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Voir-ou-revoir

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Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Musées Parisiens
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Dans mon précédent article je vous décrivais la salle du Palais de Darius qui venait d'être rouverte au public. Une autre salle, "la cour du Sphinx" , a été rouverte en décembre 2014. Elle avait été fermée en 2002 pour stocker une partie des sculptures des réserves du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines qui se trouvaient dans les sous-sols. Le Louvre avait suivi les recommandations de la Préfecture de Paris qui craignait une crue centennale de la Seine.

Photos MP - cliquer sur les images pour les agrandir

Au sol , la mosaïque des Saisons qui ornait  une riche villa romaine au IVe siècle, à Daphné, faubourg d'Antioche.

Au sol , la mosaïque des Saisons qui ornait une riche villa romaine au IVe siècle, à Daphné, faubourg d'Antioche.

On peut admirer à nouveau, fixées au mur , les 43 plaques, vestiges de la frise ionique du temple d'Artémis à Magnésie du Méandre, (actuelle Turquie) datées du IIe siècle avant JC. Elles représentent le combat entre les guerriers grecs menés par Héraclès et les Amazones.

La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015
La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015

Les grands chapiteaux de pilastres, décorés d'acanthes ou de griffons datent du IIe siècle avant JC, et les impressionnantes bases des colonnes ont été sculptées à l'époque impériale

La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015

Dressée dans une embrasure, tournant le dos à l'escalier Daru, Melpomène est une des plus grandes statues du Louvre. Elle est en marbre et mesure 3,92 m. Elle date du Ier siècle avant JC-Ier siècle après . Muse de la tragédie, elle a été découverte en 1496 à Rome sur le Champ de Mars, elle était dépourvue de bras. En 1782, Giovanni Pierantoni lui ajoutera des avant-bras et le masque tragique . Quatre autres muses ont été retrouvées vers la fin du XVIe siècle. Melpomène fait sans doute partie d'un groupe de neuf muses qui décoraient le théâtre ou le portique de Pompée, premier édifice de spectacle en pierre à Rome. Melpomène est la seule a avoir conservé sa tête d'origine.

La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015

Dans une salle adjacente, on peut voir une très belle tête en marbre d'Athéna casquée datant de 470-460 av. JC. Le visage devait être rehaussée de peinture, les cils en métal, le cou s'encastrant dans le corps d'une statue. Les trous de fixation signalent l'existence d'éléments rapportés, cheveux, bijoux, cimier sur le casque.

La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015

Au mur, une métope du temple d'Olympie," Les oiseaux du lac Stymphale" 450 av. JC. Du corps d'Héraclès, seuls la tête et le bras subsistent, la reconstitution donne une effet totalement surréaliste de l'histoire représentée : les oiseaux de la forêt proche du lac de Stymphale dévoraient les fruits et les récoltes. Héraclès les attira en jouant des castagnettes de bronze que lui avait offertes Athéna. Il tua les oiseaux et les offrit à la déesse.

La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015

Et enfin, la belle statue (IIème siècle après JC, en marbre) d'Héraclès et Télèphe a quitté la salle des Caryatides pour s'installer dans ce bel espace. Est-ce une vérité historique (mythologiquement parlant) ? Héraclès a-t-il tenu Télèphe dans ses bras ? Selon le récit qui suit on peut en douter.

La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015
La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015
La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015
La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015La cour du Sphinx - Musée du Louvre - mars 2015

Héraclès et Augé

En ce temps là, Aléos était roi de Tégée, au pays d'Arcadie. Il avait épousé Néère qui lui avait donné quatre enfants : une fille Augé, et trois garçons. Un jour, l'Oracle assena à Aléos, de passage à Delphes, que les frères de Néère seraient occis par le fils de sa propre fille.

Si le sort de ses beaux frères ne le tracassait qu'à demi, il savait par contre qu'il aurait à redouter la colère de son épouse s'il n'agissait pas (on sait à quel point, dans la Grèce d'alors, les rois ont eu du mal à maintenir le calme dans leur foyer). Aléos, en outre, aimait bien sa femme.

Il revint vite à Tégée, fit de sa fille une prêtresse d'Athéna, dans le sanctuaire qu'il avait fondé, lui souligna que sa fonction lui imposait la plus stricte chasteté, que sa vie en ce monde en dépendait.

C'était une très bonne solution ...

Un peu plus tard, Héraclès, toujours sur les routes, passa à Tégée. On ne sait s'il partait combattre Augias qui lui devait encore le salaire promis pour le nettoyage de ses écuries, ou bien s'il rentrait à Sparte. Aléos le reçut chaleureusement. La réception eût lieu dans le temple d'Athéna. Augé était présente, pure et chaste dans ses voiles. Vous connaissez Héraclès : très vite il repéra la jeune vierge, avec le vin, vint l'appétit coupable. Certains affirment que, pris de boisson, Héraclès viola purement et simplement Augé, d'autres relèvent que le sacrifice ayant eu lieu hors du sanctuaire, près d'une fontaine, il y aurait eu rendez-vous.

Le lendemain Héraclès poursuivit sa route.... et alla faire un enfant à Parthénope. Six mois passèrent. La famine et la peste s'étaient abattues sur Tégée ; Aléos s'interrogeait. La pythie assura qu'un crime avait été commis dans le temple d'Athéna. Le Déesse se vengeait. Le roi alla voir et constata que les rondeurs de sa fille étaient un aveu. Aléos le prit très mal : le flot des pleurs d'Augé, sa déclaration d'être une victime injustement chargée des crimes d'un violeur ivre ne calmèrent pas le Roi.

Il traina la malheureuse sur la place du marché pour la tuer. Là devant la foule, gêné, il recula et préféra charger son ami, le roi Nauplios, grand navigateur au passé trouble, de la noyer.

Sur le chemin de Nauplie, Augé mit au monde un fils qu'elle cacha dans un fourré. Nauplios n'avait aucune raison de noyer Augé, donc perdre l'argent que lui vaudrait la vente de cette très belle princesse. Elle fût achetée finalement par Teuthras, en Mysie (Asie Mineure).

Le bébé restait dans son fourré, sur le mont Parthénios. Un lièvre l'allaita un temps (il est dit parfois que c'est une biche, comme représenté sur la statue) avant que les bergers le découvrent, l'appellent Télèphe et le conduisent à leur maître le roi Corithos.

Quant Télèphe fût grand, voulant savoir de qui il était le fils, il alla interroger l'Oracle de Delphes qui l'envoya en Mysie chez le roi Teuthras. Il avait bien sur tué auparavant ses deux oncles (à la parole d'Apollon, on ne saurait échapper).

Sur les retrouvailles de la mère et du fils, les versions sont diverses ; la plus théâtrale et par là la plus vraisemblable est la suivante :

Quant Télèphe survint, Teuthras était aux prises avec un Argonaute, Idas, qui voulait s'emparer du trône. Teuthras promit à Télèphe Augé, qu'il avait adoptée, s'il le tirait des griffes d'Idas. Bien sur, en une seule bataille Teuthras était sauvé. Les futurs époux furent présentés l'un à l'autre. Télèphe ne reconnut pas sa mère dans sa ravissante fiancée, car c'était elle ! Augé ne reconnut pas son fils (sa ressemblance à son père était pourtant prodigieuse). Vint la noce, les célébrations et, dans la chambre le "tête à tête".

Fidèle au souvenir d'Héraclès (elle n'avait cessé de l'aimer !) Augé s'était munie d'une épée pour protéger sa semi-virginité. Elle serait allée jusqu'au meurtre si les dieux n'avaient délégué un serpent pour les séparer et qu'ils puissent crier, l'une - ô mon fils !, l'autre - ô ma mère ! et tomber dans les bras l'un de l'autre !

Heureux ils quittèrent vite la Mysie et retrouvèrent leur Arcadie chérie.

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Salle du Sphinx - Pavillon Denon - Musée du Louvre Paris

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PHOTOS MP

PHOTOS MP

L’archer, les deux mains serrées sur la hampe de sa lance pointée vers le haut, le pommeau reposant sur son pied, attend l'ordre de se mettre en marche. Son visage de profil est bruni par le soleil, sa barbe est frisée en petites boucles serrées. Une corde est roulée en torsade sur ses cheveux (bandeau encore porté aujourd’hui dans certains pays arabes pour maintenir le carré de tissu placé sur la tête). Sa seconde arme est un grand arc : la corde est passée dans son bras gauche, la courbure de la branche s’élève au dessus de sa tête. Les liens du carquois qu’il porte sur le dos retombent vers le sol. Sa longue tunique descend jusqu’aux chevilles , elle a de larges manches dégageant ses poignets ornés de bracelets sans doute en or. Des boucles d'oreilles, également jaunes, complètent la parure.

Si cette œuvre était une pièce unique, nous serions fascinés par sa constitution en briques moulées dans une pate siliceuse, par la belle harmonie de glaçures vertes, brunes, blanches et jaunes. Ce bas relief n’est pas épais, pas plus de 5 mm, mais avec le recul il semble plus important. Le fond est d’un bleu changeant selon le degré de cuisson qu’a subi la brique.

Ce qui devient plus extraordinaire, c’est que cet archer au regard fixe, immobile et rigide sur le panneau de 2m de haut, n’est pas unique mais a été multiplié à l’identique de nombreuses fois avec seulement deux variantes : le sens de la marche et les motifs de la tunique qui alternent soit des petites rosaces bleues sur un fond jaune, soit de petites maquettes de forteresses sur un fond blanc.

La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015

Il y a 2500 ans, défilant les uns derrière les autres, ces archers formaient une frise se déroulant sur des centaines de mètres. Elle était sans doute installée, de façon assez élevée, sur une grande partie des façades extérieures du palais de Darius Ier à Suse. Elle encadrait la porte d'entrée. Des motifs polychromes géométriques ou floraux cernaient les frises et les panneaux, ornaient les escaliers, les montants de portes ou de fenêtres. La frise représentait-elle les « Immortels » garde d’élite du roi composée de 10000 hommes, ou bien l'image idéale de l'homme perse, soutien de l'empire ?

Ornement des escaliers

Ornement des escaliers

Au musée du Louvre, la salle dédiée au Palais de Darius était fermée depuis trois ans en raison de la construction de nouveaux escaliers devant desservir le pavillon Marengo.

Elle vient de rouvrir et je retrouve avec bonheur les nombreux panneaux reconstitués de « la frise des archers ».

La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015

Darius Ier (522-486 av. JC) était roi de l’Empire perse achéménide dont la capitale était Suse. C’était un grand conquérant, son Empire s’étendait de la vallée du Nil à celle de l’Indus (il était aussi Pharaon d’Egypte) et un grand bâtisseur. Il fit élever, dès le début de son règne, le Palais de Suse, en porphyre et en bois de cèdre (défi à la nature dans un pays qui ne possédait ni arbres ni carrières), sur une terrasse artificielle de 12 hectares. Le palais comportait une salle d’audience royale nommé « Apadana » dont le plafond était supporté par des colonnes de près de vingt mètres couronnées d’un chapiteau avec pour élément décoratif deux bustes de taureaux.

Darius Ier a également fait construire le Palais de Persépolis.

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Colonnes couronnées de bustes de taureauxColonnes couronnées de bustes de taureaux

Colonnes couronnées de bustes de taureaux

Plan du Palais de Darius - Photo du site de Suse, avec au fond le Chateau de Jacques de Morgan (photos web)Plan du Palais de Darius - Photo du site de Suse, avec au fond le Chateau de Jacques de Morgan (photos web)

Plan du Palais de Darius - Photo du site de Suse, avec au fond le Chateau de Jacques de Morgan (photos web)

Sur le Palais de Darius, détruit par un incendie, Artaxerxés construisit un nouveau palais en laissant sur place les matériaux ruinés qui se retrouvèrent dans les fondations. A la fin du XIXe siècle, des fouilles sont entreprises. Le Britannique W.K. Loftus repère les grandes lignes de l’Apadana. En 1884/1885, Marcel Dieulafoy et sa femme reprennent l’exploration. Ils découvrent de nombreuses briques qui permettent de reconstituer deux panneaux représentant des archers. Puis des éléments innombrables sont récupérés dans l’Apadana. A partir de 1908 Les fouilles sont poursuivies par Roland de Mecquenem et Jacques de Morgan. Le musée du Louvre recueille des milliers de briques plus ou moins complètes. Il s’en suit un travail long et laborieux pour reconstituer un archer : il faut trier les briques, les répertorier, repérer les emplacements sur des patrons, combler les manques. Les archers remontés comportent entre 56 et 64 % de parties originales, les glaçures des éléments restaurés sont volontairement d'un ton plus clair . Aujourd’hui, les fonds de briques restant dans la réserve ne permettent plus d’envisager la réalisation d'autres panneaux.

La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015

Dans la salle de Darius, outre la « frise des archers », on peut admirer la « frise des lions » et celle des « griffons », ainsi que de la vaisselle et des objets précieux. L' anse de vase en forme de bouquetin ailé (en argent partiellement doré) dont les pattes reposent sur un masque de Silène, nous permet d'imaginer le faste de la cour de Suse.

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La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015
La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015
La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015
La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015
La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015
La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015

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La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015
La "frise des archers" - Musée du Louvre - fev.2015

Musée du Louvre - Antiquités orientales - Salle Sully

Décor du Palais de Darius Ier - Site archéologique de Suse en Iran

Statue de Darius Ier - Musée de Téhéran - (photo web)

Statue de Darius Ier - Musée de Téhéran - (photo web)

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Château de Jàtiva
Château de Jàtiva

DE LEONARD DE VINCI A MICHEL-ANGE

La famille Borja, lointaine descendante de Pedro d'Atarès, seigneur de la petite ville de Borja, se prétendait d'ascendance romaine, évoquant même comme parent Jules César. Au XIIIe siècle les Borja sont des terriens espagnols que le roi d'Aragon récompense pour avoir expulsé les Maures de Valence, et auxquels il attribue, en 1238, la ville de Jàtiva dans la région de Valence. Au début du XVe, un des Borja, Alfonso, devient prêtre. En 1442, il va prêter obédience au pape Eugène IV pour Alphonse d'Aragon qui s'est emparé de Naples. Il plait au pape, devient cardinal, puis pape en 1455. Il a soixante dix sept ans, prend le nom de Calixte III. C'est par lui que commencent l'histoire et l'ascension des Borgia (le nom de Borja italianisé).

Calixte III s'entoure d'une foule de sœurs, neveux, nièces et cousins débauchés et les comble de bienfaits. Il s'attache particulièrement au petit Rodrigo (né en 1431, fils de sa sœur Isabel) qu'il éloigne de Jàtiva et de Valence pour l'envoyer à l'université de Bologne. En 1457 il nomme Rodrigo commissaire des troupes pontificales et vice-chancelier des églises de Rome. Calixte III ne règne que trois ans et décède en aout 1458. Quatre autres papes vont lui succéder, le dernier, Innocent VIII est élu en 1484.

 Juan de Juanes - Portrait du pape Calixte III - 1586 - huile sur cuir. 83x56cm Valence
Juan de Juanes - Portrait du pape Calixte III - 1586 - huile sur cuir. 83x56cm Valence

A la mort d'Innocent VIII, en juillet 1492, Rodrigo est légat pontifical. Deux fois son élection comme pape a échouée, mais cette fois il sent son heure arrivée. Pour être élu, il utilise la corruption et distribue tous ses biens (il n'en aura plus besoin en tant que pape) . Il accède ainsi au trône de saint Pierre sous le nom d'Alexandre VI. Il nomme ses proches à des charges lucratives, n'hésitant pas à aller jusqu'au crime pour aboutir à ses fins et mène un train de vie fastueux. Déjà son image est celle d'un pape cruel, perfide, lubrique et esclave de ses passions (à soixante ans, il tombe follement amoureux de Giulia Farnèse qui n'a que dix sept ans).

Juan de Juanes - Portrait du Pape Alexandre VI - 1586 - huile sur cuir - 83x56cm - Cabildo metropolitano de Valence
Juan de Juanes - Portrait du Pape Alexandre VI - 1586 - huile sur cuir - 83x56cm - Cabildo metropolitano de Valence

De sa liaison avec sa maîtresse Vannozza Cattanei naissent quatre enfants, Jean, César, Lucrèce et Geoffroi . Alexandre VI sera le premier pape à reconnaître ses enfants naturels et à en faire des princes : Jean l'aîné sera préfet de Rome (il sera assassiné et son frère César sera fortement soupçonné du meurtre) , César après avoir été cardinal deviendra chef d'armée, Lucrèce après deux mariages épousera en troisième noce Alphonse d'Este futur duc de Ferrare.

Alexandre VI décède en 1503, à soixante douze ans : c'est la chute de la maison Borgia. Lucrèce, duchesse de Ferrare, est épargnée. Depuis 1505, elle mène une vie paisible entourée de musiciens et de poètes. Cesar, fait prisonnier est livré au roi d'Espagne, il s'échappe et se met alors au service du roi de Navarre, il meurt durant le siège de Viana en 1507.

En 1671, comme une sorte de rédemption des Borgia, le petit-fils de Jean, François Borgia sera canonisé.

L'histoire sulfureuse de cette famille ,qui apparaît comme l'incarnation des vices les plus abominables, crimes, débauches, incestes, est devenue une légende. Elle a séduit de nombreux auteurs : Victor Hugo, Alexandre Dumas, et au cinéma, Mario Caserini (1910) Abel Gance (1925 et 1935)), Christian Jaque (1953), et plus près de nous les séries avec Jeremy Irons ou John Doman.

Elle se déroule dans une Europe en pleine mutation avec le conflit entre Réforme protestante et Eglise catholique, les guerres, la découverte de l'Amérique, l'invention de l'imprimerie.

Dans cette seconde moitié du Quattrocento, les cours et les cités italiennes rivalisent et favorisent le mécénat. L'art de la Renaissance s'affirme grâce aux grandes familles de marchands et de banquiers, tels les Médicis, mais aussi grâce aux papes.

Le musée Maillol nous a surtout présenté les Borgia en tant que mécènes. Alexandre VI a été le protecteur et le commanditaire de nombreux artistes dont trois favoris : Paolo da san Leocadio, Andrea Bregno, Antoniazzo Romano. César prendra Léonard de Vinci comme conseiller militaire pour tenter de former en Italie un Etat unitaire. Lucrèce s'entourera de poètes contribuant à la diffusion de leurs écrits.

Malgré le titre de l'exposition Léonard de Vinci et Michel-Ange sont peu représentés : une ébauche de la Piéta, un Christ en croix et deux dessins de Michel-Ange, un seul dessin de Léonard de Vinci, mais j'ai pu admirer des œuvres de Raphaël, Cranach, Verrocchio, Metsys et les œuvres qui contribuèrent à immortaliser les Borgia.

Ce fut, pour moi, vraiment, une très belle visite. Quelques ennuis de santé m'avaient empêchée de découvrir cette exposition avant ses derniers jours (elle s'est terminée le 15 février). Je ne peux donc plus plaider pour elle, par contre vous trouverez là les photos de nombreuses œuvres exposées.

Léonard de Vinci - trois vues d'une tête de barbue portrait présumé de César Borgia -

Léonard de Vinci - trois vues d'une tête de barbue portrait présumé de César Borgia -

Attribué à Michel-Ange - Pietà - fin XVe - terre cuite ; Andrea Bregno - base surmontée du buste d'Isis (IIe siècle) socle après 1475Attribué à Michel-Ange - Pietà - fin XVe - terre cuite ; Andrea Bregno - base surmontée du buste d'Isis (IIe siècle) socle après 1475

Attribué à Michel-Ange - Pietà - fin XVe - terre cuite ; Andrea Bregno - base surmontée du buste d'Isis (IIe siècle) socle après 1475

d'après Bartolomeo Veneto - portrait présumé de Lucrèce Borgia, 1510 - huile sur bois 58x42cm - Nimes musée des Beaux-Arts ;  Altobello Melone - Portrait de gentilhomme (César Borgia ?) vers 1510 - huile sur bois - 58x48cm - Bergame Accademia Carrarad'après Bartolomeo Veneto - portrait présumé de Lucrèce Borgia, 1510 - huile sur bois 58x42cm - Nimes musée des Beaux-Arts ;  Altobello Melone - Portrait de gentilhomme (César Borgia ?) vers 1510 - huile sur bois - 58x48cm - Bergame Accademia Carrara

d'après Bartolomeo Veneto - portrait présumé de Lucrèce Borgia, 1510 - huile sur bois 58x42cm - Nimes musée des Beaux-Arts ; Altobello Melone - Portrait de gentilhomme (César Borgia ?) vers 1510 - huile sur bois - 58x48cm - Bergame Accademia Carrara

Raphaël - portrait du Cardinal Farnèse - 1509/1511 - huile sur toile 138x91cm - Naples ;  Luca Longhi ? - Dame à la licorne (Giulia Farnèse ?) vers 1535 huile sur bois 132x98cm NaplesRaphaël - portrait du Cardinal Farnèse - 1509/1511 - huile sur toile 138x91cm - Naples ;  Luca Longhi ? - Dame à la licorne (Giulia Farnèse ?) vers 1535 huile sur bois 132x98cm Naples

Raphaël - portrait du Cardinal Farnèse - 1509/1511 - huile sur toile 138x91cm - Naples ; Luca Longhi ? - Dame à la licorne (Giulia Farnèse ?) vers 1535 huile sur bois 132x98cm Naples

Francucci Innocenzo, dit Innocenzo da imola - Portrait présumé de Vannozza Cattanei - 83x62cm Rome ; Fra'Bartolomeo - Portrait de Jérôme Savonarole - 1499 - huile et tempera sur panneau 72x56cm - FlorenceFrancucci Innocenzo, dit Innocenzo da imola - Portrait présumé de Vannozza Cattanei - 83x62cm Rome ; Fra'Bartolomeo - Portrait de Jérôme Savonarole - 1499 - huile et tempera sur panneau 72x56cm - Florence

Francucci Innocenzo, dit Innocenzo da imola - Portrait présumé de Vannozza Cattanei - 83x62cm Rome ; Fra'Bartolomeo - Portrait de Jérôme Savonarole - 1499 - huile et tempera sur panneau 72x56cm - Florence

Antoniazzo Romano - Annonciation 1500 - huile sur bois 130x185cm - Rome ; Titien - Le Pape Alexandre VI présente Jacopo Pesaro à St Pierre - 1502 - huile sur toile 147x188cm - AnversAntoniazzo Romano - Annonciation 1500 - huile sur bois 130x185cm - Rome ; Titien - Le Pape Alexandre VI présente Jacopo Pesaro à St Pierre - 1502 - huile sur toile 147x188cm - Anvers

Antoniazzo Romano - Annonciation 1500 - huile sur bois 130x185cm - Rome ; Titien - Le Pape Alexandre VI présente Jacopo Pesaro à St Pierre - 1502 - huile sur toile 147x188cm - Anvers

Lucas Signorelli - Gonfalon  - 1474 - huiles sur toile 156x104cm  - Bannière destinée aux processions peinte sur deux faces (crucifixion et descente du Saint Esprit) il fut divisé en deux panneaux en 1775.Lucas Signorelli - Gonfalon  - 1474 - huiles sur toile 156x104cm  - Bannière destinée aux processions peinte sur deux faces (crucifixion et descente du Saint Esprit) il fut divisé en deux panneaux en 1775.

Lucas Signorelli - Gonfalon - 1474 - huiles sur toile 156x104cm - Bannière destinée aux processions peinte sur deux faces (crucifixion et descente du Saint Esprit) il fut divisé en deux panneaux en 1775.

Quentin Metsys - Portrait d'Erasme 1517 - huile sur toile marouflé sur bois - 59x46cm Rome ;  Bernardino di Betto dit le Pinturicchio - L'Enfant Jésus aux mains - 1492 - fresque déposée 73x59cm - PérouseQuentin Metsys - Portrait d'Erasme 1517 - huile sur toile marouflé sur bois - 59x46cm Rome ;  Bernardino di Betto dit le Pinturicchio - L'Enfant Jésus aux mains - 1492 - fresque déposée 73x59cm - Pérouse

Quentin Metsys - Portrait d'Erasme 1517 - huile sur toile marouflé sur bois - 59x46cm Rome ; Bernardino di Betto dit le Pinturicchio - L'Enfant Jésus aux mains - 1492 - fresque déposée 73x59cm - Pérouse

Giovanni Bellini - La transfiguration du Christ - vers 1455 - huile sur bois 134x68cm - Venise ; Paolo da san Leocadio - Vierge à l'Enfant et Saint Jean 1500-1510 - huile sur bois 59x45cm Valence Giovanni Bellini - La transfiguration du Christ - vers 1455 - huile sur bois 134x68cm - Venise ; Paolo da san Leocadio - Vierge à l'Enfant et Saint Jean 1500-1510 - huile sur bois 59x45cm Valence

Giovanni Bellini - La transfiguration du Christ - vers 1455 - huile sur bois 134x68cm - Venise ; Paolo da san Leocadio - Vierge à l'Enfant et Saint Jean 1500-1510 - huile sur bois 59x45cm Valence

Andréa Mantegna - Saint Georges vers 1470 - tempera sur bois 66x32cm - Venise ; Andrea del Verrocchio - Saint Jerôme 1495 - huile sur papier marouflé sur bois 40x17cm - FlorenceAndréa Mantegna - Saint Georges vers 1470 - tempera sur bois 66x32cm - Venise ; Andrea del Verrocchio - Saint Jerôme 1495 - huile sur papier marouflé sur bois 40x17cm - Florence

Andréa Mantegna - Saint Georges vers 1470 - tempera sur bois 66x32cm - Venise ; Andrea del Verrocchio - Saint Jerôme 1495 - huile sur papier marouflé sur bois 40x17cm - Florence

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Plan de Delft - 1652

Plan de Delft - 1652

En 1651, Carel Fabritius , jeune peintre de talent, s'installe à Delft, petite ville des Pays bas située entre la Haye et Rotterdam. Il vient de se marier en seconde noce avec une habitante de Delft Agatha Van Pruyssen. Sa première femme, épousée alors qu'il n'avait que 19 ans, est morte en couches en 1643.

Carel est né le 27 février 1622, il est l'aîné d'une famille nombreuse. Son père, Pieter Carel, est maître d'école et peintre. Sa mère est sage femme. Il commence par étudier la peinture avec son père puis rejoint l'atelier de Rembrandt, à Amsterdam, probablement de 1641 à 1643. Il a pour compagnon d'apprentissage Samuel Van Hoogstraten. Rembrandt travaille alors à son célèbre tableau 'La ronde de nuit".

Le nom de Fabritius attribué à la famille n'apparait qu'à partir de 1641 et s'applique à la première formation de menuisier (faber en latin) de Carel et de son frère Barent (qui sera également peintre, tout comme Johannes un autre des frères).

Carel Fabritius s'inscrit à la guilde de Saint Luc de Delft en 1652, condition sine qua non pour pouvoir prendre des apprentis . En décembre 1653 Johannes Vermeer (né à Delft et qui y réside) est également admis comme maître à la guilde de Saint Luc.

Au XVIIe la faïencerie est à son apogée à Delft. La ville est prospère. Le commerce avec l'extrême orient s'appuyant sur la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales, fondée dès le début du siècle, permet l'arrivée massive des porcelaines chinoises. Lorsqu'en 1647 des troubles politiques en Chine interrompent le commerce de la Compagnie, les faïenciers de Delft prennent le relais et fournissent le marché en imitant, avec leur pâte blanche, la porcelaine chinoise. Les premières pièces sont décorées de chinoiseries bleues, puis avec le temps les décors se personnalisent. Les faïences blanches à décor bleu seront appelées "Bleu de Delft".

Fort dangereux pour la ville, un entrepôt en partie souterrain a été installé depuis 1637 sur le terrain de l'ancien couvent des Clarisses. On y stocke 450 tonnes de poudre de nitre (nitrate). On peut penser que cette "poudrière" entrepose aussi de la poudre à canon et d'autres munitions à usage militaire. Peu de personnes ont connaissance de l'existence de cet entrepôt : c'est le "Secret de la Hollande". Dans les années qui suivent l'installation de la poudrière, l'industrie drapière a fait place à des habitations construites pour la plupart autour de la Doelenstraat.

En 1654, Carel Fabritius demeure Doelenstraat. Il a peint un petit tableau, destiné à une famille de la Haye dont le nom, De Putter, signifie Chardonneret en néerlandais .C'est un panneau de bois de 33,5 x 22,8 cm supposé être destiné à une plaque de maison ( des marques de clous sur le support de la peinture suggèrent qu'il a pu être cloué) .

Le chardonneret - Musée Mauritshuis - La Haye

Le chardonneret - Musée Mauritshuis - La Haye

Abraham Mignon - détail
Abraham Mignon - détail

L'oiseau est peint en taille réelle, sur un fond crémeux, suivant la technique du trompe-l'œil, mais la matière est épaisse, on distingue les coups de pinceaux et les rayures faites avec le manche du pinceau. Carel a abandonné le style de Rembrandt pour une palette plus claire et lumineuse.

Ce malheureux petit chardonneret est attaché à son perchoir par une chaînette passée à la patte. La chaînette est si courte que l'oiseau ne peut faire que quelques battements d'ailes pour se retrouver aussitôt et toujours à la même place.

Les chardonnerets étaient des animaux domestiques très prisés. Ils étaient dressés pour ouvrir leur mangeoire afin de se nourrir et puiser de l'eau dans leur abreuvoir avec un seau de la taille d'un dé à coudre.

Quelle horrible destinée pour un aussi adorable petit oiseau !

Trompe l'oeill - 1655
Trompe l'oeill - 1655

Au moment où Fabritius peint "Le chardonneret", son plus célèbre tableau, Samuel van Hoogstraten, avec lequel il a conservé des liens étroits depuis son apprentissage chez Rembrandt, crée la première véritable peinture en trompe-l'œil dont la tradition perdurera tout au long du XIXe siècle.

Le 12 octobre 1654, Carel Fabritius, dans son atelier de Doelenstraat , est occupé à peindre le portrait du sacristain Simon Decker . Dans la maison se trouvent son frère, sa belle-mère et son disciple Mathias Spoors. On ne sait où se trouve sa femme.

A 10 h 15, le gérant de la poudrière, Cornelis Soetens, entre dans l'entrepôt pour y chercher un échantillon d'explosif. Sa lanterne projette sans doute quelques étincelles qui atteignent la poudre. Il se produit alors une série d'explosions. Les dégâts sont considérables : au moins cinq cents maisons sont totalement ravagées, on compte plus d'une centaine de morts. Des constructions situées un peu plus loin subissent également des dommages sévères, notamment tous les vitraux des deux églises. (la partie détruite se situe vers le haut sur la partie gauche de la ville - voir plan de 1652)

La maison de Carel Fabritius s'est écroulée, ses habitants sont ensevelis sous les décombres. Il faudra six à sept heures pour les dégager . Carel Fabritius est le seul encore en vie mais décède à son arrivée à l'hôpital.

Egbert van der Poel - 1654 - Explosion de la poudrière de Delft

Egbert van der Poel - 1654 - Explosion de la poudrière de Delft

Vermeer - Vu de Delft 1660-1661
Vermeer - Vu de Delft 1660-1661

Si Carel Fabritius a influencé Vermeer, il est plus hasardeux, compte tenu des dates d'entrée à la guilde de Saint Luc des deux peintres, d'envisager que Vermeer ait pu être l'élève de Carel Fabritius.

Ainsi périt ce phénix, vers sa trentième année,

Au milieu et dans la puissance de sa vie ;

mais, fort heureusement, il a enflammé de son feu Vermeer,

qui, en maître, perpétue sa science.

Poème d' Arnold Bon, contemporain de Carel Fabritius

On peut supposer que beaucoup de tableaux de Carel Fabritius ont été détruits par l'explosion et le feu. Il ne subsiste qu'une douzaine d'œuvres qui lui ont été attribuées.

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Peut-être vous posez vous la question de savoir pourquoi, sans qu'il y ait de lien avec une exposition actuelle, mon article évoque aujourd'hui Carel Fabritius. La raison en est simple : je viens de lire le roman passionnant de Donna Tartt,"Le chardonneret", dans lequel le minuscule tableau de Fabritius sert de fil conducteur. Le roman m'a donné envie de connaître mieux le peintre qui n'est d'ailleurs pas le sujet du livre, son tableau étant seulement lié au destin du jeune héros.

Autoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery LondresAutoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery Londres
Autoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery Londres

Autoportrait - 1654 - 70,5x61,5cm - National Gallery Londres ; La sentinelle - 1654 - 68x58cm Staatliches Museum, Schwerin ; Vue de Delft et Echoppe d'un marchand d'instruments - 1652 - 15,4x31,6cm - National Gallery Londres

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"LES COULEURS DE L'ABSTRACTION"

Le Musée d'Art Moderne est un de mes musées préférés, il n'y a jamais trop de monde et les vastes espaces blancs mettent merveilleusement en valeur les œuvres exposées. J'y vais régulièrement depuis près de quarante ans, ce musée est un peu, comme le Louvre, ma maison. Il a été inauguré en 1961 dans l'aile est du Palais de Tokyo et accueilli les œuvres les plus "modernes" du petit Palais ainsi que des dons de collectionneurs et artistes. Le musée possède une collection de plus de 8000 œuvres englobant de nombreux mouvements artistiques contemporains. Les expositions temporaires sont de bonnes raison de voir ou revoir aussi les salles permanentes.

L'exposition "Les couleurs de l'abstraction" qui présente une grande rétrospective de l'œuvre de Sonia Delaunay est riche de toute la diversité créative de cette artiste au talent protéiforme, convaincue de l'incontestable apport de la couleur et du rythme dans l'art moderne et dans la vie même. Dans un parcours chronologique très agréable, on circule entre peintures, dessins, tissus, vêtements, accessoires divers, et dans un flamboiement de couleurs. C'est rythmé, joyeux, avec toutefois par moment une petite saturation de cercles colorés qui finissent par lasser, mais très vite Sonia nous emmène dans une autre technique et l'intérêt renaît.

Toutes les photos proviennent d'Internet - n'oubliez pas de cliquer dessus pour les agrandir
Sonia portant les créations de la Casa Sonia, Madrid 1918
Sonia portant les créations de la Casa Sonia, Madrid 1918

Sara Sophie Stern est née en 1885 à Gradzihsk, près d'Odessa en Ukraine, dans une famille ouvrière juive. Elle a cinq ans lorsque son oncle maternel, Henri Terk, avocat à St Petersburg, l'adopte, il n'a pas d'enfant. Sonia a plusieurs gouvernantes, elle est élevée comme les jeunes filles de la bonne société, elle lit Goethe, Shakespeare, Molière. A 14 ans elle s'intéresse à la peinture, notamment à Rembrandt . Un ami peintre de la famille lui procure sa première boite de couleurs. Elle est inscrite à l'académie des beaux-arts de Karlsruhe en 1904. Entre 1902 et 1905 elle peint des petits dessins au fusain, à la mine de plomb et pratique l'eau forte. Les reproductions des œuvres de Sézanne, Seurat , Signac, la persuadent que c'est à Paris que l'art moderne s'éveille au XXe siècle. Elle y arrive en 1905, elle a tout juste 20 ans. Elle s'installe boulevard du Montparnasse. Elle rencontre Diaghilev , fait la connaissance d'Arnold Schoenberg et entretient des échanges avec les peintres, les écrivains, les poètes et musiciens français.

1904 - au premier plan autoportrait - fusain et craie sur papier gris

1904 - au premier plan autoportrait - fusain et craie sur papier gris

Influencée par les expressionnistes allemands dont la couleur inonde le Salon d'automne, impressionnée par Matisse, Gauguin, Picasso, Derain, Vlaminck et Braque, les premières œuvres de Sonia résument ses influences et ses inclinations d'alors. La couleur est pure, éclatante, la forme synthétisée, les contours cernés de noir .

 

1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm
1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm

1907 - Jeune fille endormie - huile sur toile 46x55cm ; Deux fillettes finlandaises - huile sur toile 60,5x79cm ; Jeune Finlandaise - huile sur toile 80x64 cm : Nu jaune - huile sur toile 64,5x98cm

1908 - premier plan Portrait du poète russe Tchouiko - huile sur toile 53,4x46cm

1908 - premier plan Portrait du poète russe Tchouiko - huile sur toile 53,4x46cm

1906 marque son dernier été russe et des vacances en Finlande, elle revient à Paris. Pour y demeurer il faut être marié. Le 5 décembre 1908 elle fait un mariage blanc avec Wilhelem Uhde , mariage qui protège aussi Uhde des rumeurs sur son homosexualité.

1909 - elle rencontre Robert Delaunay, c'est un coup de foudre. Elle divorce d'Uhde, épouse Robert et engage avec lui le combat de sa vie en faveur de l'abstraction et de la couleur. Leur fils Charles nait en 1911 et Sonia lui confectionne, dans un but d'économie, une couverture en patchwork, héritage russe du geste populaire des brodeuses.

Sonia et Robert ;1908 - Broderie de laine sur canevas 83,5x60,5 ; 1911 - Couverture de berceau 111x82cmSonia et Robert ;1908 - Broderie de laine sur canevas 83,5x60,5 ; 1911 - Couverture de berceau 111x82cmSonia et Robert ;1908 - Broderie de laine sur canevas 83,5x60,5 ; 1911 - Couverture de berceau 111x82cm

Sonia et Robert ;1908 - Broderie de laine sur canevas 83,5x60,5 ; 1911 - Couverture de berceau 111x82cm

1913 - Sonia fait la connaissance de Blaise Cendrars et conçoit une audacieuse mise en couleur de son poème "Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France", récit en style simultané d'un interminable voyage en train d'un poète et d'une prostituée. Imprimé au pochoir et relié en accordéon que l'on déplie et lit de haut en bas. Il mesure deux mètres. L'écrit empiète sur la couleur et inversement.

Je vous conseille vivement d'aller sur le site de mon amie Emma, écrivain, où vous trouverez le texte intégral du poème de Cendrars ainsi que son interprétation émouvante par l'acteur, interprète de poésie et metteur en scène français, Vicky Messica.
Sonia Delaunay - MAM Paris - Dec 2014
1913 - Le Bal Bullier - huile sur toile 97x390cm - Le tango est à la mode et le jeudi le couple va danser au bal Bullier, près de Port Royal

1913 - Le Bal Bullier - huile sur toile 97x390cm - Le tango est à la mode et le jeudi le couple va danser au bal Bullier, près de Port Royal

Prismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cmPrismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cm
Prismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cmPrismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cm

Prismes électriques 1913 huile sur toile 55x46cm ; Prismes électriques 1914 huile sur toile 250x250cm ; Fillette aux pastèques 1915 - peinture à la colle sur toille 45,5X60,5cm ; Grand flamenco 1916 huile et encaustique sur toile 174,5x143cm

Sonia s'attache ensuite à des recherches graphiques pour la publicité (Zenith, Pirelli, Printemps, Dubonnet et Vogue).

Le couple Delaunay séjourne en Espagne et à la déclaration de la Première guerre mondiale, décide d'y rester. La révolution bolchévique de 1917 met fin aux subsides de l'oncle de Sonia. Sonia ouvre à Madrid une boutique de mode, la Casa Sonia. Le succès est tel qu'elle ouvre trois succursales.

Publicité Dubonnet ; publicité pour le Printemps ; publicité pour VoguePublicité Dubonnet ; publicité pour le Printemps ; publicité pour VoguePublicité Dubonnet ; publicité pour le Printemps ; publicité pour Vogue

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1921 - La famille revient à Paris. Sonia ouvre un atelier chez elle, boulevard Malesherbes, et reprend ses activités dans la mode et la décoration. Robert, lui, connait une période de doute. 1925 - La boutique simultanée est un triomphe, Sonia s'associe avec le créateur de mode Jacques Heim. Elle crée des imprimés, des vêtements, des costumes de ballets.

A la veille de la guerre, Sonia et Robert organise à la galerie Charpentier l'exposition "Réalités nouvelles", premier salon d'art abstrait.

Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.
Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.

Salle du MAM -Reconstitution de la vitrine du Stand simultané pour l'exposition internationale des Arts décoratifs.

1925 - Groupe de femmes vêtements simultanés  - huile sur toile 146x114cm  ;voiture simultanée1925 - Groupe de femmes vêtements simultanés  - huile sur toile 146x114cm  ;voiture simultanée

1925 - Groupe de femmes vêtements simultanés - huile sur toile 146x114cm ;voiture simultanée

1937 - les deux artistes conçoivent une décoration monumentale pour l'Exposition internationale des arts et techniques destinée au pavillon de l'Air et au pavillon des Chemins de fer. Comme à la Renaissance, un atelier se forme pour la réalisation des décors.

Sonia Delaunay - MAM Paris - Dec 2014
Sonia Delaunay - MAM Paris - Dec 2014Sonia Delaunay - MAM Paris - Dec 2014
1937 - voyage lointains - gouache aquarelle et crayon sur carton - 34x95cm ;  1938 - Rythme et couleur - Huile sur toile 159x154cm1937 - voyage lointains - gouache aquarelle et crayon sur carton - 34x95cm ;  1938 - Rythme et couleur - Huile sur toile 159x154cm

1937 - voyage lointains - gouache aquarelle et crayon sur carton - 34x95cm ; 1938 - Rythme et couleur - Huile sur toile 159x154cm

1938 - Robert et Sonia participent au Salon d'Automne et au salon des Tuileries.

La guerre éclate en 1941. Robert , atteint d'un cancer, décède. Sonia se donne alors pour mission de défendre l'œuvre de son époux et laisse dans l'ombre son propre travail. Ce n'est qu'après 1946 et la rétrospective de l'œuvre de Robert à la galerie Louis Carré qu'elle pensera à elle.

1953 - La galerie Bing à Paris organise sa première exposition personnelle. Elle entre dans le dictionnaire de la peinture moderne en 1954. Elle expose à New York en 1958.

1967 - Le musée d'Art moderne lui consacre une grande exposition. Elle illustre "le Fruit permis" et "Juste Présent" de Tristan Tzara, puis "Les illuminations" de Rimbaud. Elle renoue avec la tapisserie, réalise des maquettes de vitrail, des mosaïques ainsi que la décoration d'une voiture Matra en 1968.

1952 - composition pouir Jazz - gouache sur papier 77x57cm ; 1955 - composition - huile sur toile 160x215cm1952 - composition pouir Jazz - gouache sur papier 77x57cm ; 1955 - composition - huile sur toile 160x215cm

1952 - composition pouir Jazz - gouache sur papier 77x57cm ; 1955 - composition - huile sur toile 160x215cm

1958 - Rythme coloré - huile sur toile 114,3 x 86,9cm ; 1964 - rythme coloré - huile sur toile 97,5X 195,5cm ; 1965 - rythme couleur - gouache sur papier 58x78cm1958 - Rythme coloré - huile sur toile 114,3 x 86,9cm ; 1964 - rythme coloré - huile sur toile 97,5X 195,5cm ; 1965 - rythme couleur - gouache sur papier 58x78cm1958 - Rythme coloré - huile sur toile 114,3 x 86,9cm ; 1964 - rythme coloré - huile sur toile 97,5X 195,5cm ; 1965 - rythme couleur - gouache sur papier 58x78cm

1958 - Rythme coloré - huile sur toile 114,3 x 86,9cm ; 1964 - rythme coloré - huile sur toile 97,5X 195,5cm ; 1965 - rythme couleur - gouache sur papier 58x78cm

1967 - Rythme syncopé - huile sur toile 125x250cm

1967 - Rythme syncopé - huile sur toile 125x250cm

Agée de 92 ans, Sonia collabore avec Artcurial à la création d'objet du quotidien en édition limitée.

Pour Sonia la couleur a remplacé tout même le sujet. N'oublions pas ses origines russes où la couleur est primordiale, l'intérieur des maisons est très coloré et tous les arts, peinture, décors , musique sont sur un même plan.

Sonia décède le 5 décembre 1979 à Paris. Elle reste incontestablement la Grande Dame de l'art abstrait.

"Les couleurs de l'Abstraction"

MAM Paris - jusqu'au 22 février 2015.

Même exposition à la Tate Moderne de Londres du 15 avril au 9 août 2015

Pour terminer cet article j'ai trouvé un émouvant entretien de Jacques Dutronc avec Sonia Delaunay (1968)

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Publié dans : #Musées Province
Le vieux port

Le vieux port

Marseille. 24 décembre 2014. En longeant, à pied, le Vieux Port, il faut passer le Fort Saint Jean et l'on aperçoit très vite l'architecture particulière du Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée.

Posé au bord de la mer, juste à l'entrée du Port, c'est un carré parfait de 72 mètres de côté qui en contient un autre de 52 mètres destinés aux salles d'expositions et de conférence. Les vides entre les deux sont les espaces de circulation avec vue sur le Fort, le port et la mer.

La structure alvéolée qui recouvre l'extérieur fait penser au moucharabieh utilisé dans l'architecture traditionnelle des pays arabes, présent aussi dans les palais pour dérober les femmes aux regards. Au MuCEM, les visiteurs peuvent voir à l'extérieur mais ne sont pas visibles de l'extérieur.

Conçu par l'architecte Rudy Ricciotti, le Musée a été ouvert le 7 juin 2013 lors de l'année de la capitale européenne de la culture mais il a fallut onze ans pour réaliser le projet. Les collections proviennent du musée d'ethnographie du Palais du Trocadéro à Paris (1878-1936) et des deux musées qui lui ont succédé, le musée de l'Homme et le musée national des Arts et Traditions populaires. Au début des années 2000 une politique d'acquisition tournée vers l'Afrique du Nord et le Proche-Orient se développe, sont acquis un nombre important d'objets remarquables provenant d'Iran, de Syrie, de Turquie et du Maghreb. L'intégralité des collections de Paris à été déménagée à Marseille.

Depuis la terrasse on peut rejoindre le Fort Saint Jean par une passerelle de 115 mètres. Le Fort abrite des pièces de collections du MuCEM et accueille des manifestations temporaires. La construction du Fort date du XVIIe siècle. Il a eu durant trois siècles une vocation militaire, puis a servi de dépôt de munitions aux allemands pendant la guerre. Il a été gravement endommagé par une explosion accidentelle en 1944.

Merveilleusement restauré, avec un chemin de ronde, agrémenté de plantations de la Méditerranée (chênes blancs et verts, orangers, myrtes, safran et aromates etc), d'où l'on a un panorama sur le ville, le port et le MuCEM, c'est un lieu très agréable à visiter, la passerelle servant de lien entre l'architecture d'aujourd'hui et celle d'hier.

Le ciel couvert ne permettait pas de générer des reflets de la structure alvéolée sur les sols de la terrasse et des espaces de circulation, mes photos ne sont donc pas exceptionnelles.

On ne peut évidemment pas faire de comparaison entre le Musée Vuitton de Paris et le MuCEM de Marseille, ce sont des architectures tout à fait différentes, mais j'ai aimé davantage la circulation et les échelonnements de terrasses du Musée Vuitton à l'enfermement que j'ai ressenti dans le MuCEM.

L'arrivée au MuCEM - cliquez sur les photos pour les agrandirL'arrivée au MuCEM - cliquez sur les photos pour les agrandir
L'arrivée au MuCEM - cliquez sur les photos pour les agrandirL'arrivée au MuCEM - cliquez sur les photos pour les agrandir

L'arrivée au MuCEM - cliquez sur les photos pour les agrandir

Les couloirs extérieursLes couloirs extérieurs
Les couloirs extérieursLes couloirs extérieurs

Les couloirs extérieurs

La terrasseLa terrasse

La terrasse

De la passerelleDe la passerelle
De la passerelleDe la passerelle

De la passerelle

Du fort Saint JeanDu fort Saint Jean
Du fort Saint JeanDu fort Saint Jean

Du fort Saint Jean

Le Fort Saint JeanLe Fort Saint Jean
Le Fort Saint JeanLe Fort Saint Jean

Le Fort Saint Jean

MuCEM - Marseille - Déc. 2014MuCEM - Marseille - Déc. 2014
MuCEM - Marseille - Déc. 2014MuCEM - Marseille - Déc. 2014

Il faisait nettement plus beau pour visiter les calanques, avec la lumière changeante de la fin de journée. Pour clore cet article, je vous offre une courte ballade.

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Huile sur toile - Musée Condé à Chantilly - 180x126cm - Commande de Louis XV pour la salle à manger des petits appartements du château de Versailles dite "des retours de chasse"

Huile sur toile - Musée Condé à Chantilly - 180x126cm - Commande de Louis XV pour la salle à manger des petits appartements du château de Versailles dite "des retours de chasse"

1735. Nous sommes à Versailles, sous le règne de Louis XV. Tous ces hommes , réunis autour d'une table dans un décor somptueux, reviennent de la chasse. Ils ont quitté leurs costumes de chasseurs, redingotes, gilets et tricornes pour leurs habits de cour.

Ils dégustent ,en grande quantité, les huitres qui ont été apportées de la côte par coureurs rapides. Sur la table, la vaisselle est en argent. L'étiquette veut que ni bouteille, ni verre ne touchent la table. Les verres sont posés à l'envers dans les verrières, petits bols rafraîchisseurs en porcelaine du Japon ou de Chantilly où une manufacture existe depuis 1725. Devant la table se tient un petit meuble style rocaille, avec son bac à glace, afin de mettre au frais les bouteilles.

Un des gentilshommes vient de couper, avec son couteau, la ficelle retenant le bouchon d'une bouteille, et tête levée, l'air amusé, regarde le bouchon qui vient de sauter. Un autre gentilhomme sert un verre. La bouteille qu'il tient à la main a un fond caractéristique d'un vin, objet d'un véritable engouement depuis 1735, appelé le "saute bouchon", vin effervescent du pays de Champagne.

De nos jours, ce monceau d'huitres et le Dom Pérignon coulant à flot coûteraient une fortune et ce déjeuner serait  encore réservé aux seuls dieux sur la terre, mais en petit comité soyons fous :

Champagne pour tout le monde !!

Huitres pour celles et ceux qui les aiment,

et

BONNE FIN D'ANNEE

à vous tous, fidèles lecteurs.

Michèle PELLEVILLAIN

photos Web

photos Web

"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -
"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -
"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -
"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -
"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -
"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -
"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -

L'invention du champagne est, pour les uns due aux français, pour les autres aux anglais. Ne chicanons pas, les idées peuvent jaillir en même temps, se croiser, se compléter.

En France, le bon moine Dom Pérignon (mort en 1715) officiait avec Dom Ruinart dans les celliers de l'Abbaye d'Hautvillers près d'Epernay. Lors d'un pèlerinage à l'Abbaye de Saint-Hilaire, dans le département de l'Aude, Dom Pérignon découvre la méthode de vinification des vins pétillants de Limoux (fabriqués depuis le début du XVIe siècle). Les deux moines sont surtout à l'origine des techniques d'assemblage entre les différents cépages et dans l'art de sélectionner les parcelles. Le vin est tiré au tonneau (inventé par les Gaulois, cocorico !), pour le vider il faut boire 250 litres et quelques !

Les Anglais connaissent le secret des bulles depuis le XVIIe siècle, savent transformer le vin tranquille en vin mousseux. A cette époque les vins de Champagne voyagent en tonneaux. Les vins sont tranquilles à cause du froid qui sévit à l'automne, la fermentation n'est pas achevée. Les négociants anglais disposent, dès 1660, de bouteilles en verre épais et très solide (well done !), les verriers français mettront longtemps à les égaler. Ils mettent le vin tranquille en bouteilles. Avec le retour de la chaleur au printemps, la fermentation reprend, ce qui rend le vin pétillant. Comme pour l'adoucir ils ajoutent du sucre de canne, cela accentue le phénomène : le vin fait plus que pétiller, il mousse, au point qu'il faut ficeler les bouchons pour éviter qu'ils sautent. Les Anglais ont redécouvert les avantages du liège (que l'antiquité Gréco-latine connaissaient), le bouchon est donc en liège et on le ficelle avec des fils de lin (plus tard le bouchon sera ficelé avec du fil de fer) .

Belle idée française ou anglaise, qu'importe, la mode des bulles se répand en Champagne dès 1720. A partir de 1735, sous le règne de Louis XV, le vin effervescent de Champagne a un succès immédiat dans l'aristocratie et à la cour. Le "saute bouchon" fait oublier le rigorisme de la fin du règne de Louis XIV. Légende ou fait historique, la première coupe à champagne apparue au XVIIIe siècle aurait été moulée sur le sein de la marquise de Pompadour !

"Le déjeuner d'huitres" - Jean-François de Troy -

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Publié dans : #Peintres

Hier, je suis allée voir le film de Mike Leigh, Mr TURNER avec Timothy Spall, deux heures trente d'un plaisir rare, qui donne envie de se replonger dans l'œuvre de Turner et dans sa vie.

"Tout le monde me l'avait décrit comme un rude, ennuyeux, pas intellectuel, vulgaire. C'est je crois, impossible. J'ai trouvé en lui un peu d'un excentrique, des manières douces, pragmatiques, un gentleman à l'esprit anglais, d'un ton naturel évidemment, d'un mauvais caractère évidemment, haïssant les tromperies de toutes sortes…" John Ruskin - Praeterita (1885-1889)

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Coucher de soleil écarlate - gouache - 1830

Coucher de soleil écarlate - gouache - 1830

Turner disait être né le 23 avril 1775, seule sa date de baptême est précisément connue, 14 mai 1775. Il grandit dans le quartier de Covent Garden. Son père William est perruquier et barbier, sa mère fragile psychologiquement, est internée, à la mort de sa fille Mary Ann âgée de 4 ans, au terrible asile de Bedlam.

Turner séjourne chez son oncle maternel à Brentford, petite ville à l'ouest de la capitale, et développe ses talents artistiques. Ses premiers dessins sont exposés dans la boutique de son père. Il fait son apprentissage auprès d'architectes et de topographes.

A 14 ans il s'inscrit à la prestigieuse Royal Academy of Arts où l'une de ses œuvres sera acceptée quelques mois seulement après son arrivée.

En 1790, Turner commence à voyager, parcourt les campagnes galloise, anglaise et écossaise, améliore sa technique de l'aquarelle, aborde la peinture à l'huile. En 1804, il ouvre sa propre galerie. Elle est attenante à sa maison de Harley Street. Son père vit à ses côtés et l'assistera dans son atelier jusqu'à sa mort en 1829.

Entre 1802 et 1845 il fait une vingtaine de séjours, en France, Suisse, Italie (à Rome et à Venise notamment dont la lumière le fascine), en Allemagne, aux Pays Bas, au Danemark. Il enseigne à la Royal Academy de 1811 à 1837.

Sa vie est parsemée de secrets et d'intrigues, on en connait peu de chose : c'est un homme mystérieux . Il ne s'est jamais marié. Il aurait eu une aventure avec une veuve, Sarah Danby, et serait peut-être le père de ses deux filles.

En 1833, il fait la connaissance de Sophie Booth, qui vit à Margate, une petite ville célèbre du Kent.

En 1840, Turner rencontre le jeune et riche John Ruskin, critique d'art et sociologue qui devient son plus ardent défenseur et collectionneur.

En 1846, Sophie Booth devenue veuve, Turner s'installe avec elle , à Londres, au bord de la Tamise, dans le quartier de Chelsea . Il y préserve sa vie privée. Les habitants du quartier le connaisse sous le nom de Mr Booth, ses amis pensent qu'il habite toujours sa maison de Queen Ann Street.

A sa fin de vie, Turner organise sa succession et nomme John Ruskin son exécuteur testamentaire. Lorsqu'il décède le 19 décembre 1851, Ruskin aura un lourd travail d'inventaire. Turner a légué la totalité de ses œuvres à l'Etat Britannique : 300 peintures, 37.000 dessins et aquarelles, 300 carnets de croquis. En 2003, Ian Warrell, conservateur de la Tate Britain découvre dans les réserves du musée une série de dessins érotiques soigneusement emballés dans un papier portant une annotation de la main de Ruskin "Gardé uniquement comme preuve d'un esprit égaré". Alors qu'on le prenait pour un avare, Turner a réservé sa maigre fortune à la création d'une fondation d'aide aux artistes

Turner ne concevait son existence d'artiste que dans la confrontation avec les autres peintres. Raphael, Titien, Rembrandt, et surtout Poussin et Claude Lorrain, l'inciterons à se surpasser. Eternel insatisfait il portait un regard exigeant sur son travail. Toute son existence a tourné autour du paysage, qui jusqu'à la fin du XVIIIe siècle était considéré comme un art mineur.

Peintre de la lumière (il était fasciné par la couleur jaune) et de l'espace, ses scènes de tempêtes célèbrent avec passion la nature. Totalement dégagée de l'objet, sa peinture était en avance sur son temps. Incompris de son vivant il sera célébré par tous les artistes du XXe siècle.

L'incendie du Parlement -  1834

L'incendie du Parlement - 1834

Le désastre en mer - 1835

Le désastre en mer - 1835

La côte de Northumberland - 1836

La côte de Northumberland - 1836

Le dernier voyage du Téméraire - 1839

Le dernier voyage du Téméraire - 1839

Les esclaves jettant par dessus bord les morts et les mourants - 1840

Les esclaves jettant par dessus bord les morts et les mourants - 1840

Tempête de neige en mer - 1842

Tempête de neige en mer - 1842

Le rigi bleu - 1842

Le rigi bleu - 1842

Pluie vapeur et vitesse - 1844

Pluie vapeur et vitesse - 1844

Venise en approche - 1844

Venise en approche - 1844

Chateau de Norham - lever de soleil - 1845

Chateau de Norham - lever de soleil - 1845

Le film Mr Turner est magnifique . Avec des images fortes et belles, Mike Leigh nous faire revivre les vingt cinq dernières années de la vie de Turner. Dans l' une des premières scènes, son père, préparant un repas, rase, avec son coupe-chou, la soie d'une tête de cochon, puis s'attaque à la barbe de son fils qui dans la vie ne cesse de grogner et grimacer. "Quand je me regarde dans un miroir je vois une gargouille" dit-il.

Ce personnage laid et obèse, fait jaillir de ses pinceaux des paysages sublimes, et au fil du temps la qualité de sa peinture rejaillit sur lui, on le trouve moins hideux. Solitaire face aux paysages superbes qui l'inspirent il devient émouvant. Il lui faut ressentir ce qu'il va peindre : une séquence du film nous le montre attaché au mât d'un navire au cœur d'une tempête.

Autre épisode croustillant qui se passe avant l'ouverture du salon de 1832 à la Royal Academy. Turner, rondouillard, face rubiconde, jovial, retrouve ses confrères prétentieux et guindés : une boule dans un jeu de quilles ! Les tableaux sont accrochés côte à côte, sans aucun espace, du sol au plafond. Celui de Turner, "Le Ville d'Utrecht prenant la mer" aux couleurs pâles et lumineuses, côtoie "l'inauguration du Pont de Waterloo" de Constable , toile colorée et vibrante. Constable est encore occupé à multiplier les touches de vermillon et de garance. Turner va chercher un pinceau saturé de rouge minium et dépose au milieu de sa toile une tache ronde, contrepoint compétitif qui rend Constable furieux. Plus tard Turner reviendra en effacer la moitié pour en faire une bouée.

Les années avec Sophie Booth sont plus douces, mais au moment de sa mort sa dernière pensée sera pour sa servante ("Damoiselle") ,pauvre créature bien disgraciée, défigurée par un horrible psoriasis, dévouée à lui corps et âme, et qu'il a abandonnée dans sa maison de Queen Ann.

Les dernières paroles de Turner : "Le soleil est Dieu".

Ce film est peu distribué… courrez y !!

La Ville d'Utrecht prenant la mer - 1832

La Ville d'Utrecht prenant la mer - 1832

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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Expositions à Paris

Je viens de découvrir, à l'Orangerie des Tuileries, des tableaux méconnus d'Emile Bernard ainsi que son parcours complexe qui pourrait porter le titre du roman de Huysmans, associé à l'esthétique symboliste, "A rebours".

Emile Bernard, initiateur du "Cloisonnisme" et du "Synthétisme", se voulant à l'avant-garde de l'avant-garde, s'éloignera de ses contemporains pour rechercher l'idéal classique. Son exil de France durant dix années et sa classification dans l'arrière-garde par les historiographes, qui ne s'attachent au début du XXe siècle qu'à l'avant-garde, le feront tomber dans l'oubli.

"A l'heure qu'il est, 1918, j'ai cinquante ans, j'ai produit environ deux mille tableaux, vingt livres, romans, critiques, philosophie, dont quelques-uns seulement sont édités, près de mille gravures sur bois et eaux fortes, plus de cent mille vers, plus de trois mille dessins. J'ai en outre innové dans le meuble et la tapisserie. J'ai fait connaître Cézanne et Vincent Van Gogh. J'ai dirigé plusieurs revues d'art, j'ai parcouru dix nations, visité plus de cent musées, lu un grand nombre d'ouvrages et presque tous les chefs d'œuvre. Je n'ai rien épargné pour connaître et faire aimer et défendre le Beau. Pourtant je suis quasiment inconnu".

Emile Bernard n'aimait pas se répéter, il était constamment à la recherche de l'idéal, du beau, du grand, du parfait. Ses œuvres dites "d'arrière-garde" sont pour moi aussi intéressantes que celles de ses débuts. Dans ses nus on retrouve le classicisme des grands maîtres italiens de la Renaissance mais aussi Courbet, ses compositions aux corps mêlés sont impressionnantes. Son travail de graveur, resté encore plus dans l'ombre, est d'une grande diversité aussi bien technique que graphique.

J'ai été enthousiasmée par cette exposition. Pour apporter ma petite contribution à le faire mieux connaître, et démontrer la richesse de son œuvre, je vous propose de le suivre année par année avec à l'appui les images que j'ai pu trouver sur internet.

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Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1868 - 26 avril - Emile Bernard naît à Lille. Il est le fils d'un marchand d'étoffes. Il a une sœur Madeleine, de trois ans sa cadette. La famille quitte Lille pour Paris, Emile Bernard a dix ans. C'est un enfant surdoué, choyé entre ses parents à Asnières et sa grand'mère à Lille.

1884 - Pour préparer le concours d'entrée aux Beaux Arts de Paris, il entre dans l'atelier de Fernand Cormon, fait la connaissance de Toulouse Lautrec et de Van Gogh. Son futur complice, Louis Anquetin, massier de l'atelier, l'initie à "l'impressionnisme"

"L'heure de la Viande" - Pastel et gouache sur papier d'emballage - 125x170cm - coll.part.

Cliquer sur les images pour les agrandir
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1886 - Jugé indiscipliné, Emile Bernard est renvoyé de l'atelier de Cormon. Il aborde le "pointillisme" avec Schuffenecker, entreprend un voyage de six mois, à pied, à travers la Normandie et la Bretagne, rencontre Paul Gauguin qui l'ignore.

Verger à Pont-Aven - huile sur panneau 52x52cm, Quimper, Musée des Beaux Arts

Dès son retour à Paris, il se rend avec Anquetin dans l'atelier de Paul Signac. Tous deux rejettent en bloc ce qu'ils voient. Van Gogh leur a fait découvrir les estampes japonaises, ils mettent alors au point une peinture en compartiments cernées de noir, le "cloisonnisme".

Jean Morréas publie dans le Figaro le "Manifeste symboliste" : "l'œuvre d'art doit exprimer une idée en utilisant des signes et des symboles, le tableau doit être "synthétique".

1887 - Deuxième voyage en Bretagne et cette fois collaboration avec Gauguin.

"Un après midi à Saint Briac" huile sur toile 46x55cm

"Pont de fer à Asnières" huile sur toile 46x54cm - New York

"Pot de grès et pommes" huile sur toile 46,2x55,2cm - Musée d'Orsay Paris

"Bretonnes dans la prairie" huile sur toile 82x30cm

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1888 - Portrait de Gauguin par Emile Bernard - Portrait d'Emile Bernard par Gauguin

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1889 - Il participe à l'exposition au café Volponi. Tourmenté, en proie à des doutes moraux et artistiques, il trouve un réconfort dans le retour à un mysticisme chrétien. Il exécute deux tableaux pour sa chambre d'Asnières, le "Christ au Jardin des Oliviers" et "le Christ décloué de la croix".

Il collabore à de nombreuses revues et contribue à la reconnaissance de Van Gogh et Gauguin.

"Le Christ décloué de la croix" huile sur toile 90x150cm - coll.part.

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1890 - Voyage en Flandres. Mort de Van Gogh. Emile Bernard expose chez le Père Tanguy.

"autoportrait" - huile sur toile 55,5x46cm - Musée des Beaux Arts Brest

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1891 - Le critique d'art Albert Aurier reconnaît Gauguin comme l'initiateur incontestable du Symbolisme sans citer Emile Bernard, la rupture entre les deux peintres est définitive.

Moisson au bord de la mer à Saint Briac - huile sur toile - 73,3 x 92,5cm

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1892 - Exposition au Salon de la Rose-Croix

"Bretonnes aux ombrelles" huile sur toile 73,3x92cm

1893 - Voyage à Florence, Constantinople, Ile de Samos,Jérusalem, Alexandrie et enfin le Caire où il s'installe pour dix années. Il se marie avec Hanenah Sâati. Ils auront cinq enfants, deux seulement survivront, Irène et Antoine.

La production d'Emile Bernard est intense. Il réalise une série de grandes peintures représentant la vie quotidienne en Egypte. L'Orient le rapproche du passé et de la beauté plastique.

1894 - "autoportrait au turban jaune" huile sur toile 60x49cm - Quimper -

Derrière lui Hanenah, soumise, yeux baissés.

1895 - "Pleureuses - fête arabe" huile sur toile 84x100cm - Paris Musée Branly

1898 - "Les trois races" huile sur papier marouflé sur toile 120,7x180,3cm - Los Angeles

1900 - "femmes puisant l'eau sur le Nil " 227,3x307,1 - Lille Palais des Beaux Arts

"Fumeuse de Haschich" huile sur toile 114x85cm - Paris Musée d'Orsay

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1901 - Emile Bernard séjourne à Paris, expose à la galerie Vollard et s'éprend d'Andrée Fort (la sœur du poète). Elle l'accompagne au Caire (ils feront, dit-on, ménage à trois avec Hanenah)

"autoportrait" - huile sur toile 53x45cm - Lille Palais des Beaux Arts

Inscription sur le côté en rouge : "L'art seul peut te sauver de l'abîme où tout tombe, Ecris, peins, sculpte, car il faut vaincre la tombe"

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1904 - Retour en France. Emile Bernard rend visite à Cézanne à Aix en Provence et publie le texte de ses entretiens dans la revue "L'occident". Il s'installe à Tonnerre avec Andrée Fort et ses enfants Irène et Antoine (Hanenah est restée dans sa famille au Caire). Trois enfants vont naître : Milandre en 1905, Michel-Ange en 1906 et Emilienne en 1907). Il demeure le plus souvent à Montmartre où il reçoit artistes et intellectuels qui partagent ses recherches sur le mouvement "d'arrière-garde". Il fonde la revue "La Rénovation Esthétique", expose ses idées sur l'art et son opposition à l'avant-garde. Isolé, il signe sous différents pseudonymes.

1908 - "Après le bain - Trois Nymphes" 121X151cm - Lille Musée des Beaux Arts

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1912 - Après le décès de son père et l'héritage familial, il s'installe, 15 quai de Bourbon, à Paris, dans l'ancien atelier de Philippe de Champaigne. Il accroche au dessus de la cheminée un autoportrait où sa maîtrise technique veut dénoncer le modernisme : cette même année la Ruche bourdonne !

autoportrait - huile sur toile 78x64cm - coll.part.

1913 - Il rencontre Armène Ohanian, arménienne de 26 ans, danseuse de Shamakha, qui a commencé sa carrière à Bakou et est installée à Paris depuis 1912. Leur liaison durera deux ans.

photo d'Armène

"Armène au tambourin" - huile sur toile 100,5x95;5cm. 1915 coll.part.

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1914 - Il se replie à Tonnerre avec sa famille

1915 - Séjour à Villeneuve-Lès-Avignons où il réalise des fresques pour l'Abbaye.

1916 - Il achève l'illustration des "Fleurs du Mal" de Baudelaire - xylographie

1918 - Illustration des œuvres de François Villon - xylographie

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1922 - Séjour à Venise jusqu'en 1926

"Le jeune vénitien" - huile sur carton 97,5x56cm - coll. part

1925 - Exposition de la première version du "Cycle humain" au Salon des Tuileries

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1927 - "La lutte de l'homme contre la femme" 161,9x177,5cm - Amiens

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1928 - Exposition à la galerie Vollard : " Les petites fleurs" de Saint François - xylographie

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1930 - Illustration de l'Odyssée - xylographie

1931 - Illustration de "La fin de Satan" de Victor Hugo

eau-forte et quatre lavis

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014
Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1933 - Il tombe amoureux d'une prostituée, Rina (Catherine Schwartz) qu'il tente de "sauver". Bien que fervent catholique il a fréquenté et peint les bordels. Il dénonce le tragique de la prostitution et raconte son histoire avec Rina dans son livre "L'esclave nue" : "le plus grand amour est celui que l'on ressentait dans l'âge mûr pour une fille perdue que l'on veut sauver"

1937 - Hanenah Sâati décède au Caire, il épouse Andrée Fort l'année suivante.

autoportrait - huile sur toile

Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

1939 - Il s'installe à Pont Aven pour deux ans. Il peint les fresques pour l'église de Saint-Malo-de-Phily.

Il présente sa candidature à l'Académie des Beaux Arts. Il est élu en novembre 1940.

Il s'éteint le 16 avril 1941. seul, dans son appartement du quai Bourbon.

A l'encontre des peintres qui s'enferment dans un système, Emile Bernard fait preuve d'une grande liberté d'expression. Il ne se soucie pas de l'air du temps et suit, sans doute, une logique qui lui est propre et qui peut apparaître déroutante. Il est peu présent dans les encyclopédies d'art. Peu connu, il l'est encore moins pour ses œuvres littéraires. Il s'est essayé à tous les genres, romains, poésie, théâtre, biographies, essais. Ses écrits paraissaient le plus souvent dans des revues dont il est difficile de trouver trace. Sa correspondance est particulièrement riche.

De nos jours, les tableaux d'Emile Bernard ne trouvent pas toujours d'acquéreur. Sa cote est loin d'atteindre celle de son ami Van Gogh ou de Gauguin. Ce mois ci Ader a adjugé une huile sur toile "nu au miroir" de 100x76cm à seulement 3.000 euros. L'exposition de l'Orangerie fera peut-être grimper les enchères, mais Emile Bernard en serait il heureux, lui qui haïssait les marchands qu'il accusait de spéculer sur l'art moderne ?

Un seul regret à la sortie de cette passionnante exposition, elle ne présente, dans une petite salle, que quelques estampes sous vitrine.

Jusqu'au 5 janvier 2015

Musée de l'Orangerie - Jardin des Tuileries - 75001 PARIS.

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Emile BERNARD - Musée de l'Orangerie - Paris nov. 2014

INFORMATION

ILE DE FRANCE

EXPOSITION

D'ART

CONTEMPORAIN

Tous les jours

de 14 h 30 à 18 h 30

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Publié dans : #Musées Parisiens

En cette merveilleuse matinée d'automne, marcher sur le chemin qui longe la voie du petit train allant de la porte Maillot au Jardin d'acclimatation est une agréable promenade. Je me rends à la limite du Bois de Boulogne où vient d'être inaugurée la Fondation Vuitton. L'architecture est signée Frank Gehry, californien de 85 ans, à qui l'on doit le musée Guggenheim de Bilbao.

Quelques pas dans l'avenue Mahatma Gandhi et je vois apparaître une étrange proue de navire. J'emprunte l'entrée du Jardin qui précède celle du musée, la proue se reflète dans un bassin qui descend en cascade. Je m'éloigne du bâtiment pour en admirer toute la dimension, l'architecture est étonnante, je ressens la même émotion qu'à l'approche du musée de Bilbao.

Photos MP - cliquez dessus pour les agrandir

Avec ses douze voiles de verre au vent, ce vaisseau est une prouesse technologique qui a sollicité les recherches de plus de deux cents ingénieurs et la dépose de trente brevets d'innovation. Un four spécifique a été créé pour mouler les panneaux uniques de la verrière de 13.500m2. Sous les voiles se trouvent les coques d'acier des onze salles d'exposition, dont l'ensemble appelé "iceberg" est recouvert d'un béton blanc à la texture douce. Le tout repose sur une dalle de deux cents mètres de long et de trois mètres d'épaisseur, coulé à vingt mètres au dessous du sol. Le faîte du bâtiment atteint quarante mètres. Sous la voilure qui diffuse une lumière douce, s'échelonne différentes terrasses d'où l'on découvre le Bois de Boulogne, le Jardin d'acclimatation, la Défense... C'est un lieu magique.

Il y a évidemment de nombreuses critiques sur la politique de mécénat, le coût des travaux et leur incidence sur le budget de l'état, les avantages fiscaux, le prix d'entrée, l'architecture qui parfois déplait etc..

Oublions un instant tout cela, entrer dans ce vaisseau c'est faire la plus belle des croisières.

Fondation Louis Vuitton - Paris -
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Quelques œuvres : le parcours de jeux de reflets autour du bassin d'Olafur Eliasson, le rideau de scène multicolore d'Ellsworth Kelly dans l'auditorium.Pierre Huygue et son voyage mystique en Antarctique, un tableau de la salle Richter

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FONDATION LOUIS VUITTON

8 avenue du Mahatma Gandhi

Bois de Boulogne - 75116 PARIS

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