de nous, pour monter un meuble simple, même avec un plan, ne s’est pas retrouvé avec des vis en trop, un élément dont on ne sait que faire, ou un fauteuil avec une manette derrière plutôt que sur le côté ! Mais pour les deux amis, pas de problème, sans plan, tout a été remis à la bonne place, console, registre, sommier, tuyaux, soufflerie, transmission...et l’orgue fonctionne parfaitement.

Tous les réglages ne sont pas encore terminés, mais j’ai eu la joie de faire partie des quelques privilégiés qui ont pu entendre dimanche, pour la première fois, résonner dans l’église quelques morceaux interprétés par John Davey dont la gentillesse et la simplicité égalent sa maîtrise et son savoir.

Toute mon affection à Alan Jones qui m'a fait découvrir l'orgue de Saint Méloir.

La chapelle Saint Luc - John et le Vicaire devant l'orgue - l'Organiste - Photos John Davey - cliquez sur les images pour les agrandirLa chapelle Saint Luc - John et le Vicaire devant l'orgue - l'Organiste - Photos John Davey - cliquez sur les images pour les agrandirLa chapelle Saint Luc - John et le Vicaire devant l'orgue - l'Organiste - Photos John Davey - cliquez sur les images pour les agrandir

La chapelle Saint Luc - John et le Vicaire devant l'orgue - l'Organiste - Photos John Davey - cliquez sur les images pour les agrandir

LE DEMONTAGE - diaporama

  photos John Davey
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LE REMONTAGE - diaporama

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photos Alan Jones

Et l'orgue reprend doucement vie ! (vidéo Alan Jones )

FR3 Bretagne a réalisé un reportage au cours du remontage à Saint Méloir

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Le film diffusé par FR3 aux informations régionales.

Si vous souhaitez avoir des renseignements ou si vous voulez venir voir l'orgue vous pouvez contacter John Davey par mail : johannesdavey@tiscali.co.uk

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Eglises Cathédrales Basiliques

Lorsque la Beauce est sur le parcours d'un voyage, comment résister à la tentation de faire une escale à Chartres. Se retrouver, même un bref instant, dans la cathédrale, est un moment privilégié de sérénité et de recueillement.

Notre Dame de Chartres, cathédrale gothique construite au début du XIIIe siècle (pour la majeure partie en trente ans), sur les ruines d'une cathédrale romane détruite lors d'un incendie en 1194, est la mieux conservée de son époque pour ses sculptures, son dallage exceptionnel, notamment le labyrinthe, et ses vitraux exaltant le "bleu de Chartres".

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La cathédrale possède 176 verrières datant des XIIe et XIIIe. Le bleu clair, dit "bleu de Chartres" est obtenu au moyen du bleu de cobalt et laisse passer la lumière de façon étonnante. Le vitrail de "Notre Dame de la Belle Verrière", qui a miraculeusement échappé à l'incendie (première moitié du 12e siècle), est le plus célèbre de la cathédrale.

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Notre Dame de la Belle Verrière (photos web)Notre Dame de la Belle Verrière (photos web)

Notre Dame de la Belle Verrière (photos web)

Voir un site excellent pour scruter en détail les vitraux de Chartres qu'il est difficile de voir à l'œil nu :

http://www.cathedrale-chartres.org/vitraux-cathedrale-chartres.php?id=2

La cathédrale de Chartres est la seule à avoir conservé son labyrinthe. Auxerre, Sens, Reims et Arras en comportaient de comparables qui ont été détruits respectivement en 1690, 1768, 1778, 1795. En 1826 le labyrinthe d'Amiens subissait le même sort mais était rétabli en 1894. Une probable raison de la destruction : les gens qui déambulaient dans les labyrinthes perturbaient les offices. Le labyrinthe de Chartres est le plus grand, son diamètre atteint presque treize mètres.

C' est un long chemin sur une surface réduite, dans lequel, contrairement au labyrinthe de Dédale, on ne peut pas se perdre. Il n'y a aucun piège, il faut seulement de la persévérance pour atteindre le centre, qui pour le monde gréco-romain représentait la mort, l'entrée étant la naissance et le parcours la vie. Pour le christianisme c'est l'Eglise qui détient le fil d'Ariane qui permet d'accéder au ciel et à la vie éternelle.

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L'autre intérêt de cette escale à Chartres était la manifestation "Portes ouvertes" des ateliers des maîtres verriers de Chartres et d'Eure-et-Loir. J'ai visité les ateliers Lorin-Hermet-Juteau, qui se trouve au pied de la cathédrale, sur les bords de l’Eure, dans l'ancien quartier médiéval. Après une agréable promenade au bord de la rivière, le portail franchi, on découvre un jardin charmant et une bâtisse de caractère.

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Cet atelier, le plus ancien de la région, a été fondé en 1869 par Nicolas Lorin sur l'emplacement d'une ancienne tannerie. Trois générations se sont donc succédé, Charles puis François jusqu'en 1972. A l'époque de l'Exposition Universelle de 1878, la Maison Lorin employait 53 personnes, exécutant de nombreux vitraux en France comme à l'étranger.

Les locaux qui possèdent encore des équipements de la fin du 19e siècle ont été inscrits au patrimoine des "Monuments historiques" en 1999.

En 1972, Gérard Hermet, Jacques et Mireille Juteau tous trois maîtres verriers et diplômés de l'école nationale supérieure des métiers d'Art , achetèrent l'entreprise. Depuis le décès de Jacques Juteau, en 1988, Gérard Hermet et Mireille Juteau continuent de faire vivre l'atelier avec leur équipe de compagnons.

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A. Mannessier - Eglise St Sepultre Abeville
A. Mannessier - Eglise St Sepultre Abeville

Les ateliers restaurent aussi bien des vitraux médiévaux que des vitraux du XIXe siècle. Leur a été confiée notamment la restauration des vitraux prestigieux de Chartres, de Tours, de Bourges et de Rouen. Gérard Hermet et Mireille Juteau ont également leurs propres créations et ont travaillé avec des artistes tels Alfred Manessier, Philippe Lejeune ou Jean Pierre Raynaud.

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Créations Mireille Juteau - Eglise de Jambville  et Eglise de Saintes (photos web)Créations Mireille Juteau - Eglise de Jambville  et Eglise de Saintes (photos web)

Créations Mireille Juteau - Eglise de Jambville et Eglise de Saintes (photos web)

Cathédrale de Chartres - restauration - avant/après (photo web)

Cathédrale de Chartres - restauration - avant/après (photo web)

Actuellement les ateliers travaillent sur les vitraux de la cathédrale Saint Maclou de Pontoise, ces trésors de la Renaissance étaient altérés par la pollution et la condensation de l'eau. Les vitraux ont été déposés panneau par panneau, les baies ont été numérotées et conditionnées pour être transportées à Chartres. Certains panneaux ont déjà été réinstallés dans la cathédrale (voir vidéo ci-dessous), d'autres sont encore dans les ateliers. On peut donc voir de très près les couleurs éclatantes, les détails des visages, la peinture en grisaille, remarquer aussi les restaurations précédentes, pas toujours heureuses, que les maitres verriers s'appliquent à refaire.

La cathédrale de Chartres - L'art du vitrail - mars 2015

J'ai été séduite par le très beau dessin de Charles Crauk (1819-1905), peintre néoclassique. Ce précieux carton, conservé par l'atelier et exposé au mur, est celui d'un vitrail de l'église Saint Hilaire de Ladon (près de Montargis dans le Loiret) : "Le soir du combat, les habitants de Ladon secourent les soldats blessés".

Dans l'église de Ladon, un deuxième vitrail évoque également ce combat qui eût lieu le 24 novembre 1870, lors de la guerre franco-allemande. Son sujet : "1430 soldats français défendant Ladon contre 8000 allemands". Tous deux sont signées et datées "C.Lorin, Chartres 1894". Charles Lorin expose le second vitrail lors de l'exposition des « Arts appliqués à l'industrie » à la salle des fêtes d'Orléans en mai 1894.(voir "Journal du Loiret" du 24 mai 1894 ci-contre)

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Vitraux de l'eglise de Ladon (photo web)Vitraux de l'eglise de Ladon (photo web)Vitraux de l'eglise de Ladon (photo web)

Vitraux de l'eglise de Ladon (photo web)

C'était une passionnante visite. J'ai beaucoup apprécié pouvoir communiquer avec les maîtres verriers et j'ai été sensible, comme les très nombreux visiteurs, à la chaleur de leur accueil.

Avant de quitter Chartres, je suis allée revoir le Centre International du Vitrail qui occupe l'ancienne grange aux dimes ( 2e et 13e siècles) édifiée par les chanoines de la cathédrale. On peut y admirer une collection permanente de vitraux de la Renaissance en provenance d'édifices de Chartres disparus au cours de l'histoire, et actuellement une exposition temporaire de vitraux contemporains.

Centre International du Vitrail  - Vitrail de Saint Paul - XIIIe
Centre International du Vitrail  - Vitrail de Saint Paul - XIIIeCentre International du Vitrail  - Vitrail de Saint Paul - XIIIe

Centre International du Vitrail - Vitrail de Saint Paul - XIIIe

UN APERCU DE LA TECHNIQUE DE BASE DU VITRAIL

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La cathédrale de Chartres - L'art du vitrail - mars 2015

La technique du vitrail est très ancienne et maitrisée depuis le XIIe siècle. A cette époque on commence à utiliser les tiges de plomb pour enchâsser les morceaux de verre à la place du châssis en bois. Quelques améliorations au XVIe : le diamant remplace la tige chauffée au rouge. De nos jours la cuisson est simplifiée par l'emploi de fours électriques.

La maquette : elle est à l'échelle 1/10e, indiquant le tracé général des plombs, la place de l'armature métallique qui maintient les différents panneaux, les taches de couleur, le détail des personnages, décoration, etc.

Le carton : c'est l'agrandissement de la maquette sans indication de couleur et précisant le réseau de plomb.

Le calque : permet de relever par transparence le dessin des lignes du carton, il déterminera la découpe des morceaux de verre. Les différents éléments sont numérotés

Le calibre : le calque est reporté sur un papier fort (ainsi que les numéros) qui est ensuite découpé soit à la lame si le dessin est géométrique, soit au ciseaux à trois lames permettant d’enlever une bande de papier dont la largeur est égale à l'épaisseur de l'âme du plomb.

La cathédrale de Chartres - L'art du vitrail - mars 2015

La coupe du verre : il est coupé en fonction du calibre au moyen d'un diamant. On utilise un petit marteau (marteline) pour détacher le morceau en frappant sur la face opposé à la coupe à l'endroit du trait du diamant. Les imperfections sont corrigés avec une pince plate ou grugeoire, les arêtes vives sont polies afin d'éviter les coupures.

La cathédrale de Chartres - L'art du vitrail - mars 2015

Les verres sont teintés ou blancs. La palette de couleur est étendue, les teintes se font le plus souvent dans la masse à l'aide d'oxydes métalliques, mais il existe d'autres techniques.

Chaque morceau est placé sur le calque pour suivre la progression du travail.

La peinture : Elle est appelée "grisaille". C'est un oxyde de cuivre finement broyé, selon les techniques délayé à l'eau, au vinaigre ou à la térébenthine. On y ajoute une petite quantité de gomme arabique ou d'essence grasse pour l'adhésion au verre. Il existe plusieurs couleurs de grisaille. Pour donner la teinte de la chair on applique sur le verso du verre un jaune d'argent ou un jaune orangé

Les plaques peintes doivent être cuites dans un four à une température de 630°. On compte 4 à 5 heures pour obtenir le degré voulu. Il faut ensuite attendre 24 h. avant de défourner pour éviter un refroidissement brutal qui casserait les plaques.

La cathédrale de Chartres - L'art du vitrail - mars 2015

Le sertissage : chaque pièce est encastrée dans les baguettes de plomb, lorsque tous les plombs sont assemblés ils sont solidarisés en faisant fondre un peu d'étain à chaque intersection.

Pour des raisons de solidité la surface d'un panneau de vitrail n'excède jamais 1m2. Au-delà de cette surface le vitrail est divisé au moyen de tiges métalliques (barbotières, pannetons et feuillards).

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C'est toujours un immense plaisir d'entrer dans le Petit Palais, j'aime son hall somptueux et sa cour intérieur, qui ce jour là était inondée de soleil.

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Les bas-fonds du Baroque - Petit Palais - Paris - mars 2015Les bas-fonds du Baroque - Petit Palais - Paris - mars 2015
Les bas-fonds du Baroque - Petit Palais - Paris - mars 2015Les bas-fonds du Baroque - Petit Palais - Paris - mars 2015
Les bas-fonds du Baroque - Petit Palais - Paris - mars 2015

L'exposition "Les bas-fonds du Baroque" s'ouvre sur un espace où, sur les murs, sont reproduites en grand format, des vues de Rome gravées par Giovanni Batista Falda. On peut y admirer également des copies d'antiques redécouvertes dans la cité papale. C'est un décor très impressionnant.

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La visite se poursuit de façon thématique : le souffle de Bacchus, la bohème des peintres, les charmes et sortilèges, les vices, les plaisirs et les passions, les désordres et la violence, Rome souillée ...

Le Caravage, souvent nommé, n'a par contre pas une seule toile sur les cimaises. Il est pourtant l'inspirateur de nombreux peintres présentés, et sa vie elle-même (ses démêlés avec la justice, ses duels) est très représentative de la vie romaine du XVIIe siècle.

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 Le jeune Bacchus malade - Le Caravage -  1593 galerie Borghèse

Le jeune Bacchus malade - Le Caravage - 1593 galerie Borghèse

Garçon avec panier de fruits - Le Caravage - 1593 galerie Borghèse

Garçon avec panier de fruits - Le Caravage - 1593 galerie Borghèse

L'exposition réunit des peintres caravagesques, des Bamboccianti et des paysagistes italianisants, venant de France (Valentin de Boulogne, Simon Vouet, Nicolas Tournier, Claude Lorrain), d'Europe du Nord (Pieter van Laer, Gerrit van Honthorst, Jan Miel) ou du Sud (Bartolomeo Manfredi, Lanfranco, Salvator Rosa ou Jusepe de Ribera).

Les caravagesques, qualifiés alors de naturalisti se réclament d'un art d'après nature. Les personnages des premiers plans, qu'ils soient cardinaux ou gueux sont peints "grandeur nature". Le clair-obscur est très utilisé.

Les Bamboccianti sont les suiveurs de Pieter Boddingh van Laer, surnommé "il Bamboccio" (le pantin) en raison de ses difformités physiques. Leurs œuvres, les bambochades, de petit format, figurent des personnages du petit peuple dans un paysage romain.

Les paysagistes italianisants, montrent la Rome pontificale de pauvres mis en scène dans les ruines romaines, symboles de la grandeur de la Ville éternelle.

Les artistes se retrouvent au sein de la confrérie des "Bentvueghels" (les oiseaux de la bande). A leur entrée dans l'association, les membres sont baptisés au vin. Ils sont tous peintres, de nationalité étrangère, jeunes, célibataires, fauchés, amoureux, toujours un verre à la main. Tous peignent "d'après nature" la vie nocturne des tavernes où se retrouvent la misère, la violence, la grossièreté. On y joue, on y boit. Bacchus est à l'honneur.

Manfredi (1582-1622) - Bacchus et un buveur vers 1621 - huile sur toile 132x96cm - Rome Palazzo Barberini

Manfredi (1582-1622) - Bacchus et un buveur vers 1621 - huile sur toile 132x96cm - Rome Palazzo Barberini

Anonyme caravagesque nordique (Simon Vouet ?) Homme faisant le geste de la fica - vers 1615-1625 - Huile sur toile 51x39cm. Lucques Palazzo Mansi
Anonyme caravagesque nordique (Simon Vouet ?) Homme faisant le geste de la fica - vers 1615-1625 - Huile sur toile 51x39cm. Lucques Palazzo Mansi

Le personnage fait le geste de la fica avec sa main, le pouce étant placé entre le majeur et l'index. Geste vulgaire qui figure une figue, symbole de la fécondité depuis l'Antiquité, mais aussi image du sexe féminin.

Simon Vouet (1590-1649) Jeune homme aux figues - vers 1615, huile sur toile 77,5x62,5cm - Caen Musée des Beaux Arts.
Simon Vouet (1590-1649) Jeune homme aux figues - vers 1615, huile sur toile 77,5x62,5cm - Caen Musée des Beaux Arts.

Ce jeune homme en costume féminin fait de la main droite le geste de la fica. Dans la main gauche, il tient deux figues qui renvoient plutôt à l'anatomie masculine. Son petit sourire moqueur apparaît comme une provocation : suis-je homme ou femme ? Ce tableau comme le suivant témoigne de l'atmosphère licencieuse dans la cité papale.

Giovanni Lanfranco (1582-1647) - jeune homme nu sur un lit avec un chat - 1620-1622 - huile sur toile 60x113cm - Londres Walpole Gallery

Giovanni Lanfranco (1582-1647) - jeune homme nu sur un lit avec un chat - 1620-1622 - huile sur toile 60x113cm - Londres Walpole Gallery

Jusepe de Ribera (1591-1652) Mendiant vers 1612 - huile sur toile 106x76cm. Rome Musée Borghese.
Jusepe de Ribera (1591-1652) Mendiant vers 1612 - huile sur toile 106x76cm. Rome Musée Borghese.

Le motif du mendiant, singulier au début des années 1610 va se multiplier. Ribera fait ici un véritable "portrait" de cet homme qui tend son chapeau pour recevoir une aumône, il lui donne la dignité qu'il confèrerait à un apôtre.

Poelenburgh peint une scène pastorale : des chèvres et des vaches paissent dans des ruines romaines surmontées d'une statue de vestale. Avec de très bons yeux on peut voir, sous la statue, un personnage de dos qui urine.

Salvator Rosa (1615-1673) Paysage de ruines avec une scène pastorale - vers 1621-1623, huile sur bois, 39x31,3cm Ariccia, Palazzo Chigi, collection Ferrari Salvator Rosa (1615-1673) Paysage de ruines avec une scène pastorale - vers 1621-1623, huile sur bois, 39x31,3cm Ariccia, Palazzo Chigi, collection Ferrari

Salvator Rosa (1615-1673) Paysage de ruines avec une scène pastorale - vers 1621-1623, huile sur bois, 39x31,3cm Ariccia, Palazzo Chigi, collection Ferrari

Rome est l'une des premières villes d'Europe à prendre des mesures répressives contre la mendicité. En 1581 huit cent cinquante pauvres sont placés dans l'ancien monastère San Sisto, transformé en hospice. En 1587, Sixte Quint interdit la mendicité dans les rues et fait interner les indigents dans un nouvel hospice qui peut accueillir deux mille personnes.

Sébastien Bourdon (1616-1671) mendiants devant un four à chaud - 1636-1638 - huile sur bois - Valencienne musée des beaux arts

Sébastien Bourdon (1616-1671) mendiants devant un four à chaud - 1636-1638 - huile sur bois - Valencienne musée des beaux arts

Grand maître des bambochades, Pieter Boddingh se représente en sorcier-alchimiste, figure de la mélancolie et du savoir. Au premier plan une nature morte avec un crâne (tradition des vanités). Le sorcier est effrayé par les pattes griffues d'un démon qui apparaissent sur le bord droit du tableau.

Pieter Boddingh van Laer (1599-1642) Autoportrait avec une scène de magie vers 1638 - huile sur toile 78,8x112,8cm

Pieter Boddingh van Laer (1599-1642) Autoportrait avec une scène de magie vers 1638 - huile sur toile 78,8x112,8cm

On peut, entre autres belles œuvres, admirer :

Claude VIgnon - (1503-1670) le jeune chanteur -  vers 1623 - huile sur toile 95x90cm Paris musée du Louvre

Claude VIgnon - (1503-1670) le jeune chanteur - vers 1623 - huile sur toile 95x90cm Paris musée du Louvre

Nicolas Régnier (vers 1588-1667) La farce, vers 1524-1625 - hile sur toile 97x131cm - Stockholm - Nationalmuséum

Nicolas Régnier (vers 1588-1667) La farce, vers 1524-1625 - hile sur toile 97x131cm - Stockholm - Nationalmuséum

Angelo Caroselli (1585-1652) Scène de sorcellerie - vers 1615 - huile sur panneau de noyer 66x61 - collection particulière

Angelo Caroselli (1585-1652) Scène de sorcellerie - vers 1615 - huile sur panneau de noyer 66x61 - collection particulière

Angelo Caroselli (1585-1652) Vanité ou Vanitas-Prudenza - vers 1615 - huile sur panneau de noyer 66x61cm - Florence Fondazione Longhi

Angelo Caroselli (1585-1652) Vanité ou Vanitas-Prudenza - vers 1615 - huile sur panneau de noyer 66x61cm - Florence Fondazione Longhi

Exposition riche et complexe. Le décor des salles, miroirs et tentures pourpres, confère une ambiance très sombre dans laquelle il est difficile de voir les détails des tableaux.

Exposition jusqu'au 24 Mai - Petit Palais, av. Winston Churchill - PARIS 8e

photo MP

Les bas-fonds du Baroque - Petit Palais - Paris - mars 2015

Cette même exposition a été présentée à la Villa Médicis à Rome du 7 octobre 2014 au 18 janvier 2015. (voir ci-dessous).

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Dans mon précédent article je vous décrivais la salle du Palais de Darius qui venait d'être rouverte au public. Une autre salle, "la cour du Sphinx" , a été rouverte en décembre 2014. Elle avait été fermée en 2002 pour stocker une partie des sculptures des réserves du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines qui se trouvaient dans les sous-sols. Le Louvre avait suivi les recommandations de la Préfecture de Paris qui craignait une crue centennale de la Seine.

Photos MP - cliquer sur les images pour les agrandir

Au sol , la mosaïque des Saisons qui ornait  une riche villa romaine au IVe siècle, à Daphné, faubourg d'Antioche.

Au sol , la mosaïque des Saisons qui ornait une riche villa romaine au IVe siècle, à Daphné, faubourg d'Antioche.

On peut admirer à nouveau, fixées au mur , les 43 plaques, vestiges de la frise ionique du temple d'Artémis à Magnésie du Méandre, (actuelle Turquie) datées du IIe siècle avant JC. Elles représentent le combat entre les guerriers grecs menés par Héraclès et les Amazones.

La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015
La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015

Les grands chapiteaux de pilastres, décorés d'acanthes ou de griffons datent du IIe siècle avant JC, et les impressionnantes bases des colonnes ont été sculptées à l'époque impériale

La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015

Dressée dans une embrasure, tournant le dos à l'escalier Daru, Melpomène est une des plus grandes statues du Louvre. Elle est en marbre et mesure 3,92 m. Elle date du Ier siècle avant JC-Ier siècle après . Muse de la tragédie, elle a été découverte en 1496 à Rome sur le Champ de Mars, elle était dépourvue de bras. En 1782, Giovanni Pierantoni lui ajoutera des avant-bras et le masque tragique . Quatre autres muses ont été retrouvées vers la fin du XVIe siècle. Melpomène fait sans doute partie d'un groupe de neuf muses qui décoraient le théâtre ou le portique de Pompée, premier édifice de spectacle en pierre à Rome. Melpomène est la seule a avoir conservé sa tête d'origine.

La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015

Dans une salle adjacente, on peut voir une très belle tête en marbre d'Athéna casquée datant de 470-460 av. JC. Le visage devait être rehaussée de peinture, les cils en métal, le cou s'encastrant dans le corps d'une statue. Les trous de fixation signalent l'existence d'éléments rapportés, cheveux, bijoux, cimier sur le casque.

La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015

Au mur, une métope du temple d'Olympie," Les oiseaux du lac Stymphale" 450 av. JC. Du corps d'Héraclès, seuls la tête et le bras subsistent, la reconstitution donne une effet totalement surréaliste de l'histoire représentée : les oiseaux de la forêt proche du lac de Stymphale dévoraient les fruits et les récoltes. Héraclès les attira en jouant des castagnettes de bronze que lui avait offertes Athéna. Il tua les oiseaux et les offrit à la déesse.

La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015

Et enfin, la belle statue (IIème siècle après JC, en marbre) d'Héraclès et Télèphe a quitté la salle des Caryatides pour s'installer dans ce bel espace. Est-ce une vérité historique (mythologiquement parlant) ? Héraclès a-t-il tenu Télèphe dans ses bras ? Selon le récit qui suit on peut en douter.

La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015
La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015
La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015
La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015

Héraclès et Augé

En ce temps là, Aléos était roi de Tégée, au pays d'Arcadie. Il avait épousé Néère qui lui avait donné quatre enfants : une fille Augé, et trois garçons. Un jour, l'Oracle assena à Aléos, de passage à Delphes, que les frères de Néère seraient occis par le fils de sa propre fille.

Si le sort de ses beaux frères ne le tracassait qu'à demi, il savait par contre qu'il aurait à redouter la colère de son épouse s'il n'agissait pas (on sait à quel point, dans la Grèce d'alors, les rois ont eu du mal à maintenir le calme dans leur foyer). Aléos, en outre, aimait bien sa femme.

Il revint vite à Tégée, fit de sa fille une prêtresse d'Athéna, dans le sanctuaire qu'il avait fondé, lui souligna que sa fonction lui imposait la plus stricte chasteté, que sa vie en ce monde en dépendait.

C'était une très bonne solution ...

Un peu plus tard, Héraclès, toujours sur les routes, passa à Tégée. On ne sait s'il partait combattre Augias qui lui devait encore le salaire promis pour le nettoyage de ses écuries, ou bien s'il rentrait à Sparte. Aléos le reçut chaleureusement. La réception eût lieu dans le temple d'Athéna. Augé était présente, pure et chaste dans ses voiles. Vous connaissez Héraclès : très vite il repéra la jeune vierge, avec le vin, vint l'appétit coupable. Certains affirment que, pris de boisson, Héraclès viola purement et simplement Augé, d'autres relèvent que le sacrifice ayant eu lieu hors du sanctuaire, près d'une fontaine, il y aurait eu rendez-vous.

Le lendemain Héraclès poursuivit sa route.... et alla faire un enfant à Parthénope. Six mois passèrent. La famine et la peste s'étaient abattues sur Tégée ; Aléos s'interrogeait. La pythie assura qu'un crime avait été commis dans le temple d'Athéna. Le Déesse se vengeait. Le roi alla voir et constata que les rondeurs de sa fille étaient un aveu. Aléos le prit très mal : le flot des pleurs d'Augé, sa déclaration d'être une victime injustement chargée des crimes d'un violeur ivre ne calmèrent pas le Roi.

Il traina la malheureuse sur la place du marché pour la tuer. Là devant la foule, gêné, il recula et préféra charger son ami, le roi Nauplios, grand navigateur au passé trouble, de la noyer.

Sur le chemin de Nauplie, Augé mit au monde un fils qu'elle cacha dans un fourré. Nauplios n'avait aucune raison de noyer Augé, donc perdre l'argent que lui vaudrait la vente de cette très belle princesse. Elle fût achetée finalement par Teuthras, en Mysie (Asie Mineure).

Le bébé restait dans son fourré, sur le mont Parthénios. Un lièvre l'allaita un temps (il est dit parfois que c'est une biche, comme représenté sur la statue) avant que les bergers le découvrent, l'appellent Télèphe et le conduisent à leur maître le roi Corithos.

Quant Télèphe fût grand, voulant savoir de qui il était le fils, il alla interroger l'Oracle de Delphes qui l'envoya en Mysie chez le roi Teuthras. Il avait bien sur tué auparavant ses deux oncles (à la parole d'Apollon, on ne saurait échapper).

Sur les retrouvailles de la mère et du fils, les versions sont diverses ; la plus théâtrale et par là la plus vraisemblable est la suivante :

Quant Télèphe survint, Teuthras était aux prises avec un Argonaute, Idas, qui voulait s'emparer du trône. Teuthras promit à Télèphe Augé, qu'il avait adoptée, s'il le tirait des griffes d'Idas. Bien sur, en une seule bataille Teuthras était sauvé. Les futurs époux furent présentés l'un à l'autre. Télèphe ne reconnut pas sa mère dans sa ravissante fiancée, car c'était elle ! Augé ne reconnut pas son fils (sa ressemblance à son père était pourtant prodigieuse). Vint la noce, les célébrations et, dans la chambre le "tête à tête".

Fidèle au souvenir d'Héraclès (elle n'avait cessé de l'aimer !) Augé s'était munie d'une épée pour protéger sa semi-virginité. Elle serait allée jusqu'au meurtre si les dieux n'avaient délégué un serpent pour les séparer et qu'ils puissent crier, l'une - ô mon fils !, l'autre - ô ma mère ! et tomber dans les bras l'un de l'autre !

Heureux ils quittèrent vite la Mysie et retrouvèrent leur Arcadie chérie.

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Salle du Sphinx - Pavillon Denon - Musée du Louvre Paris

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PHOTOS MP

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L’archer, les deux mains serrées sur la hampe de sa lance pointée vers le haut, le pommeau reposant sur son pied, attend l'ordre de se mettre en marche. Son visage de profil est bruni par le soleil, sa barbe est frisée en petites boucles serrées. Une corde est roulée en torsade sur ses cheveux (bandeau encore porté aujourd’hui dans certains pays arabes pour maintenir le carré de tissu placé sur la tête). Sa seconde arme est un grand arc : la corde est passée dans son bras gauche, la courbure de la branche s’élève au dessus de sa tête. Les liens du carquois qu’il porte sur le dos retombent vers le sol. Sa longue tunique descend jusqu’aux chevilles , elle a de larges manches dégageant ses poignets ornés de bracelets sans doute en or. Des boucles d'oreilles, également jaunes, complètent la parure.

Si cette œuvre était une pièce unique, nous serions fascinés par sa constitution en briques moulées dans une pate siliceuse, par la belle harmonie de glaçures vertes, brunes, blanches et jaunes. Ce bas relief n’est pas épais, pas plus de 5 mm, mais avec le recul il semble plus important. Le fond est d’un bleu changeant selon le degré de cuisson qu’a subi la brique.

Ce qui devient plus extraordinaire, c’est que cet archer au regard fixe, immobile et rigide sur le panneau de 2m de haut, n’est pas unique mais a été multiplié à l’identique de nombreuses fois avec seulement deux variantes : le sens de la marche et les motifs de la tunique qui alternent soit des petites rosaces bleues sur un fond jaune, soit de petites maquettes de forteresses sur un fond blanc.

La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015

Il y a 2500 ans, défilant les uns derrière les autres, ces archers formaient une frise se déroulant sur des centaines de mètres. Elle était sans doute installée, de façon assez élevée, sur une grande partie des façades extérieures du palais de Darius Ier à Suse. Elle encadrait la porte d'entrée. Des motifs polychromes géométriques ou floraux cernaient les frises et les panneaux, ornaient les escaliers, les montants de portes ou de fenêtres. La frise représentait-elle les « Immortels » garde d’élite du roi composée de 10000 hommes, ou bien l'image idéale de l'homme perse, soutien de l'empire ?

Ornement des escaliers

Ornement des escaliers

Au musée du Louvre, la salle dédiée au Palais de Darius était fermée depuis trois ans en raison de la construction de nouveaux escaliers devant desservir le pavillon Marengo.

Elle vient de rouvrir et je retrouve avec bonheur les nombreux panneaux reconstitués de « la frise des archers ».

La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015

Darius Ier (522-486 av. JC) était roi de l’Empire perse achéménide dont la capitale était Suse. C’était un grand conquérant, son Empire s’étendait de la vallée du Nil à celle de l’Indus (il était aussi Pharaon d’Egypte) et un grand bâtisseur. Il fit élever, dès le début de son règne, le Palais de Suse, en porphyre et en bois de cèdre (défi à la nature dans un pays qui ne possédait ni arbres ni carrières), sur une terrasse artificielle de 12 hectares. Le palais comportait une salle d’audience royale nommé « Apadana » dont le plafond était supporté par des colonnes de près de vingt mètres couronnées d’un chapiteau avec pour élément décoratif deux bustes de taureaux.

Darius Ier a également fait construire le Palais de Persépolis.

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Colonnes couronnées de bustes de taureauxColonnes couronnées de bustes de taureaux

Colonnes couronnées de bustes de taureaux

Plan du Palais de Darius - Photo du site de Suse, avec au fond le Chateau de Jacques de Morgan (photos web)Plan du Palais de Darius - Photo du site de Suse, avec au fond le Chateau de Jacques de Morgan (photos web)

Plan du Palais de Darius - Photo du site de Suse, avec au fond le Chateau de Jacques de Morgan (photos web)

Sur le Palais de Darius, détruit par un incendie, Artaxerxés construisit un nouveau palais en laissant sur place les matériaux ruinés qui se retrouvèrent dans les fondations. A la fin du XIXe siècle, des fouilles sont entreprises. Le Britannique W.K. Loftus repère les grandes lignes de l’Apadana. En 1884/1885, Marcel Dieulafoy et sa femme reprennent l’exploration. Ils découvrent de nombreuses briques qui permettent de reconstituer deux panneaux représentant des archers. Puis des éléments innombrables sont récupérés dans l’Apadana. A partir de 1908 Les fouilles sont poursuivies par Roland de Mecquenem et Jacques de Morgan. Le musée du Louvre recueille des milliers de briques plus ou moins complètes. Il s’en suit un travail long et laborieux pour reconstituer un archer : il faut trier les briques, les répertorier, repérer les emplacements sur des patrons, combler les manques. Les archers remontés comportent entre 56 et 64 % de parties originales, les glaçures des éléments restaurés sont volontairement d'un ton plus clair . Aujourd’hui, les fonds de briques restant dans la réserve ne permettent plus d’envisager la réalisation d'autres panneaux.

La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015

Dans la salle de Darius, outre la « frise des archers », on peut admirer la « frise des lions » et celle des « griffons », ainsi que de la vaisselle et des objets précieux. L' anse de vase en forme de bouquetin ailé (en argent partiellement doré) dont les pattes reposent sur un masque de Silène, nous permet d'imaginer le faste de la cour de Suse.

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La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015
La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015
La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015
La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015
La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015
La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015

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La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015
La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015

Musée du Louvre - Antiquités orientales - Salle Sully

Décor du Palais de Darius Ier - Site archéologique de Suse en Iran

Statue de Darius Ier - Musée de Téhéran - (photo web)

Statue de Darius Ier - Musée de Téhéran - (photo web)

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Château de Jàtiva
Château de Jàtiva

DE LEONARD DE VINCI A MICHEL-ANGE

La famille Borja, lointaine descendante de Pedro d'Atarès, seigneur de la petite ville de Borja, se prétendait d'ascendance romaine, évoquant même comme parent Jules César. Au XIIIe siècle les Borja sont des terriens espagnols que le roi d'Aragon récompense pour avoir expulsé les Maures de Valence, et auxquels il attribue, en 1238, la ville de Jàtiva dans la région de Valence. Au début du XVe, un des Borja, Alfonso, devient prêtre. En 1442, il va prêter obédience au pape Eugène IV pour Alphonse d'Aragon qui s'est emparé de Naples. Il plait au pape, devient cardinal, puis pape en 1455. Il a soixante dix sept ans, prend le nom de Calixte III. C'est par lui que commencent l'histoire et l'ascension des Borgia (le nom de Borja italianisé).

Calixte III s'entoure d'une foule de sœurs, neveux, nièces et cousins débauchés et les comble de bienfaits. Il s'attache particulièrement au petit Rodrigo (né en 1431, fils de sa sœur Isabel) qu'il éloigne de Jàtiva et de Valence pour l'envoyer à l'université de Bologne. En 1457 il nomme Rodrigo commissaire des troupes pontificales et vice-chancelier des églises de Rome. Calixte III ne règne que trois ans et décède en aout 1458. Quatre autres papes vont lui succéder, le dernier, Innocent VIII est élu en 1484.

 Juan de Juanes - Portrait du pape Calixte III - 1586 - huile sur cuir. 83x56cm Valence
Juan de Juanes - Portrait du pape Calixte III - 1586 - huile sur cuir. 83x56cm Valence

A la mort d'Innocent VIII, en juillet 1492, Rodrigo est légat pontifical. Deux fois son élection comme pape a échouée, mais cette fois il sent son heure arrivée. Pour être élu, il utilise la corruption et distribue tous ses biens (il n'en aura plus besoin en tant que pape) . Il accède ainsi au trône de saint Pierre sous le nom d'Alexandre VI. Il nomme ses proches à des charges lucratives, n'hésitant pas à aller jusqu'au crime pour aboutir à ses fins et mène un train de vie fastueux. Déjà son image est celle d'un pape cruel, perfide, lubrique et esclave de ses passions (à soixante ans, il tombe follement amoureux de Giulia Farnèse qui n'a que dix sept ans).

Juan de Juanes - Portrait du Pape Alexandre VI - 1586 - huile sur cuir - 83x56cm - Cabildo metropolitano de Valence
Juan de Juanes - Portrait du Pape Alexandre VI - 1586 - huile sur cuir - 83x56cm - Cabildo metropolitano de Valence

De sa liaison avec sa maîtresse Vannozza Cattanei naissent quatre enfants, Jean, César, Lucrèce et Geoffroi . Alexandre VI sera le premier pape à reconnaître ses enfants naturels et à en faire des princes : Jean l'aîné sera préfet de Rome (il sera assassiné et son frère César sera fortement soupçonné du meurtre) , César après avoir été cardinal deviendra chef d'armée, Lucrèce après deux mariages épousera en troisième noce Alphonse d'Este futur duc de Ferrare.

Alexandre VI décède en 1503, à soixante douze ans : c'est la chute de la maison Borgia. Lucrèce, duchesse de Ferrare, est épargnée. Depuis 1505, elle mène une vie paisible entourée de musiciens et de poètes. Cesar, fait prisonnier est livré au roi d'Espagne, il s'échappe et se met alors au service du roi de Navarre, il meurt durant le siège de Viana en 1507.

En 1671, comme une sorte de rédemption des Borgia, le petit-fils de Jean, François Borgia sera canonisé.

L'histoire sulfureuse de cette famille ,qui apparaît comme l'incarnation des vices les plus abominables, crimes, débauches, incestes, est devenue une légende. Elle a séduit de nombreux auteurs : Victor Hugo, Alexandre Dumas, et au cinéma, Mario Caserini (1910) Abel Gance (1925 et 1935)), Christian Jaque (1953), et plus près de nous les séries avec Jeremy Irons ou John Doman.

Elle se déroule dans une Europe en pleine mutation avec le conflit entre Réforme protestante et Eglise catholique, les guerres, la découverte de l'Amérique, l'invention de l'imprimerie.

Dans cette seconde moitié du Quattrocento, les cours et les cités italiennes rivalisent et favorisent le mécénat. L'art de la Renaissance s'affirme grâce aux grandes familles de marchands et de banquiers, tels les Médicis, mais aussi grâce aux papes.

Le musée Maillol nous a surtout présenté les Borgia en tant que mécènes. Alexandre VI a été le protecteur et le commanditaire de nombreux artistes dont trois favoris : Paolo da san Leocadio, Andrea Bregno, Antoniazzo Romano. César prendra Léonard de Vinci comme conseiller militaire pour tenter de former en Italie un Etat unitaire. Lucrèce s'entourera de poètes contribuant à la diffusion de leurs écrits.

Malgré le titre de l'exposition Léonard de Vinci et Michel-Ange sont peu représentés : une ébauche de la Piéta, un Christ en croix et deux dessins de Michel-Ange, un seul dessin de Léonard de Vinci, mais j'ai pu admirer des œuvres de Raphaël, Cranach, Verrocchio, Metsys et les œuvres qui contribuèrent à immortaliser les Borgia.

Ce fut, pour moi, vraiment, une très belle visite. Quelques ennuis de santé m'avaient empêchée de découvrir cette exposition avant ses derniers jours (elle s'est terminée le 15 février). Je ne peux donc plus plaider pour elle, par contre vous trouverez là les photos de nombreuses œuvres exposées.

Léonard de Vinci - trois vues d'une tête de barbue portrait présumé de César Borgia -

Léonard de Vinci - trois vues d'une tête de barbue portrait présumé de César Borgia -

Attribué à Michel-Ange - Pietà - fin XVe - terre cuite ; Andrea Bregno - base surmontée du buste d'Isis (IIe siècle) socle après 1475Attribué à Michel-Ange - Pietà - fin XVe - terre cuite ; Andrea Bregno - base surmontée du buste d'Isis (IIe siècle) socle après 1475

Attribué à Michel-Ange - Pietà - fin XVe - terre cuite ; Andrea Bregno - base surmontée du buste d'Isis (IIe siècle) socle après 1475

d'après Bartolomeo Veneto - portrait présumé de Lucrèce Borgia, 1510 - huile sur bois 58x42cm - Nimes musée des Beaux-Arts ;  Altobello Melone - Portrait de gentilhomme (César Borgia ?) vers 1510 - huile sur bois - 58x48cm - Bergame Accademia Carrarad'après Bartolomeo Veneto - portrait présumé de Lucrèce Borgia, 1510 - huile sur bois 58x42cm - Nimes musée des Beaux-Arts ;  Altobello Melone - Portrait de gentilhomme (César Borgia ?) vers 1510 - huile sur bois - 58x48cm - Bergame Accademia Carrara

d'après Bartolomeo Veneto - portrait présumé de Lucrèce Borgia, 1510 - huile sur bois 58x42cm - Nimes musée des Beaux-Arts ; Altobello Melone - Portrait de gentilhomme (César Borgia ?) vers 1510 - huile sur bois - 58x48cm - Bergame Accademia Carrara

Raphaël - portrait du Cardinal Farnèse - 1509/1511 - huile sur toile 138x91cm - Naples ;  Luca Longhi ? - Dame à la licorne (Giulia Farnèse ?) vers 1535 huile sur bois 132x98cm NaplesRaphaël - portrait du Cardinal Farnèse - 1509/1511 - huile sur toile 138x91cm - Naples ;  Luca Longhi ? - Dame à la licorne (Giulia Farnèse ?) vers 1535 huile sur bois 132x98cm Naples

Raphaël - portrait du Cardinal Farnèse - 1509/1511 - huile sur toile 138x91cm - Naples ; Luca Longhi ? - Dame à la licorne (Giulia Farnèse ?) vers 1535 huile sur bois 132x98cm Naples

Francucci Innocenzo, dit Innocenzo da imola - Portrait présumé de Vannozza Cattanei - 83x62cm Rome ; Fra'Bartolomeo - Portrait de Jérôme Savonarole - 1499 - huile et tempera sur panneau 72x56cm - FlorenceFrancucci Innocenzo, dit Innocenzo da imola - Portrait présumé de Vannozza Cattanei - 83x62cm Rome ; Fra'Bartolomeo - Portrait de Jérôme Savonarole - 1499 - huile et tempera sur panneau 72x56cm - Florence

Francucci Innocenzo, dit Innocenzo da imola - Portrait présumé de Vannozza Cattanei - 83x62cm Rome ; Fra'Bartolomeo - Portrait de Jérôme Savonarole - 1499 - huile et tempera sur panneau 72x56cm - Florence

Antoniazzo Romano - Annonciation 1500 - huile sur bois 130x185cm - Rome ; Titien - Le Pape Alexandre VI présente Jacopo Pesaro à St Pierre - 1502 - huile sur toile 147x188cm - AnversAntoniazzo Romano - Annonciation 1500 - huile sur bois 130x185cm - Rome ; Titien - Le Pape Alexandre VI présente Jacopo Pesaro à St Pierre - 1502 - huile sur toile 147x188cm - Anvers

Antoniazzo Romano - Annonciation 1500 - huile sur bois 130x185cm - Rome ; Titien - Le Pape Alexandre VI présente Jacopo Pesaro à St Pierre - 1502 - huile sur toile 147x188cm - Anvers

Lucas Signorelli - Gonfalon  - 1474 - huiles sur toile 156x104cm  - Bannière destinée aux processions peinte sur deux faces (crucifixion et descente du Saint Esprit) il fut divisé en deux panneaux en 1775.Lucas Signorelli - Gonfalon  - 1474 - huiles sur toile 156x104cm  - Bannière destinée aux processions peinte sur deux faces (crucifixion et descente du Saint Esprit) il fut divisé en deux panneaux en 1775.

Lucas Signorelli - Gonfalon - 1474 - huiles sur toile 156x104cm - Bannière destinée aux processions peinte sur deux faces (crucifixion et descente du Saint Esprit) il fut divisé en deux panneaux en 1775.

Quentin Metsys - Portrait d'Erasme 1517 - huile sur toile marouflé sur bois - 59x46cm Rome ;  Bernardino di Betto dit le Pinturicchio - L'Enfant Jésus aux mains - 1492 - fresque déposée 73x59cm - PérouseQuentin Metsys - Portrait d'Erasme 1517 - huile sur toile marouflé sur bois - 59x46cm Rome ;  Bernardino di Betto dit le Pinturicchio - L'Enfant Jésus aux mains - 1492 - fresque déposée 73x59cm - Pérouse

Quentin Metsys - Portrait d'Erasme 1517 - huile sur toile marouflé sur bois - 59x46cm Rome ; Bernardino di Betto dit le Pinturicchio - L'Enfant Jésus aux mains - 1492 - fresque déposée 73x59cm - Pérouse

Giovanni Bellini - La transfiguration du Christ - vers 1455 - huile sur bois 134x68cm - Venise ; Paolo da san Leocadio - Vierge à l'Enfant et Saint Jean 1500-1510 - huile sur bois 59x45cm Valence Giovanni Bellini - La transfiguration du Christ - vers 1455 - huile sur bois 134x68cm - Venise ; Paolo da san Leocadio - Vierge à l'Enfant et Saint Jean 1500-1510 - huile sur bois 59x45cm Valence

Giovanni Bellini - La transfiguration du Christ - vers 1455 - huile sur bois 134x68cm - Venise ; Paolo da san Leocadio - Vierge à l'Enfant et Saint Jean 1500-1510 - huile sur bois 59x45cm Valence

Andréa Mantegna - Saint Georges vers 1470 - tempera sur bois 66x32cm - Venise ; Andrea del Verrocchio - Saint Jerôme 1495 - huile sur papier marouflé sur bois 40x17cm - FlorenceAndréa Mantegna - Saint Georges vers 1470 - tempera sur bois 66x32cm - Venise ; Andrea del Verrocchio - Saint Jerôme 1495 - huile sur papier marouflé sur bois 40x17cm - Florence

Andréa Mantegna - Saint Georges vers 1470 - tempera sur bois 66x32cm - Venise ; Andrea del Verrocchio - Saint Jerôme 1495 - huile sur papier marouflé sur bois 40x17cm - Florence

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Plan de Delft - 1652

Plan de Delft - 1652

En 1651, Carel Fabritius , jeune peintre de talent, s'installe à Delft, petite ville des Pays bas située entre la Haye et Rotterdam. Il vient de se marier en seconde noce avec une habitante de Delft Agatha Van Pruyssen. Sa première femme, épousée alors qu'il n'avait que 19 ans, est morte en couches en 1643.

Carel est né le 27 février 1622, il est l'aîné d'une famille nombreuse. Son père, Pieter Carel, est maître d'école et peintre. Sa mère est sage femme. Il commence par étudier la peinture avec son père puis rejoint l'atelier de Rembrandt, à Amsterdam, probablement de 1641 à 1643. Il a pour compagnon d'apprentissage Samuel Van Hoogstraten. Rembrandt travaille alors à son célèbre tableau 'La ronde de nuit".

Le nom de Fabritius attribué à la famille n'apparait qu'à partir de 1641 et s'applique à la première formation de menuisier (faber en latin) de Carel et de son frère Barent (qui sera également peintre, tout comme Johannes un autre des frères).

Carel Fabritius s'inscrit à la guilde de Saint Luc de Delft en 1652, condition sine qua non pour pouvoir prendre des apprentis . En décembre 1653 Johannes Vermeer (né à Delft et qui y réside) est également admis comme maître à la guilde de Saint Luc.

Au XVIIe la faïencerie est à son apogée à Delft. La ville est prospère. Le commerce avec l'extrême orient s'appuyant sur la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales, fondée dès le début du siècle, permet l'arrivée massive des porcelaines chinoises. Lorsqu'en 1647 des troubles politiques en Chine interrompent le commerce de la Compagnie, les faïenciers de Delft prennent le relais et fournissent le marché en imitant, avec leur pâte blanche, la porcelaine chinoise. Les premières pièces sont décorées de chinoiseries bleues, puis avec le temps les décors se personnalisent. Les faïences blanches à décor bleu seront appelées "Bleu de Delft".

Fort dangereux pour la ville, un entrepôt en partie souterrain a été installé depuis 1637 sur le terrain de l'ancien couvent des Clarisses. On y stocke 450 tonnes de poudre de nitre (nitrate). On peut penser que cette "poudrière" entrepose aussi de la poudre à canon et d'autres munitions à usage militaire. Peu de personnes ont connaissance de l'existence de cet entrepôt : c'est le "Secret de la Hollande". Dans les années qui suivent l'installation de la poudrière, l'industrie drapière a fait place à des habitations construites pour la plupart autour de la Doelenstraat.

En 1654, Carel Fabritius demeure Doelenstraat. Il a peint un petit tableau, destiné à une famille de la Haye dont le nom, De Putter, signifie Chardonneret en néerlandais .C'est un panneau de bois de 33,5 x 22,8 cm supposé être destiné à une plaque de maison ( des marques de clous sur le support de la peinture suggèrent qu'il a pu être cloué) .

Le chardonneret - Musée Mauritshuis - La Haye

Le chardonneret - Musée Mauritshuis - La Haye

Abraham Mignon - détail
Abraham Mignon - détail

L'oiseau est peint en taille réelle, sur un fond crémeux, suivant la technique du trompe-l'œil, mais la matière est épaisse, on distingue les coups de pinceaux et les rayures faites avec le manche du pinceau. Carel a abandonné le style de Rembrandt pour une palette plus claire et lumineuse.

Ce malheureux petit chardonneret est attaché à son perchoir par une chaînette passée à la patte. La chaînette est si courte que l'oiseau ne peut faire que quelques battements d'ailes pour se retrouver aussitôt et toujours à la même place.

Les chardonnerets étaient des animaux domestiques très prisés. Ils étaient dressés pour ouvrir leur mangeoire afin de se nourrir et puiser de l'eau dans leur abreuvoir avec un seau de la taille d'un dé à coudre.

Quelle horrible destinée pour un aussi adorable petit oiseau !

Trompe l'oeill - 1655
Trompe l'oeill - 1655

Au moment où Fabritius peint "Le chardonneret", son plus célèbre tableau, Samuel van Hoogstraten, avec lequel il a conservé des liens étroits depuis son apprentissage chez Rembrandt, crée la première véritable peinture en trompe-l'œil dont la tradition perdurera tout au long du XIXe siècle.

Le 12 octobre 1654, Carel Fabritius, dans son atelier de Doelenstraat , est occupé à peindre le portrait du sacristain Simon Decker . Dans la maison se trouvent son frère, sa belle-mère et son disciple Mathias Spoors. On ne sait où se trouve sa femme.

A 10 h 15, le gérant de la poudrière, Cornelis Soetens, entre dans l'entrepôt pour y chercher un échantillon d'explosif. Sa lanterne projette sans doute quelques étincelles qui atteignent la poudre. Il se produit alors une série d'explosions. Les dégâts sont considérables : au moins cinq cents maisons sont totalement ravagées, on compte plus d'une centaine de morts. Des constructions situées un peu plus loin subissent également des dommages sévères, notamment tous les vitraux des deux églises. (la partie détruite se situe vers le haut sur la partie gauche de la ville - voir plan de 1652)

La maison de Carel Fabritius s'est écroulée, ses habitants sont ensevelis sous les décombres. Il faudra six à sept heures pour les dégager . Carel Fabritius est le seul encore en vie mais décède à son arrivée à l'hôpital.

Egbert van der Poel - 1654 - Explosion de la poudrière de Delft

Egbert van der Poel - 1654 - Explosion de la poudrière de Delft

Vermeer - Vu de Delft 1660-1661
Vermeer - Vu de Delft 1660-1661

Si Carel Fabritius a influencé Vermeer, il est plus hasardeux, compte tenu des dates d'entrée à la guilde de Saint Luc des deux peintres, d'envisager que Vermeer ait pu être l'élève de Carel Fabritius.

Ainsi périt ce phénix, vers sa trentième année,

Au milieu et dans la puissance de sa vie ;

mais, fort heureusement, il a enflammé de son feu Vermeer,

qui, en maître, perpétue sa science.

Poème d' Arnold Bon, contemporain de Carel Fabritius

On peut supposer que beaucoup de tableaux de Carel Fabritius ont été détruits par l'explosion et le feu. Il ne subsiste qu'une douzaine d'œuvres qui lui ont été attribuées.

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Peut-être vous posez vous la question de savoir pourquoi, sans qu'il y ait de lien avec une exposition actuelle, mon article évoque aujourd'hui Carel Fabritius. La raison en est simple : je viens de lire le roman passionnant de Donna Tartt,"Le chardonneret", dans lequel le minuscule tableau de Fabritius sert de fil conducteur. Le roman m'a donné envie de connaître mieux le peintre qui n'est d'ailleurs pas le sujet du livre, son tableau étant seulement lié au destin du jeune héros.

Autoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery LondresAutoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery Londres
Autoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery Londres

Autoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery Londres

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Publié dans : #Expositions à Paris

"LES COULEURS DE L'ABSTRACTION"

Le Musée d'Art Moderne est un de mes musées préférés, il n'y a jamais trop de monde et les vastes espaces blancs mettent merveilleusement en valeur les œuvres exposées. J'y vais régulièrement depuis près de quarante ans, ce musée est un peu, comme le Louvre, ma maison. Il a été inauguré en 1961 dans l'aile est du Palais de Tokyo et accueilli les œuvres les plus "modernes" du petit Palais ainsi que des dons de collectionneurs et artistes. Le musée possède une collection de plus de 8000 œuvres englobant de nombreux mouvements artistiques contemporains. Les expositions temporaires sont de bonnes raison de voir ou revoir aussi les salles permanentes.

L'exposition "Les couleurs de l'abstraction" qui présente une grande rétrospective de l'œuvre de Sonia Delaunay est riche de toute la diversité créative de cette artiste au talent protéiforme, convaincue de l'incontestable apport de la couleur et du rythme dans l'art moderne et dans la vie même. Dans un parcours chronologique très agréable, on circule entre peintures, dessins, tissus, vêtements, accessoires divers, et dans un flamboiement de couleurs. C'est rythmé, joyeux, avec toutefois par moment une petite saturation de cercles colorés qui finissent par lasser, mais très vite Sonia nous emmène dans une autre technique et l'intérêt renaît.

Toutes les photos proviennent d'Internet - n'oubliez pas de cliquer dessus pour les agrandir
Sonia portant les créations de la Casa Sonia, Madrid 1918
Sonia portant les créations de la Casa Sonia, Madrid 1918

Sara Sophie Stern est née en 1885 à Gradzihsk, près d'Odessa en Ukraine, dans une famille ouvrière juive. Elle a cinq ans lorsque son oncle maternel, Henri Terk, avocat à St Petersburg, l'adopte, il n'a pas d'enfant. Sonia a plusieurs gouvernantes, elle est élevée comme les jeunes filles de la bonne société, elle lit Goethe, Shakespeare, Molière. A 14 ans elle s'intéresse à la peinture, notamment à Rembrandt . Un ami peintre de la famille lui procure sa première boite de couleurs. Elle est inscrite à l'académie des beaux-arts de Karlsruhe en 1904. Entre 1902 et 1905 elle peint des petits dessins au fusain, à la mine de plomb et pratique l'eau forte. Les reproductions des œuvres de Sézanne, Seurat , Signac, la persuadent que c'est à Paris que l'art moderne s'éveille au XXe siècle. Elle y arrive en 1905, elle a tout juste 20 ans. Elle s'installe boulevard du Montparnasse. Elle rencontre Diaghilev , fait la connaissance d'Arnold Schoenberg et entretient des échanges avec les peintres, les écrivains, les poètes et musiciens français.

1904 - au premier plan autoportrait - fusain et craie sur papier gris

1904 - au premier plan autoportrait - fusain et craie sur papier gris

Influencée par les expressionnistes allemands dont la couleur inonde le Salon d'automne, impressionnée par Matisse, Gauguin, Picasso, Derain, Vlaminck et Braque, les premières œuvres de Sonia résument ses influences et ses inclinations d'alors. La couleur est pure, éclatante, la forme synthétisée, les contours cernés de noir .

 

1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm
1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm

1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm

1908 - premier plan Portrait du poète russe Tchouiko - huile sur toile 53,4x46cm

1908 - premier plan Portrait du poète russe Tchouiko - huile sur toile 53,4x46cm

1906 marque son dernier été russe et des vacances en Finlande, elle revient à Paris. Pour y demeurer il faut être marié. Le 5 décembre 1908 elle fait un mariage blanc avec Wilhelem Uhde , mariage qui protège aussi Uhde des rumeurs sur son homosexualité.

1909 - elle rencontre Robert Delaunay, c'est un coup de foudre. Elle divorce d'Uhde, épouse Robert et engage avec lui le combat de sa vie en faveur de l'abstraction et de la couleur. Leur fils Charles nait en 1911 et Sonia lui confectionne, dans un but d'économie, une couverture en patchwork, héritage russe du geste populaire des brodeuses.

Sonia et Robert ;1908 - Broderie de laine sur canevas 83,5x60,5 ; 1911 - Couverture de berceau 111x82cmSonia et Robert ;1908 - Broderie de laine sur canevas 83,5x60,5 ; 1911 - Couverture de berceau 111x82cmSonia et Robert ;1908 - Broderie de laine sur canevas 83,5x60,5 ; 1911 - Couverture de berceau 111x82cm

Sonia et Robert ;1908 - Broderie de laine sur canevas 83,5x60,5 ; 1911 - Couverture de berceau 111x82cm

1913 - Sonia fait la connaissance de Blaise Cendrars et conçoit une audacieuse mise en couleur de son poème "Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France", récit en style simultané d'un interminable voyage en train d'un poète et d'une prostituée. Imprimé au pochoir et relié en accordéon que l'on déplie et lit de haut en bas. Il mesure deux mètres. L'écrit empiète sur la couleur et inversement.

Je vous conseille vivement d'aller sur le site de mon amie Emma, écrivain, où vous trouverez le texte intégral du poème de Cendrars ainsi que son interprétation émouvante par l'acteur, interprète de poésie et metteur en scène français, Vicky Messica.
Sonia Delaunay - MAM Paris - Dec 2014
1913 - Le Bal Bullier - huile sur toile 97x390cm - Le tango est à la mode et le jeudi le couple va danser au bal Bullier, près de Port Royal

1913 - Le Bal Bullier - huile sur toile 97x390cm - Le tango est à la mode et le jeudi le couple va danser au bal Bullier, près de Port Royal

Prismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cmPrismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cm
Prismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cmPrismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cm

Prismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cm

Sonia s'attache ensuite à des recherches graphiques pour la publicité (Zenith, Pirelli, Printemps, Dubonnet et Vogue).

Le couple Delaunay séjourne en Espagne et à la déclaration de la Première guerre mondiale, décide d'y rester. La révolution bolchévique de 1917 met fin aux subsides de l'oncle de Sonia. Sonia ouvre à Madrid une boutique de mode, la Casa Sonia. Le succès est tel qu'elle ouvre trois succursales.

Publicité Dubonnet ; publicité pour le Printemps ; publicité pour VoguePublicité Dubonnet ; publicité pour le Printemps ; publicité pour VoguePublicité Dubonnet ; publicité pour le Printemps ; publicité pour Vogue

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1921 - La famille revient à Paris. Sonia ouvre un atelier chez elle, boulevard Malesherbes, et reprend ses activités dans la mode et la décoration. Robert, lui, connait une période de doute. 1925 - La boutique simultanée est un triomphe, Sonia s'associe avec le créateur de mode Jacques Heim. Elle crée des imprimés, des vêtements, des costumes de ballets.

A la veille de la guerre, Sonia et Robert organise à la galerie Charpentier l'exposition "Réalités nouvelles", premier salon d'art abstrait.

Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.
Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.

Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.

1925 - Groupe de femmes vêtements simultanés  - huile sur toile 146x114cm  ;voiture simultanée1925 - Groupe de femmes vêtements simultanés  - huile sur toile 146x114cm  ;voiture simultanée

1925 - Groupe de femmes vêtements simultanés - huile sur toile 146x114cm ;voiture simultanée

1937 - les deux artistes conçoivent une décoration monumentale pour l'Exposition internationale des arts et techniques destinée au pavillon de l'Air et au pavillon des Chemins de fer. Comme à la Renaissance, un atelier se forme pour la réalisation des décors.

Sonia Delaunay - MAM Paris - Dec 2014
Sonia Delaunay - MAM Paris - Dec 2014Sonia Delaunay - MAM Paris - Dec 2014
1937 - voyage lointains - gouache aquarelle et crayon sur carton - 34x95cm ;  1938 - Rythme et couleur - Huile sur toile 159x154cm1937 - voyage lointains - gouache aquarelle et crayon sur carton - 34x95cm ;  1938 - Rythme et couleur - Huile sur toile 159x154cm

1937 - voyage lointains - gouache aquarelle et crayon sur carton - 34x95cm ; 1938 - Rythme et couleur - Huile sur toile 159x154cm

1938 - Robert et Sonia participent au Salon d'Automne et au salon des Tuileries.

La guerre éclate en 1941. Robert , atteint d'un cancer, décède. Sonia se donne alors pour mission de défendre l'œuvre de son époux et laisse dans l'ombre son propre travail. Ce n'est qu'après 1946 et la rétrospective de l'œuvre de Robert à la galerie Louis Carré qu'elle pensera à elle.

1953 - La galerie Bing à Paris organise sa première exposition personnelle. Elle entre dans le dictionnaire de la peinture moderne en 1954. Elle expose à New York en 1958.

1967 - Le musée d'Art moderne lui consacre une grande exposition. Elle illustre "le Fruit permis" et "Juste Présent" de Tristan Tzara, puis "Les illuminations" de Rimbaud. Elle renoue avec la tapisserie, réalise des maquettes de vitrail, des mosaïques ainsi que la décoration d'une voiture Matra en 1968.

1952 - composition pouir Jazz - gouache sur papier 77x57cm ; 1955 - composition - huile sur toile 160x215cm1952 - composition pouir Jazz - gouache sur papier 77x57cm ; 1955 - composition - huile sur toile 160x215cm

1952 - composition pouir Jazz - gouache sur papier 77x57cm ; 1955 - composition - huile sur toile 160x215cm

1958 - Rythme coloré - huile sur toile 114,3 x 86,9cm ; 1964 - rythme coloré - huile sur toile 97,5X 195,5cm ; 1965 - rythme couleur - gouache sur papier 58x78cm1958 - Rythme coloré - huile sur toile 114,3 x 86,9cm ; 1964 - rythme coloré - huile sur toile 97,5X 195,5cm ; 1965 - rythme couleur - gouache sur papier 58x78cm1958 - Rythme coloré - huile sur toile 114,3 x 86,9cm ; 1964 - rythme coloré - huile sur toile 97,5X 195,5cm ; 1965 - rythme couleur - gouache sur papier 58x78cm

1958 - Rythme coloré - huile sur toile 114,3 x 86,9cm ; 1964 - rythme coloré - huile sur toile 97,5X 195,5cm ; 1965 - rythme couleur - gouache sur papier 58x78cm

1967 - Rythme syncopé - huile sur toile 125x250cm

1967 - Rythme syncopé - huile sur toile 125x250cm

Agée de 92 ans, Sonia collabore avec Artcurial à la création d'objet du quotidien en édition limitée.

Pour Sonia la couleur a remplacé tout même le sujet. N'oublions pas ses origines russes où la couleur est primordiale, l'intérieur des maisons est très coloré et tous les arts, peinture, décors , musique sont sur un même plan.

Sonia décède le 5 décembre 1979 à Paris. Elle reste incontestablement la Grande Dame de l'art abstrait.

"Les couleurs de l'Abstraction"

MAM Paris - jusqu'au 22 février 2015.

Même exposition à la Tate Moderne de Londres du 15 avril au 9 août 2015

Pour terminer cet article j'ai trouvé un émouvant entretien de Jacques Dutronc avec Sonia Delaunay (1968)

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Le vieux port

Le vieux port

Marseille. 24 décembre 2014. En longeant, à pied, le Vieux Port, il faut passer le Fort Saint Jean et l'on aperçoit très vite l'architecture particulière du Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée.

Posé au bord de la mer, juste à l'entrée du Port, c'est un carré parfait de 72 mètres de côté qui en contient un autre de 52 mètres destinés aux salles d'expositions et de conférence. Les vides entre les deux sont les espaces de circulation avec vue sur le Fort, le port et la mer.

La structure alvéolée qui recouvre l'extérieur fait penser au moucharabieh utilisé dans l'architecture traditionnelle des pays arabes, présent aussi dans les palais pour dérober les femmes aux regards. Au MuCEM, les visiteurs peuvent voir à l'extérieur mais ne sont pas visibles de l'extérieur.

Conçu par l'architecte Rudy Ricciotti, le Musée a été ouvert le 7 juin 2013 lors de l'année de la capitale européenne de la culture mais il a fallut onze ans pour réaliser le projet. Les collections proviennent du musée d'ethnographie du Palais du Trocadéro à Paris (1878-1936) et des deux musées qui lui ont succédé, le musée de l'Homme et le musée national des Arts et Traditions populaires. Au début des années 2000 une politique d'acquisition tournée vers l'Afrique du Nord et le Proche-Orient se développe, sont acquis un nombre important d'objets remarquables provenant d'Iran, de Syrie, de Turquie et du Maghreb. L'intégralité des collections de Paris à été déménagée à Marseille.

Depuis la terrasse on peut rejoindre le Fort Saint Jean par une passerelle de 115 mètres. Le Fort abrite des pièces de collections du MuCEM et accueille des manifestations temporaires. La construction du Fort date du XVIIe siècle. Il a eu durant trois siècles une vocation militaire, puis a servi de dépôt de munitions aux allemands pendant la guerre. Il a été gravement endommagé par une explosion accidentelle en 1944.

Merveilleusement restauré, avec un chemin de ronde, agrémenté de plantations de la Méditerranée (chênes blancs et verts, orangers, myrtes, safran et aromates etc), d'où l'on a un panorama sur le ville, le port et le MuCEM, c'est un lieu très agréable à visiter, la passerelle servant de lien entre l'architecture d'aujourd'hui et celle d'hier.

Le ciel couvert ne permettait pas de générer des reflets de la structure alvéolée sur les sols de la terrasse et des espaces de circulation, mes photos ne sont donc pas exceptionnelles.

On ne peut évidemment pas faire de comparaison entre le Musée Vuitton de Paris et le MuCEM de Marseille, ce sont des architectures tout à fait différentes, mais j'ai aimé davantage la circulation et les échelonnements de terrasses du Musée Vuitton à l'enfermement que j'ai ressenti dans le MuCEM.

L'arrivée au MuCEM - cliquez sur les photos pour les agrandirL'arrivée au MuCEM - cliquez sur les photos pour les agrandir
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Les couloirs extérieursLes couloirs extérieurs
Les couloirs extérieursLes couloirs extérieurs

Les couloirs extérieurs

La terrasseLa terrasse

La terrasse

De la passerelleDe la passerelle
De la passerelleDe la passerelle

De la passerelle

Du fort Saint JeanDu fort Saint Jean
Du fort Saint JeanDu fort Saint Jean

Du fort Saint Jean

Le Fort Saint JeanLe Fort Saint Jean
Le Fort Saint JeanLe Fort Saint Jean

Le Fort Saint Jean

MuCEM - Marseille - Déc. 2014MuCEM - Marseille - Déc. 2014
MuCEM - Marseille - Déc. 2014MuCEM - Marseille - Déc. 2014

Il faisait nettement plus beau pour visiter les calanques, avec la lumière changeante de la fin de journée. Pour clore cet article, je vous offre une courte ballade.

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