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Voir-ou-revoir

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Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Publié le par voir-ou-revoir
Plan de Delft - 1652

Plan de Delft - 1652

En 1651, Carel Fabritius , jeune peintre de talent, s'installe à Delft, petite ville des Pays bas située entre la Haye et Rotterdam. Il vient de se marier en seconde noce avec une habitante de Delft Agatha Van Pruyssen. Sa première femme, épousée alors qu'il n'avait que 19 ans, est morte en couches en 1643.

Carel est né le 27 février 1622, il est l'aîné d'une famille nombreuse. Son père, Pieter Carel, est maître d'école et peintre. Sa mère est sage femme. Il commence par étudier la peinture avec son père puis rejoint l'atelier de Rembrandt, à Amsterdam, probablement de 1641 à 1643. Il a pour compagnon d'apprentissage Samuel Van Hoogstraten. Rembrandt travaille alors à son célèbre tableau 'La ronde de nuit".

Le nom de Fabritius attribué à la famille n'apparait qu'à partir de 1641 et s'applique à la première formation de menuisier (faber en latin) de Carel et de son frère Barent (qui sera également peintre, tout comme Johannes un autre des frères).

Carel Fabritius s'inscrit à la guilde de Saint Luc de Delft en 1652, condition sine qua non pour pouvoir prendre des apprentis . En décembre 1653 Johannes Vermeer (né à Delft et qui y réside) est également admis comme maître à la guilde de Saint Luc.

Au XVIIe la faïencerie est à son apogée à Delft. La ville est prospère. Le commerce avec l'extrême orient s'appuyant sur la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales, fondée dès le début du siècle, permet l'arrivée massive des porcelaines chinoises. Lorsqu'en 1647 des troubles politiques en Chine interrompent le commerce de la Compagnie, les faïenciers de Delft prennent le relais et fournissent le marché en imitant, avec leur pâte blanche, la porcelaine chinoise. Les premières pièces sont décorées de chinoiseries bleues, puis avec le temps les décors se personnalisent. Les faïences blanches à décor bleu seront appelées "Bleu de Delft".

Fort dangereux pour la ville, un entrepôt en partie souterrain a été installé depuis 1637 sur le terrain de l'ancien couvent des Clarisses. On y stocke 450 tonnes de poudre de nitre (nitrate). On peut penser que cette "poudrière" entrepose aussi de la poudre à canon et d'autres munitions à usage militaire. Peu de personnes ont connaissance de l'existence de cet entrepôt : c'est le "Secret de la Hollande". Dans les années qui suivent l'installation de la poudrière, l'industrie drapière a fait place à des habitations construites pour la plupart autour de la Doelenstraat.

En 1654, Carel Fabritius demeure Doelenstraat. Il a peint un petit tableau, destiné à une famille de la Haye dont le nom, De Putter, signifie Chardonneret en néerlandais .C'est un panneau de bois de 33,5 x 22,8 cm supposé être destiné à une plaque de maison ( des marques de clous sur le support de la peinture suggèrent qu'il a pu être cloué) .

Le chardonneret - Musée Mauritshuis - La Haye

Le chardonneret - Musée Mauritshuis - La Haye

Abraham Mignon - détail
Abraham Mignon - détail

L'oiseau est peint en taille réelle, sur un fond crémeux, suivant la technique du trompe-l'œil, mais la matière est épaisse, on distingue les coups de pinceaux et les rayures faites avec le manche du pinceau. Carel a abandonné le style de Rembrandt pour une palette plus claire et lumineuse.

Ce malheureux petit chardonneret est attaché à son perchoir par une chaînette passée à la patte. La chaînette est si courte que l'oiseau ne peut faire que quelques battements d'ailes pour se retrouver aussitôt et toujours à la même place.

Les chardonnerets étaient des animaux domestiques très prisés. Ils étaient dressés pour ouvrir leur mangeoire afin de se nourrir et puiser de l'eau dans leur abreuvoir avec un seau de la taille d'un dé à coudre.

Quelle horrible destinée pour un aussi adorable petit oiseau !

Trompe l'oeill - 1655
Trompe l'oeill - 1655

Au moment où Fabritius peint "Le chardonneret", son plus célèbre tableau, Samuel van Hoogstraten, avec lequel il a conservé des liens étroits depuis son apprentissage chez Rembrandt, crée la première véritable peinture en trompe-l'œil dont la tradition perdurera tout au long du XIXe siècle.

Le 12 octobre 1654, Carel Fabritius, dans son atelier de Doelenstraat , est occupé à peindre le portrait du sacristain Simon Decker . Dans la maison se trouvent son frère, sa belle-mère et son disciple Mathias Spoors. On ne sait où se trouve sa femme.

A 10 h 15, le gérant de la poudrière, Cornelis Soetens, entre dans l'entrepôt pour y chercher un échantillon d'explosif. Sa lanterne projette sans doute quelques étincelles qui atteignent la poudre. Il se produit alors une série d'explosions. Les dégâts sont considérables : au moins cinq cents maisons sont totalement ravagées, on compte plus d'une centaine de morts. Des constructions situées un peu plus loin subissent également des dommages sévères, notamment tous les vitraux des deux églises. (la partie détruite se situe vers le haut sur la partie gauche de la ville - voir plan de 1652)

La maison de Carel Fabritius s'est écroulée, ses habitants sont ensevelis sous les décombres. Il faudra six à sept heures pour les dégager . Carel Fabritius est le seul encore en vie mais décède à son arrivée à l'hôpital.

Egbert van der Poel - 1654 - Explosion de la poudrière de Delft

Egbert van der Poel - 1654 - Explosion de la poudrière de Delft

Vermeer - Vu de Delft 1660-1661
Vermeer - Vu de Delft 1660-1661

Si Carel Fabritius a influencé Vermeer, il est plus hasardeux, compte tenu des dates d'entrée à la guilde de Saint Luc des deux peintres, d'envisager que Vermeer ait pu être l'élève de Carel Fabritius.

Ainsi périt ce phénix, vers sa trentième année,

Au milieu et dans la puissance de sa vie ;

mais, fort heureusement, il a enflammé de son feu Vermeer,

qui, en maître, perpétue sa science.

Poème d' Arnold Bon, contemporain de Carel Fabritius

On peut supposer que beaucoup de tableaux de Carel Fabritius ont été détruits par l'explosion et le feu. Il ne subsiste qu'une douzaine d'œuvres qui lui ont été attribuées.

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Peut-être vous posez vous la question de savoir pourquoi, sans qu'il y ait de lien avec une exposition actuelle, mon article évoque aujourd'hui Carel Fabritius. La raison en est simple : je viens de lire le roman passionnant de Donna Tartt,"Le chardonneret", dans lequel le minuscule tableau de Fabritius sert de fil conducteur. Le roman m'a donné envie de connaître mieux le peintre qui n'est d'ailleurs pas le sujet du livre, son tableau étant seulement lié au destin du jeune héros.

Autoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery LondresAutoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery Londres
Autoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery Londres

Autoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery Londres

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Publié dans : #Expositions à Paris

"LES COULEURS DE L'ABSTRACTION"

Le Musée d'Art Moderne est un de mes musées préférés, il n'y a jamais trop de monde et les vastes espaces blancs mettent merveilleusement en valeur les œuvres exposées. J'y vais régulièrement depuis près de quarante ans, ce musée est un peu, comme le Louvre, ma maison. Il a été inauguré en 1961 dans l'aile est du Palais de Tokyo et accueilli les œuvres les plus "modernes" du petit Palais ainsi que des dons de collectionneurs et artistes. Le musée possède une collection de plus de 8000 œuvres englobant de nombreux mouvements artistiques contemporains. Les expositions temporaires sont de bonnes raison de voir ou revoir aussi les salles permanentes.

L'exposition "Les couleurs de l'abstraction" qui présente une grande rétrospective de l'œuvre de Sonia Delaunay est riche de toute la diversité créative de cette artiste au talent protéiforme, convaincue de l'incontestable apport de la couleur et du rythme dans l'art moderne et dans la vie même. Dans un parcours chronologique très agréable, on circule entre peintures, dessins, tissus, vêtements, accessoires divers, et dans un flamboiement de couleurs. C'est rythmé, joyeux, avec toutefois par moment une petite saturation de cercles colorés qui finissent par lasser, mais très vite Sonia nous emmène dans une autre technique et l'intérêt renaît.

Toutes les photos proviennent d'Internet - n'oubliez pas de cliquer dessus pour les agrandir
Sonia portant les créations de la Casa Sonia, Madrid 1918
Sonia portant les créations de la Casa Sonia, Madrid 1918

Sara Sophie Stern est née en 1885 à Gradzihsk, près d'Odessa en Ukraine, dans une famille ouvrière juive. Elle a cinq ans lorsque son oncle maternel, Henri Terk, avocat à St Petersburg, l'adopte, il n'a pas d'enfant. Sonia a plusieurs gouvernantes, elle est élevée comme les jeunes filles de la bonne société, elle lit Goethe, Shakespeare, Molière. A 14 ans elle s'intéresse à la peinture, notamment à Rembrandt . Un ami peintre de la famille lui procure sa première boite de couleurs. Elle est inscrite à l'académie des beaux-arts de Karlsruhe en 1904. Entre 1902 et 1905 elle peint des petits dessins au fusain, à la mine de plomb et pratique l'eau forte. Les reproductions des œuvres de Sézanne, Seurat , Signac, la persuadent que c'est à Paris que l'art moderne s'éveille au XXe siècle. Elle y arrive en 1905, elle a tout juste 20 ans. Elle s'installe boulevard du Montparnasse. Elle rencontre Diaghilev , fait la connaissance d'Arnold Schoenberg et entretient des échanges avec les peintres, les écrivains, les poètes et musiciens français.

1904 - au premier plan autoportrait - fusain et craie sur papier gris

1904 - au premier plan autoportrait - fusain et craie sur papier gris

Influencée par les expressionnistes allemands dont la couleur inonde le Salon d'automne, impressionnée par Matisse, Gauguin, Picasso, Derain, Vlaminck et Braque, les premières œuvres de Sonia résument ses influences et ses inclinations d'alors. La couleur est pure, éclatante, la forme synthétisée, les contours cernés de noir .

 

1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm
1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm

1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm

1908 - premier plan Portrait du poète russe Tchouiko - huile sur toile 53,4x46cm

1908 - premier plan Portrait du poète russe Tchouiko - huile sur toile 53,4x46cm

1906 marque son dernier été russe et des vacances en Finlande, elle revient à Paris. Pour y demeurer il faut être marié. Le 5 décembre 1908 elle fait un mariage blanc avec Wilhelem Uhde , mariage qui protège aussi Uhde des rumeurs sur son homosexualité.

1909 - elle rencontre Robert Delaunay, c'est un coup de foudre. Elle divorce d'Uhde, épouse Robert et engage avec lui le combat de sa vie en faveur de l'abstraction et de la couleur. Leur fils Charles nait en 1911 et Sonia lui confectionne, dans un but d'économie, une couverture en patchwork, héritage russe du geste populaire des brodeuses.

Sonia et Robert ;1908 - Broderie de laine sur canevas 83,5x60,5 ; 1911 - Couverture de berceau 111x82cmSonia et Robert ;1908 - Broderie de laine sur canevas 83,5x60,5 ; 1911 - Couverture de berceau 111x82cmSonia et Robert ;1908 - Broderie de laine sur canevas 83,5x60,5 ; 1911 - Couverture de berceau 111x82cm

Sonia et Robert ;1908 - Broderie de laine sur canevas 83,5x60,5 ; 1911 - Couverture de berceau 111x82cm

1913 - Sonia fait la connaissance de Blaise Cendrars et conçoit une audacieuse mise en couleur de son poème "Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France", récit en style simultané d'un interminable voyage en train d'un poète et d'une prostituée. Imprimé au pochoir et relié en accordéon que l'on déplie et lit de haut en bas. Il mesure deux mètres. L'écrit empiète sur la couleur et inversement.

Je vous conseille vivement d'aller sur le site de mon amie Emma, écrivain, où vous trouverez le texte intégral du poème de Cendrars ainsi que son interprétation émouvante par l'acteur, interprète de poésie et metteur en scène français, Vicky Messica.
Sonia Delaunay - MAM Paris - Dec 2014
1913 - Le Bal Bullier - huile sur toile 97x390cm - Le tango est à la mode et le jeudi le couple va danser au bal Bullier, près de Port Royal

1913 - Le Bal Bullier - huile sur toile 97x390cm - Le tango est à la mode et le jeudi le couple va danser au bal Bullier, près de Port Royal

Prismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cmPrismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cm
Prismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cmPrismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cm

Prismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cm

Sonia s'attache ensuite à des recherches graphiques pour la publicité (Zenith, Pirelli, Printemps, Dubonnet et Vogue).

Le couple Delaunay séjourne en Espagne et à la déclaration de la Première guerre mondiale, décide d'y rester. La révolution bolchévique de 1917 met fin aux subsides de l'oncle de Sonia. Sonia ouvre à Madrid une boutique de mode, la Casa Sonia. Le succès est tel qu'elle ouvre trois succursales.

Publicité Dubonnet ; publicité pour le Printemps ; publicité pour VoguePublicité Dubonnet ; publicité pour le Printemps ; publicité pour VoguePublicité Dubonnet ; publicité pour le Printemps ; publicité pour Vogue

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1921 - La famille revient à Paris. Sonia ouvre un atelier chez elle, boulevard Malesherbes, et reprend ses activités dans la mode et la décoration. Robert, lui, connait une période de doute. 1925 - La boutique simultanée est un triomphe, Sonia s'associe avec le créateur de mode Jacques Heim. Elle crée des imprimés, des vêtements, des costumes de ballets.

A la veille de la guerre, Sonia et Robert organise à la galerie Charpentier l'exposition "Réalités nouvelles", premier salon d'art abstrait.

Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.
Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.

Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.

1925 - Groupe de femmes vêtements simultanés  - huile sur toile 146x114cm  ;voiture simultanée1925 - Groupe de femmes vêtements simultanés  - huile sur toile 146x114cm  ;voiture simultanée

1925 - Groupe de femmes vêtements simultanés - huile sur toile 146x114cm ;voiture simultanée

1937 - les deux artistes conçoivent une décoration monumentale pour l'Exposition internationale des arts et techniques destinée au pavillon de l'Air et au pavillon des Chemins de fer. Comme à la Renaissance, un atelier se forme pour la réalisation des décors.

Sonia Delaunay - MAM Paris - Dec 2014
Sonia Delaunay - MAM Paris - Dec 2014Sonia Delaunay - MAM Paris - Dec 2014
1937 - voyage lointains - gouache aquarelle et crayon sur carton - 34x95cm ;  1938 - Rythme et couleur - Huile sur toile 159x154cm1937 - voyage lointains - gouache aquarelle et crayon sur carton - 34x95cm ;  1938 - Rythme et couleur - Huile sur toile 159x154cm

1937 - voyage lointains - gouache aquarelle et crayon sur carton - 34x95cm ; 1938 - Rythme et couleur - Huile sur toile 159x154cm

1938 - Robert et Sonia participent au Salon d'Automne et au salon des Tuileries.

La guerre éclate en 1941. Robert , atteint d'un cancer, décède. Sonia se donne alors pour mission de défendre l'œuvre de son époux et laisse dans l'ombre son propre travail. Ce n'est qu'après 1946 et la rétrospective de l'œuvre de Robert à la galerie Louis Carré qu'elle pensera à elle.

1953 - La galerie Bing à Paris organise sa première exposition personnelle. Elle entre dans le dictionnaire de la peinture moderne en 1954. Elle expose à New York en 1958.

1967 - Le musée d'Art moderne lui consacre une grande exposition. Elle illustre "le Fruit permis" et "Juste Présent" de Tristan Tzara, puis "Les illuminations" de Rimbaud. Elle renoue avec la tapisserie, réalise des maquettes de vitrail, des mosaïques ainsi que la décoration d'une voiture Matra en 1968.

1952 - composition pouir Jazz - gouache sur papier 77x57cm ; 1955 - composition - huile sur toile 160x215cm1952 - composition pouir Jazz - gouache sur papier 77x57cm ; 1955 - composition - huile sur toile 160x215cm

1952 - composition pouir Jazz - gouache sur papier 77x57cm ; 1955 - composition - huile sur toile 160x215cm

1958 - Rythme coloré - huile sur toile 114,3 x 86,9cm ; 1964 - rythme coloré - huile sur toile 97,5X 195,5cm ; 1965 - rythme couleur - gouache sur papier 58x78cm1958 - Rythme coloré - huile sur toile 114,3 x 86,9cm ; 1964 - rythme coloré - huile sur toile 97,5X 195,5cm ; 1965 - rythme couleur - gouache sur papier 58x78cm1958 - Rythme coloré - huile sur toile 114,3 x 86,9cm ; 1964 - rythme coloré - huile sur toile 97,5X 195,5cm ; 1965 - rythme couleur - gouache sur papier 58x78cm

1958 - Rythme coloré - huile sur toile 114,3 x 86,9cm ; 1964 - rythme coloré - huile sur toile 97,5X 195,5cm ; 1965 - rythme couleur - gouache sur papier 58x78cm

1967 - Rythme syncopé - huile sur toile 125x250cm

1967 - Rythme syncopé - huile sur toile 125x250cm

Agée de 92 ans, Sonia collabore avec Artcurial à la création d'objet du quotidien en édition limitée.

Pour Sonia la couleur a remplacé tout même le sujet. N'oublions pas ses origines russes où la couleur est primordiale, l'intérieur des maisons est très coloré et tous les arts, peinture, décors , musique sont sur un même plan.

Sonia décède le 5 décembre 1979 à Paris. Elle reste incontestablement la Grande Dame de l'art abstrait.

"Les couleurs de l'Abstraction"

MAM Paris - jusqu'au 22 février 2015.

Même exposition à la Tate Moderne de Londres du 15 avril au 9 août 2015

Pour terminer cet article j'ai trouvé un émouvant entretien de Jacques Dutronc avec Sonia Delaunay (1968)

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Musées Province
Le vieux port

Le vieux port

Marseille. 24 décembre 2014. En longeant, à pied, le Vieux Port, il faut passer le Fort Saint Jean et l'on aperçoit très vite l'architecture particulière du Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée.

Posé au bord de la mer, juste à l'entrée du Port, c'est un carré parfait de 72 mètres de côté qui en contient un autre de 52 mètres destinés aux salles d'expositions et de conférence. Les vides entre les deux sont les espaces de circulation avec vue sur le Fort, le port et la mer.

La structure alvéolée qui recouvre l'extérieur fait penser au moucharabieh utilisé dans l'architecture traditionnelle des pays arabes, présent aussi dans les palais pour dérober les femmes aux regards. Au MuCEM, les visiteurs peuvent voir à l'extérieur mais ne sont pas visibles de l'extérieur.

Conçu par l'architecte Rudy Ricciotti, le Musée a été ouvert le 7 juin 2013 lors de l'année de la capitale européenne de la culture mais il a fallut onze ans pour réaliser le projet. Les collections proviennent du musée d'ethnographie du Palais du Trocadéro à Paris (1878-1936) et des deux musées qui lui ont succédé, le musée de l'Homme et le musée national des Arts et Traditions populaires. Au début des années 2000 une politique d'acquisition tournée vers l'Afrique du Nord et le Proche-Orient se développe, sont acquis un nombre important d'objets remarquables provenant d'Iran, de Syrie, de Turquie et du Maghreb. L'intégralité des collections de Paris à été déménagée à Marseille.

Depuis la terrasse on peut rejoindre le Fort Saint Jean par une passerelle de 115 mètres. Le Fort abrite des pièces de collections du MuCEM et accueille des manifestations temporaires. La construction du Fort date du XVIIe siècle. Il a eu durant trois siècles une vocation militaire, puis a servi de dépôt de munitions aux allemands pendant la guerre. Il a été gravement endommagé par une explosion accidentelle en 1944.

Merveilleusement restauré, avec un chemin de ronde, agrémenté de plantations de la Méditerranée (chênes blancs et verts, orangers, myrtes, safran et aromates etc), d'où l'on a un panorama sur le ville, le port et le MuCEM, c'est un lieu très agréable à visiter, la passerelle servant de lien entre l'architecture d'aujourd'hui et celle d'hier.

Le ciel couvert ne permettait pas de générer des reflets de la structure alvéolée sur les sols de la terrasse et des espaces de circulation, mes photos ne sont donc pas exceptionnelles.

On ne peut évidemment pas faire de comparaison entre le Musée Vuitton de Paris et le MuCEM de Marseille, ce sont des architectures tout à fait différentes, mais j'ai aimé davantage la circulation et les échelonnements de terrasses du Musée Vuitton à l'enfermement que j'ai ressenti dans le MuCEM.

L'arrivée au MuCEM - cliquez sur les photos pour les agrandirL'arrivée au MuCEM - cliquez sur les photos pour les agrandir
L'arrivée au MuCEM - cliquez sur les photos pour les agrandirL'arrivée au MuCEM - cliquez sur les photos pour les agrandir

L'arrivée au MuCEM - cliquez sur les photos pour les agrandir

Les couloirs extérieursLes couloirs extérieurs
Les couloirs extérieursLes couloirs extérieurs

Les couloirs extérieurs

La terrasseLa terrasse

La terrasse

De la passerelleDe la passerelle
De la passerelleDe la passerelle

De la passerelle

Du fort Saint JeanDu fort Saint Jean
Du fort Saint JeanDu fort Saint Jean

Du fort Saint Jean

Le Fort Saint JeanLe Fort Saint Jean
Le Fort Saint JeanLe Fort Saint Jean

Le Fort Saint Jean

MuCEM - Marseille - Déc. 2014MuCEM - Marseille - Déc. 2014
MuCEM - Marseille - Déc. 2014MuCEM - Marseille - Déc. 2014

Il faisait nettement plus beau pour visiter les calanques, avec la lumière changeante de la fin de journée. Pour clore cet article, je vous offre une courte ballade.

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Peintres
Huile sur toile - Musée Condé à Chantilly - 180x126cm - Commande de Louis XV pour la salle à manger des petits appartements du château de Versailles dite "des retours de chasse"

Huile sur toile - Musée Condé à Chantilly - 180x126cm - Commande de Louis XV pour la salle à manger des petits appartements du château de Versailles dite "des retours de chasse"

1735. Nous sommes à Versailles, sous le règne de Louis XV. Tous ces hommes , réunis autour d'une table dans un décor somptueux, reviennent de la chasse. Ils ont quitté leurs costumes de chasseurs, redingotes, gilets et tricornes pour leurs habits de cour.

Ils dégustent ,en grande quantité, les huitres qui ont été apportées de la côte par coureurs rapides. Sur la table, la vaisselle est en argent. L'étiquette veut que ni bouteille, ni verre ne touchent la table. Les verres sont posés à l'envers dans les verrières, petits bols rafraîchisseurs en porcelaine du Japon ou de Chantilly où une manufacture existe depuis 1725. Devant la table se tient un petit meuble style rocaille, avec son bac à glace, afin de mettre au frais les bouteilles.

Un des gentilshommes vient de couper, avec son couteau, la ficelle retenant le bouchon d'une bouteille, et tête levée, l'air amusé, regarde le bouchon qui vient de sauter. Un autre gentilhomme sert un verre. La bouteille qu'il tient à la main a un fond caractéristique d'un vin, objet d'un véritable engouement depuis 1735, appelé le "saute bouchon", vin effervescent du pays de Champagne.

De nos jours, ce monceau d'huitres et le Dom Pérignon coulant à flot coûteraient une fortune et ce déjeuner serait  encore réservé aux seuls dieux sur la terre, mais en petit comité soyons fous :

Champagne pour tout le monde !!

Huitres pour celles et ceux qui les aiment,

et

BONNE FIN D'ANNEE

à vous tous, fidèles lecteurs.

Michèle PELLEVILLAIN

photos Web

photos Web

"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -
"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -
"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -
"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -
"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -
"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -
"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -

L'invention du champagne est, pour les uns due aux français, pour les autres aux anglais. Ne chicanons pas, les idées peuvent jaillir en même temps, se croiser, se compléter.

En France, le bon moine Dom Pérignon (mort en 1715) officiait avec Dom Ruinart dans les celliers de l'Abbaye d'Hautvillers près d'Epernay. Lors d'un pèlerinage à l'Abbaye de Saint-Hilaire, dans le département de l'Aude, Dom Pérignon découvre la méthode de vinification des vins pétillants de Limoux (fabriqués depuis le début du XVIe siècle). Les deux moines sont surtout à l'origine des techniques d'assemblage entre les différents cépages et dans l'art de sélectionner les parcelles. Le vin est tiré au tonneau (inventé par les Gaulois, cocorico !), pour le vider il faut boire 250 litres et quelques !

Les Anglais connaissent le secret des bulles depuis le XVIIe siècle, savent transformer le vin tranquille en vin mousseux. A cette époque les vins de Champagne voyagent en tonneaux. Les vins sont tranquilles à cause du froid qui sévit à l'automne, la fermentation n'est pas achevée. Les négociants anglais disposent, dès 1660, de bouteilles en verre épais et très solide (well done !), les verriers français mettront longtemps à les égaler. Ils mettent le vin tranquille en bouteilles. Avec le retour de la chaleur au printemps, la fermentation reprend, ce qui rend le vin pétillant. Comme pour l'adoucir ils ajoutent du sucre de canne, cela accentue le phénomène : le vin fait plus que pétiller, il mousse, au point qu'il faut ficeler les bouchons pour éviter qu'ils sautent. Les Anglais ont redécouvert les avantages du liège (que l'antiquité Gréco-latine connaissaient), le bouchon est donc en liège et on le ficelle avec des fils de lin (plus tard le bouchon sera ficelé avec du fil de fer) .

Belle idée française ou anglaise, qu'importe, la mode des bulles se répand en Champagne dès 1720. A partir de 1735, sous le règne de Louis XV, le vin effervescent de Champagne a un succès immédiat dans l'aristocratie et à la cour. Le "saute bouchon" fait oublier le rigorisme de la fin du règne de Louis XIV. Légende ou fait historique, la première coupe à champagne apparue au XVIIIe siècle aurait été moulée sur le sein de la marquise de Pompadour !

"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -

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Publié dans : #Peintres

Hier, je suis allée voir le film de Mike Leigh, Mr TURNER avec Timothy Spall, deux heures trente d'un plaisir rare, qui donne envie de se replonger dans l'œuvre de Turner et dans sa vie.

"Tout le monde me l'avait décrit comme un rude, ennuyeux, pas intellectuel, vulgaire. C'est je crois, impossible. J'ai trouvé en lui un peu d'un excentrique, des manières douces, pragmatiques, un gentleman à l'esprit anglais, d'un ton naturel évidemment, d'un mauvais caractère évidemment, haïssant les tromperies de toutes sortes…" John Ruskin - Praeterita (1885-1889)

cliquez pour agrandir les photos  - photos web -
Coucher de soleil écarlate - gouache - 1830

Coucher de soleil écarlate - gouache - 1830

Turner disait être né le 23 avril 1775, seule sa date de baptême est précisément connue, 14 mai 1775. Il grandit dans le quartier de Covent Garden. Son père William est perruquier et barbier, sa mère fragile psychologiquement, est internée, à la mort de sa fille Mary Ann âgée de 4 ans, au terrible asile de Bedlam.

Turner séjourne chez son oncle maternel à Brentford, petite ville à l'ouest de la capitale, et développe ses talents artistiques. Ses premiers dessins sont exposés dans la boutique de son père. Il fait son apprentissage auprès d'architectes et de topographes.

A 14 ans il s'inscrit à la prestigieuse Royal Academy of Arts où l'une de ses œuvres sera acceptée quelques mois seulement après son arrivée.

En 1790, Turner commence à voyager, parcourt les campagnes galloise, anglaise et écossaise, améliore sa technique de l'aquarelle, aborde la peinture à l'huile. En 1804, il ouvre sa propre galerie. Elle est attenante à sa maison de Harley Street. Son père vit à ses côtés et l'assistera dans son atelier jusqu'à sa mort en 1829.

Entre 1802 et 1845 il fait une vingtaine de séjours, en France, Suisse, Italie (à Rome et à Venise notamment dont la lumière le fascine), en Allemagne, aux Pays Bas, au Danemark. Il enseigne à la Royal Academy de 1811 à 1837.

Sa vie est parsemée de secrets et d'intrigues, on en connait peu de chose : c'est un homme mystérieux . Il ne s'est jamais marié. Il aurait eu une aventure avec une veuve, Sarah Danby, et serait peut-être le père de ses deux filles.

En 1833, il fait la connaissance de Sophie Booth, qui vit à Margate, une petite ville célèbre du Kent.

En 1840, Turner rencontre le jeune et riche John Ruskin, critique d'art et sociologue qui devient son plus ardent défenseur et collectionneur.

En 1846, Sophie Booth devenue veuve, Turner s'installe avec elle , à Londres, au bord de la Tamise, dans le quartier de Chelsea . Il y préserve sa vie privée. Les habitants du quartier le connaisse sous le nom de Mr Booth, ses amis pensent qu'il habite toujours sa maison de Queen Ann Street.

A sa fin de vie, Turner organise sa succession et nomme John Ruskin son exécuteur testamentaire. Lorsqu'il décède le 19 décembre 1851, Ruskin aura un lourd travail d'inventaire. Turner a légué la totalité de ses œuvres à l'Etat Britannique : 300 peintures, 37.000 dessins et aquarelles, 300 carnets de croquis. En 2003, Ian Warrell, conservateur de la Tate Britain découvre dans les réserves du musée une série de dessins érotiques soigneusement emballés dans un papier portant une annotation de la main de Ruskin "Gardé uniquement comme preuve d'un esprit égaré". Alors qu'on le prenait pour un avare, Turner a réservé sa maigre fortune à la création d'une fondation d'aide aux artistes

Turner ne concevait son existence d'artiste que dans la confrontation avec les autres peintres. Raphael, Titien, Rembrandt, et surtout Poussin et Claude Lorrain, l'inciterons à se surpasser. Eternel insatisfait il portait un regard exigeant sur son travail. Toute son existence a tourné autour du paysage, qui jusqu'à la fin du XVIIIe siècle était considéré comme un art mineur.

Peintre de la lumière (il était fasciné par la couleur jaune) et de l'espace, ses scènes de tempêtes célèbrent avec passion la nature. Totalement dégagée de l'objet, sa peinture était en avance sur son temps. Incompris de son vivant il sera célébré par tous les artistes du XXe siècle.

L'incendie du Parlement -  1834

L'incendie du Parlement - 1834

Le désastre en mer - 1835

Le désastre en mer - 1835

La côte de Northumberland - 1836

La côte de Northumberland - 1836

Le dernier voyage du Téméraire - 1839

Le dernier voyage du Téméraire - 1839

Les esclaves jettant par dessus bord les morts et les mourants - 1840

Les esclaves jettant par dessus bord les morts et les mourants - 1840

Tempête de neige en mer - 1842

Tempête de neige en mer - 1842

Le rigi bleu - 1842

Le rigi bleu - 1842

Pluie vapeur et vitesse - 1844

Pluie vapeur et vitesse - 1844

Venise en approche - 1844

Venise en approche - 1844

Chateau de Norham - lever de soleil - 1845

Chateau de Norham - lever de soleil - 1845

Le film Mr Turner est magnifique . Avec des images fortes et belles, Mike Leigh nous faire revivre les vingt cinq dernières années de la vie de Turner. Dans l' une des premières scènes, son père, préparant un repas, rase, avec son coupe-chou, la soie d'une tête de cochon, puis s'attaque à la barbe de son fils qui dans la vie ne cesse de grogner et grimacer. "Quand je me regarde dans un miroir je vois une gargouille" dit-il.

Ce personnage laid et obèse, fait jaillir de ses pinceaux des paysages sublimes, et au fil du temps la qualité de sa peinture rejaillit sur lui, on le trouve moins hideux. Solitaire face aux paysages superbes qui l'inspirent il devient émouvant. Il lui faut ressentir ce qu'il va peindre : une séquence du film nous le montre attaché au mât d'un navire au cœur d'une tempête.

Autre épisode croustillant qui se passe avant l'ouverture du salon de 1832 à la Royal Academy. Turner, rondouillard, face rubiconde, jovial, retrouve ses confrères prétentieux et guindés : une boule dans un jeu de quilles ! Les tableaux sont accrochés côte à côte, sans aucun espace, du sol au plafond. Celui de Turner, "Le Ville d'Utrecht prenant la mer" aux couleurs pâles et lumineuses, côtoie "l'inauguration du Pont de Waterloo" de Constable , toile colorée et vibrante. Constable est encore occupé à multiplier les touches de vermillon et de garance. Turner va chercher un pinceau saturé de rouge minium et dépose au milieu de sa toile une tache ronde, contrepoint compétitif qui rend Constable furieux. Plus tard Turner reviendra en effacer la moitié pour en faire une bouée.

Les années avec Sophie Booth sont plus douces, mais au moment de sa mort sa dernière pensée sera pour sa servante ("Damoiselle") ,pauvre créature bien disgraciée, défigurée par un horrible psoriasis, dévouée à lui corps et âme, et qu'il a abandonnée dans sa maison de Queen Ann.

Les dernières paroles de Turner : "Le soleil est Dieu".

Ce film est peu distribué… courrez y !!

La Ville d'Utrecht prenant la mer - 1832

La Ville d'Utrecht prenant la mer - 1832

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Publié dans : #Expositions à Paris

Je viens de découvrir, à l'Orangerie des Tuileries, des tableaux méconnus d'Emile Bernard ainsi que son parcours complexe qui pourrait porter le titre du roman de Huysmans, associé à l'esthétique symboliste, "A rebours".

Emile Bernard, initiateur du "Cloisonnisme" et du "Synthétisme", se voulant à l'avant-garde de l'avant-garde, s'éloignera de ses contemporains pour rechercher l'idéal classique. Son exil de France durant dix années et sa classification dans l'arrière-garde par les historiographes, qui ne s'attachent au début du XXe siècle qu'à l'avant-garde, le feront tomber dans l'oubli.

"A l'heure qu'il est, 1918, j'ai cinquante ans, j'ai produit environ deux mille tableaux, vingt livres, romans, critiques, philosophie, dont quelques-uns seulement sont édités, près de mille gravures sur bois et eaux fortes, plus de cent mille vers, plus de trois mille dessins. J'ai en outre innové dans le meuble et la tapisserie. J'ai fait connaître Cézanne et Vincent Van Gogh. J'ai dirigé plusieurs revues d'art, j'ai parcouru dix nations, visité plus de cent musées, lu un grand nombre d'ouvrages et presque tous les chefs d'œuvre. Je n'ai rien épargné pour connaître et faire aimer et défendre le Beau. Pourtant je suis quasiment inconnu".

Emile Bernard n'aimait pas se répéter, il était constamment à la recherche de l'idéal, du beau, du grand, du parfait. Ses œuvres dites "d'arrière-garde" sont pour moi aussi intéressantes que celles de ses débuts. Dans ses nus on retrouve le classicisme des grands maîtres italiens de la Renaissance mais aussi Courbet, ses compositions aux corps mêlés sont impressionnantes. Son travail de graveur, resté encore plus dans l'ombre, est d'une grande diversité aussi bien technique que graphique.

J'ai été enthousiasmée par cette exposition. Pour apporter ma petite contribution à le faire mieux connaître, et démontrer la richesse de son œuvre, je vous propose de le suivre année par année avec à l'appui les images que j'ai pu trouver sur internet.

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Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1868 - 26 avril - Emile Bernard naît à Lille. Il est le fils d'un marchand d'étoffes. Il a une sœur Madeleine, de trois ans sa cadette. La famille quitte Lille pour Paris, Emile Bernard a dix ans. C'est un enfant surdoué, choyé entre ses parents à Asnières et sa grand'mère à Lille.

1884 - Pour préparer le concours d'entrée aux Beaux Arts de Paris, il entre dans l'atelier de Fernand Cormon, fait la connaissance de Toulouse Lautrec et de Van Gogh. Son futur complice, Louis Anquetin, massier de l'atelier, l'initie à "l'impressionnisme"

"L'heure de la Viande" - Pastel et gouache sur papier d'emballage - 125x170cm - coll.part.

Cliquer sur les images pour les agrandir
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1886 - Jugé indiscipliné, Emile Bernard est renvoyé de l'atelier de Cormon. Il aborde le "pointillisme" avec Schuffenecker, entreprend un voyage de six mois, à pied, à travers la Normandie et la Bretagne, rencontre Paul Gauguin qui l'ignore.

Verger à Pont-Aven - huile sur panneau 52x52cm, Quimper, Musée des Beaux Arts

Dès son retour à Paris, il se rend avec Anquetin dans l'atelier de Paul Signac. Tous deux rejettent en bloc ce qu'ils voient. Van Gogh leur a fait découvrir les estampes japonaises, ils mettent alors au point une peinture en compartiments cernées de noir, le "cloisonnisme".

Jean Morréas publie dans le Figaro le "Manifeste symboliste" : "l'œuvre d'art doit exprimer une idée en utilisant des signes et des symboles, le tableau doit être "synthétique".

1887 - Deuxième voyage en Bretagne et cette fois collaboration avec Gauguin.

"Un après midi à Saint Briac" huile sur toile 46x55cm

"Pont de fer à Asnières" huile sur toile 46x54cm - New York

"Pot de grès et pommes" huile sur toile 46,2x55,2cm - Musée d'Orsay Paris

"Bretonnes dans la prairie" huile sur toile 82x30cm

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1888 - Portrait de Gauguin par Emile Bernard - Portrait d'Emile Bernard par Gauguin

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1889 - Il participe à l'exposition au café Volponi. Tourmenté, en proie à des doutes moraux et artistiques, il trouve un réconfort dans le retour à un mysticisme chrétien. Il exécute deux tableaux pour sa chambre d'Asnières, le "Christ au Jardin des Oliviers" et "le Christ décloué de la croix".

Il collabore à de nombreuses revues et contribue à la reconnaissance de Van Gogh et Gauguin.

"Le Christ décloué de la croix" huile sur toile 90x150cm - coll.part.

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1890 - Voyage en Flandres. Mort de Van Gogh. Emile Bernard expose chez le Père Tanguy.

"autoportrait" - huile sur toile 55,5x46cm - Musée des Beaux Arts Brest

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1891 - Le critique d'art Albert Aurier reconnaît Gauguin comme l'initiateur incontestable du Symbolisme sans citer Emile Bernard, la rupture entre les deux peintres est définitive.

Moisson au bord de la mer à Saint Briac - huile sur toile - 73,3 x 92,5cm

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1892 - Exposition au Salon de la Rose-Croix

"Bretonnes aux ombrelles" huile sur toile 73,3x92cm

1893 - Voyage à Florence, Constantinople, Ile de Samos,Jérusalem, Alexandrie et enfin le Caire où il s'installe pour dix années. Il se marie avec Hanenah Sâati. Ils auront cinq enfants, deux seulement survivront, Irène et Antoine.

La production d'Emile Bernard est intense. Il réalise une série de grandes peintures représentant la vie quotidienne en Egypte. L'Orient le rapproche du passé et de la beauté plastique.

1894 - "autoportrait au turban jaune" huile sur toile 60x49cm - Quimper -

Derrière lui Hanenah, soumise, yeux baissés.

1895 - "Pleureuses - fête arabe" huile sur toile 84x100cm - Paris Musée Branly

1898 - "Les trois races" huile sur papier marouflé sur toile 120,7x180,3cm - Los Angeles

1900 - "femmes puisant l'eau sur le Nil " 227,3x307,1 - Lille Palais des Beaux Arts

"Fumeuse de Haschich" huile sur toile 114x85cm - Paris Musée d'Orsay

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1901 - Emile Bernard séjourne à Paris, expose à la galerie Vollard et s'éprend d'Andrée Fort (la sœur du poète). Elle l'accompagne au Caire (ils feront, dit-on, ménage à trois avec Hanenah)

"autoportrait" - huile sur toile 53x45cm - Lille Palais des Beaux Arts

Inscription sur le côté en rouge : "L'art seul peut te sauver de l'abîme où tout tombe, Ecris, peins, sculpte, car il faut vaincre la tombe"

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1904 - Retour en France. Emile Bernard rend visite à Cézanne à Aix en Provence et publie le texte de ses entretiens dans la revue "L'occident". Il s'installe à Tonnerre avec Andrée Fort et ses enfants Irène et Antoine (Hanenah est restée dans sa famille au Caire). Trois enfants vont naître : Milandre en 1905, Michel-Ange en 1906 et Emilienne en 1907). Il demeure le plus souvent à Montmartre où il reçoit artistes et intellectuels qui partagent ses recherches sur le mouvement "d'arrière-garde". Il fonde la revue "La Rénovation Esthétique", expose ses idées sur l'art et son opposition à l'avant-garde. Isolé, il signe sous différents pseudonymes.

1908 - "Après le bain - Trois Nymphes" 121X151cm - Lille Musée des Beaux Arts

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1912 - Après le décès de son père et l'héritage familial, il s'installe, 15 quai de Bourbon, à Paris, dans l'ancien atelier de Philippe de Champaigne. Il accroche au dessus de la cheminée un autoportrait où sa maîtrise technique veut dénoncer le modernisme : cette même année la Ruche bourdonne !

autoportrait - huile sur toile 78x64cm - coll.part.

1913 - Il rencontre Armène Ohanian, arménienne de 26 ans, danseuse de Shamakha, qui a commencé sa carrière à Bakou et est installée à Paris depuis 1912. Leur liaison durera deux ans.

photo d'Armène

"Armène au tambourin" - huile sur toile 100,5x95;5cm. 1915 coll.part.

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1914 - Il se replie à Tonnerre avec sa famille

1915 - Séjour à Villeneuve-Lès-Avignons où il réalise des fresques pour l'Abbaye.

1916 - Il achève l'illustration des "Fleurs du Mal" de Baudelaire - xylographie

1918 - Illustration des œuvres de François Villon - xylographie

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1922 - Séjour à Venise jusqu'en 1926

"Le jeune vénitien" - huile sur carton 97,5x56cm - coll. part

1925 - Exposition de la première version du "Cycle humain" au Salon des Tuileries

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1927 - "La lutte de l'homme contre la femme" 161,9x177,5cm - Amiens

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1928 - Exposition à la galerie Vollard : " Les petites fleurs" de Saint François - xylographie

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1930 - Illustration de l'Odyssée - xylographie

1931 - Illustration de "La fin de Satan" de Victor Hugo

eau-forte et quatre lavis

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1933 - Il tombe amoureux d'une prostituée, Rina (Catherine Schwartz) qu'il tente de "sauver". Bien que fervent catholique il a fréquenté et peint les bordels. Il dénonce le tragique de la prostitution et raconte son histoire avec Rina dans son livre "L'esclave nue" : "le plus grand amour est celui que l'on ressentait dans l'âge mûr pour une fille perdue que l'on veut sauver"

1937 - Hanenah Sâati décède au Caire, il épouse Andrée Fort l'année suivante.

autoportrait - huile sur toile

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1939 - Il s'installe à Pont Aven pour deux ans. Il peint les fresques pour l'église de Saint-Malo-de-Phily.

Il présente sa candidature à l'Académie des Beaux Arts. Il est élu en novembre 1940.

Il s'éteint le 16 avril 1941. seul, dans son appartement du quai Bourbon.

A l'encontre des peintres qui s'enferment dans un système, Emile Bernard fait preuve d'une grande liberté d'expression. Il ne se soucie pas de l'air du temps et suit, sans doute, une logique qui lui est propre et qui peut apparaître déroutante. Il est peu présent dans les encyclopédies d'art. Peu connu, il l'est encore moins pour ses œuvres littéraires. Il s'est essayé à tous les genres, romains, poésie, théâtre, biographies, essais. Ses écrits paraissaient le plus souvent dans des revues dont il est difficile de trouver trace. Sa correspondance est particulièrement riche.

De nos jours, les tableaux d'Emile Bernard ne trouvent pas toujours d'acquéreur. Sa cote est loin d'atteindre celle de son ami Van Gogh ou de Gauguin. Ce mois ci Ader a adjugé une huile sur toile "nu au miroir" de 100x76cm à seulement 3.000 euros. L'exposition de l'Orangerie fera peut-être grimper les enchères, mais Emile Bernard en serait il heureux, lui qui haïssait les marchands qu'il accusait de spéculer sur l'art moderne ?

Un seul regret à la sortie de cette passionnante exposition, elle ne présente, dans une petite salle, que quelques estampes sous vitrine.

Jusqu'au 5 janvier 2015

Musée de l'Orangerie - Jardin des Tuileries - 75001 PARIS.

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Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

INFORMATION

ILE DE FRANCE

EXPOSITION

D'ART

CONTEMPORAIN

Tous les jours

de 14 h 30 à 18 h 30

VENEZ NOMBREUX !

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Publié dans : #Musées Parisiens

En cette merveilleuse matinée d'automne, marcher sur le chemin qui longe la voie du petit train allant de la porte Maillot au Jardin d'acclimatation est une agréable promenade. Je me rends à la limite du Bois de Boulogne où vient d'être inaugurée la Fondation Vuitton. L'architecture est signée Frank Gehry, californien de 85 ans, à qui l'on doit le musée Guggenheim de Bilbao.

Quelques pas dans l'avenue Mahatma Gandhi et je vois apparaître une étrange proue de navire. J'emprunte l'entrée du Jardin qui précède celle du musée, la proue se reflète dans un bassin qui descend en cascade. Je m'éloigne du bâtiment pour en admirer toute la dimension, l'architecture est étonnante, je ressens la même émotion qu'à l'approche du musée de Bilbao.

Photos MP - cliquez dessus pour les agrandir

Avec ses douze voiles de verre au vent, ce vaisseau est une prouesse technologique qui a sollicité les recherches de plus de deux cents ingénieurs et la dépose de trente brevets d'innovation. Un four spécifique a été créé pour mouler les panneaux uniques de la verrière de 13.500m2. Sous les voiles se trouvent les coques d'acier des onze salles d'exposition, dont l'ensemble appelé "iceberg" est recouvert d'un béton blanc à la texture douce. Le tout repose sur une dalle de deux cents mètres de long et de trois mètres d'épaisseur, coulé à vingt mètres au dessous du sol. Le faîte du bâtiment atteint quarante mètres. Sous la voilure qui diffuse une lumière douce, s'échelonne différentes terrasses d'où l'on découvre le Bois de Boulogne, le Jardin d'acclimatation, la Défense... C'est un lieu magique.

Il y a évidemment de nombreuses critiques sur la politique de mécénat, le coût des travaux et leur incidence sur le budget de l'état, les avantages fiscaux, le prix d'entrée, l'architecture qui parfois déplait etc..

Oublions un instant tout cela, entrer dans ce vaisseau c'est faire la plus belle des croisières.

Fondation Louis Vuitton - Paris -
Fondation Louis Vuitton - Paris -
Fondation Louis Vuitton - Paris -
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Quelques œuvres : le parcours de jeux de reflets autour du bassin d'Olafur Eliasson, le rideau de scène multicolore d'Ellsworth Kelly dans l'auditorium.Pierre Huygue et son voyage mystique en Antarctique, un tableau de la salle Richter

Fondation Louis Vuitton - Paris -  Fondation Louis Vuitton - Paris -
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FONDATION LOUIS VUITTON

8 avenue du Mahatma Gandhi

Bois de Boulogne - 75116 PARIS

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Fondation Louis Vuitton - Paris -

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Publié dans : #Expositions à Paris

Portée par "La Grande Vague", une foule est venue s'échouer devant le Grand Palais. A l'intérieur cinq cents pièces exceptionnelles du très célèbre Hokusai. Dans cette foule de nombreux enfants, sans doute parce qu'Hokusai est présenté comme le pionnier des "manga" alors que ses carnets d'esquisses spontanées n'ont qu'un lointain rapport avec les bandes dessinées chéries par les enfants.

La carte de la Maison des Artistes me permet d'entrer sans attendre. Déception : l'intérieur est tout aussi bondé. Il faut faire la file pour s'approcher des œuvres. Les enfants s'ennuient. Guettant les espaces libres, je louvoie. Je peux admirer de près une centaine d'œuvres. Aurais-je pu regarder attentivement cinq cents estampes ? J'achète le petit catalogue "Hokusai l'expo", les reproductions ne sont pas mauvaises et je pourrai, à loisir, scruter dans le détail les œuvres que je n'ai pas pu aborder.

PETIT RAPPEL HISTORIQUE ET TECHNIQUE

L'évolution de la peinture japonaise au XVIIe tient à l'essor de ses grandes villes et à la stabilité politique. A Edo (actuelle Tokyo) après l'incendie de 1657, la bourgeoisie désire posséder des peintures à son goût. Pour répondre à la demande on fait appel à la technique des estampes réservée jusque là à l'illustration des livres. A la demande d'un public qui souhaite des coloris éclatants, Hishikawa Moronobu (1618-1694) ajoute sur ses estampes des couleurs à la main. Après sa mort on exploite une technique appelée "tan-e" (tan : rouge orangé) en mettant à la main quelques touches de rouge orangé sur la gravure noir et blanc. Puis une technique plus avancée "beni-e" (beni : pourpre), due sans doute à Okumura Masanobu consiste à appliquer toujours à la main des touches de couleurs claires, pourpre, jaune, vert ou violet.

Mais éditeurs et artistes cherchent le moyen xylographique de colorier les estampes. En s'inspirant des estampes polychromes chinoises on commence par ajouter quelques couleurs (le pourpre et le vert bleuté) à la gravure en superposant le tirage de chacune des couleurs (on grave une planche par couleur). Puis des artistes de talent, notamment Suzuki Harunobu (1725-1770) en collaboration avec les meilleurs graveurs et imprimeurs font des tirages de luxe employant sept ou huit couleurs.

L'artiste dessine sur un papier mince et translucide en fibre de murier, puis le confie à un graveur qui le colle à l'envers sur une planche de bois poli (variété de cerisier choisi pour sa dureté). La planche est creusée au canif en suivant les traits du dessin. Le dessin sur papier coupé en même temps est détruit. Le graveur réalise d'abord le "bois de traits" pour les contours du dessin et l'écriture, puis les planches correspondant à chacune des couleurs des aplats, les "bois de teinte".. Les nombreux passages sous la presse exige un papier de qualité supérieure (hôsho).

C'est cette technique xylographique, "nishiki-e" qui sera employée par Hokusai pour ses estampes.

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HOKUSAI

Hokusai est né en 1760 à Warigesui dans le quartier de Honjo incorporé à Edo dans la première moitié du XVIIIe siècle. Il est adopté à l'âge de trois ou quatre ans par son oncle, artisan de haut rang, fabricant de miroirs en bronze. En 1773-1774, il entre en apprentissage dans un atelier de xylographie.

Durant sa longue vie, Hokusai a utilisé cent vingt noms d'artistes et pseudonymes et changé fréquemment de style.

Ses premières estampes datent de 1779, il devient l'élève de Katsukawa Shunshö (1726-1792), spécialiste des "kabuki", portraits d'acteurs célèbres et de l"ukiyo-e", peintures de genre et de goût populaire. L'ukiyo-e est à son apogée à la fin du XVIIIe siècle.

 Kabuki

Kabuki

Hokusai abandonne l'école katsukawa, découvre quelques livres hollandais illustrés de gravures parvenus au Japon (les hollandais étaient les seuls à pouvoir communiquer avec le Japon par l'unique port de Nagasaki). Il publie alors plusieurs séries de paysages purs de style "occidental" consacrées au vues du Tokaido, grande route reliant Kyôto à Edo, et au mont Fuji. Fréquentant une élite culturelle, il édite des "egoyomi", calendriers illustrés, et des "surimono", estampes hors commerce distribuées entre amis.

Il s'affirme en tant qu'artiste indépendant et réputé, suscitant élèves et imitateurs. Il opte pour le nom qui l'a rendu célèbre, Hokusai, en hommage à la divinité bouddhique Myôken, incarnation de l'étoile du Nord, à laquelle il voue un culte particulier. Parallèlement à sa production de surimono, d'estampes polychromes et de peintures, il illustre un grand nombre de "yomihon" (romans fleuves inspirés des légendes chinoises).

A partir de 1814, il commence la publication du Hokusai Manga, sorte d'encyclopédie de dessins et croquis fournissant aux artistes un répertoire iconographique de modèles sur tous les sujets. Treize carnets ont paru de son vivant et deux après sa mort.

 Manga

Manga

Manga

Manga

Au début des années 1830, Hokusai réalise ses œuvres les plus célèbres : la série des "Trente-six vues du Mont Fuji", les cascades, les oiseaux, et des thèmes fantastiques comme les fantômes. Cette période se caractérise par la production de nombreux surimono. Hokusai s'impose également comme un peintre remarquable.

Orage en bas du sommet - Trente six vues du Mont Fuji - nishiki-e - 24,7x36,7cm -

Orage en bas du sommet - Trente six vues du Mont Fuji - nishiki-e - 24,7x36,7cm -

Les chutes d'eau de Kirifuri sur le mont Kurokami - nishiki-e - 38,5X25,8cm -

Les chutes d'eau de Kirifuri sur le mont Kurokami - nishiki-e - 38,5X25,8cm -

Bouvreuil et cerisier pleureur en fleur - 25,3x18,8cm - nishiki-e -

Bouvreuil et cerisier pleureur en fleur - 25,3x18,8cm - nishiki-e -

En 1839, un incendie détruit sa maison avec tout son matériel, ses croquis et dessins. Il se désintéresse de l'estampe et s'adonne surtout à la peinture.

Le succès inattendu d'un jeune rival va ébranler sa suprématie : Andô Hiroshige, qui publie, en 1834, un recueil des "Cinquante-trois étapes de la grande route de Tokaido".

Tombé malade au printemps 1849, il meurt dans la misère au mois de mai, presque ignoré, laissant une production monumentale. Il est enterré au temple de Keikoji dans le district d'Asakusa d'Edo où il a passé la majeure partie de sa vie.

Chutes d'Ono sur la route de Kisohaidô - 37,1x25,8cm - nishiki-e

Chutes d'Ono sur la route de Kisohaidô - 37,1x25,8cm - nishiki-e

Cascade où Yoshitsune lava son destrier à Yoshino - 37,8x25,5cm - nishiki-e -

Cascade où Yoshitsune lava son destrier à Yoshino - 37,8x25,5cm - nishiki-e -

Série Cent poèmes de cent poètes expliqués par la vieille nourice. 26x36,5cm - nishiki-e

Série Cent poèmes de cent poètes expliqués par la vieille nourice. 26x36,5cm - nishiki-e

Ono no Komachi - 39x25?5cm - nishiki-e

Ono no Komachi - 39x25?5cm - nishiki-e

Recueil de caricatures - Valets attitrés à la classe militaire - 22,5x16,5cm - nishiki-e

Recueil de caricatures - Valets attitrés à la classe militaire - 22,5x16,5cm - nishiki-e

Kakemono (rouleau vertical) - 59,1x30,2cm -

Kakemono (rouleau vertical) - 59,1x30,2cm -

Kakemono - 156,5 x 104cm

Kakemono - 156,5 x 104cm

Très intéressante exposition à condition d'avoir, pour comprendre la richesse des estampes, quelques connaissances techniques, d'autant que les légendes sont truffées de termes japonais Comme pour toutes les expositions ultra-médiatisées, trop de monde pour apprécier véritablement les œuvres qui doivent être vues de très près.

En raison de la fragilité de certaines œuvres, l'exposition est réalisée en deux volets avec une interruption entre le 20 Novembre et le 1er décembre afin de remplacer une centaine d'estampes issues de la même série. Exposition jusqu'au 18 janvier 2015 - Grand Palais Paris

Deux carpes - 23,2 x 28,7 cm - nishiki-e

Deux carpes - 23,2 x 28,7 cm - nishiki-e

glycine - 25,4X18,3cm - nishiki-e

glycine - 25,4X18,3cm - nishiki-e

QUELQUES MOTS SUR LE JAPONISME

A la fin des années 1850, le peintre graveur Félix Bracquemond (1833-1914) découvre fortuitement un volume des Manga. Est-ce le carnet n°6 (provenant de la collection d'un hollandais, Overmeer Fisscher (1800-1848), qui avait travaillé à Nagasaki), premier ouvrage d'estampes japonaises entré à la BNF en 1843 ? Bracquemond devient le premier artiste européen à copier les œuvres japonaises. Il reproduit, vers 1867, sur un service de porcelaine réalisé par Eugène Rousseau, des figures animales d'après Hokusai.

Pour l'exposition Universelle de Paris de 1867, le gouvernement shôgunal du Japon passe une commande officielle aux meilleurs artistes japonais de l'époque afin de faire connaître les mœurs japonaises. Les artistes font partie de la dernière génération de l'ukiyo-e. Les estampes vendues sur place contribuent pour une bonne part à la vague "japonisme". C'est donc à travers le maniérisme que Manet, Monet, Degas, Van Gogh et tant d'autres ont été influencés par les estampes japonaises.

En 1868, avec l'ère Meiji, le Japon s'ouvre au monde extérieur, c'est le début de la politique de modernisation.

En août 1876, Emile Guimet, industriel lyonnais, part en mission au Japon avec Félix Régamey, peintre. Ils sont séduits par tous les aspects de la vie japonaise. A leur retour en France, ils sont les propagandistes de l'art japonais. Guimet conçoit le Musée des Arts Asiatiques de Paris, qui portera son nom. Il est inauguré en 1889. La même année, l'Exposition Universelle fait découvrir les grands maîtres japonais du XVIIIe siècle.

Vincent Van Gogh - Portrait du père Tanguy

Vincent Van Gogh - Portrait du père Tanguy

Edouard Manet - Portrait d'Emile Zola

Edouard Manet - Portrait d'Emile Zola

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Monastères et abbayes

Depuis longtemps je rêvais de Fontevraud. J'avais sans doute beaucoup trop attendu, beaucoup trop rêvé pour ne pas être un peu déçue. Certes, cette immense abbaye est très belle, mais, lors de ma visite, je n'ai pas ressenti dans ce lieu froid et touristique, le souffle monacal attendu.

Le fondateur de l'abbaye, Robert d'Arbrissel, est né en 1045 à Arbrissel en Bretagne. Ermite dans le forêt de Craon, des disciples puis des foules viennent le voir. Le pape Urbain II, informé de son renom, le charge d'enseigner au plus grand nombre l'Evangile. Robert se retrouve alors à la tête d'un groupe nomade de plusieurs centaines de disciples. Personnage singulier, il pratique une ascèse assez particulière visant le salut de l'âme par une mortification de la chair à l'épreuve de la mixité.

Très vite les autorités ecclésiastiques l'obligent à se fixer et à organiser une communauté séparant les hommes et les femmes : ce sera à Fontevraud entre 1099 et 1101.

Les disciples sont répartis dans quatre monastères : le Grand-Moûtier est réservé aux contemplatives, "vierges" ayant mené une vie irréprochable ; le couvent de la Madeleine est destiné aux sœurs converses, "filles repenties", femmes mariées, veuves ; dans le prieuré Saint-Lazare les sœurs soignent les malades et les lépreux et hors clôture, le couvent Saint-Jean-de-l'Habit regroupe les moines.

En 1104, Robert reprend sa vie errante et confie l'abbaye à la prieure Hersende de Montsoreau. Revenu en 1115, quelques mois avant sa mort, il nomme à la tête de l'ordre la première abbesse, Pétronille de Chemillé. L'abbesse est la mère de l'abbaye, l'ordre se réfère aux dernières paroles du Christ, qui, désignant Marie à son disciple Jean, dit "Voici ta mère".

Dès lors, jusqu'à la Révolution, trente-six abbesses issues de l'aristocratie angevine puis de l'entourage royal se succèdent à la tête de cet ordre double. Elles dépendent du Saint Siège au spirituel et de la justice du roi de France au temporel. La protection royale vaut à Fontevraud des privilèges et le titre d'abbaye royale.

Religieux et religieuses quittent les lieux en 1792. Les bâtiments abandonnés sont pillés et vandalisés. Napoléon fait de l'abbaye une prison, c'est ce qui la sauvera de la ruine. Six cents détenus des deux sexes arrivent en 1814, ils seront mille six cents en 1842, ils sont encore 500 lorsque la prison ferme en 1963.

Les chantiers de restauration se succèdent. En 1975, le Centre culturel de l'Ouest est créé avec un programme de manifestations : conférences, concerts, expositions etc. De nos jours le prieuré Saint-Lazare est devenu un hôtel de luxe et sa petite église un "iBar numérique" que je trouve, personnellement, d'un goût douteux.

J'ai aimé par contre, le cloître du Grand-Moûtier, la salle Capitulaire, et la tour d'Evrault qui faisait office de cuisine, une grande cheminée centrale et vingt cheminées secondaires en assuraient une parfaite aération.

Au milieu de l'église abbatiale, impressionnante par ses dimensions, sont "exposés" les gisants Plantagenêt : Aliénor d'Aquitaine, Henri II, Richard cœur de lion et Isabelle d'Angoulême, femme de Jean "sans terre", morte à Fontevraud après avoir pris le voile sur son lit de mort (je les préférerais présentés de façon moins ostentatoire).

Le gisant d'Aliénor (fin du XIIe) m'a beaucoup touchée. Elle porte le hennin à mentonnière, coiffe à fond plat complétée par un voile léger qui encadre son visage. Elle doit avoir une trentaine d'années. Elle tient dans ses mains un livre, peut-être un psautier ou le symbole de son amour pour la poésie. La pierre tufeau polychrome la fait revivre dans ce lieu auquel elle était très attachée.

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L'entrée de l'abbatiale et sur le côté la tour d'Evrault
L'entrée de l'abbatiale et sur le côté la tour d'Evrault
L'entrée de l'abbatiale et sur le côté la tour d'Evrault

L'entrée de l'abbatiale et sur le côté la tour d'Evrault

Abbaye de Fontevraud - sept. 2014
Abbaye de Fontevraud - sept. 2014
Alienor d'Aquitaine et Henri II , Isabelle d'Angoulême et Richard coeur de lion
Alienor d'Aquitaine et Henri II , Isabelle d'Angoulême et Richard coeur de lion

Alienor d'Aquitaine et Henri II , Isabelle d'Angoulême et Richard coeur de lion

Le cloïtre du Grand-Moûtier

Le cloïtre du Grand-Moûtier

  la Salle capitulaire
  la Salle capitulaire

la Salle capitulaire

Le réfectoire

Le réfectoire

La tour d'Evrault vue des jardins, et l'intérieur avec ses cheminées
La tour d'Evrault vue des jardins, et l'intérieur avec ses cheminées
La tour d'Evrault vue des jardins, et l'intérieur avec ses cheminées

La tour d'Evrault vue des jardins, et l'intérieur avec ses cheminées

Dans le village de Fontevraud, au bout d'une allée ombragée on peut admirer la petite église Saint-Michel, construite à la fin du règne d'Henri II pour les nombreux ouvriers et artisans employés à la construction de l'Abbaye. L'autel en bois sculpté recouvert de feuilles d'or se trouvait dans l'église abbatiale au XVIIe siècle.

Abbaye de Fontevraud - sept. 2014
Abbaye de Fontevraud - sept. 2014

ALIENOR D'AQUITAINE

Quittant Fontevraud, j'ai eu envie de connaître mieux Aliénor. Ce qui m'a frappée en lisant sa vie, outre son destin fabuleux de reine de France, puis reine d'Angleterre, c'est son courage et sa capacité à voyager. Car ce n'était pas une mince affaire de circuler au Moyen âge, même si en sa qualité de reine, elle était accompagnée par de nombreux serviteurs et chariots transportant vêtements, attirails de cuisine, tapis, tentes etc. Les routes étaient chaotiques et peu sûrs. Aliénor était une bonne cavalière et d'une endurance hors du commun.

Après une vie de règne, de voyages et d'exil (Henri II la séquestre durant presque quinze ans à Chinon puis dans différents châteaux d'Angleterre), la belle et lettrée Aliénor se retire dans le silence des voutes de Fontevraud. Elle est septuagénaire. Elle a fait preuve, toute sa vie, d'une grande sollicitude envers les abbayes en particulier celle de Fontevraud.

Elle ne profite pas longtemps de sa retraite, son fils préféré, le roi Richard cœur de lion, se meurt à Chalûs (de nos jours en Haute-Vienne). Elle quitte Fontevraud et s'y rend, "plus vite que le vent" diront les chroniqueurs, en sept jours.

Déjà elle avait couru vers lui, en 1190, alors qu'il était bloqué dans le port de Messine en Sicile. Il partait pour la troisième croisade. Aliénor passe les Alpes, traverse la Lombardie cherchant à s'embarquer à Pise puis à Naples et finalement trouve des vaisseaux à Brindisi. Elle emmène avec elle Bérangère, fille de Sanche, Roi de Navarre : il faut une épouse et un héritier à Richard. De Sicile elle se rend à Rome puis s'embarque pour l'Angleterre en février 1191.

Quelques années plus tard, en décembre 1193, elle prend la mer, prête à affronter les tempêtes pour escorter la rançon destinée à libérer Richard des prisons de Léopold, duc d'Autriche. Il a été arrêté à son retour de croisade. Aliénor le retrouve à Cologne et rentre avec lui en Angleterre en mars 1194.

Elle avait compris l'engouement de Richard pour la croisade, car elle-même, à vingt-quatre ans, avait parcouru l'Aquitaine pour convaincre ses vassaux de participer à la seconde croisade avec son époux Louis VII. Les croisés étaient partis de Metz, les chariots chargés de bagages s'étendaient sur des lieues. Il avait fallu cinq mois pour atteindre Constantinople, traverser la Syrie, Antalya, prendre la mer pour Antioche et enfin atteindre la Terre Sainte. La croisade avait été un échec, le périple avait duré plus de deux années. Le couple était désuni, le mariage fut annulé. Quelques mois plus tard, Aliénor épousait Henri Plantagenêt (futur Henri II d'Angleterre). Elle lui donnait cinq garçons et trois filles, avec Louis VII elle n'avait eu que deux filles.

A Chalûs, Richard meurt le 6 avril 1199, quelques temps après Jeanne et Marie de Champagne. Sur les dix enfants d'Aliénor deux seuls sont encore vivants, Jean et Aliénor.

Doutant des capacités de Jean sans terre, qui succède à Richard, elle surmonte sa douleur et entreprend, au printemps 1199 à près de quatre vingt ans, une chevauchée politique de trois mois : Loudun, Poitiers, Niort, La Rochelle, Saintes, Bordeaux, pour reprendre en main son domaine. Elle retrouve Jean à Rouen en Juillet.

Ses voyages ne sont pas finis, le dernier lui fait franchir les Pyrénées pour se rendre à Burgos auprès de sa fille Aliénor, épouse d'Alphonse VIII de Castille. Après un séjour heureux à la cour elle ramène en France sa petite fille Bianca, douze ans, renommée Blanche pour épouser Louis de France.

En 1200, Aliénor est de retour à Fontevraud, mais en 1202 un conflit avec Philippe Auguste l'oblige à se réfugier à Poitiers où elle sera davantage en sécurité. Elle est contrainte de s'arrêter au château de Mirebeau rapidement assiégé. Jean arrivera à temps pour éviter son arrestation et la libérer.

Revenue enfin dans le silence de son cher Fontevraud, elle meurt le 31 mars 1204.

Abbaye de Fontevraud - sept. 2014

ABBAYE DE FONTEVRAUD - Département du Maine et Loire

Photo MP sauf intérieur de la salle capitulaire (photo Wikipédia)

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Chateaux

De la forteresse construire au Xe siècle par le redoutable guerrier et puissant comte d'Anjou, Foulque III "Nerra" ("le noir", surnom qu'il doit à la couleur de son armure), ne subsiste qu'un fragment d'enceinte, les vestiges d'une chapelle et deux pans de murs de la tour surplombant le château du XVe siècle.

Nota - cliquez sur les photos pour les agrandir.

Le château de Langeais - Août 2014

En 1206, à la suite des victoires de Philippe Auguste sur Jean sans terre, Langeais entre dans le domaine royal français. En 1422, le château, occupé par des bandes armées, est racheté par Charles VII qui fait abattre l'enceinte excepté le donjon carré en pierre, le plus ancien de France.

En 1465, Louis XI confie à Jean Bourré, Trésorier de France et ami, la construction d'un nouveau château. Les travaux sont achevés en 1469. C'est à la fois une vaste demeure avec des ouvertures sur le jardin et la campagne, et face à la ville, une forteresse avec des tours et un pont levis (encore en parfait état de fonctionnement). Louis XI n'occupera jamais le château et en fera cadeau à son cousin, François de Dunois et de Longueville (fils du Dunois, bâtard du duc d'Orléans, compagnon de Jeanne d'Arc).

Le château de Langeais - Août 2014
Le château de Langeais - Août 2014
Le château de Langeais - Août 2014
Le château de Langeais - Août 2014

François de Dunois continue les travaux et aménage les grandes salles du rez-de-chaussée et du premier étage où seront célébrées au petit matin du 6 décembre 1491, le mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne. La mariée n'a que 14 ans, le marié 21. Un contrat a été signé : si le roi meurt, Anne s'engage à épouser son successeur (elle épousera Louis XII). Le mariage réunit la Bretagne au royaume de France.

Dunois se tue le 25 novembre 1491en tombant de cheval, il n'assistera pas au mariage qu'il a incité. Il n'a pas d'héritier, le château est vendu et les propriétaires se succèdent.

En 1886, Jacques Siegfried, négociant alsacien, s'établit à Langeais. C'est un grand voyageur qui a fait deux fois le tour du monde. Conseillé par des experts il entreprend de rendre au château l'allure qu'avait au XVe et début XVIe une demeure aristocratique. Il le meuble richement de lits, coffres, chaises, objets divers, avec aux murs tentures et tableaux. Il léguera Langeais en 1904 à l'Institut de France.

Le château vu du jardin avec le donjon carré et la vue sur Langeais
Le château vu du jardin avec le donjon carré et la vue sur Langeais

Le château vu du jardin avec le donjon carré et la vue sur Langeais

A la fin du Moyen Age la production des tapisseries est en plein essor, elles habillent les murs et protègent du froid et de l'humidité. Jacques Siegfried rassemble entre 1880 et 1900 des tapisseries de la fin du XVe et du début du XVIe, dont celles célèbres des "Preux".

Les "Neuf preux" sont cités dans le roman de Jacques de Longuyon, Les vœux du Paon, qui s'inspire de La légende dorée de jacques de Voragine : ce sont neuf héros guerriers qui incarnent l'idéal de la chevalerie de l'Europe du XVe : trois païens, Hector, Alexandre le Grand, Jules César, trois héros de l'ancien testament, Josué, le Roi David, Judas Macchabée, trois chrétiens, le Roi Arthur, Charlemagne, Godefroy de Bouillon. (La liste de "Neuf preuses", héroïnes mythologiques, sera crée par la suite, probablement par Jehan Le Fèvre dans Le livre de Lëesce).

Le château conserve sept tapisseries, il manque celles de Judas Macchabée et de Charlemagne. C'est la collection la plus complète que l'on puisse trouver aujourd'hui. Tissées à Aubusson ou à Felletin (Creuse), elles ont été réalisées entre 1525 et 1540 pour le seigneur du château de Chauray, lieutenant sénéchal du Poitou afin d'orner la grande salle de son logis. C'est un ensemble admirable, récemment restauré. Les couleurs, sans doute altérées, nous offrent encore une belle harmonie de bleus et de bruns.

Au XVIe, les "Neuf preux" sont un sujet à la mode. On les retrouve aussi en cartes à jouer. Il ne reste de nos jours dans les jeux classiques, que le carré de rois (Alexandre, David, César, Charlemagne). En architecture, le nom de ces neuf personnages a été donné à chacune des tours du château de Pierrefonds (Oise).

La "Salle des Preux"

La "Salle des Preux"

Le château de Langeais - Août 2014Le château de Langeais - Août 2014Le château de Langeais - Août 2014
Détail des tapisseries de Godefroy de Bouillon et d'Alexandre le Grand
Détail des tapisseries de Godefroy de Bouillon et d'Alexandre le Grand

Détail des tapisseries de Godefroy de Bouillon et d'Alexandre le Grand

Bien meublé, salles ornées de grandes cheminées et de belles tapisseries, chambres confortables, le château de Langeais semble vivre encore. On ne visite pas Langeais, on y flâne et on y rêve, tout au long des alignements de pièces parfois peu éclairées, comme elles devaient l'être autrefois aux seules lueurs des chandeliers. L'atmosphère de cette fin de Moyen Age qui glisse doucement vers la Renaissance est renforcée par l'exposition de costumes Renaissance qui se tient dans les combles du château.

Salle des mille fleurs

Salle des mille fleurs

Salle de la devise

Salle de la devise

Salle de banquet

Salle de banquet

Chambre de parement (on y reçevait contrairement à la chambre de retrait pour s'isoler)

Chambre de parement (on y reçevait contrairement à la chambre de retrait pour s'isoler)

Tapisserie dans la chambre de retrait

Tapisserie dans la chambre de retrait

Reconstitution du mariage de Charles VIII et d'Anne de Bretagne dans la grande salle

Reconstitution du mariage de Charles VIII et d'Anne de Bretagne dans la grande salle

Tapisserie "mille fleurs" dans la chambre de la dame

Tapisserie "mille fleurs" dans la chambre de la dame

Chambre des enfants - berceau et miroir
Chambre des enfants - berceau et miroirChambre des enfants - berceau et miroir

Chambre des enfants - berceau et miroir

Cabinet d'Art sacré - châsse du XIIIe - Vierges sages et vierges follesCabinet d'Art sacré - châsse du XIIIe - Vierges sages et vierges folles

Cabinet d'Art sacré - châsse du XIIIe - Vierges sages et vierges folles

Garde-robe : houpelande à freppes XIVe - robe XVe

Garde-robe : houpelande à freppes XIVe - robe XVe

COSTUMES DE LA RENAISSANCE

A la Renaissance, le commerce et les échanges sont relancés grâce aux richesses du nouveau monde. En France, l'industrie textile qui traite essentiellement la soie, la laine et le lin est florissante (les villes les plus prospères Tours et Lyon). Les artisans se regroupent en corporation, les paysans se spécialisent dans la production des matières premières. Les hommes, tailleurs, rubaniers, passementiers fleurissent. Les peauciers fournissent les gantiers qui sont aussi parfumeurs. Les femmes font les travaux minutieux, le linge fin, la broderie, la dentelle.

La mode française subit les influences de l'Italie et de l'Espagne. Les poupées de mode, petits mannequins, circulent dans toute l'Europe.

Mesdames, je vous laisse rêver !

Messieurs, quittez pantalons et cravates, revêtez pourpoints et hauts de chausse, enfilez vos bas de soie, ajustez vos fraises !

Robes de nobles dames et gentilhommes français du XVIe (sauf la 2e - vénitienne et la 3e germanique), la dernière est une tenue de fillette dite "marlotte".
Robes de nobles dames et gentilhommes français du XVIe (sauf la 2e - vénitienne et la 3e germanique), la dernière est une tenue de fillette dite "marlotte".
Robes de nobles dames et gentilhommes français du XVIe (sauf la 2e - vénitienne et la 3e germanique), la dernière est une tenue de fillette dite "marlotte".
Robes de nobles dames et gentilhommes français du XVIe (sauf la 2e - vénitienne et la 3e germanique), la dernière est une tenue de fillette dite "marlotte".
Robes de nobles dames et gentilhommes français du XVIe (sauf la 2e - vénitienne et la 3e germanique), la dernière est une tenue de fillette dite "marlotte".
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CHATEAU ET PARC DE LANGEAIS

37130 LANGEAIS

L'exposition "Costumes de la Renaissance" s'est terminée le 31 août.

photos de l'article MP sauf reconstitution du mariage de Charles VIII et la salle des Preux

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